Skaelds : Hey... Hum, est-ce que j'ai toujours le droit d'être là ? Un grand merci pour Obvy qui a fait ce chapitre (que j'aurais normalement du écrire) et sa persévérance, je ne doute pas qu'il vous plaira ! Honnêtement je suis super surprise de voir autant de reviews, donc... Merci. Merci vraiment, de nous avoir suivies ;) La fin est bientôt là, vous n'en doutez pas !

Obviously : Comme certaines d'entre vous le savent déjà, Ska est obligée de me laisser terminer seule le Syndrome. Le délai de parution en est très allongé, mais on ira au beau de l'aventure. En vous souhaitant une bonne lecture malgré mon pov Loki que je ne maîtrise pas bien !

Playlist :

Liar Liar - Avicii

Fireproof – The National

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Dans le taxi jaune qui filait sur les rues désertées de milieu de matinée, Loki était un peu hébété.

Son frère l'espionnait depuis des mois, lui lançait impunément des défis sous une anagramme. Comment ne l'avait-il pas remarqué, alors que lui-même utilisait la même méthode ?

Il s'était encore cru plus intelligent que tout le monde, comme d'habitude, se morigéna-t-il. Tous les échecs de sa vie avaient pour origine cette raison-là.

Peut-être s'était-il senti protégé, sous sa double couverture de Loki le clodo et d'Ilona Felousky. Et ne s'était pas méfié des participants à un jeu qu'il avait créé de ses propres mains.

Il se frotta les yeux de ses paumes de mains. Il n'avait pas beaucoup dormi.

Il soupira. Il se sentait si mal. Ce n'était pas supposé se passer ainsi. Le plan de départ était simple : espionner la personne qui avait les mêmes objectifs que lui, rentrer en contact, et accomplir leur double vengeance ensemble.

Mais il avait fallu que Tony Stark, ancien trader, déchu maître du monde, lui mette son énergie, ses espoirs et sa faim de vivre sous ses yeux qui croyaient avoir tout vu. Il avait fallu qu'un clodo achète du lubrifiant avec un sérieux sans faille, suive ses principes avec le raisonnement d'un âne buté, pète un plomb dans un commissariat, terrasse quelqu'un de deux fois sa taille, ne puisse pas se laver dans une baignoire, le tienne d'une main au dessus du vide, ait le même animal imaginaire gravé sur la peau.

Merde. En obligeant un petit tas tombé surveillant ses marrons à lever la tête vers lui, Loki n'avait pas prévu de se tatouer le cœur avec son nom.

Il n'aurait pas dû franchir la ligne ! Pas dû coucher avec quelqu'un à qui il mentait depuis des semaines. Maintenant, c'était fichu : si Tony découvrait tout, il lui logerait une balle entre les deux yeux.

Quel con !

Et puis pourquoi venait-il seulement de tilter que Thor le fliquait depuis le début de son opération, hein ?

Ce type allait l'entendre. Son voyeur de frère allait l'entendre.

Il sauta du taxi en balançant un billet au chauffeur et fila vers l'immeuble sans récupérer la monnaie.

Si Thor avait changé d'adresse, ça allait devenir compliqué, car il était certain que le deuxième fondateur de Nerve avait mis son téléphone sur écoute.

Il attendit qu'une vieille dame sorte à petit pas minutieux pour lui tenir la porte et entrer derrière elle. Il grimpa les marches à toute vitesse, n'ayant pas la patience d'attendre l'ascenseur.

Il tambourina à la porte. La lumière du jour filtrait à travers le judas, et bien qu'il n'ait reçu aucun signe de vie sonore, le rond doré s'assombrit, signe qu'une silhouette massive avait bloqué le rayon du soleil.

Loki recommença ses coups de poings contre le contreplaqué.

-Je sais que t'es là, cria-t-il. Ouvre-moi la porte, une fois dans ta vie.

On entrouvrit, et un regard bleu acier le fusilla sur place.

-Je t'ai toujours ouvert la porte. Et tu n'as jamais rien fait d'autre que me la claquer au nez.

-C'est ça c'est ça, fit Loki en le poussant pour pouvoir entrer.

Il y avait une caméra dans le couloir, et puisque son ancien associé contrôlait le monde, il pouvait être en train de le regarder.

Loki referma la porte derrière lui, puis se dirigea vers la fenêtre pour fermer les rideaux hideux. Son frère n'avait aucun goût pour la décoration et Jane devait trop travailler pour s'en occuper à sa place. Son frère n'avait pas changé, malgré les deux ans qui avaient passés. Oh, peut-être des épaules plus affaissées, le fantôme d'un pli sur son front, signe que les soucis commençaient à l'atteindre. Mais il n'était pas plus intelligent, apparemment, vu ce que Loki avait découvert le matin-même. Ses yeux bleus étaient accusateurs, et soucieux.

Une fois certain qu'ils ne seraient pas espionnés ou vulnérables, il inspira une fois, puis explosa.

-Je peux savoir pourquoi tu es une saleté de Voyeur ?! hurla-t-il. Tu vas tout faire capoter ! Il te connaît, bordel ! Tu n'as aucune conscience de la situation dans laquelle je suis !

-Ah oui ? Te venger contre ton associé en utilisant un pauvre type à qui il a fait le même coup ? C'est de la folie Loki !

-Tu ne connais rien de cette histoire, ni de mon plan d'ailleurs, je ne te permets pas de le balayer de tes grosses pattes velues !

-Tu ne piégeras pas comme ça cet enfoiré vicieux de…

-Ne prononce pas son nom ! avertit Loki en chuchotant soudain. Tes voisins ?

-L'immeuble est totalement insonorisé.

-Sûr ?

-On a comme qui dirait bien vérifié avec Jane.

-Trop de détails, Thor, grommela Loki en commençant à faire les cent pas.

Puis pour se calmer il alla vers le réfrigérateur.

-J'attends. Pourquoi tu es Joueur ? aboya-t-il en jetant un œil aux cannettes de bière, fromage blanc, pizzas industrielles et légumes frais, signe que le jour et la nuit partageaient le même frigo.

Il ne saurait sans doute jamais comment la chercheuse faisait pour supporter son balourd de frangin au quotidien.

-Pour te surveiller, effectivement, marmonna le blond en passant son gros bras devant lui pour prendre une Heineken. Je m'inquiète.

-Oui, tu t'inquiètes. C'est pour ça que tu me demandes de chanter des chansons paillardes en bermuda dans le métro de New York, marmonna Loki en abandonnant l'idée d'un verre et claquant la porte dans un bringuebalement de bouteilles.

-Tu te souviens ? Je t'avais fait promettre de le faire.

Le sdf se stoppa. Il n'en avait aucun souvenir. Mentait-il ? Ou plutôt…

-J'avais quel âge ? Trois ans ?

-Quatre et demi, rectifia Thor.

Loki leva les yeux au ciel. Leur mère avait souvent puni Thor pour avoir obligé son petit frère à faire quelque chose de stupide, juste parce que c'était un défi, et que les défis, ça se relevait.

-Tu sais… dit le Joueur brusquement calmé. C'est sans doute toi qui m'as donné l'idée de Nerve. Avec tout ce que tu me faisais subir petit.

Le Voyeur s'assit, brusquement abattu.

-Je suis désolé, dit doucement Thor. Cette application t'a causé tellement de problèmes.

-Non. Elle aurait pu me rendre très riche, si mon acolyte avait été honnête.

-Nerve t'a fait tout perdre…

-Et je vais tout reprendre. Avec l'aide de Tony. Il est mûr maintenant.

-Sait-il qui tu es ?

Loki voulut regarder dehors, mais il avait tiré les rideaux.

-Non, soupira-t-il en volant à la place la bière de son frère. Il ne sait même pas que j'ai contourné le système et que je suis aussi Ilona Felousky.

-Il faut que tu fasses vite, murmura Thor. S'il apprend, il le verra comme une trahison, et ton plan s'effondrera.

-Que connais-tu de mon plan, hein ? se braqua Loki.

-Tu veux faire tomber… ton vieil associé en comptant sur Stark et toutes les victimes pour témoigner.

-Plutôt lui introduire du calibre 28 dans le crâne, marmonna-t-il contre le goulot.

Quand il baissa son bras, un silence de plomb était tombé dans l'appartement.

-Loki… balbutia son frère. Tuer un homme… Tu n'y penses pas…

-C'est lui qui a commencé, asséna-t-il en se trouvant théâtral dans sa puérilité. La rue c'est agoniser. Y faire retomber quelqu'un après qu'il ait cru s'en sortir, ça s'appelle une balle dans la tête.

-Tu ne m'as jamais dit comment tu t'y étais retrouvé.

Loki s'étrangla, et crut qu'il allait viser le front de son frère avec sa bouteille.

-C'est ta faute et tu ne le sais pas ?!

-Comment ça c'est ma faute ? Une soirée comme les autres, et le lendemain Père m'annonçait que tu étais porté disparu !

-N'importe quoi ! explosa le sdf, ses jointures se blanchissant contre le verre. Tu mens !

-Pourquoi es-tu parti ?

-Je ne suis pas parti bordel ! Il m'a chassé ! Tu…

Il inspira longuement par le nez, mais le mal était fait, il avait l'impression de suffoquer.

-Comment tu peux être mon propre frère et ignorer ce qu'il m'est arrivé ?! cria-t-il au grand blond, qui se sentait trop grand et trop large, trop de surface vulnérable aux attaques du cocréateur de Nerve. C'est ce que t'ont dit Fandral, Volgstagg et les autres ? Que j'avais disparu du jour au lendemain sans aucune raison ?

-Oui, marmonna Thor. J'avais trop bu, et tu sais que je perds la mémoire quand c'est le cas.

Loki ferma les yeux, se força à respirer. Ses mains avaient recommencé à trembler. Si seulement ce soir-là il avait prétexté une migraine, une peinture à terminer, comme il le faisait tout le temps pour refuser les propositions de son frère. Mais Darcy lui avait dit que ça ferait plaisir à Thor, qu'il sorte avec lui pour une fois. Il avait cédé. Et trois heures plus tard, il avait de la cocaïne dans le nez et les mains sur la tête. Le lendemain, son père lui beuglait qu'il ne l'était pas. Avait alors commencé sa descente aux enfers, enchaînant les boulots de plus en plus minables jusqu'à se faire virer de la dernière auberge de jeunesse impayée, et sa première nuit sur un banc.

Il respirait trop vite, il se sentait étranglé comme par un niveau d'eau montant à l'intérieur de lui et qui allait atteindre la trachée, la bouche, le nez s'il ne faisait rien.

D'une voix blanche, il demanda à Thor de s'asseoir, et lui raconta. Les secrets devinrent des mots et s'écoulèrent lentement, vidant le bassin de ses mensonges dans lequel il se débattait depuis des mois, le lançant sur le carrelage de la piscine, totalement épuisé.

Quand il avait compris qu'il n'arrivait réellement jamais à grader un boulot plus de quarante-huit heures à cause de l'influence de son père adoptif, et que de toute façon son odeur corporelle et l'état de ses vêtements commençait à rendre les entretiens d'embauche impossibles, et ce malgré les douches et coiffeurs bénévoles itinérants… il avait décidé qu'il allait s'en sortir d'une autre manière, moins conventionnelle. Qu'il était intelligent, et que s'il avait à vendre ses idées et non ses mains, alors son aspect importait peu.

Bien que d'un tempérament refermé, aimant s'enfermer pour dessiner plutôt que de sortir lorsqu'il avait encore un toit sur sa tête, Loki avait plutôt bien compris comment fonctionnait la génération privilégiée qu'était celle de Thor. Cette jeunesse, avec de l'énergie mais aucun effort à fournir, aucun travail dans lequel s'investir et oublier ses doutes, était en train de crever d'ennui et d'absence de raison de vivre. Les sorties de boîtes faisaient errer des fantômes braillards, toujours pas fauchés, toujours personne pour qui mourir, toujours pas de grande œuvre à réaliser. Une jeunesse suppliant de vivre, et ne pouvant que se divertir.

Inspiré par l'obsession qu'avait Thor pour les défis quand ils étaient plus petits, il avait imaginé une application répondant à ce besoin qui se faisait hurlant. Un marche ou crève, à l'ancienne, qui donnerait enfin cette adrénaline, mais aussi un moyen d'ascension sociale rapide pour ceux n'ayant rien à perdre, financé par le voyeurisme glauque des êtres humains.

Il avait l'idée, il lui fallait quelqu'un pour la concrétiser. Il avait alors mendié, dessinant dès que Darcy, un pied dans la rue un pied dans la fac, lui filait du papier. Il dépensait tout l'argent qu'il gagnait dans les cybercafés, se retrouvant régulièrement à l'hôpital car tombé d'inanition. Il avait rapidement trouvé quelqu'un à qui répondre à son annonce, quelqu'un d'également calé dans la programmation et surtout, avec de la thune.

En y repensant, Loki se trouvait stupide d'avoir fait confiance à quelqu'un d'autre que lui, avec ce qu'il lui était arrivé auparavant. Mais il était encore jeune, après tout, il avait eu la même enfance dorée que Thor.

La suite, son frère la connaissait, car il avait repris contact avec lui le soir où tout s'était concrétisé, dans une raillerie puérile qu'il allait bientôt être plus riche que lui, et en ayant tout fait de ses mains. Pour toute réponse, Thor lui avait fait parvenir un téléphone, demandé comment il allait, qu'il lui manquait beaucoup. Le jour d'après, son rêve lui était volé sans qu'il puisse se débattre, et blessé grièvement dans son orgueil et ses rêves, Loki n'avait rien répondu.

Il avait vécu dans le brouillard de New York pendant un long moment, ruminant sa vengeance parfois, désespéré souvent. Il allait toujours au cybercafé dès qu'il avait les cinq dollars des trente minutes, clodo maigre comme un clou googleang sans fin le nom de la seule personne qu'il haïssait jusqu'à la mort, bien plus que son père adoptif, bien plus que les amis de son frère. La rue lui avait fait découvrir la faim de vivre, la vraie, celle qu'il avait vue chez les autres sans penser qu'elle lui manquait à lui-même. Mais son associé lui avait volé Nerve, sa création, sa porte de sortie, qu'il avait arrachée à sa compréhension des hommes et à ses insomnies.

Pour ça, il allait payer.

C'était à cette époque-là qu'il était tombé sur un vieil article du Times, un tout petit papelard sur une affaire de délit d'initié, et avait reconnu la photo. N'était-ce pas ironique, le petit vendeur de marrons sur le Cinquième, partageant les mêmes rêves et mêmes cauchemars. Il l'avait épié des jours durant, fomentant son plan.

Un matin de novembre, à cause d'un coup de vent, il faillit abandonner. La bourrasque lui avait plaqué un journal contre lui, un magazine à scandales, avec la photo floutée d'un adolescent noir mort noyé pour avoir voulu traverser l'Hudson River avec les pieds lestés. Il avait vu d'autres informations du style avant, et s'était efforcé de ne pas y reconnaître son œuvre. Mais la vérité le gifla, et il s'écroula sur un bout de trottoir comme une marionnette aux fils coupés, se répétant le prénom de l'adolescent, Charles, en se demandant ce qu'il avait créé.

Cinq minutes plus tard, une petite fille échappait à la main de sa mère pour lui donner sa montre. Et contemplant le bracelet de plastique rose, il se jura que cette gamine ne mourrait pas pour Nerve. Il se releva, et partit à la recherche du vendeur de marrons. L'ayant retrouvé, il le fixa un long moment pour se demander s'il ferait l'affaire.

Et, activant la première phase de son plan, fit un pas en avant, et lui demanda d'être son partenaire.

-Loki, je… balbutia Thor, resté silencieux un long moment après le récit de Loki, qui lui en avait profité pour se perdre dans les ravins de ses pensées.

-Ҫa n'a plus d'importance, Thor, murmura le clochard, totalement épuisé. C'est loin, tout ça. La vie est injuste, et souvent on paye à la place des autres. J'ai probablement été un dictateur génocidaire dans une autre vie, donc je l'ai fait beaucoup de fois.

-Comment Père a-t-il pu faire une chose pareille ?

-Ah, parce que tu crois que j'étais à la rue parce que trop flemmard pour travailler ? railla le clochard.

-Non, simplement que tu ne te reconnaissais plus dans notre système.

-C'est un peu vrai aussi, murmura-t-il. Ҫa n'a plus beaucoup de sens pour moi, tout ça. Bouffer jusqu'à être bouffé à la fin. Je veux juste essayer d'être le poisson qui becte le pêcheur, une dernière fois.

-Mais après qu'est-ce que tu feras petit frère, hein ? Après ce meurtre qu'est-ce que tu feras ? Est-ce que ça règlera tous tes problèmes ?

-La seule chose que je veux pour l'instant, c'est me venger, et que plus personne ne meurt à cause de quelque chose que j'ai créé. Ensuite… j'aviserai, murmura-t-il.

-Loki, écoute… Pourquoi tu vous as lancé ce défi en haut de la grue ? C'était dusuicide.

L'artiste secoua énergiquement la tête pour chasser l'idée.

-Non, non non non, c'était pour me sentir vivant, et savoir si je pouvais lui faire confiance..

-Je crois que tu as un problème petit frère, et crois-moi que…

Loki leva les yeux. Thor avait vraiment l'air de souffrir physiquement en le regardant.

-J'ai mal, j'ai très mal d'avoir ma part de responsabilité dans ce qu'il t'arrive ces dernières années- non non écoute-moi, mais ce qui est plus douloureux encore, c'est de te voir volontairement mettre ta vie en danger tous les quatre matins.

-Je veux vivre, affirma Loki en se levant d'un bond, qu'est-ce que tu ne comprends pas, c'est pourtant simple comme mécanisme ! Se mettre dans une situation de danger et où l'on n'a aucun contrôle dessus, c'est une sensation…

-Je crois au contraire que tu veux mourir.

Le coprogrammeur de Nerve recula comme si on l'avait frappé.

-Ecoute, continua Thor comme pour rattraper ses mots et son frère, je suis d'accord pour que tu fermes l'application et mette ton ancien associé en prison. Mais j'ai peur pour l'après, tu comprends ? Je voudrais que tu demandes de l'aide.

-De l'aide, cracha Loki, de l'aide… Je me nourris que de caviar et de champagne et dors dans un quatre étoilés, tu crois pas que j'en avais besoin avant, de l'aide ? Quand je crevais de faim dans la rue par exemple ?

-Comment aurais-je pu ? gémit l'armoire à glace. Le temps que je te trouve grâce au téléphone que je t'avais envoyé tu avais déjà retiré tout moyen de te localiser, programmeur que tu es ! Je t'ai cherché tout ce temps, je le jure sur ce que j'ai de plus cher ! Je me suis inscrit comme Voyeur pour surveiller qui tu sais, mais surtout avec l'espoir que tu réapparaîtrais. Tu ne peux savoir le soulagement que j'ai ressenti quand j'ai vu la première vidéo, que j'ai vu que tu étais en vie, que tu n'étais plus seul, que tu te battais. Je t'ai ensuite lancé les mêmes défis que durant notre enfance, essayant désespérément d'attirer ton attention tout en restant discret aux yeux de tu sais qui.

-« Rester discret » ? Il t'a toi aussi ?

-Bien sûr, il a tous les Etats-Unis à sa botte. Il n'y a que toi qui puisse arrêter ça. Je me suis inscrit comme Voyeur pour que tu reviennes vers moi… Pour avoir une autre chance d'assumer enfin mon rôle de grand frère.

Loki resta à le foudroyer du regard un long moment. Mais malheureusement, ça faisait sens. Il était impossible d'identifier un sdf s'il ne montrait pas ses papiers, il était un tas de loques odorantes parmi toutes les autres. Et malheureusement, ils ne vivaient plus dans les mêmes mondes, Thor passait de gratte-ciel en gratte-ciel par limousine, Loki se traînait de rues en rues sur ses pieds gercés. C'était triste à dire, mais la fracture ne guérirait probablement jamais vraiment, quand bien même ils étaient face à face en cet instant.

Tout à coup très malheureux de cette constatation, le petit frère avança vers le grand, ses mains tremblantes ouvertes, et le blond trop large l'enlaça dans un sanglot de faiblesse.

-Je suis si désolé, lui jura-t-il, si désolé et si heureux que tu sois là…

-Ҫa va, ça va, c'est pas grave, chuchota-t-il, les mots frappant sa boîte crânienne.

Je crois au contraire que tu veux mourir.

La voyeuse Ilona Felousky avait-elle voulu tuer le Joueur Loki ?

Lui, le créateur de Nerve, s'était-il fabriqué une manière inédite de mettre fin à ses jours dans un délire mégalomaniaque ?

Loki n'y croyait pas. Il avait juste vouloir savoir si Tony lui sauverait la vie au péril de la sienne. Ou alors, se punir d'avoir à nouveau fait confiance à quelqu'un, plus probablement. Qu'y pouvait-il ? Il aimait cet imbécile, et l'avait trahi.

-Je dois rejoindre mon partenaire, marmonna-t-il dans l'épaule de Thor. Il va se douter de quelque chose. Je te tiens au courant, d'accord ? Promis, je répondrai à tes messages. Tu n'es pas responsable du merdier qu'est ma vie ces dernières années. Et je ne suis pas suicidaire. Allez, lâche-moi frangin, je t'appelle ce soir, ok ?

Quand il sortit dans la rue, le soleil lui fila un uppercut. Il faisait toujours aussi froid, mais le rayon de lumière et de chaleur timide le fit se sentir très vide et très fatigué, mais aussi beaucoup plus serein qu'avant. Il monta dans un taxi pour retourner à l'hôtel, et passa le trajet à regarder les passants, comme s'il avait soudainement oublié tout ce qu'il avait auparavant compris de la vie et des humains.

-Tony, lança-t-il une fois avoir déverrouillé la porte de leur suite. Tony, je suis rentré.

Inquiet de n'entendre que du silence, il parcourut les quatre pièces, mais l'ancien clochard n'y était pas.

Ce fut dans le salon qu'il vit son propre papier où il avait gribouillé pendant l'appel de Peter, et ainsi découvert que son frère avait gardé un œil (inutile et oppressant) sur lui tout ce temps (bon d'accord, c'était un peu émouvant). En remarquant l'ajout d'une autre anagramme, il se figea.

Ilona Felousky, Louise Fakylon, Olaf Eskylouin, Loki Laufeyson.

-Oh non, murmura-t-il. Oh non, pas ça. S'il l'a découvert seul, alors…

Il regarda partout, mais Tony semblait avoir pris leur téléphone. Il n'avait même pas la possibilité de demander aux autres s'il était avec eux. Il revint à la petite table, contempla son nom tracé avec l'écriture de la seule personne à qui il faisait confiance. Puis il se massa machinalement la nuque, où il savait se trouver son tatouage, en espérant naïvement qu'il allait l'aider à retrouver son jumeau sur la hanche d'un homme trahi. Non, décidemment, si Tony savait il n'était pas avec les autres. Il était dans une boutique d'armes, à demander un Beretta, un fusil de chasse, une mitrailleuse.

« Qu'est-ce que vous me conseillez ? C'est pour abattre une licorne. »

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« Syndrome Abdel Vykoss, aussi dit de la Licorne

Pathologie mentale pouvant être observée chez les personnes isolées socialement ou souffrant d'une sensation d'inutilité. Le malade se met à avoir des troubles du comportement visant à attirer l'attention de ses pairs, sans se soucier des conséquences car ayant perdu le sens de la réalité. Défi de l'autorité dans le motif d'avoir une preuve de son existence de la part d'une instance reconnue. Impression de toute puissance. Comportement non violent mais dangereux pour le malade et ses pairs.

Surnommé « de la licorne » par son créateur, en référence à la perte de conscience de sa propre existence de la part du malade, et prêt à tout pour la regagner.

Personnes à risques : sans domicile fixe, employés de bureau, expatriés, millionnaires.

Personnalités ayant été diagnostiquées : Rémy Gaillard, Tony Stark, Loki Laufeyson, Donald Trump. »

Extrait du Petit dictionnaire exhaustif des pathologies mentales, par Kal Dess et Louise Vonoughby

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Ouais, on aime les anagrammes et écrire des bouquins sur les maladies psychologiques imaginaires. Tu juges pas, chacun son trip.

ALOOORS est-ce qu'on a répondu à vos questions ?!