Chapitre 13 : Hypothèses et indices
.
Dès le lendemain, une réunion de l'équipe est organisée. Gibbs trépigne de fureur. Sept meurtres, sept victimes et toujours aucun indice qui les aide à coincer le tueur. Il a pressé toute l'équipe durant ces deux semaines mais rien n'est venu leur apporter un semblant de preuve. Il soupire et se passe les mains sur le visage, son regard capte celui de Tony, ils se soutiennent mutuellement durant quelques secondes avant l'arrivée des divers membres manquants.
.
Deux sourires discrets les unissent et Tony articule deux mots pour son mentor, deux mots que Jethro a reconnu (même si leur auteur ne les a pas dit en américain) et les emmagasine précieusement dans un coin de sa mémoire. L'italien ne les prononce que très rarement mais lorsqu'il le fait, l'aîné sait qu'il les pense. De tels mots sont pour Tony si difficiles à dire qu'il ne le fait que lorsqu'il les pense réellement, çà, Jethro l'a très bien compris et surtout accepté. Avouer ses sentiments est pour son homme un exercice encore très difficile et chaque mot soigneusement pesé et énoncé en est d'autant plus inestimable et un trésor à converser.
.
Il soutient encore son regard un moment puis détourne les yeux en entendant l'ascenseur s'ouvrir. Malgré ce détachement, Gibbs sent un regain d'énergie le traverser comme si Tony, juste par la volonté de son regard, avait la possibilité de le re-booster. Ou était-ce son amour qui l'aidait à relativiser certaines choses qui normalement le rendent plus hargneux ?
.
« Récapitulons ce que nous avons » crache brusquement Gibbs quelques minutes plus tard devant ses agents, tout en se secouant mentalement .
« Sept meurtres, en alternance, un homme et une femme. Au total, quatre hommes et trois femmes. Ce qui prouve que notre ou nos tueurs ne sont pas sexistes » indique l'italien.
« Les grades des victimes vont en croissant, du plus petit au plus élevé » poursuit Kate. « Chaque meurtre est signé d'un papillon de collection, tantôt mâle, tantôt femelle. »
« Tantôt une blessure infligée par un droitier et tantôt par un gaucher » annonce Ducky, venu les rejoindre. « Toutes par arme blanche, à chaque fois différente. »
« Aucune empreinte, aucune fibre, aucun cheveu » complète Abby, présente également.
« Donc, en résumé, nous n'avons rien » conclut le patron.
.
Il remarque que Tony est plongé dans un dossier et semble réfléchir tout en gesticulant.
.
« Tony, tu peux nous expliquer ce que tu fais » demande le boss.
.
Ce dernier se lève, contourne son bureau et s'assoit sur le bord. Par réflexe, Gibbs se rapproche comme pour le protéger de toute réflexion sarcastique venant spécialement de la jeune femme de son équipe.
.
« J'étais en train de me dire qu'il y avait trop de similitudes pour rester sur l'hypothèse de deux tueurs. A mon avis, nous n'avons à faire qu'à un seul et unique assassin. »
« Comment expliques-tu le fait que les blessures soient différentes ? » demande alors le légiste.
« Nous n'avons pas songé à une évidence concernant notre assassin, quelque chose que peu de personnes sont capables de faire mais qui pourtant existe » suggère Tony.
« Et tu songes à quoi, Sherlock Holmes ? » demande Kate.
« A ceci et je pense qu'une démonstration sera plus parlante » répond l'italien.
.
Il se lève, se place derrière Gibbs.
.
« Voici comment notre tueur procède pour infliger une blessure mortelle de la main droite » explique l'agent.
.
Il place son avant bras gauche sous le cou du boss et avec un stylo mime un coup de couteau partant du bas vers le haut du torse et de gauche à droite et fait de même au niveau de la gorge.
.
« Oui, c'est effectivement çà » approuve Ducky. « L'assassin est plus grand et droitier. »
« Maintenant, si nous voulons avoir une blessure contraire, il suffit d'inverser la position » suggère Tony.
.
Il passe alors son avant bras droit sous le cou de Gibbs et le stylo désormais dans la main gauche, il simule le mouvement de bas en haut et de droite à gauche sur le torse de son chef ainsi que pour la gorge.
.
« C'est exact » confirme à nouveau le médecin.
« Et à quoi n'avons-nous pas songé ? » demande Gibbs.
.
Tony les regarde l'un après l'autre en secouant la tête.
.
« A une aptitude qui concerne un très petit nombre de la population mondiale. Si nous envisagions que notre meurtrier puisse être… ambidextre, alors certaines similitudes s'expliquent d'elles-mêmes » énonce Tony.
.
Le reste de l'équipe se regarde, ébahi que l'italien puisse faire une telle supposition à laquelle personne n'a jusqu'ici songé. L'italien en profite pour déposer un baiser furtif dans le cou de Jethro alors que les autres ne se préoccupent pas d'eux. Il sent son homme frémir sous ses lèvres et sourit. Pour éviter des soupçons, Gibbs ajoute alors rapidement.
.
« Bon sang, Tony, je crois que tu viens de mettre le doigt sur quelque chose d'important. Ducky, à ton avis, l'hypothèse de Tony se tient compte tenu des blessures et des éléments en notre possession ? » demande fébrile Gibbs.
.
Le médecin réfléchit un moment puis énonce son verdict.
.
« Tout à fait, la force de frappe est légèrement plus faible pour les blessures gauches mais c'est normal si notre tueur, bien qu'ambidextre, soit un droitier dominant. »
« Bien. On avance un peu. Il nous faut trouver un assassin ambidextre. Je pense que ce sera plus facile et réduira le champ des recherches. Bravo, Tony » le félicite son patron tout en lui tapant affectueusement le dos. « D'autres remarques qui nous seraient utiles. »
« Gibbs, Tony soutient que les papillons appartiennent à un collectionneur » note Kate.
« Oui, le trou qui perfore l'abdomen de ces bestioles le confirme, Kate. Ils étaient épinglés certainement sous des cadres sous verre » indique Abby.
« Donc » reprend l'agent Todd, « il doit se fournir quelque part ou appartenir à un club quelconque… »
« Bien sûr, Kate » s'écrie Tony. « Il doit être abonné à une revue quelconque et ce genre de presse ne court pas les rues. Il n'existe pas beaucoup de magazines sur le sujet, on pourra peut être trouver la liste des abonnés. »
« Bien, bien, vous voyez que l'on peut avancer un peu. Quoi d'autre qui pourrait nous aider ? » fait le chef.
« Pour les armes, peut être que certaines d'entre elles ne peuvent être vendues que sur commande comme le Kriss » suggère McGee. « Il suffirait de trouver sur Internet… »
« Bien, alors nous allons procéder de cette manière. Tony, tu te charges des revues. Kate, tu te concentres sur les tueurs ambidextres d'après les fichiers de police. McGee, vous trouvez la trace des armes » ordonne Gibbs satisfait.
« Oh ! Kate, note que notre tueur possède très certainement une fortune personnelle » ajoute Tony.
.
Chacun regagne donc ses pénates et plonge dans les arcanes du cyber espace afin de trouver des réponses ou des pistes potentielles. Durant plus de trois heures, chaque agent décortique les informations qu'il récupère. Au bout de ce laps de temps, Gibbs lève les yeux vers son équipe. Il contrôle également l'heure. Vingt heures.
.
Il se passe les mains sur le visage et dévisage ses équipiers. La fatigue se lit sur leurs traits, les attitudes montrent que leurs limites physiques sont atteintes. Pour le bien de l'enquête autant que pour leur santé, il décide de leur octroyer leur soirée. Il a bien envie aussi de passer un moment avec Tony autour d'un verre ou d'un café.
.
« Bon, çà suffit » rugit-il les faisant sursauter. « Nous avons tous du repos à rattraper. Une bonne nuit de sommeil ne nous fera pas de mal. Je vous veux frais et dispos demain pour huit heures ici. On refera le point en reprenant les dossiers depuis le début, peut être y verrons-nous plus clair. Allez, rentrez chez vous. »
.
Puis, pour donner l'exemple, il se lève, enfile sa veste, contourne son bureau et attend que ses agents fassent de même. Chacun sauvegarde son travail et éteint son ordinateur, se lève et prend ses affaires. Si Kate et Tim prennent effectivement le chemin de la sortie en souhaitant une bonne nuit à leur collègue, Tony traîne un peu. Gibbs le regarde et soupire. Il décide donc de le houspiller un peu pour l'inviter à rentrer chez lui ou à défaut avec lui.
.
« Tony, c'est valable aussi pour toi. Tu devrais rentrer avant de t'écrouler. »
« Deux minutes, patron. Je vais saluer Abby et, promis, je rentre » sourit-il pour donner le change.
« Tu as intérêt sinon je vais moi-même te mettre au lit » menace son chef.
.
Tony lève la tête et plisse les yeux tout en regardant son boss. Plaisante t-il ou est-il sérieux ? Le sourire qui étire légèrement les lèvres de l'ancien marine parle pour lui, il aimerait bien border son agent et le rejoindre. Mais Tony n'a pas la tête à jouer ce soir.
.
« Non, pas besoin » fait-il en agitant les mains devant lui. « Je t'assure, je peux encore le faire seul. »
« Vraiment, c'est bien dommage. Je n'aurais pas été contre le fait de te border » lui assure son chef.
« Pas ce soir, Jethro, pas ce soir » souffle doucement Tony en employant le prénom pour lui faire bien comprendre à qui il s'adresse.
.
Gibbs lui sourit à nouveau tout en regrettant de ne pouvoir mettre sa menace à exécution. Il aurait sûrement pris un grand plaisir à border son agent et même à le rejoindre pour une nouvelle nuit à deux, câline et réconfortante. Comprenant que son espoir de passer quelques instants avec lui est plutôt compromis par cette réponse et ne souhaitant pas forcer le jeune homme, Gibbs prend alors le chemin de l'ascenseur en lui souhaitant une bonne soirée. Il jette un œil à Tony avant de s'engouffrer dans l'appareil. Au dernier moment, il retient les portes et crie.
.
« Huit heures, Tony, frais et dispo. Et pas en retard. »
.
Puis, il laisse les portes se refermer et l'appareil descendre au niveau du parking. Malgré son affirmation, il sent son cœur se serrer de laisser Tony ainsi seul avec ses pensées négatives, il a bien compris que le jeune homme ne voulait pas de compagnie pour ruminer tout ce qui s'est déroulé depuis plusieurs jours. La seule interrogation est : cela a t-il à voir avec leur relation ou avec tous ses meurtres ? Il laisse la question en suspens et prend le volant, sort du parking et prend la direction de son domicile.
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
Sitôt son chef parti, Tony fonce vers le labo de la gothique. Cette dernière est toujours là, elle aussi est sur le départ, le manteau dans les mains. Elle sourit lorsque Tony franchit les portes de son antre et s'avance vers elle.
.
« Tony, tu es toujours là » s'étonne t-elle. « Tu devrais aller te reposer, tu as une sale tête. »
« Je sais. Gibbs vient de nous ordonner d'aller dormir. »
« Eh bien ! Profite de son conseil, çà ne te fera pas de mal. »
.
Voyant le jeune agent se balancer d'un pied sur l'autre, elle comprend qu'il veut lui demander quelque chose.
.
« Tony, je peux faire quelque chose pour toi ? » demande t-elle d'un ton doux.
« Oui, m'accompagner au restaurant, par exemple. J'ai faim mais j'ai pas envie de manger seul » avoue t-il finalement.
.
Elle le regarde, le scrute pour deviner ses réelles intentions. Le masque imperturbable que lui présente l'italien ne lui permet pas de déchiffrer quoi que ce soit. Elle se résigne donc à accepter l'invitation dans l'espoir de lui tirer les vers du nez. Ensemble, ils remontent et sortent du bâtiment. Soudain, Abby sent une main venir prendre la sienne et la serrer. Alors, elle comprend que le jeune agent a besoin de réconfort et de soutien. Elle resserre l'étreinte de ses doigts lui faisant comprendre qu'elle est là et qu'il peut compter sur elle.
.
Quelques minutes plus tard, ils passent le poste de contrôle. A pied et main dans la main, ils parcourent la distance qui les sépare du petit restaurant situé à proximité des locaux administratifs. Ils entrent et un serveur les prend aussitôt en charge, les accompagnant à une table un peu à l'écart. La carte des menus en main, Tony regarde Abby et la remercie de sa compagnie.
.
« Il n'y a pas de quoi, Tony » assure t-elle sincèrement.
« Ca fait du bien de décompresser, ne serait-ce qu'un moment » avoue t-il.
« Tu aurais dû inviter l'équipe » argue la gothique.
« Non, j'avais pas envie d'avoir Gibbs à nouveau sur le dos. Je trouve son attitude un peu bizarre en ce moment. Il n'arrête pas de me surveiller comme si j'allais m'effondrer. »
« Il faut dire que depuis presque deux semaines, vous êtes tous sous pression. Ces meurtres sans indices, ces tueurs insaisissables rendraient fous n'importe quel enquêteur chevronné » note t-elle.
« Ouais ! Mais c'est Gibbs l'enquêteur. Et quand on est habitué à résoudre les enquêtes dans des délais raisonnables, çà va. Là, rien ne peut le rendre plus dingue que de ne pouvoir faire avancer les choses. »
« Le meurtre du Capitaine O'Connor l'a secoué tout comme moi, tu sais. J'aurais jamais pensé un jour faire face à un cadavre avec une telle ressemblance avec l'un de vous. »
« Je me doute que çà a dû foutre la frousse à certains mais je pensais que tu avais vu tellement de choses bizarres que tu ne l'aurais pas été autant. »
« Tony, on parle d'un mec qui te ressemblait. Comment veux tu que çà ne me fasse rien ? Imagine que ça aurait vraiment pu être toi. »
« Mais ce n'est pas le cas. Bon, parlons d'autre chose. Je voulais me détendre en ta présence, pas remuer le couteau dans la plaie, façon de parler, hein ! » précise t-il envers la jeune femme qui lui sourit et acquiesce pour changer de sujet.
.
Tout en devisant, les deux jeunes gens savourent leur plat. Même si la sérénité n'est pas là, ils profitent de ce court instant ensemble pour vraiment se détendre. La jeune gothique a toujours eu cet effet sur Tony, sa bonne humeur et sa joie de vivre lui sont d'autant plus précieuses qu'il sent que quelque chose de funeste se prépare dans l'ombre. Il le ressent si fort que ses tripes se tordent chaque fois qu'il accompagne l'équipe sur une scène de crime. Il sait qu'une catastrophe est proche même s'il ne parvient pas à expliquer concrètement comment il peut en être aussi persuadé : il n'a jamais eu de dons de prémonition. Il le sait, c'est tout.
.
Le repas se termine dans la bonne humeur, Tony a fait d'immenses efforts pour que Abby ne se doute de rien. Apparemment, ses talents de comédien sont toujours intacts car la gothique n'y a vu que du feu. Il règle l'addition puis rentre avec la jeune femme au NCIS où tous deux se retrouvent au parking pour reprendre leur voiture. Alors que Abby monte et démarre la sienne, Tony fait mine d'ouvrir sa portière et attend de voir Abby sortir du parking. Il referme sa voiture et se dirige à nouveau vers les bureaux.
.
Il s'arrête dans l'espace des bureaux de son équipe et rafle tous les dossiers des meurtres puis prend quelques menus objets. Il prend la direction des salles d'interrogatoire et s'installe dans la salle trois, celle qui sert le moins pour les interrogatoires. Il pousse la table contre un mur, ouvre les dossiers et prend les photos qu'il va ensuite coller sur le mur en face. Il n'a pas dit son dernier mot ; il trouvera le lien qui unit tous ces meurtres. Contrairement à Kate qui n'a pas vu de lien, Tony sait qu'il existe et qu'il suffit d'étudier les dossiers au calme pour voir ce qu'il en est.
.
Il s'installe ensuite à la table et prend le premier dossier, relit tout ce qui a été transcrit sur la vie et la mort de la victime. Il passe ainsi toute la nuit à tenter de trouver un fil conducteur pour les sept meurtres. La fatigue se fait un peu sentir, il n'a pas vraiment dormi depuis presque quarante-huit heures. Il a fait un tableau de tout ce qui est semblable et différent, a collé les feuilles sur le mur sous les photos.
.
Le jour est levé lorsque toute l'analyse est terminée. Il passe d'une feuille à l'autre sans rien trouver. Il revient vers la table et reprend certains dossiers, toujours rien.
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
Durant ce temps, Gibbs vient de franchir les portes de l'ascenseur avec son éternel café. Dans l'attente de l'arrivée de ces collaborateurs, il tente de mettre la main sur les dossiers sans résultat, ceux-ci sont introuvables. Kate et Tim arrivent à quelques minutes d'intervalle et Gibbs les apostrophe.
.
« Dites, vous deux, savez-vous où sont les dossiers des meurtres ? Je n'arrive pas à mettre la main dessus » s'énerve le boss.
« Ils étaient tous sur ton bureau, hier soir lorsque nous sommes partis » précise Kate.
« Ils ne sont plus là. Et qui peut me dire où est encore passé DiNozzo ? » rugit-il très en colère mais aussi inquiet.
.
A peine a t-il fini de poser sa question que Abby fait irruption dans l'espace.
.
« Gibbs, sais-tu où est Tony ? » demande t-elle sans saluer quiconque, l'air inquiet.
« Non et j'aimerais bien le savoir pour lui signifier ce que je pense… »
« Gibbs ! » le coupe Abby. « Nous sommes allés au restaurant ensemble hier soir et nous sommes repassés prendre nos voitures. Pourtant, ce matin, celle de Tony est toujours à la même place, elle n'a apparemment pas bougé de la nuit » l'informe la gothique.
« Tu en es sûre ? Tu as pu te tromper et… »
« Non, Gibbs. Tu sais comme moi qu'il est très improbable de garder la même place de parking d'une journée sur l'autre. Personnellement, çà ne m'est jamais arrivé depuis que je bosse ici. »
« Tu as raison, Abby. A moi non plus, çà n'est jamais arrivé. Très bien ! Il faut trouver ce que Tony a fait hier après… Quelle heure était-il à votre sortie du restaurant, Abby ? »
« Il devait bien être entre vingt et une heures trente et vingt deux heures » indique la jeune femme.
« McGee, voyez si une voiture est entrée ou sortie du parking après celle d'Abby » dicte le patron.
« A tout hasard, je me renseigne auprès des gardiens s'ils ont vu quelqu'un ou quelque chose d'inhabituel à ces horaires » indique Kate.
« Je vois les vidéos de surveillance » continue Abby.
« On fait comme çà. Le point dans quinze minutes » précise Gibbs.
.
Il prend le chemin de l'ascenseur et s'enfonce vers le sous-sol en direction de la morgue. Il a besoin d'un moment pour calmer son angoisse. Plus de dix heures sans nouvelles de Tony et il imagine le pire. Ducky est déjà sur place, Palmer n'est pas dans les parages. Gibbs franchit les portes et, dans le même temps, fait sursauter le légiste.
.
« Jethro, quel bon vent t'amène dans mon repaire ? » demande le médecin regardant par-dessus ses lunettes.
« Un mauvais vent plutôt, Ducky » assure le boss. « Tu n'as pas vu Tony ce matin par hasard ? »
« Non, pas encore. Que se passe t-il, mon ami ? Le jeune Anthony aurait-il des problèmes ? »
« Je ne sais pas encore. Abby et lui sont allés au restaurant hier soir. Sa voiture n'a pas bougé de place au parking et il n'est toujours pas présent au bureau. »
« Je suis sûr que ce n'est qu'un retard comme il lui en arrive » tente de le rassurer Ducky.
« Je ne pense pas, Ducky. Depuis le tout premier meurtre, Tony a toujours été à l'heure si ce n'est même en avance. Son comportement est étrange, je le sens inquiet, plus soucieux que d'habitude. »
« Es-tu sûr qu'il n'y a que çà qui fait que tu t'inquiètes tant pour Anthony ? Cette histoire de meurtres a, certes, mis les nerfs de tous à rude épreuve mais je sens que tes soucis ne sont pas dus qu'à çà, surtout envers ton agent » constate le légiste.
.
Gibbs se tourne vers lui et le regarde en levant les sourcils bien hauts, signe de son étonnement.
.
« Allons, Jethro, je te connais. Ton angoisse pour lui est bien réelle mais incompatible avec celle que tu devrais ressentir envers un simple agent. J'en déduis donc qu'il y a autre chose, n'est-ce pas ? »
« Ducky, je ne pense pas que ce soit le moment de parler de çà ? »
« Alors, pourquoi es-tu venu dans ce cas si ce n'est pour avoir mon avis ? » demande avec malice le docteur. « Il s'est passé quelque chose lors de votre déplacement à Norfolk, ton attitude après çà est révélatrice. »
« Je crois que j'aurais mieux fait d'aller chercher un café » soupire l'ancien marine avec regret.
« Jethro, dis-moi ce qui te mine ainsi et tu seras débarrassé de ce poids que tu traînes comme un boulet » suggère le médecin.
« J'ai poussé Tony à faire quelque chose qu'il n'était pas vraiment enclin à accepter » avoue t-il avec gêne sans oser avouer à son ami la réalité de leurs récents rapports.
« Penses-tu vraiment qu'il ne soit pas suffisamment mature ou lucide pour faire ses propres choix, Jethro. Ce n'est pas parce qu'il fait le fanfaron à tout bout de champ qu'il ne sait pas être sérieux. Il sait tout simplement bien cacher son jeu » remarque le légiste.
« Tu crois ? J'ai plutôt l'impression qu'il me bat froid depuis ce jour-là, Ducky » fait-il en tentant ainsi de détourner les soupçons du médecin.
« Il est plutôt angoissé pour une autre raison que les sentiments que tu lui portes, mon ami. »
« Quoi ? Tu… »
« Allons, Jethro ! Tu penses que je n'ai pas compris de quoi il retourne. Je suis peut être vieux mais pas encore sénile et tes regards appuyés envers Anthony en disent longs. »
.
Il remarque aussitôt la lueur de panique fugitive qui passe dans les yeux de l'homme.
.
« Ne t'inquiète pas, je ne crois pas que quelqu'un d'autre s'est rendu compte de tes sentiments. D'ailleurs, je suis certain qu'il m'a fallu un bon moment pour m'en apercevoir moi-même. Je suis prêt à parier que ceux-ci datent du début de votre collaboration, tout du moins de ta part. Pour Anthony, je pense que çà date de plus récemment » note le légiste.
« C'est impossible. Tony ne peut ressentir quelque chose pour moi, c'est un homme à femmes » essaie t-il de convaincre le légiste, ne voulant pas encore crier son bonheur tout neuf.
« Ah oui ! Tu en es bien certain. Je dirais plutôt qu'il sait tromper son monde avec ses histoires ou qu'il essaye de se persuader d'être uniquement hétéro. Mon dieu, Jethro, ce jeune homme te vénère presque. Il serait prêt à tout pour toi. Et ne crois pas être la figure paternelle qu'il n'a pas eue, ce n'est pas du tout le cas, pas quand on voit les regards presque désespérés qu'il te lance parfois. »
« Tu ne me dis pas çà pour me faire plaisir, Ducky. »
« Je ne me permettrais pas de jouer avec les sentiments de personnes qui me sont chères, Jethro, et encore moins en ce qui concerne Anthony et toi. »
« Tu désapprouves ? »
« Non, l'homosexualité existe depuis la nuit des temps et c'est dans la nature de l'homme de répondre à ses penchants dans ce domaine. Et pourquoi devrais-je juger de tes inclinaisons en la matière ? Et puis, c'est peut être la raison de tous tes mariages ratés, aucun n'a été couronné de succès. Y as-tu réfléchi un instant ? Peut être serait-il temps que tu te penches sur ces échecs et que tu admettes que tu dois passer à autre chose. »
« Je ne sais pas, Ducky. »
« Que s'est-il passé à Norfolk, Jethro ? Tu veux bien m'en parler. »
« Ok, je t'en parlerais peut-être mais plus tard. Pour l'instant, je dois retrouver Tony. Je repasserais plus tard. »
« A ta disposition, mon ami. »
.
Gibbs prend le chemin de la sortie lorsque Palmer fait son entrée dans les lieux. Les deux hommes se saluent lorsque tout à coup, l'ancien marine revient sur ses pas.
.
« Palmer, vous n'auriez pas vu Tony ce matin par hasard ? »
« Non, désolé, je viens juste d'arriver. Je n'ai encore vu personne de votre équipe. »
« Si jamais l'un de vous le voit, faites lui savoir que nous le cherchons. »
.
Il repart et prend l'ascenseur. Il s'arrête au niveau du labo d'Abby. Lorsqu'il arrive, la musique ne braille pas, signe que la laborantine est préoccupée.
.
« Abby, as-tu trouvé quelque chose ? »
.
Elle n'a pas le temps de répondre que Kate et McGee pénètrent à leur tour dans le labo.
.
« Gibbs, le gardien de nuit se souvient avoir vu Tony revenir dans les bureaux vers vingt deux heures. Il a signé le registre d'entrée mais pas celui de sortie. Il doit logiquement être dans les locaux. »
« Quand aux sorties du parking, aux mêmes horaires, aucune voiture n'a quitté les lieux hormis celle d'Abby. »
« Donc, Tony est revenu mais n'est pas reparti ou du moins pas par la sortie officielle. Et pas en voiture. »
« Moi, j'ai du nouveau » fait Abby. « Il est bien revenu ici. »
.
Elle se tourne vers l'écran et envoie la vidéo de surveillance des bureaux. On y voit Tony prendre des documents sur le bureau de Gibbs et repartir vers l'ascenseur.
.
« Peux-tu déterminer où il est allé ? » insiste le patron.
« Aucune sortie par les escaliers, le sous-sol, le parking, le garage, la morgue ou le quai de déchargement » énumère t-elle en faisant défiler les différents plans des caméras. « Il est donc toujours dans le bâtiment. »
« Oui mais où ? » interroge Kate.
« Kate, vois la salle de repos. McGee, les vestiaires des hommes. Je prends les autres salles. Téléphone dès que l'un de vous l'a trouvé. En avant » ordonne Gibbs.
« Vous me tenez au courant ? » demande Abby.
« Bien sûr, ma grande » répond le boss en partant.
.
Tous trois remontent par l'ascenseur. Kate et McGee prennent les directions indiquées par le patron tandis que ce dernier prend la direction des salles d'interrogatoire. La première salle est vide ainsi que la seconde. Quelle n'est pas sa surprise de n'avoir pas accès à la troisième salle, la porte est fermée à clé. Curieux, Gibbs pénètre dans la salle d'observation et là, bingo. Il appelle Kate.
.
« Kate, tu peux cesser les recherches et me rejoindre en salle d'observation trois. J'ai trouvé Tony. »
« Ah ! Se serait-il encore endormi là-bas ? » se moque t-elle.
« Pas du tout. Prends McGee au passage et venez me rejoindre » ajoute t-il sans plus de précision mais d'un ton un peu agressif.
.
Il n'a pas du tout apprécié la remarque de son agent. De voir ce que Tony est en train de faire ne l'incite pas à être indulgent envers la jeune femme. Il appelle ensuite la laborantine pour l'informer et la soulager.
.
Deux minutes se sont à peine écoulées que les deux membres de son équipe entrent dans la salle. Ce qu'ils voient les laisse pantois. Tony, en bras de chemise, les cheveux hirsutes, fait face aux photos des victimes collées sur le mur. Des feuilles sont scotchées sous les photos et les dossiers sont ouverts sur la table.
.
« A quoi joue t-il comme çà ? » demande Kate. « Il est là alors que nous sommes à sa recherche depuis un bon moment. Il ne va pas s'en tirer de cette façon » fulmine t-elle.
.
Elle se tourne vers le boîtier dans l'intention de se servir de l'interphone. Une main se tend et s'empare de son poignet arrêtant du même coup son geste.
.
« Non, Kate. J'ai bien l'impression qu'il a passé la nuit à étudier dossiers, photos et indices. »
« Il cherche à se faire mousser ou quoi ! » lance la jeune femme.
« Kate, Kate, s'il te plait. Depuis le début de cette affaire, nous tournons en rond. Tu n'as même pas pu établir de profil des tueurs. Tony a flairé quelque chose qui le turlupine depuis le premier meurtre. Il cherche et… »
« Comment çà, il a flairé quelque chose ! Il aurait pu nous mettre sur la piste au lieu de faire cavalier seul. »
« De vagues impressions ne sont pas suffisantes pour faire dévier les recherches, tu le sais. Tu aurais été la première à te moquer de ses intuitions, reconnais-le » affirme le chef.
« Peut être. Ce n'est cependant pas une raison pour agir de la sorte » constate t-elle.
« Patron, Kate, regardez Tony. Il a dû trouver quelque chose. »
.
En effet, Tony se met soudain à modifier l'ordre des photos pour les remettre dans l'ordre chronologique des meurtres, puis il prend les dossiers, vérifie quelque chose. Il s'empare ensuite des sachets contenant les papillons et les met dans le même ordre chronologique. Et soudain, les trois agents le voient lâcher tout ce qu'il a en mains, reculer vers le fond de la salle en se pliant en deux, un bras passé en travers de son estomac. Le teint soudain très pâle, il tente par deux fois d'ouvrir la porte de la salle, une main plaquée sur sa bouche dans l'intention évidente de contenir une envie de vomir. Une fois la porte ouverte, il s'élance dehors.
.
« Merde » lance Gibbs soudain. « Vous me tenez cette salle fermée et vous ne touchez à rien » ordonne t-il à ces agents. « Je vais rattraper Tony et je reviens. »
« Patron, vous allez le trouver où ? »
« Aux toilettes, McGee. C'est le seul endroit où il a pu aller. »
.
Et il sort précipitamment de la salle.
.
Kate et McGee se regardent, incertains de la conduite à tenir malgré les ordres du boss. Ils sortent malgré tout de la petite salle et Kate va fermer la salle d'interrogatoire à clé, clé qu'elle empoche afin d'empêcher toute intrusion dans la pièce où sont toujours disposés les dossiers et indices.
.
« Qu'est-ce que Tony a découvert qui a pu le mettre dans cet état ? »
« J'en sais rien, Tim. Lui seul pourra nous le dire dès qu'il aura repris ses esprits » fulmine la jeune femme.
« Kate, ne sois pas injuste envers lui, tu veux ! Il a bossé comme un dingue depuis ces derniers deux jours. »
« Ca compense pour toutes les fois où il nous laisse faire le boulot » ricane t-elle.
« Il fait sa part comme chacun de nous même s'il nous fait croire le contraire, Kate. Gibbs ne l'aurait pas gardé dans l'équipe si ce n'était pas le cas. »
« Ouais ! Peut être » admet-elle de mauvaise grâce. « Bon, on va attendre au bureau leur retour. »
.
Et elle entraîne le jeune homme à sa suite vers leurs bureaux respectifs où elle prend place sans plus de façon. Ce dernier est pourtant de plus en plus perplexe quant au comportement de sa collègue vis à vis de l'agent senior de l'équipe. Il se demande ce qui motive ainsi ses sautes d'humeur et ses remarques vexantes envers Tony qu'il juge plutôt correct envers Kate au vu des réflexions de la brune. A aucun moment, Tony ne s'est permis de rabrouer la jeune femme faisant même l'impasse sur ses commentaires blessants. Sans avoir relever, il a bien vu que leur chef avait dû, à plusieurs reprises, remettre sa coéquipière dans le droit chemin.
.
Ainsi, au vu des nouveaux développements, il attend de voir évoluer la situation et espère que cette attitude sera vite oubliée et que les comportements de chacun redeviendront normaux rapidement. Il n'aime pas l'ambiance actuelle au sien de son groupe. Tony, toujours aussi mystérieux sur ses connaissances, le fait flipper et Gibbs qui le soutient ouvertement face à Kate n'est pas en reste. Il joue les super protecteurs envers l'italien alors que ce n'est nullement son habitude.
.
Tout est chamboulé depuis le début de ces meurtres et Tim est bouleversé par ce qu'ils ont entraîné. Il a bien hâte de revenir à une situation normale. Et l'attitude de Tony tend à prouver que ce sera bientôt le cas. Il prie pour que son vœu se réalise tout en prenant place à son bureau.
.
.
.
.
A suivre…
