Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponse aux reviews :
Queen Puduhepa : Hey you ! Toujours ravie d'avoir tes retours
Pour l'espoir, entre nous, j'ai la même vision de l'espoir que toi. Mais je voulais présenter une des analyses du mythes de Pandore et je me suis dit que de la bouche de Tirésias, ça pourrait bien le faire.
Pour Ethra, eh bien disons que dans ma fic elle est morte lorsqu'Hippolyte avait 7 ans. J'avais commencé l'écriture de cette fic avant de savoir qu'Ethra avait été enlevé par les Dioscures. Ce qui est dommage parce que ça m'aurait fait écrire cette histoire d'une manière très différente ! (et peut-être même meilleure en fait). Mais bon, tant pis '
Jeune pour tomber enceinte ? C'est vrai si on regarde par rapport à notre époque. Mais j'avais cru lire quelque part (je ne sais plus où) que les femmes grecques étaient "données" en mariage très jeune (entre 9 et 12 ans). Mais à vérifier, vu que je n'ai plus du tout les sources.
Ha haha, oui, les livres sont totalement anachroniques ici. Dès le chapitre 3 j'avais fait des recherches quant à savoir s'ils existaient déjà (c'est dans le chapitre 3 qu'on apprend que Phèdre sait lire). Et quand j'ai vu qu'ils n'ont été créer que plus tard, j'ai été prise dans un dilemme. Je m'étais alors dit que je pourrais remplacer les livres par des tablettes d'argiles ou autres. Et puis j'ai joué entre temps à God of War et dedans, la présence de livres semblait plutôt naturelle. Alors j'ai fait le choix de ne pas me limiter dans l'écriture et j'ai pris un peu plus de liberté par rapport à l'Histoire.
Et franchement, j'adore quand on pinaille sur les détails, c'est plus intéressant. Ça me permet d'avoir ton point de vue et d'apprendre des trucs
Donc... si tu veux encore me titiller sur des détails, tu es plus que la bienvenue ! :-D
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Chapitre 14 :
Thésée avait ouvert les yeux. Noirs, sans éclats, inexpressifs. Mais braqués sur elle.
Elle avait reculé, pétrifiée.
Le monde autour d'elle s'agita. On serra des mains, baisa des pieds, remercia les dieux.
C'était le temps des louanges et de l'allégresse. Pour tout le monde.
Sauf pour elle.
Thésée peut être aimé de tous, mais pas de moi.
§...§
Démophon adorait son grand-frère. Hippolyte lui apprenait tout un tas de choses et était plus présent dans sa vie que son propre précepteur. Mais il était des moments où Démophon haïssait son frère. Il était des moments où Démophon abhorrait Hippolyte.
Et ces moments impliquaient tous plus ou moins Thésée...
Démophon était jeune. Il avait onze ans et savait à peine chasser. Mais il était loin d'être crédule et naïf.
Serrant les dents, Démophon décocha une flèche qui alla se loger au centre. Fier de sa prestation, il abaissa peu à peu les armes et observa longuement son arc miniature.
Cet arc, c'est Alcéise qui le lui avait apporté un beau jour. Et patiemment, elle lui avait appris à s'en servir.
« Oui j'ai enlevé Hélène de Sparte, mais uniquement parce qu'elle m'a supplié de le faire. Elle voulait fuir Sparte et les entraînements militaires. Elle voulait la douceur et la quiétude d'Athènes... »
Hippolyte et Phèdre vouait un amour sans borne à Thésée. Est-ce pour cette raison qu'ils n'avaient pas vu la faille dans l'histoire de Père ? Est-ce pour cela que ces deux personnes avaient fermé les yeux le mensonge éhonté ?
Le jeune prince serra à nouveau les dents et décocha une nouvelle flèche.
Démophon connaissait Alcéise/Hélène ou qu'importe son nom. Elle avait été une véritable sœur pour lui. Il savait qu'elle n'avait jamais été heureuse à Athènes. Il savait qu'elle adorait tirer à l'arc et qu'à sa connaissance, la seule personne plus douée qu'elle, était Hippolyte.
Mais surtout il savait, et comme tout le monde, qu'Alcéise, Hélène, ou qu'importe son nom, était muette.
Jamais elle n'aurait été dans la capacité de demander qu'on l'emmène.
Père est peut-être adulé de tous, mais pas de moi !
§...§
Thésée se rétablissait très vite et cela réjouissait Hippolyte.
Mais à Trézène, tous ne partageaient pas son enthousiasme, à commencer par son propre conseil. Les anciens n'avaient pas été convaincus par les explications de Thésée quant à son séjour dans les enfers et encore moins par celle justifiant l'enlèvement d'une vierge à son père. Les anciens craignaient désormais les représailles de Sparte, surtout que la rumeur de la guérison miraculeuse courrait désormais à travers tous le monde grec.
Face aux arguments de son conseil, Hippolyte ferma les yeux et médita longuement.
L'intelligence, le courage, la justice et la protection des opprimés, quatre des cinq piliers du bon souverain tel que défini par Thésée. Mais le pilier le plus important, le cinquième, c'était celui de l'art de la négociation. Le roi rouvrit les yeux et fit face à son conseil.
« Tout bon souverain se doit de trouver la solution la plus sage, » énonça lentement le chasseur. »L'homme fort n'est pas celui qui sait jouer de ses muscles ou de ses talents. Mais celui qui sait se montrer le plus juste et le plus sage. C'est pourquoi, la seule chose que nous pouvons faire, c'est d'aller à la rencontre du roi Tyndare et entamer des négociations. »
Un long silence suivit ses paroles, puis le plus ancien de ses conseillers prit la parole.
« Notre souverain est jeune. Mais il parle avec sagesse. Tyndare est réputé pour être un bon roi, préférant toujours les complots bien menés aux effusions de sangs inutiles. Il n'aime verser le sang d'un peuple, même lorsque ce n'est pas le sien. »
Hippolyte pesa la dernière information. Tyndare était donc très ouverte aux alliances, même traitresses, pourvu qu'elle lui épargne la guerre. Un homme donc raisonnable mais qu'on ne peut croire indéfiniment... Il était donc tout à fait possible de le persuader de retirer ses troupes d'Athènes. Cela rassura Hippolyte.
« Que tous les navires se tiennent prêts et que les présents les plus fins me soient présentés : nous partons pour Sparte ! »
— Bien mon roi ! »
Et pendant que son conseil se retirait, Hippolyte pensa la chose suivante :
Père peut être méprisé du monde entier, mais pas de moi.
§...§
Une visite de courtoisie, c'était ce qui avait impulsé ce voyage vers Skyros, le domaine du roi Lycomède. Ce dernier, apprenant sa guérison miraculeuse, avait invité Thésée et sa famille dans son palais. Un verre de vin à la main, Thésée discutait avec son égal. Puis il vit le roi Lycomède s'amuser tout seul. Thésée suivit son regard et tomba sur son dernier fils qui contemplait l'autre genre. Il comprit ce qui amusa Lycomède et éclata de rire à son tour.
« Allons bon, le jeune prince aurait-il compris ? »
Démophon émergea de sa contemplation, rouge de gêne. Lycomède se pencha vers lui et l'interrogea.
« Jeune prince sais-tu à quoi on reconnait la marque des rois les plus puissants ? »
Démophon sembla perplexe. Néanmoins il tenta une réponse.
« À l'amour que leur porte son peuple ? »
Thésée secoua la tête et lui fournit la réponse.
« Non mon fils. La marque des plus puissants se mesure à leur capacité à attirer les femmes. Plus un homme attire les femmes à lui, et plus il sera puissant. »
— Quelque chose que le Héros de l'Attique a bien compris ! » s'exclama Lycomède avant de rire à gorge déployée.
Thésée esquissa un sourire mi-pudique, mi-satisfait et porta son verre à ses lèvres.
« Alors Hippolyte doit être vraiment puissant », déclara Démophon.
Thésée suspendit son geste.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »
Démophon pointa alors du doigt son frère ainé, installé en retrait. Les nobles comme paysannes, les vieilles comme les vierges, les dociles comme les rebelles, toutes n'avaient d'yeux que pour ce roi sans voix mais plein de pensée.
« C'est bien vrai ça », concéda Lycomède. Ton frère porte en lui la marque des plus puissants. »
Thésée visa d'un trait son verre et retourna à ses quartiers.
Grand, fort, le regard toujours fixé vers l'horizon, Hippolyte dégageait une puissance et un charme rare. Ses conseillers le suivaient aveuglément, les femmes le buvaient silencieusement. Deux ingrédients qui auraient pu faire de lui un très grand roi. Mais Hippolyte ne sera jamais un grand roi.
Thésée y veillerait soigneusement.
Tu les as peut-être tous à tes pieds, mais pas moi.
§...§
Face à un large miroir en bronze installé rien que pour elle, Phèdre se brossait les cheveux, rituels de tous les soirs. Mais ses gestes étaient nerveux, ses cils mouillés et sa respiration saccadée.
Pourquoi avait-il fallu que son mari reviennent à la vie, une troisième fois ? Pourquoi ne se contentait-il pas de mourir et de la laisser vivre ? Pourquoi n'avait-il pas choisi de rester auprès de son cher Pirithoüs ? Pourquoi devait-il toujours revenir... ?
Que Zeus la frappe de sa foudre et l'achève ici-même ! Car elle n'en pouvait plus...
Phèdre se mordit les lèvres pour s'empêcher de pleurer. Elle repensa à cette maudite fête et à toutes ces femmes qui lui tournaient autours. Toutes ces femmes impudiques qui dévoilaient un peu plus leur gorge et de leurs jambes pour lui.
Je te donnerai tout ce que j'ai Hippolyte, je te donnerai mon corps, mon âme et même mes rêves mais je t'en supplie, ne va pas vers ces femmes...
« Tout le monde m'a parlé de ton dévouement à ma guérison. »
Phèdre émergea brusquement de ses pensées et s'essuya rapidement les yeux. Dans le miroir, elle capta le regard intéressé de Thésée.
« Je n'ai jamais eu l'occasion de te récompenser pour cela alors... »
Il l'approcha par derrière et la força à reposer son peigne.
« Laisse-moi te récompenser de tes bons soins, ma chère épouse. »
Et lentement, il se mit à l'embrasser. Le cou, la nuque, puis il lui arracha le reste de ses vêtements.
Elle ne voulait pas. Elle n'en avait pas envie. Mais qui s'occupait de ce qu'elle avait envie. Elle était une femme : elle n'avait pas d'envie.
Thésée la retourna brusquement et un courant d'air traversa la pièce au même moment. L'unique bougie de la pièce s'éteignit et Thésée n'était maintenant plus qu'une ombre lunaire.
Une ombre malléable et agréable à toute invention.
Et Thésée devint Hippolyte.
Ses mains chaudes et fermes.
Ses mains dures mais maîtresses de son univers...
Phèdre les attrapa et la baisa longuement.
Hippolyte.
Elle retira sa toge et embrassa son cou. Il gémit. Elle parcourut son torse, ses muscles. Elle laissa glisser ses mains sur son ventre. Puis plus bas. Il haleta et gémit plus férocement.
Hippolyte
Elle se jeta finalement à ses pieds et le happa tout entier.
Je te donnerai tout ce que j'ai, tout ce que je suis, alors je t'en supplie, aime-moi.
