Merci à Manu Chao pour l'inspiration du titre de ce chapitre. Ainsi qu'à Madgriffin et Luna Cleaver pour leur review (oui, oui, je continue !)

Chapitre 14

C'est la panique, tac, tic, tac

-« Ca alors ! Pince-moi, je rêve ! Aïe ! Ce serait vrai ?

Black serait-il en train de réviser, enfin, ses Aspics ?

-« Merde, les Aspics, j'avais oublié ! » S'exclama Sirius en se tapant le front avec la paume de sa main.

-« Qu'est-ce que tu fais alors avec ce bouquin dans les mains depuis ce midi, si c'est pas pour réviser ? Et pourquoi tu restes debout à cloche-pied pour le lire ? Viens t'asseoir avec nous !

-Les voies de la connaissance sont parfois difficiles à atteindre, mon petit Peter.

-Et sans déconner ?

-Sans déconner, je lis ce foutu livre à cause d'un Professeur, tout ça pour qu'il me laisse vaquer à mes occupations comme je l'entends pour la fin de cette semaine. Et je reste à cloche-pied, parce que si je le lis autrement, il se met à pousser des cris stridents, et j'aimerais autant éviter d'attirer l'attention sur ce livre qui nous vient directement de la Réserve.

-La Réserve de la bibliothèque interdite aux élèves ?

-Celle-là même, chère Lily.

-Et tu peux pas inventer un contre-sort et venir t'asseoir avec nous ? Tu me fatigues là.

-Ca me prendrait trop de temps, alors tant pis, je me muscle la jambe droite, et attention, hop, je passe à la jambe gauche. » Annonça Sirius en sautillant d'une jambe à l'autre.

-« Tenez, regardez, c'est pas Listerdale là-bas ? On pourrait lui faire signe de venir nous rejoindre.

-J'ai loupé un truc ou vous faites amis-amie avec une Serpentarde ? » Demanda Lily inquiète pour la santé mentale de ses amis et amoureux.

-« On t'expliquera un jour, Lily. Et Peter, je ne conseille pas de montrer à toute l'école que tu lui parles plus qu'un digne représentant de Gryffondor parle à un digne représentant de Serpentard, fut-elle désespérément sympathique, et tragiquement belle.

-Et de toute façon, pour qu'elle vienne, il faudrait déjà qu'elle se décroche de Malefoy. Il se la joue ventouse ou quoi ? C'est limite indécent !

-Tu peux parler, James…

-Pour une fois que Malefoy montre des sentiments presque humains, il faudrait fêter ça… »

Dans le parc de Poudlard, et ce malgré sa superficie, Black ne pouvait voir que cela : la très belle Remedios dans les bras du blondinet que Sirius détestait le plus au monde, à moins que Voldemort ne soit lui-même blond, auquel cas, peut-être que Lucius était relégué à la deuxième place, mais s'y maintenait facilement.

-« Il est blond Voldemort ? » Dit-il tout haut sans s'en rendre compte.

Black avait beau être entouré des meilleurs amis du monde, c'était dans ce genre de situation qu'il se sentait le plus seul. Il éprouvait des tonnes de choses, et ne pouvait les hurler. Il se demandait même si plus jeune, au cours des quelques années qu'il avait eues à passer dans sa famille, il avait ressenti quelque chose d'aussi désespérant.

-« Sirius ? Allô ici Poudlard, Sirius ? Vous nous recevez ?

-Mm ?

-Bon alors tu viens ou restes à cloche-pied dans le parc pendant toute la soirée ?

-Non, non allez-y, m'attendez pas. »

Embêtés de le laisser seul mais l'estomac gargouillant, James, Remus, Peter, et Lily rejoignirent le hall d'entrée, puis la grande salle.

Sirius Black restait, lui, près du lac, un pied en l'air, l'autre fermement maintenu sur le sol, tous les autres élèves étant reparti vers le château. Il n'était cependant pas tout à fait seul.

-« Alors, tu as lu la manière de faire ?

-Tiens, Meme, comment ça va ?

-Bof, je n'ai pas beaucoup dormi… » Répondit-elle d'un air entendu.

-« Ils sont sympas mes amis, hein ?

-Les miens aussi.

-Ouais alors, ça, permets moi d'en douter !

-T'es con, Sirius. »

-« Tu penses qu'on peut y arriver ?

-J'en suis certaine. Mais ce sera peut-être difficile, je ne te le cache pas.

-C'est bien ce que j'ai constaté, ma belle.

-Je ne suis pas ta belle.

-Tu as vu la petite note en bas ? C'est écrit en quelle langue ?

-Ca doit être un dialecte. Un « revelo literatus » devrait suffire dans ce cas de figure.

-C'est bien possible. Il nous faudra essayer ce soir.

-Euh, en parlant de ce soir. Rappelle-moi à quelle heure on est censé commencer la retenue ?

-A peu près… Il y a cinq minutes. »

Ils arrivèrent dans la salle de cours de Monsieur Thornford quelques minutes en retard et franchement essoufflés. Monsieur Thornford avait eu le bon goût de ne pas faire de réflexion, et les avait laisser sans même échanger avec eux quelques mots, ou quelques railleries, seuls dans la grande salle vide. Il avait juste eu un petit sourire qui ne présageait rien de bon pour ses élèves, et était parti.

-« Bon, fais voir ! »

Remedios lui tendit le livre.

-« Revelo literatus ! » Murmura-t-il.

Les petites lignes du livre qui poussait un cri insupportable quand son lecteur n'était pas à cloche-pied se mirent à s'effacer peu à peu. Puis, quelques secondes plus tard, elles réapparurent.

-« Alors ? » Demanda Listerdale impatiente.

-« Précision de l'auteur : ici est développé la transformation d'une roche calcaire du sud de l'Angleterre, en colibri de Tasmani. Cependant, le même procédé, même s'il provoque des réactions moins amusantes que celles de l'oiseau susmentionné, peut être appliqué à la plupart des oiseaux connus. Dans ces hypothèses, remplacez la plume de colibri par une plume de l'oiseau désiré. Alors là, on demandait pas mieux ! » S'exclama Sirius.

-« Reste à trouver une plume d'alouette, et en cette saison…

-C'est pas la saison des alouettes ?

-J'en sais rien. »

Remedios porta son regard vers la fenêtre.

-« Ca te dit d'aller faire un petit tour dans la forêt interdite ?

-Maintenant ?

-T'as une autre idée pour trouver une plume d'oiseau ? »

A l'unanimité des votants, la motion de Remedios Listerdale fut adoptée. Et les deux jeunes gens quittèrent leur salle de Métamorphose appliquée afin de gagner la forêt, qui même au printemps, ne disait rien qu'y vaille à tous ceux qui s'en approchaient. La nuit était d'ailleurs en train de tomber et ne faisait qu'empirer le caractère lugubre du spectacle. Sans hésiter pourtant, le Gryffondor et la Serpentarde s'approchèrent de la lisière, et pénétrèrent d'un pas décidé dans la forêt.

-« T'as une idée d'où on va ? » Demanda Remedios après à peine quelques minutes de marche ardue.

-« Pas trop. Je suis déjà venu plusieurs fois, mais je ne me repère jamais très bien. Mais je ne me suis jamais perdu !

-Super…

-Jamais contente, celle-là. » Marmonna Sirius en continuant à avancer, alors même qu'ils allaient bientôt ne plus rien y voir du tout.

-« Stop !

-Quoi stop ? Je viens de te dire que je ne me perdais jamais, je ne me transforme quand même pas en chien pour rien !

-Sirius, pourquoi faire compliqué ? »

Elle n'en rajouta pas, et prononça un petit « repero alouette » face à sa baguette, qui montra instantanément une direction à sa gauche. Que Remedios suivit, bientôt suivie par Sirius.

-« On pense jamais à ce qu'il y a de plus simple. » Ronchonna, vexé, le jeune homme.

Ils marchèrent de longues minutes en silence. Ils commençaient à s'inquiéter : Monsieur Thornford finirait peut-être par aller les chercher dans la salle de cours, et qui sait les conséquences que cela pouvaient avoir sur les prochaines soirées des deux élèves ?

-« Peut-être est-il plus sûr de retourner à l'école. » Lâcha enfin le Gryffondor.

-« J'imagine que tu as raison. Je suis déçue tout de même.

-Allez, va, t'inquiète pas, on réessaiera demain. Il nous reste encore deux soirées. A propos, je peux savoir pourquoi tu dois te rendre chez Voldemort précisément en fin de semaine ?

-Il ne nous a rien précisé. Il nous a juste dit qu'il fallait que nous soyons tous présents. Il nous a laissé entendre qu'il verrait d'un très mauvais œil les absents. Et je n'ai pas spécialement envie de me mettre en froid avec lui, au-delà du simple fait que je ne pourrais plus le surveiller tranquillement, et que je n'ai pas spécialement envie de passer quelques minutes sous endoloris comme il fait avec les autres Mangemorts.

-Sous endoloris ? Mais c'est un malade ce mec !

-Tu en doutais ? Bref, tout ça pour dire, que tout ça sent le roussi, et qu'il faut vraiment que j'y sois.

-Et, je me demandais, juste comme ça en passant… Tu me réponds pas si t'as pas envie, hein, mais t'entretiens quelle relation avec Voldemort ?

-Voldemort ? Tiens, je pensais que tu allais me parler de Lucius. Pour répon…

-Chut ! » Ordonna le jeune homme malgré l'impatience manifeste qu'il éprouvait à l'égard de cette réponse.

Listerdale n'avait pas franchement l'habitude qu'on lui parle de cette manière. Elle se fit même la réflexion à ce moment-là qu'elle ne se souvenait pas que Voldemort lui ait un jour ordonné de se taire. Quant à ses professeurs, jamais ils n'avaient été si catégoriques.

-« Quoi ? » Chuchota-t-elle, visiblement énervée.

Mais déjà Sirius, l'avait entraînée derrière un tronc d'arbre gigantesque, qui n'avait rien à envier à un baobab.

-« Chut ! » Répéta-t-il pour seule réponse, le plus discrètement possible.

Listerdale commençait à le trouver franchement lassant.

Jusqu'au moment où elle entendit elle-même des bruits de voix. Elle reconnut immédiatement deux d'entre elles, Black aussi. Il étouffa un cri de surprise. Et sentit à ses côtés, la Serpentarde tressaillir.

-« Bon, allez plus vite ce sera fait, plus vite nous pourrons quitter cette maudite forêt.

-Il faut dire que j'ai connu des endroits plus attirants.

-Ca c'est sûr.

-Messieurs, avez-vous posé un Portoloin près d'ici ?

-Non pas encore, Lucius doit le faire.

-Très bien, nous n'en aurons plus que quelques uns à disséminer, et nous pourrons revenir vers notre Maître. Alors dépêchons-nous.

-Dépêchons-nous, dépêchons-nous, ça se voit que ce n'est pas lui qui les ensorcèle !

-Il faut dire que tu t'y prends mal. Regarde, si tu fais comme ça, c'est plus simple.

-Rogue pédagogue ? On aura tout vu ! Et pourquoi pas prof à Poudlard pendant qu'on y est ?

-Ne dis pas de bêtise, et ensorcelle cette botte. » Lui répondit la voix froide et calculatrice de Severus Rogue.

Cachés par l'immense tronc d'arbre, en plein cœur de la forêt interdite, au début de la nuit, Black et Listerdale n'en menaient pas très large, surtout que des choses pas très honnêtes étaient visiblement en train de se préparer juste devant eux. Ils avaient bien compris, qu'il ne fallait surtout pas que Rogue, Malefoy, et les autres apprentis Mangemorts, ou tout à fait Mangemorts, présents se doutent de la présence des deux sorciers. Ils préféraient éviter de devoir leur raconter un quelconque rapprochement entre eux, même avec l'excuse d'une sanction.

Remedios le regarda. Il fallait bien trouver une solution. Il était bien certain qu'ils ne pourraient pas passer là toute la nuit, déjà, parce qu'il ferait probablement très froid au bout d'un moment, ensuite parce que leur professeur préféré allait les attendre, après parce qu'il fallait qu'il trouve le plus rapidement possible une plume d'alouette, mais enfin parce que les deux jeunes gens avaient pour devoir, et pour envie, de savoir ce qui se tramait à cet endroit là, ce soir-là.

Black comprit l'ensemble de ces questions. La dernière étant de loin la plus urgente.

Listerdale sortit alors de sa cachette, le grand chien noir sur les talons.

-« Remedios ? C'est toi ?

-C'est moi, Severus.

-Remedios ? » S'exclama à son tour Lucius de sa voix glaciale après avoir ensorcelé un Portoloin. « Que fais-tu là ? »

Si Sirius n'avait pas eu de nombreux a priori sur les amis de la jeune fille, il aurait peut-être pensé que Malefoy était inquiet, voire un peu effrayé de la présence de la Serpentarde, que certes, il n'attendait pas.

-« Tu ne révisais pas les Aspics à Poudlard ? »

Le chien noir nota que sa belle avait menti à ses amis. Il se rappela aussi soudainement que les Aspics approchaient décidément dangereusement et que ses professeurs verraient sûrement d'un assez mauvais œil ses activités nocturnes extrascolaires et ma foi fort nombreuses.

-« Si, si. » Répondit calmement la jeune fille. « Je voulais prendre l'air, et je vous ai entendu.

-Tu prends l'air dans la forêt interdite ?

-Qu'est-ce que tu veux Severus, c'est bien le seul endroit où on ne croise pas ces insupportables Gryffondors ! »

Bam ! Prends toi ça, pensa intérieurement le chien qui se fondait dans l'obscurité. En plus, c'était faux. Lui, il était passé souvent dans la forêt. Pour des raisons top secrètes, il y avait même passé quasiment toutes les nuits de pleine lune depuis quelques années. Enfin, ce n'était pas forcément le moment d'entrer dans le débat.

-« Tu as bien raison… » Marmonna Rogue.

-« Et vous, vous faites quoi ?

-On te dirait bien qu'on prend l'air, mais je crains que tu ne nous croies pas.

-Quelle perspicacité !

-Le maître nous envoie en mission secrète ! Pour la première fois ! Bon d'accord, on est chaperonné, mais on est monté en grade ! »

On pouvait clairement déceler dans ce que venait de dire Lucius Malefoy la joie. Ce qui fit frissonner le grand chien noir.

-« Severus a déjà eu des missions importantes à réaliser. » Nota la Serpentarde tandis que le concerné baissait les yeux.

C'était d'ailleurs bien la première fois que Sirius Black voyait Rogue montrer une gêne. Cette fille était vraiment extraordinaire.

-« Ok, je suis monté dans l'estime du Maître. C'est déjà ça, non ?

-Et il s'agit de quoi alors ? Je peux vous aider ? » Demanda Remedios sans répondre à l'auto flatterie de son ami, ou plutôt son petit ami. Ce qui revint brusquement à la mémoire du chien quand Lucius entreprit d'enrouler son bras autour de la taille de la jeune fille.

-« On installe des Portoloins comme tu vois.

-Pourquoi faire ?

-Le Maître ne t'a pas dit ?

-Qu'est-ce que Voldemort aurait dû me dire ? » Demanda Remedios qui commençait à se sentir agacée.

-« Mais l'attaque ! » Répondit Malefoy qui décidément avait l'intention de tourner autour du pot le plus longtemps possible.

-« L'attaque ? » Demanda la Serpentarde une nouvelle fois, perdant un peu plus son sang froid légendaire. « Severus, réponds-moi, quelle attaque ? » Dit-elle en se tournant vers son ami.

-« Le Maître est venu nous trouver tout à l'heure et nous a demandé de nous joindre à ses Mangemorts pour installer des Portoloins dans la forêt interdite. Il espère ainsi pouvoir attaquer… Poudlard par son côté le moins protégé. Comme on connaît un peu la forêt, on les aide, et on rentre à l'école. Le reste ne nous appartient pas.

-Attaquer Poudlard ! Mais il est complètement fou ! Il sait bien que c'est impossible ! » S'exclama Listerdale qui cette fois-ci avait perdu toute son impassibilité.

-C'est bien ce qu'on a pensé » répondit Rogue de sa voix grave « je lui ai dit d'ailleurs. Et il s'est mis à rire. Il doit avoir un plan. »

Remedios Listerdale se mit à réfléchir. Sirius Black, quant à lui, était partagé entre l'envie d'attaquer ces Mangemorts en puissance avant qu'ils ne puissent nuire à quelqu'un, celle de courir à l'école prévenir l'Ordre et Dumbledore, ou rester pour surveiller ce qui allait se dérouler sous ses yeux. Incapable d'ordonner clairement ses idées, il resta caché dans l'obscurité, attendant de trouver un plan d'action avec la Serpentarde.

-« Vous ne pouvez pas faire ça !

-Tu crois quoi Remedios ! On sait quand même ensorceler une botte pour qu'elle devienne un Portoloin ! » Dénia Malefoy.

-« Je ne parle de pas de ça, idiot. Je dis qu'on ne peut pas laisser attaquer l'école. » Répondit-elle sèchement.

Ce qui eut pour effet de couper le sifflet aux deux Serpentards, en particulier à Lucius qui n'était pas franchement habitué à ce qu'on lui parle comme ça.

-« Il ne faut pas que Voldemort attaque l'école ! Les conséquences pourraient être trop graves : ce sont nos amis qui vivent ici. Et ne comptez pas sur les Mangemorts pour faire la part des choses entre les fidèles, et les autres. Vous le savez aussi bien que moi. Alors qu'est-ce que vous faites là ?

-Remedios, nous n'avons pas le choix. Il nous l'a demandé. » Dit Rogue. « Et soit dit entre nous, je ne désespère pas que quelques élèves de Poudlard disparaissent.

-Et moi ça m'est égal tout ça. La seule chose qui compte, c'est que le Maître me remarque.

-Ton ambition te perdra. » Murmura la Serpentarde, effrayée par les propos de ses amis. « Je vous en prie, réfléchissez un peu à la portée de vos actes.

-Ecoute, » reprit Rogue, « ce ne serait pas nous, ce serait quelqu'un d'autre. »

Sirius pensa pour la première fois de sa vie que Rogue n'avait peut-être, éventuellement, et sous toute réserve, pas tout à fait tort sur ce coup-là. Et Remedios eut l'air de comprendre la même chose. Elle perdait son temps ici, alors que justement, le temps était compté.

Elle laissa en plan ses deux amis, et entreprit de rejoindre l'école le plus vite possible.

Un grand chien noir la suivait discrètement de près.

A la lisière de la forêt, le chien en question remarqua un petit oiseau.

-« Accio Alouette ! » S'exclama-t-il redevenu jeune homme. Le petit oiseau attérit dans sa main quelques instants plus tard. Il rattrapa une plume qui tombait, et relâcha la petite bête.

-« Mince ! Thornford ! » S'écria Remedios qui venait de se retourner, et qui perdait décidément toute sa distance.

Les jeunes gens coururent jusqu'à la salle de Métamorphose appliquée. Encore essouflés, ils jetèrent un sort à la pierre, qui se changea aussitôt en alouette.

Monsieur Thornford entra dans la salle. Il dut constater que le travail avait bien été réalisé, lorsque ses deux élèves recommencèrent la manip' sur une autre pierre. Aussitôt libérés, ils s'engouffrèrent dans le couloir.

Sirius comprit alors pourquoi Voldemort avait donné rendez-vous à ses petits Mangemorts et à Remedios dans la fin de la semaine. Si ce n'était pas pour attaquer Poudlard, c'était peut-être pour fêter la première grande victoire de son armée sur Dumbledore. Il eut soudaienement très peur que cette petite fête ait lieu. Il ne fallait pas qu'elle ait lieu. Il ne fallait pas que Voldemort gagne cette bataille.

Sans se concerter, ils prirent le chemin du bureau du Directeur.

-« Professeur ! Voldemort veut attaquer Poudlard ! »

Le vieil homme en question se tourna vers ses deux élèves. Il n'avait pas l'air étonné, angoissé, ou effrayé. Il écoutait simplement ce qu'ils avaient à lui dire. Sirius se dit que ce devait être ça qui l'empêcherait d'être un jour un bon chef : il ne savait pas garder son calme. Et dans ces circonstances bien particulières, ça agaçait le jeune homme jusqu'au plus profond de lui-même. Il commençait à louer les bienfaits de la révolte.

Dumbledore écouta donc Listerdale et Black lui expliquer de quoi il retournait.

-« Très bien. » S'enquit-il ensuite. « Je vais aller prévenir tout de suite les membres de l'Ordre. Nous aurons très probablement à combattre dans l'école même si Voldemort met son plan à exécution comme il a l'air de le souhaiter. Et je m'occupe d'avertir vos Professeurs. »

En quelques mots, tout était dit.

Et une nouvelle fois, sans se concerter, Sirius et Remedios savaient qu'ils n'iraient pas se coucher de si tôt. Il fallait repartir dans la forêt interdite et surveiller toute activité suspecte, si tenté qu'il soit possible de distinguer les activités suspectes de l'ensemble des activités de la forêt interdite. Pour ce faire, le mieux était d'être plus nombreux qu'à deux, donc d'aller chercher quelques compagnons de virées nocturnes.

Mais une Serpentarde et un Gryffondor ne peuvent techniquement pas aller partout dans Poudlard. Encore moins lorsque ladite Serpentarde est sensée être du côté du méchant ou en tout cas tout le monde est sensé penser qu'elle est du côté du méchant.

Déjà, il n'était pas possible pour eux d'entrer dans la salle commune Poufsouffle ou Serdaigle sans êtres accompagnés eux-mêmes d'un Pousouffle ou d'un Serdaigle qui connaîtrait ce maudit mot de passe. Il n'était pas non plus possible d'aller chercher les Gryffondors ou les Serpentards qui ne connaissaient pas la double identité de Listerdale. Surtout que pour une raison parfaitement compréhensible, elle ne tenait pas tellement à ce que tout cela se sache.

En conséquence, quelques minutes plus tard, James, Peter, Remus, Sirius, et la belle Remedios se trouvaient à la lisière de la forêt interdite. Ou plutôt, Sirius et Remedios scrutaient les ombres des arbres, tandis que James ajustait sa ceinture, Peter peinait à ouvrir un œil, et Remus engloutissait une part de porridge à la citrouille. Normal, Remus mangeait toujours comme quatre, voire un peu plus les lendemains de pleine lune.

-« Si on dérangeait, vous nous le diriez, hein ? »

Black commençait à trouver légèrement désespérant le calme de ses amis, lorsque même Listerdale semblait angoissée, ce qui n'était certes pas bon signe.

-« Bon, c'est quoi le concept de la soirée ?

-Tu nous tires du lit à pas d'heure en nous hurlant que Voldemort va attaquer et qu'il faut être là au cas où…

-Nous, pas chiants, on vient…

-On se retrouve à la lisière de la forêt interdite, après le couvre-feu, et devant une forêt qui, justement est interdite d'accès…

-Oh ! Regardez, on voit la voie lactée d'ici ! »

-Et il est où est Voldemort dans tout ça ? Et ce pantalon est décidément trop grand, vous ne trouvez pas ? »

Sirius leur expliqua de manière un tantinet plus détaillée que précédemment de quoi il retournait et ce qu'il attendait d'eux. Peter parut soudainement beaucoup plus réveillé, et attentif à la lisère de la forêt qu'il fixait du regard, surtout lorsqu'il apprit que Dumbledore lui-même était parti de l'école.

-« Et oui, James ton pantalon est trop grand, tu as pris celui de Remus. » Finit Black.

-« Hé, t'es pas gêné ! » Remarqua le propriétaire spolié

-« T'as pris un peu de poids toi, non ?

-J'aurais une question. » La petite voix de Peter était à peine audible. « En fait, j'aurais plusieurs questions. »

Sirius loua les bienfaits de l'angoisse sur l'intelligence.

-« Déjà, » reprit Peter « comment pourrait-on faire reculer, nous cinq, toute une armée de Mangemorts ?

-Excellente question.

-Est-ce qu'on ne pourrait pas penser que Voldemort va régulièrement se coucher vers 21 heures, pour dormir comme un bébé, et ne se lever que vers 10 ou 11 heures ?. Dans cette hypothèse, cela signifierait que Voldemort attaquera en journée, comme toute personne civilisée, donc pas maintenant, et que nous pouvons tranquillement aller regagner nos chères et douillettes pénates.

-Ce n'est pas si simple. » Lui répondit Remedios tandis que l'angoisse revenait sur le visage de Peter Pettigrow. « En fait, rien n'est moins sûr. Il faut dire qu'à mon avis, il pense qu'il n'a pas besoin de beaucoup de personnes pour attaquer Poudlard si personne n'est au courant. Et s'il faut être aux aguets dès ce soir, c'est que les Portoloins sont déjà installés. Il est très peu probable qu'il ait envoyé ses fidèles pour les poser très en avance, c'était d'autant plus dangereux pour lui.

-Dernière question : que fais-tu là Listerdale ?

-Ce serait compliqué de rentrer là maintenant tout de suite, dans le détail. Alors pour le moment, il faut juste que je fasse tout pour que le projet de Voldemort échoue, projet qui à mon avis, lui tient vraiment à cœur. Je serais plus utile ici. Et je veux absolument être ici. Contre Voldemort.

-En parlant du loup… » Murmura Lupin, qui y voyait et entendait toujours mieux que les autres.

Ces derniers comprirent instantanément que c'était bien pour ce soir. Poudlard allait être attaquée, enfin, s'ils ne faisaient rien.

-« Je voudrais revenir sur la première question de Peter. » Commença James en baillant. « Comment on fait, nous cinq, contre toute une armée de Mangemorts ? »

Il fallait trouver une idée, lumineuse, et le plus vite possible. Si les dons de Remus lui permettaient toujours de prévenir ses amis quelques minutes avant, la rémission était courte, et personne n'aurait donné très cher de la survie de ces jeunes gens, dans l'hypothèse où quelqu'un aurait été au courant de tout cela.

Des bruits émanant de la forêt interdite se faisaient de plus en plus précis. Impossible de dire si les Mangemorts étaient nombreux ou pas. Ce qui était en revanche indiscutable, c'est qu'ils ne semblaient pas se sentir très menacés.

-« Je ne pense pas qu'ils soient très nombreux. » Annonça Remedios Listerdale.

-« Tu penses que ça va nous rassurer ?

-Je pouvais toujours essayer…

-Bon quelqu'un la trouve, l'idée lumineuse ? » Peter était au bord de la crise de nerf.

-« C'est que là…

-Ce serait bien la première fois que James Potter ne trouve pas.

-La ferme Sirius. »

-« Aïe, j'ai peur.

-Vous avez entendu parler du sort de bérézina ? » Expliqua Remus Lupin.

-« Evidement, c'est au programme des Aspics en défense contre les forces du mal.

-Tiens, Potter, tu travailles les Aspics ?

-En fait, je n'ai regardé que le programme.

-Et c'est quoi alors ce bérézina ?

-Un sort surpuissant.

-Exact, Listerdale. Un sort surpuissant qui met en déroute les agresseurs.

-Et ça marche ce truc ?

-Il parait. En fait, on sait que ça a vraiment marché une fois. Mais ce n'est qu'un sortilège de défense, et il est tellement difficile qu'il n'est jamais utilisé.

-Un truc impossible à faire ? Alors qu'il nous reste tout au plus deux minutes à vivre ? Pas de problème ! On fait comment ? »

James Potter n'en menait pas tellement large, malgré ce qu'il pouvait laisser croire en cet instant. Mais il était, comme les autres, porté par l'incroyable volonté de protéger son école. Et il savait qu'il ferait tout pour que les Mangemorts ne sortent pas de la forêt interdite, ou en tout cas, ne franchisse pas le hall. Parce qu'après, ce serait la fin des haricots, et s'il en surprenait un seul à toucher à ne serait-ce qu'un seul cheveu de sa Lily… Il sortit violement de ses pensées lorsqu'il comprit enfin ce que tentait de lui dire Sirius.

-« Mon choooooouu ! Tu te mets à côté de moi, oui ou merde ? »

En d'autres circonstances, James aurait été tenté de dire merde, mais il se reprit.

-« Oui ?

-Allez, bouge-toi, c'est pas comme si on avait deux heures devant nous. »

Si c'était Remus Lupin qui disait cela, c'est qu'il fallait vraiment se dépêcher, ils devaient approcher.

-« Remus ?

-Hum…

-Juste comme ça, tu sais comment on fait ?

-Pas vraiment. »

Un silence angoissé prit une place soudainement envahissante.

-« En fait, je crois que tout réside dans la volonté des défenseurs de se défendre, justement. Donc, on se met en rond, baguette devant soi. Ne pensez plus qu'à Poudlard, aux Mangemorts, pointé votre baguette vers le centre du cercle. Normalement, un sort devrait se générer. Il suffit ensuite d'ouvrir le cercle pour diriger le sortilège vers les assaillants. »

Les quelques explications du Gryffondor étaient sommaires, mais devraient bien suffire. Il était devenu indéniable que les Mangemorts approchaient et qu'ils n'étaient pas vraiment animés de sentiments amicaux.

-« Allons-y. » Reprit Lupin d'une voix calme.

Les cinq sorciers se concentrèrent sur leur baguette magique. Un filet bleu sortit de leur extrémité, jusqu'à créer une petite boule bleue de la même couleur, au centre du cercle qu'ils formaient. Quelques secondes passèrent tandis que la petite boule bleue grossissait. Puis, lentement, Sirius et Peter s'écartèrent jusqu'à ce que leur groupe forme un « U ». Et ils projetèrent de toute leur force la boule bleue qui devenait de plus en plus lourde et à générer et à contrôler vers la forêt interdite.

Echec total.

La boule bleue avait fait quelques petites étincelles, et encore, juste au-dessus des arbres. Elle n'avait pas même touché un seul Mangemort.

-« Zut.

-Il faut recommencer !

-Si on a loupé une fois, tu penses vraiment que juste après, ce sera meilleur ?

-T'as déjà réussi un sort du premier coup, toi ?

-Franchement, je n'y crois pas.

-On devrait mieux les attendre ici.

-Et se faire massacrer instantanément ? Ils vont arriver dans quelques minutes.

-Les mecs ! Et la fille ! Deux secondes d'attention. »

Le ton autoritaire de James Potter, capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, rappela à l'ordre tout le monde. Ils lui tendirent une oreille attentive. « Nous allons y arriver. Je ne veux même pas que vous en doutiez ! Nous allons y arriver, parce que nous ne voulons pas que Poudlard soit attaquée ! Nous ne voulons pas que nos amis soient tués, ni même les autres. Nous voulons protéger Poudlard au-delà du fait que c'est chez nous, mais aussi parce que c'est tout un symbole : ce bastion ne tombera pas dans les mains de Voldemort ! Jamais nous ne l'admettrons. Alors à partir de cette seconde, je ne pense plus à Lily, Peter arrête d'angoisser pour rien, Sirius arrête de penser à Remedios, et Remedios arrête de penser à Sirius, quant à toi, Remus, t'es vraiment le seul qui tient debout dans cette équipe, alors continue ! Vous êtes prêts ? C'est parti ! »

Le discours de James avait eu un effet inespéré sur les jeunes gens, qui étonnés eux-mêmes de leur bravoure, reformèrent le cercle. Le filet bleu sortit de nouveau de l'extrémité de leur baguette pour former une boule. Qui grossit bien plus que la première. Jusqu'à devenir totalement énorme.

Sirius et Peter ouvrirent de nouveau le cercle. Cette fois-ci, on pouvait voir, de visu, que le sort avait bien mieux fonctionné que la première fois. Il s'échappa tout d'un coup du contrôle de ces créateurs, et tomba sans prévenir sur la forêt interdite.

Les bruits de pas et de conversation furent soudainement interrompus et remplacés sitôt après par des hurlements. La boule bleue s'était divisée en une multitude de flammèche de la même couleur qui les poursuivait un à un. Les poussant au cœur de la forêt.

Il y avait fort à parier que peu de Mangemorts sortiraient intacts de ce lieu.

Epuisés, James, Sirius, Peter, Remedios, et Remus ne songeaient même pas à faire exploser leur soulagement, et leur joie. Les Mangemorts était en déroute, et c'était bien la seule chose qui leur importait pour le moment.

Les jambes encore tremblantes, ils voulurent regagner Poudlard et prévenir le plus rapidement possible Dumbledore de ce qu'il venait de se passer. Ils gravirent donc le chemin, passèrent la porte d'entrée sans oublier de filer un coup de pied à Miss Teigne toujours fidèle au poste.

Black leva les yeux vers les escaliers.

Listerdale leva les yeux vers les escaliers.

Les autres ne faisaient pas attention. Reprenant le poil de la bête, ils étaient déjà en train de commenter les derniers événements d'une voix beaucoup plus assurée.

Black et Listerdale fixaient toujours le haut de l'escalier.

En haut des escaliers, près des fenêtres du premier étage, donnant en plein sur la forêt interdite, se tenait Severus Rogue.

Black pensa qu'il se souviendrait toujours du regard qu'il avait en ce moment. Rogue n'était pas spécialement surpris. De toute façon, de mémoire d'homme, personne n'avait jamais vu Severus Rogue surpris. Il avait plutôt l'air déçu, et surtout, et cela était beaucoup plus étonnant, il avait l'air effrayé. Parce qu'il angoissait à l'idée d'avouer le rôle de Remedios dans la déroute à Voldemort lui-même ? Ou, et pourquoi pas, parce qu'il angoissait de la réponse que Voldemort donnerait à cette nouvelle ?

Listerdale, retrouvant son calme olympien, partit à la recherche de Rogue qui avait disparu de son poste d'observation.

Tremblant, Black rejoignit les autres, qui ne s'étaient rendus compte de rien de ce qui s'était tramé sous leurs yeux. Rogue venait de surprendre son amie Listerdale, en train d'aider les membres de l'Ordre du Phénix et ennemis jurés à repousser l'attaque de Voldemort.

Dumbledore, revenu de la Serna, quelques instants après que les garçons soient arrivés, écouta avec attention.

-« Messieurs, vous portez haut les couleurs de cette école ! Je ne vous demanderais maintenant plus qu'une seule chose : ne dites à personne ce que vous avez fait. Personne ne doit savoir que Poudlard a été attaquée, ce serait la fin de l'école. De son côté, je ne pense pas que Voldemort ébruite cette affaire, ce n'est évidement pas dans son intérêt. Je vais faire installer une protection supplémentaire de l'école, et faire un communiqué disant que personne n'a rien à craindre, que nous avons eu une fausse alerte ce soir. J'espère que cela convaincra tout le monde. Mais vous avez compris ? Je veux que dans plusieurs générations, personne ne sache qu'un jour, quelqu'un a voulu s'attaquer à Poudlard ! »

Les garçons étaient bien d'accord avec l'idée. Ils ne bronchèrent pas et sortirent un par un du bureau.

Sirius était le dernier. Il glissa au Directeur : « Remedios est peut-être en danger, Monsieur. »

Dumbledore eut un regard entendu. De ces regards qui font qu'on est beaucoup plus soulagé avant qu'après.