Chapitre 13 : Où il est temps de tourner la page
A la violence des coups portés contre leur porte, les deux femmes surent que quelque chose clochait. Définitivement. Vi fit signe à Caitlyn de rester allongée et se dirigea vers la porte, qui tremblait et dont les gonds menaçaient de sauter d'une seconde à l'autre. Le visage tendu à l'extrême et passablement éprouvé de Darius apparut dans l'embrasure. Il ne semblait pas heureux du tout de ce qu'il s'apprêtait à faire. Vi l'interrogea du regard, puis elle distingua les dizaines de soldats qui le suivaient.
- Commandant ! eut-elle à peine le temps de s'écrier ; il l'interrompit derechef, d'une voix toute aussi harassée.
- En vertu de la loi noxienne, je vous arrête, pour les meurtres du dirigeant Swain et de sa concubine Leblanc.
Tapie sous les couvertures, Caitlyn s'en extraya à toute vitesse. Elle se rua sur les gardes.
- C'est forcément une erreur ! s'exclama-t-elle, totalement chamboulée.
Son regard plana sur elles une brève seconde et elle crut percevoir un murmure :
- Toutes mes excuses.
L'instant d'après, il commanda :
- Gardes, emparez-vous d'elles.
- Nous sommes ici sur votre demande ! protesta Vi, en se démenant, mais elle ne recourut pas à ses pouvoirs, faute d'être munie de ses poings. Nous avions fait serment de veiller à la sécurité de votre chef !
Elle regretta de ne point être armée ; il les avait surprises au saut du lit et elle n'avait pas songé une seconde se voir inculpée si soudainement.
- Nous ne sommes même pas au courant de ce qui s'est passé ! renchérit Caitlyn, déboussolée.
Ils ne prirent pas de gants ; ils les conduisirent aux cachots en chemises de nuit, ne leur permettant même pas de se rhabiller, de peur qu'elles ne récupèrent leur armement. Les hommes les balancèrent au sol comme si elles n'étaient que de vulgaires animaux. Vi trembla de colère.
- Vous allez nous expliquer ?!
Darius soupira d'un air très las et leur jeta les douilles découvertes autour des cadavres.
- ça tilte ?
- Comment... bredouilla la shérif en retournant les projectiles entre ses doigts ; son cerveau peinait à réaliser, puis il fit le rapprochement. Quand je... Je l'ai descendu ! Quand j'ai tué le Démon Doré ! N'importe qui aurait pu récupérer la balle ! A moins que ce soit lui !
- J'en ai conscience. Le problème est : personne ne me croira si j'annonce qu'il est le tueur. Ils n'avaleront jamais l'histoire d'un homme touché en pleine poitrine, chutant de dizaines de mètres de haut, tombant dans un canal et ne finissant pas noyé. A ce jour, les apparences jouent contre vous.
La brune, les sourcils froncés, remise de sa surprise et offensée, darda sur lui un regard perçant.
- Alors vous allez ordonner notre exécution tout en sachant pertinemment que nous sommes innocentes ?
- Non. Les officiers vont mener leur enquête.
- Une enquête inutile. Vous connaissez l'identité du meurtrier tout aussi bien que nous...
Elle faisait évidemment référence à Vladimir.
- Sans doute... Peut-être, marmonna le guerrier à voix basse, mais il est dans l'exact cas opposé au vôtre. Il a pris une balle...
La voix de Darius s'éteignit une seconde, avant qu'il ne reprenne, avec une certaine douleur :
- Il a frôlé la mort.
Vladimir avait été effectivement suspendu entre la vie et la mort durant plusieurs heures, des heures pendant lesquelles Darius avait poursuivi ses activités apparemment normalement, sans affect, sans perturbation, alors que ses entrailles, sa gorge, étaient nouées tout ce temps.
- Et pas pour vous, compléta Vi, sans méchanceté.
Au contraire. Tout était pour lui, uniquement pour lui. Mais, cela, le commandant l'ignorait encore. La brune s'évertuait à clarifier son esprit, en quête d'une solution à cette méprise. Se remémorant la veille, elle déclara subitement :
- Hier soir encore, au banquet, nous conversions avec Swain pour lui garantir que Piltover mettrait un terme à ses négociations d'alliance avec Démacia et que nous vous laisserions régler votre différend sans intervenir. Piltover n'est pas Frjelord ; nous ne nous battons pas encore sous l'étendard de Jarvan IV !
Darius haussa les épaules, bras croisés devant son imposante cuirasse.
- Vous avez des témoins pour en attester ?
Au moment où ils évoquaient le sujet, elles n'étaient qu'en présence de Swain et de Leblanc. Caitlyn secoua négativement la tête et son regard se posa sur Vi, qu'elle contempla comme si tout était perdu.
- Tenez-vous tranquilles et je verrai ce que je peux faire pour vous sortir de là, ok ?
- A-t-on vraiment le choix ?
Il ne prit pas la peine de répondre et sortit. Caitlyn s'effondra d'abattement. Sa frêle main rejeta sa chevelure en arrière ; elle tremblait bien trop, même s'il ne faisait pas bien chaud dans les donjons. Vi, quant à elle, surveillait leurs geôliers qui les lorgnaient d'un oeil torve depuis le départ de Darius et échangeaient des messes-basses. Elle se rapprocha instinctivement de sa shérif et passa son bras autour de ses épaules, dans une attitude protectrice, tout en adoptant son air le plus féroce. Tout à coup, la brunette nichée contre elle murmura :
- C'est lui ?
- Voyons, cupcake, de qui...
- Tu le sais très bien. Le Démon Doré. Il a survécu. Il est vivant.
Vi l'envisageait aussi, mais elle craignait que Caitlyn ne retombe dans sa spirale obsessive. Elle n'avait osé évoquer le sujet. Elle voulut tuer la conversation dans l'oeuf, mais Caitlyn la relança. Le teint vitreux et les yeux grand ouverts dans la pénombre, elle chuchota d'une voix fébrile :
- Et si ce n'était pas qu'un surnom ?
- Cait... Allons, tu ne peux pas être sérieuse, pouffa Vi, bien qu'elle dût se forcer pour rigoler.
- Pourtant, tout semble indiquer qu'il... qu'il n'est pas comme nous !
- Il dort, mange, boit et même baise. Il est aussi humain que nous.
La shérif émit un faible soupir témoignant de son scepticisme. Elle s'efforça de faire abstraction des yeux pervers louchant sur elle. D'une voix cassée, elle souffla tout bas :
- Je fais des cauchemars, Vi.
Vi ne parut pas la prendre au sérieux, ce qui la déçut.
- Cait...
- Non ! Arrête ! Ecoute-moi ! Je ne suis pas folle ! Ces... rêves... Il me parle.
Vi la considéra d'un oeil inquiet.
- Chaque nuit, il annonce un jour de moins. Il m'a condamnée.
- Ce n'est qu'un homme, cupcake, et aucun homme ne t'enlèvera à moi.
Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Caitlyn, qui se contenait jusque-là, riposta avec une violence non souhaitée :
- Alors comment sait-il de quelle manière mes parents sont morts ?!
Le regard de Vi s'immobilisa, figé sur elle, sur son visage transfiguré.
- Il sait, répéta la brune, agitée d'un tremblement. Il sait. Il me l'inflige, encore et encore, nuit après nuit, la vision...
De la mère battue à mort, face au père impuissant, descendu ensuite d'une balle en plein front.
- C'est comme ça qu'il a prévu de nous finir.
Pendant un moment, Vi fut prête à croire tout ce qu'elle racontait, puis elle se ressaisit, réveilla sa raison, se secoua et retrouva l'esprit clair.
- Cupcake, tout cela ne provient que de ton imagination.
Caitlyn s'agrippa à elle avec une sorte d'acharnement désespéré, comme si elle était son dernier espoir.
- Vi ! Tu ne me crois pas ?!
- Je pense que tu es sous le choc, admit son adjointe, avec autant de tact que possible, par peur de la froisser ; elle était à fleur de peau, habitée par une tension telle qu'elle semblait osciller entre la violence et l'apathie.
- Vi ! Vi ! Si je mentais, si je... fabulais, comment expliquerais-tu que je les voie ?
- Tu "les" vois ?
- Lui et Vladimir... Par bribes... balbutia Caitlyn, totalement perdue, incapable d'exprimer ce qui ne pouvait être résumé par de vulgaires mots. Comme si j'assistais à la scène sans exister... Je suis témoin de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont subi... Le démon... C'est comme... s'il était entré dans ma tête !
A ce stade, elle tremblait si fort que Vi la recueillît au creux de ses bras pour la maintenir. Elle passa sa main dans son dos, la caressant doucement pour la réconforter.
- Parfois, je peux même... ressentir leur haine, leur colère, leur peine... C'est... C'est si triste... C'est comme... plonger dans des abîmes ; c'est noir et sans issue. Je... ne me rappelle pas avoir éprouvé une tristesse pareille, même après le décès de mes parents, termina-t-elle à grand peine.
- Il faut vraiment que tu te reposes...
Vi se recula légèrement pour la contempler ; elle paraissait si fatiguée.
- J'ai souvent entendu parler d'une femme... une chasseuse spécialisée dans ce genre de créatures... Vampires, loups garous, démons... Avec son aide, peut-être...
- Cupcake, désolée de démolir ton plan génial, mais on ira nulle part tout de suite !
Se rendant elle-même compte de l'excès de son emportement, elle reprit plus calmement :
- Et si, je dis bien et si, ce Jhin est véritablement un démon et qu'il t'a jeté un sort ou quoi que ce soit de ce genre, c'est plutôt aux services d'un prêtre qu'il faudra songer.
Mais je suis certaine que tu dérailles. Il faut que ce soit ça. Sinon... nous sommes effectivement perdues.
- Ce n'est pas une malédiction, Vi. C'est juste... un duel à mort. C'est lui ou moi.
Vi plaça ses mains sur ses joues pâles. Elle aurait pressé ses lèvres contre les siennes si les paires d'yeux indésirables n'étaient pas encore braquées sur elles.
- Alors il faudra que ce soit lui.
Il était étendu sur le sofa, raide camé, plus pâle qu'un fantôme, plus givré qu'à l'ordinaire. Il s'émerveillait devant la façon dont les rayons se reflétaient sur ses mains engoncées dans ses gantelets métalliques, qu'il dépliait à intervalles réguliers. Il lâcha soudain :
- J'ai envie de sortir.
Le démon, occupé à consulter une carte, dressa un sourcil. Vladimir se retourna, s'appuya sur le rebord du canapé qu'il agrippa avec ses griffes, pareil à un fauve, et lui lança une oeillade obscène. Il susurra, d'une voix toute aussi impudente, appuyant sur chaque mot :
- J'ai envie de sortir et de tuer quelqu'un.
Pas difficile de trouver une auberge. Les poivrots du coin se retournèrent à peine quand les deux types à l'allure louche passèrent les portes. Ils ne notèrent leur présence que lorsque l'albinos se mit à siffloter un air particulièrement agaçant, presque agressif et menaçant. L'homme, ou plutôt l'être qui l'accompagnait, se terrait sous un capuchon rabattu. Ils commencèrent par leur jeter de sales regards, puis des insultes fusèrent à travers la salle. Comme les étrangers n'en avaient cure, les gros bras se dressèrent de leurs sièges. Celui aux cheveux immaculés les suivit des yeux sans cesser de fredonner.
- Tirez-vous, commanda le tenancier, sur un ton qui n'admettrait pas la moindre protestation.
Une voix qui ébranla ce grand baraqué provint de sous la capuche.
- Mon compagnon vous importune ?
- Ouais. On peut dire ça, alors, maintenant, j'vais vous demander de déguerpir.
- On dirait que l'hospitalité n'est pas leur fort, rétorqua l'homme plongé dans le noir, à l'adresse de son partenaire.
- En effet, acquiesça le jeunot, avec un sourire encore plus irritant que la mélodie qu'il chantonnait auparavant.
L'aubergiste devait sentir le danger qui irradiait d'eux, car il marqua un temps d'hésitation. Malheureusement pour lui, il prit la mauvaise décision. Braquant son fusil à pompe sur eux, il rugit :
- Vous allez dégager de mon établissement ou j'vous...
Il s'écroula avant de pouvoir achever sa phrase. Son corps bascula en arrière, sa bouche, son nez, ses yeux, remplacés par un trou béant rougeâtre. La mare sanglante gonfla sur le plancher, s'étendant jusqu'aux pieds des danseuses qui fichèrent le camp, dans un concert de cris aigus. La fumée qui s'échappait du canon du pistolet fut soufflée. Le jeune contempla son vis-à-vis avec passion, alors que les autres autour d'eux attrapaient leurs armes.
- Je t'aime mon démon.
Pas de réponse, mais, dans le noir, les yeux rouges reluirent, miroitant les siens.
- Ne faisons point attendre notre audience.
Immédiatement, les deux bondirent sur leurs pieds. La cape vola et ce qu'il y avait en dessous inquiéta bien davantage les hommes les encerclant. La voix hystérique du gamin retentit dans le tripot.
- Vous allez bouffer vos entrailles, sales fils de pute !
Vladimir essaya de s'accrocher davantage au souvenir pour tenir le coup, bien qu'il y associât une certaine culpabilité. Ils avaient partagé des moments de connivence après tout. Darius le cuisinait depuis des heures, sans relâche, et ne paraissait pas prêt à lui accorder le moindre répit. Toutefois, Vladimir ne flanchait pas. Quand il se sentait sur le fil du rasoir, prêt à se confesser, il se détournait pour échapper à son regard et feignait de l'indifférence. Une stratégie à laquelle Darius était sérieusement rodé.
- Pour la dernière fois, Vlad !
Il perdait patience. Combien de fois déjà s'était-il joué de lui ? Darius ne préférait pas les dénombrer.
- Darius... Je suis blessé... bafouilla le mage alité. Je t'assure que je voulais le protéger...
Les médecins avaient bandé le bas de son ventre. Il ne portait rien d'autre ; il paraissait si chétif ainsi, les cheveux défaits, avec sa maigre carrure et sa mine blafarde. Darius devait prendre sur lui pour le malmener.
- Te fous pas de moi ! Soit tu as vu qui c'était, soit tu es personnellement impliqué... Peut-être même que tu l'as fait disparaître ! Alors, maintenant, hurla le commandant, abattant ses deux mains sur la table qui se fissure sous le choc, parle putain de merde !
Vladimir lui décocha un regard en coin des plus apathiques, trahissant son épuisement. Il surjouait un peu, mais si peu. Son tir n'avait pas été aussi précis que prévu. D'après ce qu'ils avaient entendu, il avait réellement failli y rester. Darius enrageait d'autant plus pour cette raison. Vladimir lui cachait encore quelque chose et ce quelque chose, une fois de plus, aurait pu s'avérer mortel pour lui. Le commandant avait été à deux doigts de le perdre pour un autre motif futile. C'était le mensonge de trop.
- Vlad ?! Réponds ! Bordel !
En se lançant dans cette entreprise, il s'attendait à ce que Darius le suspecte. Il n'aurait cependant pas de problème tant qu'il ne recueillerait pas de preuve à son encontre et, même si cela devait arriver, Darius l'aimait, n'est-ce pas ? Il ne l'aurait quand même pas jeté aux cachots et fait exécuter ? Vladimir baissa les yeux. Il jouait souvent les fiers à bras, mais, lorsque Darius sortait vraiment de ses gonds, il devait avouer être intimidé.
- Darius ! Je t'ai aidé à secourir cet homme un mois plus tôt !
- Un excellent alibi, en effet, rétorqua-t-il avec une froide ironie. Vu comme ça, on jurerait que tu avais absolument tout prévu !
La riposte ne se fit pas attendre.
- Des millions de gens souhaitaient sa mort ! Pourquoi serait-ce forcément moi ?! s'indigna Vladimir, ulcéré. Cet homme était le plus haï de tout le pays ! De plus, comment expliques-tu la présence des balles de la shérif ?! Tu oublies que Piltover était en négociations avec Démacia pour s'allier contre nous ?
Darius le chopa par l'épaule, Vladimir pestant au passage, et lui colla sous le nez l'une des douilles retrouvées près des cadavres.
- Caitlyn et Vi n'avaient aucune raison de l'assassiner, surtout après avoir accepté de rester pour veiller à sa sécurité, et je ne pense pas qu'une shérif aurait été assez bête pour utiliser son fusil de prédilection pour l'abattre !
Pour couronner le tout, les marques de torture sur Swain ne ressemblaient pas du tout au profil des deux femmes. ça ne s'alignait qu'avec deux personnes, à la connaissance de Darius.
- Tu ne les as pas tués, mais tu l'y as aidé, déclara-t-il sur un ton sans équivoque ; sa voix se raffermit encore davantage. Maintenant, dis-moi où il se cache. ça a assez duré !
Et il irait seul, pour que la situation ne dérape plus. Il voulait voir jusqu'où sa dévotion pour ce salopard irait. Il cogna de nouveau la table et Vladimir crut qu'elle se fendrait littéralement en deux. Il ne sourcilla pas, mais se sentait extrêmement mal, comme piégé. Comme il s'emmurait dans le silence, Darius céda à la colère de nouveau. Davantage qu'auparavant. Vladimir n'eut pas le temps de s'écarter ou réaliser ; il ne vit même pas le coup venir. Tout ce qu'il savait, c'était que la seconde suivante il gisait au bas du lit, face contre le plancher, avec une violente douleur au crâne. Et Darius, il hurlait comme il ne l'avait jamais entendu le faire. Il ne l'aurait pas frappé ainsi auparavant, pas de son propre chef ; Vladimir était en train de le changer. Ce n'était pas ce qu'il voulait, pas du tout.
- Tu vas arrêter de te foutre de ma gueule ?!
Vladimir cracha un peu de sang. Il palpa anxieusement son flanc. Par chance, il ne semblait pas s'être remis à saigner. Il s'aida du montant du lit pour se remettre debout. Les larmes aux yeux, avec toute la rage que pouvait contenir ce petit corps, il cria :
- C'était pour nous, Darius ! Il aurait fini par te marier à cette salope !
Pas même une question de pouvoir ? Darius dut avouer qu'il ne s'attendait pas à ça. En fait, il tombait des nues. La logique de Vladimir, il ne la saisirait jamais. Il récapitula lentement, d'une voix incrédule :
- Tu es en train de me dire que deux personnes sont mortes juste parce que tu n'as pas confiance en moi ?!
Vladimir ne décoléra pas. Au contraire, il hurla, encore plus fort.
- Oui et j'en tuerais des centaines d'autres s'il le fallait ! Des milliers ! Parce que toi... Toi... soufflait-il, sa respiration erratique, sa voix grondante, tu ne fais rien pour nous ! Rien !
- Tu te figures que j'aurais laissé Swain faire sans broncher ?!
Darius n'arrivait vraiment pas à y croire ; il hallucinait ; il le fallait. Pourtant, Vladimir, lui, semblait si absolument convaincu que sa version des faits était la réalité pure et dure.
- Oui, comme toujours ! Tu allais m'abandonner pour le contenter !
Ils en étaient parvenus à un point où Darius ne savait plus que faire, ni que dire. Le silence qui s'abattit sur la salle terrifia Vladimir, lui glaça le sang, car il lui était inconnu ; il était atrocement lourd et oppressant. Ce n'était pas normal. Darius poussa soudain un profond soupir, comme si, mis au pied du mur, il répugnait à commettre l'irréparable, mais le devait. Puis, d'un pas pesant, le commandant se rapprocha de la porte sur laquelle il toqua trois coups. Il s'en écarta et, la seconde suivante, elle s'ouvrait et des soldats entraient. Vladimir dévisagea son amant, les yeux écarquillés.
- Darius, que...
- Gardes, emmenez-le.
Les hommes s'avancèrent vers Vladimir, trop estomaqué pour réagir sur-le-champ. Cependant, quand l'un l'empoigna, il sortit brutalement de sa torpeur et se mit à se débattre comme un fou furieux.
- Darius ! Non ! Qu'est-ce que tu fais ?!
Ses yeux affolés cherchèrent ceux de Darius. Le guerrier en avait mal au coeur, mais il fit de son mieux pour demeurer de marbre. L'expression de Vladimir vira alors de la panique et l'incompréhension à la rancune la plus tenace. Il eut tout juste le temps de planter son regard si chargé de haine que Darius peina à le soutenir et il s'écria d'une voix acide :
- Tu vas le regretter ! Crève ! Crèèève !
Il lui cracha au visage, avant de se remettre à l'invectiver tout en hurlant et se démenant pour se libérer. Lorsque ses hommes l'eurent finalement sorti de la chambre, ses cris et menaces résonnant dans le couloir, Darius soupira de nouveau et essuya d'un revers de main la salive sur sa joue. Il ne comptait pas lui faire du mal, le soumettre à la torture ; il ne serait pas capable de le heurter, ce que Vladimir ignorait parfaitement, puisqu'il ne plaçait apparemment pas une once de confiance en lui. En l'envoyant aux cachots, Darius espérait juste lui donner une bonne leçon. Peut-être retiendrait-il enfin celle-là. Le commandant se tourna vers l'officier demeuré auprès de lui.
- Veillez à ce qu'il soit correctement nourri et soigné. Qu'il ne manque de rien.
Il releva les yeux pour apercevoir le corps appuyé contre le mur, son fusil coincé sous le bras. Le type était libre comme l'air, à l'extérieur, tandis que lui croupissait dans sa cellule. Au moins, il ne se mourait pas dans les derniers étages de la prison. Vladimir n'initia pas la conversation ; il devina avec justesse que Jhin ne se priverait pas de quelques commentaires.
- Je t'avais prévenu qu'il te décevrait, mais tu n'as pas écouté.
- Je ne le blâme pas, répliqua aussitôt le noble. Je... Merde, je n'aurais pas dû lui balancer ces choses horribles...
Dont il ne pensait pas un mot en réalité. Une fois de plus.
- Tu comptes me faire sortir d'ici ?
L'ombre projetée sur le sol sale opina du chef.
- Oui, mais pas aujourd'hui. J'ai besoin de temps pour concevoir des explosifs.
Le silence retomba, entrecoupé de gazouillis d'oiseaux qui volaient au dehors. Vladimir pouvait discerner le son de leurs battements d'ailes et la brise paisible, à peine tiède. Il cessa de marcher de long en large et s'assit, juste sous le démon. Dans son ombre, par le plus grand des hasards.
- Maintenant que nous avons achevé notre travail, parle-moi de l'endroit le plus sale et le plus noir.
Jhin n'avait jamais parlé de son passé, de ce qu'il était avant de devenir le redouté Démon Doré et de recouvrir sa face de ce masque.
- Le jour où je suis né, l'aîné de la famille mourut. D'abord, ce fut ma mère... Elle prétendait que j'avais volé son âme, mais la vie reprit son cours et ils se calmèrent. L'incident cessa d'être évoqué, sans pour autant quitter les mémoires. Puis...
Il inspira profondément. Pas de remords ; juste de la rancoeur.
- Puis j'ai grandi... et mes traits se sont précisés... Je les effrayais, parce que j'étais différent d'eux.
Parce que j'étais parfait et que, pour ces gueux, la perfection ne pouvait appartenir à ce monde. Vladimir n'osa pas avouer que sa beauté l'avait aussi effrayé dans un premier temps, dans le sens où elle apparaissait comme irréelle, impossible. A la place, il bredouilla :
- Mais tu... tu es magnifique.
- Pour eux, j'étais un monstre, répliqua vertement Jhin. Une chose qu'ils ne comprenaient pas, à laquelle ils ne s'attendaient pas ! Le bruit a couru rapidement. Il s'est propagé à tous les villages voisins. Dans certaines contrées reculées de Ionia, comme d'où je viens, les gens ne possédaient pas la tolérance ou l'esprit éclairé des citadins. Bientôt, tout le monde fit circuler la rumeur que mes parents abritaient un être surnaturel dans leur chaumière. Cet être monstrueux, c'était moi...
Il le susurrait maintenant avec une quasi-satisfaction, comme s'il tirait sa force de leur peur et de leurs stupides croyances.
- On parla d'incendier la maison pour que je brûle avec le reste... Mon père...
Il s'interrompit de lui-même un instant. Qui aurait cru que même le Démon Doré puisse cacher des faiblesses ?
- Il décida alors de me mettre dans la porcherie.
Il avait vécu ainsi de ses huit ans jusqu'à ses seize ans. Huit ans passés dans la fange, avec les cochons, à vivre comme un animal, nourris à coups de détritus, exactement comme les porcs. Soumis au même régime, aux mêmes mauvais traitements. A force de s'entendre répéter que leur progéniture était l'oeuvre du Malin, ses parents en étaient venus à le détester à leur tour ; il s'était mué en un objet de honte extrême qu'ils espéraient éliminer. La haine de la mère s'était ravivée, aussi sûrement que si les badauds avaient jeté de l'huile sur du feu. Elle avait rené de ses cendres. Sa propre parente l'accusa de tous leurs malheurs, à commencer par le décès prématuré de son frère aîné et elle se mit à le battre, tout en priant pour que les coups finissent par entamer ce visage incroyable, inhumain. Ce ne fut pas le cas. A seize ans, Jhin vivait nu, dans la boue et les excréments, totalement délaissé, à peine capable de parler tant ce qu'il lui avait été infligé l'avait traumatisé. Il avait régressé à un stade où tout apprentissage semblait désormais relever de l'utopie. Son univers se limitait à la porcherie, à ses poutres poussiéreuses ; jamais il ne devait en sortir ; jamais il ne devait être vu. Vladimir fit ce qu'il attendait de lui. Il compatit. Jhin se retint à grand peine de sourire. Il m'aime encore. Même si une partie de Vladimir se demandait s'il ne s'agissait pas d'une nouvelle histoire montée de toutes pièces, un nouveau rôle créé par Jhin pour l'occasion.
- Tu t'es enfui ?
Le murmure lui parvint depuis les ténèbres de la geôle.
- Non...
Jhin ne se souvenait pas avoir jamais eu autant envie de lui. Mais il savait que Vladimir ne l'y autoriserait pas et il y avait ce mur dressé entre eux de toute façon. Il essaya de refouler la pulsion.
- Pas tout de suite. J'ai stoppé de manger... pour mourir. C'était tout ce que je désirais.
Il ne se rappelait que très vaguement de cette époque, comme si sa conscience elle-même avait été tuée dans l'oeuf par sa vie misérable et les privations.
- Je ne savais rien ; je ne connaissais rien. Ni la lecture, ni l'écriture...
Il avait tout appris en autodidacte, d'abord à se défendre, puis il avait commencé, à tuer, et il n'avait plus pu s'arrêter. Parallèlement, il avait développé une véritable passion pour les arts, la culture, tout ce dont il avait privé, tout ce qui différenciait l'homme de l'animal. Cette passion se mua en obsession suite à son emprisonnement. Il tuerait au nom de ce qu'ils lui avaient refusé. La culture, ce qui constituait l'humanité.
- Ainsi... c'était ça... La raison.
- Ou peut-être que je suis juste né comme ça.
- Est-ce que tu t'es débarrassé d'eux ?
- Non.
Je n'ai pas eu le courage de faire ce que toi, tu as fait. Jhin se tut un instant et décréta :
- Demain soir. A minuit.
Il ne quitta pas les environs de la prison tout de suite. Il prit garde à ce que tout son corps soit dissimulé et dégagea son masque. Alors il pénétra dans le vaste hall, qui donnait sur divers corridors plus ou moins engageants. Là, il alla droit à un homme aux allures de bourreau ; il semblait si sûr de lui, si confiant, que nul ne l'aurait pris pour une personne recherchée. Avant que le tortionnaire en charge ait pu proférer une traître protestation, il plaça au creux de sa main une bourse d'argent et murmura d'une voix sombre :
- Ne posez pas de question. Contentez-vous de faire ce que je vous ordonnerai et dites que c'est de la part du commandant Darius.
Vi les avait attendus patiemment. Elle laissa Caitlyn s'assoupir et ne la sortit pas de son sommeil, quand ils marchèrent vers la grille. Le plus grand des deux, qui empestait la sueur, désigna la shérif d'un signe de tête. Le regard qu'il dardait sur elle fit se raidir Vi et l'emplit de rage.
- Faudrait la réveiller ta copine. On voudrait pas faire de jalouse.
Sans un mot, Vi se rapprocha des barreaux sur lesquels elle s'appuya, dans une attitude provocatrice mêlée de séduction et de défi.
- Un peu de muscles ne gâche rien, ricana l'autre garde, en observant ses avant-bras et ses biceps.
- Avec ce que je vais vous faire, vous n'aurez plus du tout envie d'elle, murmura Vi d'une voix grondante, qui semblait suinter la luxure, mais ne reflétait en fait que de l'ironie.
Elle renchérit, avec une oeillade provocante :
- Deux, ce n'est pas de trop pour moi...
Je vais vous massacrer. Elle devait les conduire à prendre confiance et entrer dans la cellule. Ou, à moins, à se rapprocher suffisamment pour que... Son poing traversa pile entre les barreaux et fracassa le nez du premier, qui tomba à la renverse, étourdi, tandis que, déjà, son autre main agrippait la gorge du second. Elle l'attira vers elle et lui cogna rudement la face contre la grille de la geôle. Elle le vit farfouiller à sa ceinture pour dégainer sa dague. Immédiatement, de sa main libre désormais, elle lui enfonça le doigt dans l'oeil jusqu'à la dernière phalange. Il ne s'y attendait pas. Il glapit, avec son trou sanguinolent. Vi le rattrapa de justesse alors qu'il voulait filer, fuir cette femme qui le menaçait malgré des barreaux pour chercher des renforts. Elle s'écria à l'adresse de Caitlyn que les chocs et les cris avaient sortie de sa torpeur.
- Les clefs ! Cupcake, les clefs !
La brunette se précipita et arracha le trousseau accroché à la ceinture, en profitant pour se munir du poignard par la même occasion. Par chance, le trousseau ne comportait pas une dizaine de clefs, seulement celles des cellules à cet étage, au nombre de cinq. Aussi Caitlyn eut-elle tôt fait de trouver laquelle ouvrait la leur. Dès qu'elles furent dehors, Vi lui arracha le couteau des mains et elle le brandissait au-dessus du garde éveillé, prête à l'achever, quand Caitlyn l'arrêta net.
- Vi ! se contenta-t-elle de s'exclamer, mais ce rappel à l'ordre suffit.
La mine mauvaise et gouailleuse, Vi se pencha alors sur l'homme.
- C'est qui la fillette maintenant ? ricana-t-elle et, faisant mine de le poignarder en pleine face, elle balança finalement la lame sur le côté, avant de l'assommer d'un crochet du droit.
Se redressant, elle serra la main de Caitlyn dans la sienne et déclara avec détermination :
- Maintenant, Jhin.
Le seul nom sur sa liste noire. Lui, Caitlyn l'encouragerait même à le tuer.
Darius parcourut la cellule du regard. Vide. Et pas de traces d'évasion, ni au grillage, ni au niveau du soupirail. Comme si le précieux oiseau carmin s'était envolé de sa cage. Il ressortit dans le corridor, tout en se questionnant. Peut-être était-ce l'oeuvre du Démon Doré ? S'il parvenait à disparaître tel un spectre, il pouvait sans doute permettre à Vladimir d'en faire de même ; il connaissait le moyen. A l'idée que Vladimir soit de nouveau captif, volontairement ou non, de ce malade, Darius écumait de rage. Pauvre taré... Mais il ne le laisserait pas mourir, ni de cette manière, ni d'une autre. Il le sauverait malgré lui.
Il n'avait pas parcouru une centaine de mètres qu'un hurlement strident, encore confus du fait de la distance, lui parvint des souterrains, et plus précisément de la salle de torture. Son sang se glaça, parce que ce cri n'avait pas raison d'être ; il n'aurait pas dû retentir. Ce cri avec cette voix. Darius descendit à toute allure les escaliers conduisant au dernier sous-sol. Les hurlements s'amplifiaient. Darius n'avait plus le moindre doute maintenant sur la personne qui s'égosillait ainsi, d'autant plus que les mots qu'elle criait si désespérément se précisaient. Désormais, il pouvait les comprendre ; la victime hurlait son nom, l'appelant.
Quand il déboula dans la salle de torture, il ne se figea qu'une infime seconde ; la suivante, son sang si refroidi par les hurlements se fit brûlant et bouillonna dans ses veines. Il ne réfléchit pas ; il agit par instinct, par l'instinct de protéger l'être qu'il aimait. Il chopa à bras-le- corps le bourreau le plus proche de lui, celui qui s'apprêtait à apposer un fer incandescent sur le torse de Vladimir, et le poussa si violemment contre le mur que le crâne du type fût fissuré. Il empoigna le bras du second tortionnaire, qui était sur le point de perforer la main droite de Vladimir à l'aide d'un marteau et d'un large pic. Il l'éloigna, lui tordant le bras, le fracturant ; un os ressortit, perçant les chairs et le derme. Le gars cria de douleur, pendant que Vladimir s'acharnait à se libérer de ses liens. Darius secoua le gars qu'il tenait désormais par le cou et le souleva sans effort.
- Qui a ordonné ça ?!
- Vous ! gémit-il en se débattant mollement ; une tache d'urine apparut à l'avant de son pantalon. Comman-
- Conneries ! rugit Darius et il raffermit tant sa poigne que le bourreau sombra dans l'inconscience.
Sans doute s'était-il évanoui de peur en réalité. L'être suspendu pendait dans sa main, sans vie, comme une poupée de chiffon. Darius le lâcha, fit volte-face et esquiva de peu le tisonnier. Vladimir, haletant, le regardait droit dans les yeux. Il avait tiré sur ses liens jusqu'à saigner, s'arracher la peau, mais il était libre.
- Vlad ! Tu fous quoi ?!
- C'est ta faute ! Ta... faute !
- Vlad, j'te jure que non ! Pourquoi je t'aurais aidé dans ce cas ? répliqua Darius, mais il paraissait illusoire de tener de le raisonner dans l'instant.
- On avait des remords ?! hurla le mage, avec une voix folle furieuse. Connard !
Il palpa frénétiquement la table recouverte d'ustensiles de torture, chopa une machette et lui courut dessus. Il ne voulait pas utiliser ses pouvoirs. Il voulait que ça soit sale ; il voulait voir du sang gicler, de la peau s'ouvrir, tout se déchirer ; il voulait le lui faire payer.
- Vlad ! C'est pas moi ! On va interroger ce gars et on saura...
Même s'il avait déjà une excellente idée de qui pouvait se terrer derrière ce type de machination perverse, et Vladimir aussi. Seul un hurlement de pure rage lui répondit. Darius attrapa Vladimir par les poignets et serra assez fort pour le forcer à lâcher son arme. Il le secoua très violemment, pour le sortir de sa crise et lui faire recouvrir ses esprits.
- Crois-moi bordel de merde ! Crois en moi pour une putain de fois ! Tu sais qui est le responsable ! Des meurtres et de ça ! De tout ! C'est toujours lui ! Il veut nous séparer !
Les monter l'un contre l'autre. Le regard vide de Vladimir plana sur lui, sur son visage, puis se teinta progressivement d'abattement. Tous ses soupçons se cristallisaient au même moment et tous ses démons intérieurs, tout ce que Jhin avait implanté en lui, se fracassaient. Il acceptait d'y voir. Et il détestait ce qu'il voyait après des années et des années de déni acharné. La pensée le frappa comme une flèche, en plein coeur.
Il ne peut pas guérir. C'est fini. Tu dois cesser d'espérer.
Soudain, sans crier gare, Vladimir repoussa Darius ; celui-ci ne craignit pas pour lui-même, à raison, puisque Vladimir l'ignora totalement. Il alla droit à la table la plus proche, renversa en criant de rage tout ce qu'il y avait dessus, comme s'il pouvait ainsi balayer ces vingt ans aux côtés de Jhin. Il continua à racler le bois de ses ongles, avec une haine féroce, imaginait qu'il s'agissait de la peau de Jhin. Il se retourna, jeta contre le mur sans se soucier des brûlures le pot de cendres brûlantes dans lequel avait été plongé auparavant le tisonnier. Puis tout stoppa aussi subitement que ça avait commencé. Il s'immobilisa, resta debout, haletant, presque nu, le corps et la face tachés de suie et de sang.
- Est-ce que... c'est bon ? souffla Darius, qui avait assisté à ce déchaînement, cette libération plutôt, sans intervenir, en silence, parce qu'il savait que c'était ce que devait traverser Vladimir pour trouver l'apaisement.
Vladimir détourna son visage d'abord enragé vers lui. Darius vit s'y succéder la neutralité, l'absence d'expression, puis enfin, au moment du dernier craquage, l'éplorement et la culpabilité. Ses traits se tordirent et deux larmes formèrent deux sillons sur ses joues, les lavant de toutes les souillures.
- Je crois... que oui...
Darius s'approcha de lui, mais Vladimir le maintint à distance. Toujours pantelant, il ânonna :
- Il doit venir me délivrer cette nuit à minuit.
- Il te faut des soins, rétorqua Darius. Hors de question que tu restes en prison et, si tu n'es plus dans ta cellule, il comprendra qu'il est trop tard. Je dois agir avant.
Vladimir serra les dents, les poings. Son coeur se comprima douloureusement. Il résolut le dilemme qui le tiraillait et lâcha finalement :
- Remonte la rivière. Au bord de l'eau, au nord de la ville, tu apercevras une bâtisse aux armoiries de Leblanc. Elle est bien cachée, à l'abri des regards. Voilà où il se terre. Il n'y aura personne à l'intérieur, excepté lui et les cadavres des serviteurs.
Darius anéantit la faible distance les séparant et le ramena contre lui. Pour la première fois depuis très longtemps, il ne sentit pas l'ombre d'une réticence de la part de Vladimir. ça semblait enfin si vrai de nouveau.
- Compte sur moi.
Petite anecdote : le souvenir avec Jhin et Vladimir est une référence à la scène de "Pulp Fiction" avec Pumpkin et Honey Bunny.
Merci aux lecteurs !
Beast Out
Réponses :
Meh : Merci ! ^^ L'étau se resserre pour Jhin pour le coup. Il est allé un peu trop loin dans ses manigances. J'espère en tout cas que la réaction de Darius ne t'a pas déçue. Honnêtement, j'ai pensé à ce qu'il tue Vladimir dans un accès de rage, mais comment dire... ça enlèverait du piment aux derniers chapitres ;) et Darius est un soldat qui a appris à se maîtriser un minimum.
Yosh : Merci pour le soutien à toi aussi ^^ Il est toujours difficile de dire ce qui détermine vraiment Vladimir à faire telle ou telle chose. Pour les filles Katarina, Riven et Cassio, c'est dans le chapitre suivant (Désolé xS)
Musiques :
- Moments Caitlyn/Vi : "He who brings the night" ; "Strength of a Thousand Men" (Two Steps from Hell)
- Moments Darius/Vladimir : "History repeats itself" (Natural Born Killers OST) ; "All is Hell that ends well" (Two Steps from Hell)
- Souvenir Jhin/Vladimir : "Youth knows no pain" (Lykke Li) ; "Back in my baby's arms" (Patsy Cline)
- Moment présent Jhin/Vladimir : "Theme of the Shadows of the Damned" (Shadows of the Damned OST)
