Les pensées d'Aisu étaient un véritable fouillis, un véritable tourbillon d'idées et d'images qui semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Endeavor, le numéro deux des super-héros, était avec eux, allait l'aider elle, une petite lycéenne qu'il ne connaissait même pas. Ce qu'avait bien pu dire Shoto pour que son père accepte de leur porter assistance, la jeune femme s'en fichait éperdument. La seule chose qui comptait était le résultat et l'adolescente avait bien envie de fêter la réussite de leur plan puisque, pour le moment, tout s'était extrêmement bien déroulé.

« Tu t'en sors ? »

Avec la venue inattendue de Shoto, la jeune femme avait presque totalement oublié que le blocage de la veille était toujours présent, elle ne comprenait pas ces fichues notions de biologie. Pourquoi son ami réussissait-il tout alors qu'elle non ? Le fait de ne pas réussir à avancer était frustrant, d'autant plus qu'Aisu se mettait à penser qu'ils faisaient peut-être tout ça pour rien, qu'elle n'avait aucune chance de réussir dans une filière scientifique et que ses parents savaient bien mieux qu'elle ce qu'il lui fallait.

Penser cela était idiot, bien sûr, mais Aisu ne pouvait pas s'en empêcher.

« Je ne comprends pas cette partie, répondit Aisu en lui montrant un paragraphe de livre qui résumait tout ce qu'elle ne comprenait pas. »

Shoto lut le passage du livre avec attention mais sans trouver de réelle difficulté il ne comprenait même pas comment la jeune femme pouvait ne pas comprendre quelque chose d'aussi simple. Le jeune homme regarda Aisu, puis le livre, puis Aisu encore une fois avant de finalement comprendre. Le livre se referma brusquement devant l'adolescente qui paniqua en se rendant compte qu'elle n'avait pas retenu le numéro de la page, et donc qu'elle allait devoir perdre du temps à la retrouver. Elle était totalement épuisée et l'adolescent s'en voulut presque de ne pas l'avoir remarqué plus tôt, mais comment aurait-il pu sans la voir, sans l'avoir en face de lui ?

« Pourquoi tu as fait ça ?! »

Le ton était hargneux, c'était aussi le ton de ceux qui n'ont pas le temps de parler, encore moins de se disputer ou d'être embêtés par d'autres qui n'ont rien de mieux à faire.

« Tu as vu tes cernes ? »

Shoto aurait aimé qu'elle puisse se voir, qu'elle puisse voir à quel point ses yeux devenus rouges de fatigues étaient creusés, à quel point ses cernes violacées lui faisaient des poches énormes qui descendaient jusqu'au milieu de son nez. Qu'avait bien pu faire Aisu pour se retrouver dans un état tel qu'elle ressemblait presque à un mort-vivant ? Le jeune homme savait qu'elle travaillait beaucoup et qu'elle était loin d'être confiante pour les fameux tests autant que pour le moment fatidique où ses parents seraient mis devant le fait accompli, mais jamais il n'aurait pu se douter qu'elle irait jusqu'à presque se tuer par manque de sommeil.

« Range tes affaires, Aisu. Tu es morte de fatigue. »

Aisu voulut protester, bien sûr. Elle n'était pas assez avancée dans son travail à son goût et partir maintenant ne signifiait que gâcher du temps qu'elle aurait pu mettre à profit pour réviser encore plus, chaque minute qu'elle pouvait grappiller était la bienvenue. Cependant, la jeune femme ne se sentait pas assez d'attaque, se sentait trop faible, pour se battre contre Shoto qui, contrairement à elle, était en pleine forme et n'était pas prêt de plier et de la laisser ici continuer ce qu'elle faisait. A bien y réfléchir, peut-être aurait-elle dû dormir plus.

Doucement, Aisu rangea ses affaires sous le regard strict de son ami qui décida de la raccompagner pour l'empêcher de repartir s'installer avec ses livres dès qu'il aurait le dos tourné. Ils marchèrent silencieusement et Shoto se demanda bien quel accueil il obtiendrait de la part des parents de la jeune femme. La dernière fois qu'il les avait croisés, c'était lorsque leur fille était à l'infirmerie et qu'elle ne voulait apparemment pas les voir. Sur le coup, le jeune homme n'avait pas compris pourquoi ils étaient à l'extérieur de la chambre au lieu d'être à l'intérieur, mais maintenant cela ne l'étonnait pas tant que ça l'adolescente avait un sacré caractère lorsqu'elle le voulait.

Lorsqu'ils furent arrivés devant la maison d'AIsu, cette dernière lança un au-revoir très maladroit avant de s'excuser platement.

« Si mes parents te voient, ils ne vont que poser des questions gênantes sur ce que j'ai fait hier et aujourd'hui… »

Shoto hocha la tête en signe de compréhension, cela répondait à ses questions.

« Repose-toi, d'accord ? »

Cette fois-ci, ce fut Aisu qui hocha la tête, se doutant bien que si elle retournait travailler et qu'il venait à être au courant, elle passerait un très mauvais quart d'heure. Shoto repartit de son côté non sans lui avoir fait un signe de la main. La jeune femme ne se sentait pas plus fatiguée que d'ordinaire mais elle comprit l'inquiétude de son ami lorsqu'elle vit son reflet dans le miroir puisque tout dans son apparence, en allant de son teint jusqu'à ses yeux, respirait la fatigue. L'adolescente s'endormit dès qu'elle fut allongée, sans même avoir le temps de penser à quoi que ce soit et ne se réveilla que le lendemain matin en sentant son ventre, vide, la tirailler plus que de raison. De toute façon, son réveil ne sonnerait que quelques minutes plus tard, alors elle se décida à se lever pour manger un bon petit-déjeuner et se préparer.

La journée à Yuei fût banale et Aisu la passa à jongler entre faire semblant de suivre les cours, ses amis et ce qu'elle devait réviser pour les tests. Par ailleurs, maintenant qu'elle n'était plus aussi fatiguée, la jeune femme trouva ce qui la bloquait beaucoup moins difficile, presque dérisoire, et ne comprenait pas comment elle avait pu ne pas assimiler cette notion plus que facile.

Le lendemain fût pareil, tout aussi ennuyant, au final.

Le surlendemain, Shoto vint la voir pour lui dire qu'il avait du nouveau : elle rencontrerait et passerait le test d'admission le mercredi de la semaine suivante, soit exactement sept petits jours plus tard c'était là la dernière échéance pour Aisu.