Disclaimer : voir chapitre 1
Warnings : voir chapitre 9
A/N : -Manoe : c'est super que tu trouves que ça colle un minimum, parce que c'est ce que je voulais essayer de faire : reprendre l'univers original et le remodeler… :)
-evermore04 : moi, sadique ? J'en connais un dans mon entourage qui serait bien d'accord avec toi… haha, ça ne fait pas de mal un peu de suspense de temps en temps :p
-Aurysadik : Arthur avait sa cotte de mailles, Merlin ses vêtements d'hiver en plus de son bandage… vu qu'elle n'a pas un 100E de poitrine et ils ne se font pas un câlin d'enfer, ça me semblait possible qu'il ne remarque pas^^
-Aube Crepusculaire : ils ne sont pas sortis de l'auberge, c'est sûr !^^
-ilai : voilà voilà !
-Lyrashin : ouille ouille, laisse tes petits ongles tranquilles, ils sont innocents !
-Lyla : ça m'arrange que tu n'aies pas fait le rapprochement tout de suite, ça aura fait durer la confusion p Je voulais que la première révélation tombe un peu sans prévenir, mais pour être franche, je suis la plus étonnée de déjà y être… je ne pensais jamais arriver jusque là xD mais c'est encore loin d'être fini !
-EveJHoang : je dois dire que c'est hyper motivant de recevoir autant de reviews en un coup :D par contre c'est la foire pour répondre… 1 : moi je suis aussi rassurée que tu aies lu malgré la menace de guimauve (j'avais conscience qu'on pouvait penser ça et je croisais les doigts pour que les lecteurs passent au-dessus et laissent une chance à ma fic). 2 : ^^. 3 : j'aime ce type de pourriture :p. 4 : ouep, mais je trouvais 'Archimeda' moche xD. 5 : on délire à deux alors parce que je trouve aussi sa mâchoire dangereuse pour ma santé mentale (avec le reste de sa personne) xD. 6 : le pire c'est que j'ai ri… 7 : j'avais pas pensé à La Momie, mais maintenant que tu le dis… ! Et pour être franche, même moi des fois je dois me rappeler que ma version de Merlin est une femme, c'est dire ! 8 : ça pour du bordel, y en aura :B. 9 : et en plus il fixe et il dit rien, par-dessus le marché ! 10 : effectivement, y a plus facile que le gallois… apparemment ça se prononce 'kalètvoulr'… *perplexe* 11 : et pas que sur le museau... 12 : peut-être le saura-t-on (beaucoup) plus tard ?^^ 13 : eh oh pas de blague, je ne veux pas des morts sur la conscience moi ! Il faut dire que tu as bien choisi ton moment pour tout lire, aussi^^ en tout cas, merci beaucoup :)
-neverland25 : nan, je n'ai pas honte, hihi
-anonyme : hum… Arthur/Merlin, Gwen/Lancelot, peut-être Gwaine/ ?, d'autres… je n'ai pas encore décidé définitivement^^
-terra-fiction : merci !
-2L d'R : pas tout à fait page blanche, plutôt énormément de travail à cause de mes études qui me pompent mon temps… je ne sais pas trop quel est le pire^^'
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Merci mille fois pour toutes ces reviews, mais aussi à chaque personne qui a pris la peine de lire jusqu'ici !
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Sous le même ciel
Chapitre 14 : La vérité nue
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La neige était en train de tomber, à peine discernable dans l'obscurité de la nuit. Elle pouvait la sentir, glacée et fondante sur ses joues, ses oreilles, ses clavicules. Le froid et l'anxiété lui cisaillaient les lèvres, mais elle arrivait à l'oublier, à cause des pulsations effrénées de ses artères. Arthur ne disait rien, et cela lui donnait presque la nausée. Peut-être plutôt à cause du bras qui la maintenait en place avec plus de force que de nécessaire, malmenant son ventre. Il faisait ça plus pour l'empêcher de s'enfuir que de tomber, elle le sentait.
Le ferait-elle ?
Elle essaya à plusieurs reprises de s'écarter lentement, très lentement de lui, parce que le sentir ainsi plaqué contre son dos et l'extérieur de ses cuisses lui donnait le tournis. Elle était aussi assise inconfortablement à la fois sur la selle et l'encolure d'Hengroen, tressautant de temps à autre au gré des caprices du sol. Elle avait réussi à mettre un cheveu de distance entre elle et Arthur quand la route se fit traîtresse sous les sabots du destrier, la faisant sursauter. Le jeune homme la plaqua à nouveau contre lui par réflexe et elle geignit imperceptiblement quand elle retomba sur les surfaces dures qui la pressèrent là et la firent tressaillir… au cas où elle aurait définitivement oublié qu'elle était une femme. Elle rougit de honte, ce qui l'aida d'autant plus à ignorer le froid, mais pas la situation actuelle.
Elle ne savait pas quoi faire, c'est pourquoi elle suivit les ordres d'Arthur à la lettre, pour la première fois, et ne dit rien, prise d'une panique silencieuse. Panique qui décupla quand, beaucoup trop tôt à son goût, ils arrivèrent aux portes de la capitale et remontèrent la ville, dépassant des gardes et quelques citoyens d'humeur festive qui tous courbèrent la nuque en reconnaissant leur prince, qui lui leur adressa à peine un regard. Merlin, elle, resserra les pans déchirés de sa chemise du mieux qu'elle put et remarqua que des branches de houx avaient été clouées sur la plupart des portes. Visiblement, ils avaient déjà commencé les festivités de Yule… Elle pensa un instant qu'elle venait d'atteindre son dix-neuvième anniversaire, puis balaya cette futilité de son esprit.
Ils s'arrêtèrent uniquement devant l'entrée de la forteresse.
« Sire » firent les deux gardes au poste en redressant la tête, le corps rigidifié par la discipline.
« Faites mander un garçon d'écurie pour les chevaux et deux servants pour moi, je serai dans mes appartements » répondit Arthur d'une voix presque sèche.
« Sire… » répéta l'un des hommes avec peu d'assurance. « Son altesse votre père est… surpris de votre absence prolongée. »
Le prince resta silencieux pendant une seconde. « Informez-le de mon retour alors, et dites-lui qu'il ne m'est rien arrivé, j'irai le voir en temps voulu. » Puis il pressa Hengroen vers l'avant, ne laissant pas le temps aux deux hommes d'en rajouter plus.
Il lui adressa à peine un regard alors qu'elle descendait gauchement de cheval après lui. Mais elle en dirigeant bien un à Arion, comme pour se rassurer dans les yeux familiers et chaleureux de l'animal. Quand Pip arriva pour s'occuper des deux montures, la fatigue puis la surprise à leur vue furent lisibles sur son visage. Ils croisèrent d'autres regards interrogateurs lorsqu'elle suivit Arthur en silence, à qui l'on souhaitait la bienvenue et adressait des vœux alors qu'elle gardait les yeux rivés au sol.
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Le bruit que fit la porte en se fermant résonna dans le silence de la pièce. Il y faisait frais et sombre, momentanément délaissée qu'elle avait été. Arthur se débarrassa de ses vêtements d'extérieur sans jamais demander quoi que ce soit à Merlin, qui l'imita puis resta dans un coin, un poing sur sa poitrine retenant sa propre chemise mal en point et l'autre bras sur son ventre, comme pour se rassurer elle-même. Après de longues minutes, elle se décida à allumer des chandelles avec des gestes prudents, comme si le prince allait lui sauter à la gorge d'un instant à l'autre. Avec une main occupée ce ne fut pas une mince affaire, mais bientôt ils purent y voir plus clair. Elle laissa sa paume frileuse s'attarder un court instant près de la dernière flamme, source d'une chaleur modeste mais bienvenue.
Lorsqu'elle releva les yeux, elle vit qu'Arthur s'était décidé à la regarder. Il était debout, en appui contre la table, les bras toujours croisés sur son torse robuste. Merlin inspira fortement, le cœur battant. Il n'était plus possible de s'esquiver.
« Dois-je demander après un médecin ? » fut la première chose qui sortit de la bouche du jeune homme, d'une voix neutre, ce qui la désempara. Il souligna ce qu'il sous-entendait en lançant un regard appuyé à ses vêtements dans un piteux état.
« N-non… » souffla-t-elle. Que lui était-il arrivé d'ailleurs ? Mais cela n'avait pas d'importance pour le moment.
Arthur carra les épaules, soudainement plus tendu. « Où étais-tu ? » siffla-t-il d'un ton beaucoup trop calme que pour être rassurant. Merlin savait qu'il semblait impassible en apparence lorsqu'il était le plus furieux.
A nouveau, elle ne s'était pas attendue à ce qu'il demande cela, et resta un moment sur le carreau. « Ah. » Que dire ? Que dire qui ne la mettrait pas dans une situation encore plus fâcheuse ? Elle était encore confuse…
« Prends ton temps, nous avons toute la nuit, » dit-il un peu comme une menace. Elle pouvait la sentir planer au-dessus de sa tête, indécise, vacillante, susceptible de lui tomber sur la nuque comme un couperet. Elle déglutit.
« Il y avait une vieille femme, elle… elle avait besoin d'aide. »
Arthur haussa légèrement un sourcil, dubitatif.
« Elle n'avait plus beaucoup de temps à vivre » continua Merlin en espérant que sa voix ne tremblait pas trop. « Et je… je lui rappelais quelqu'un qu'elle avait connu… Elle ne voulait pas rester seule jusqu'au bout. »
Elle fixa le sol, ne sachant trop quoi dire d'autre. Elle n'avait pas menti. Elle était fatiguée des mensonges. Taire une vérité était déjà assez éreintant.
Elle eut l'impression qu'une heure passa après qu'Arthur eut levé les yeux au ciel, à la fois agacé et convaincu de sa semi confidence. Malgré que ses traits restent tendus et qu'il pouvait encore la faire enfermer à tout moment, elle se sentit un peu moins affolée. Juste un peu. Jusqu'à ce qu'il se décide enfin.
« Maintenant, dis-moi, qui es-tu ? »
Silence.
« Je… »
Elle avait le cœur dans la gorge.
« Je répète, » fit-il en se rapprochant, les bras décroisés, l'autorité claire dans sa voix. « Qui es-tu ? »
Merlin se sentit tout à coup petite sous l'intensité de son regard qu'elle s'efforçait de soutenir. Tant de possibilités lui traversaient l'esprit, l'envie de dire la vérité, toute la vérité lui chatouillait la langue et celle de s'enfuir rendait ses jambes lourdes.
Tout ira bien.
Elle laissa son poing retomber doucement le long de son corps, et vit Arthur le suivre des yeux, avant de remonter. Son regard laissait des picotements derrière lui, sans la toucher, et lui donnait l'impression de transpercer son bandage et ses lambeaux de vêtements poisseux. Le rouge lui monta aux joues. Seul un pas les séparait encore, mais sa proximité n'était plus aussi menaçante, même s'il restait encore tendu et indéchiffrable.
Elle remarqua combien il avait l'air fatigué, la peau sous ses yeux légèrement assombrie, ses joues mangées par une barbe de quelques jours, les cheveux ternes et la mâchoire crispée. Le cœur de la jeune femme rata un battement en pensant qu'il s'était peut-être fait du souci pour elle, mais elle se calma bien vite : sous ses airs de prince inaccessible, elle avait appris petit à petit qu'il y avait un jeune homme loyal et dévoué à son peuple. Peuple qui avait souffert récemment de son orgueil et la mort malheureuse d'une seule licorne, forçant le prince à affronter des épreuves rongé par le remord. Peuple dont elle faisait à présent partie à ses yeux, à défaut d'être liée à lui par autre chose.
Il serait juste. Ou en tout cas, elle se surprit à l'espérer. Elle n'avait pas le choix.
« Ce que vous voyez » finit-elle par dire.
« Et que suis-je censé voir, Merlin ? Est-ce seulement ton vrai nom ? »
Cela lui fit mal sans raison. « Bien sûr que oui ! »
« Oh, excuse-moi si j'ai difficile à te croire » se moqua-t-il.
« Mais c'est la vérité ! »
« Alors qu'est-ce que c'est que… ça ? » siffla-t-il en saisissant sa chemise à plein poing.
Elle se dégagea avec peu de délicatesse puis soutint son regard lourd, le temps d'inspirer, puis expirer, plusieurs fois, pour lui donner un peu de courage. Ses mains étaient pesantes lorsqu'elle les passa dans son dos, sous son vêtement, pour atteindre le nœud serré qui retenait la bande de tissu. Elle le défit, sentant le textile se détendre autour d'elle et la laisser respirer librement à mesure qu'il lui glissait sur la taille, puis les hanches. Elle le laissa continuer à tomber ainsi, jusqu'à ce qu'il touche le sol en de vagues cercles. Elle sortit ensuite ses bras pour s'enlacer elle-même avec le peu de pudeur qu'elle avait encore le droit d'avoir. Ce geste tendit la chemise sur les volumes libérés de ses seins partiellement découverts et marqua la finesse de sa taille, d'ordinaire dissimulée par ses vêtements informes. Il n'était pas nécessaire de deviner ses hanches ou quoique ce soit d'autre pour être sûr de l'évidence. Evidence qu'Arthur ne pouvait à présent plus nier. S'il pouvait arrêter ne fut-ce qu'un instant de la fixer avec cette intensité…
« Tu es une fille » dit-il plus qu'il ne demanda.
Elle ne put que se mordiller les lèvres et acquiescer d'un bref mouvement de tête.
« Ceci explique bien des choses… » Il avait dit cela tout bas, les yeux un instant dans le vague, comme s'il se parlait à lui-même avant de reprendre plus sèchement, « qu'existe-t-il vraiment du Merlin d'Ealdor que je croyais connaître ? »
« Je… je ne suis pas un garçon. Et je n'ai pas quinze ans. »
« Combien ? »
« Dix-neuf, depuis Yule. »
Elle crut voir un fin muscle tressauter dans la mâchoire d'Arthur, dont le ton commença à traduire la colère. « Tu veux dire, que le gamin qui me servait de valet, m'habillait, préparait mon bain, lavait mes draps, me servait de cible à l'entraînement et j'en passe et des meilleures est en fait une femme ? »
Elle se crispa sur la fin de sa phrase qu'il avait presque criée. On frappa à la porte.
« Quoi ? » tonna Arthur dont le regard jetait des éclairs dans cette direction. Deux valets que Merlin connaissait de vue entrèrent, tendus au vu de la manière dont ils étaient reçus. « Ce n'est pas trop tôt ! »
« P-pardonnez-nous, sire, mais le roi nous a interpellés avant que nous ne venions chez vous… Il souhaite vous voir. »
Le prince se figea pendant une seconde alors que de nombreuses pensées lui passaient derrière les yeux. « Bien sûr… » fit-il d'une voix beaucoup plus calme, avant d'adresser un bref regard à la tenue de Merlin puis aux deux hommes. « Allumez un feu, je ne saurais dormir dans un tel froid, et faites monter un sceau d'eau et une robe. »
« Une robe, sire ? » Leur expression et celle de la magicienne furent les mêmes.
Arthur la désigna du doigt. « Oui, une robe, pour elle ! Ce n'est pas bien compliqué ! »
C'est seulement à ce moment que les deux servants semblèrent remarquer la jeune femme, et les yeux de l'un d'entre eux s'écarquillèrent quand il sembla la reconnaître, mettant Merlin subitement très mal à l'aise, encore plus qu'elle ne l'était déjà.
« Alors ? C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? » s'impatienta le prince.
« T-Tout-de-suite, sire ! » bafouillèrent-ils en baissant la tête. L'un sortit de la pièce et l'autre se précipita vers la cheminée alors qu'Arthur se retournait vers la jeune femme.
« Rends-toi présentable, tu es immonde » dit-il avec les sourcils froncés. « Et si j'apprends que tu as quitté cette pièce pendant mon absence, crois-moi, tu le regretteras. »
Le bruit que fit la porte en se refermant sur le prince lui sembla beaucoup plus fort qu'il ne l'était vraiment.
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Elle avait évité le regard des deux servants pendant que le premier rendait la chambre plus agréable, et quand le dernier avait déposé une robe sur le lit en la fixant peu discrètement. Quand ils étaient partis, Arthur n'était pas encore revenu. Elle ne savait pas vraiment si elle voulait qu'il revienne ou qu'il la laisse seule indéfiniment. Elle se triturait les doigts en faisant les cent pas devant l'âtre. Il était occupé à discuter avec son père… Allait-il parler d'elle ?
« Evidemment » souffla-t-elle pour elle-même.
Qu'allait-il se passer ? Que s'était-il passé au juste ? Tout était allé beaucoup trop vite, sans prévenir. Elle ne s'était pas encore totalement remise de l'étrange rencontre qu'elle avait faite, et maintenant Arthur avait appris le moins dangereux de ses secrets…
Elle pensa subitement à Niniane, ses doigts emmêlés dans les pans de sa chemise gâchée. Cela ne pouvait être qu'elle qui avait forcé les choses. Mais pourquoi ? Elle semblait savoir tant sur elle, au point que c'en était presque effrayant… Avait-elle dit vrai, ou bien était-ce un délire de son esprit au bout du déclin ?
Au fond d'elle, Merlin ne put se convaincre qu'il s'agissait du dernier cas, tout simplement en repensant à cette étrange nostalgie, cette lointaine familiarité qu'elle avait ressentie envers la vieille femme. Elle avait déjà ressenti cela, elle venait de s'en rendre compte. C'était ce même bourdonnement lorsque la voix du dragon –Kilgarrah- avait résonné en elle pour la première fois, ou encore lorsque ses yeux s'étaient posés sur Nimueh, déguisée en servante. Quelque chose aussi comme l'impression d'un mouvement de révolution et de gravité.
Elle pouvait presque le sentir encore, rien qu'en fermant les yeux. Alors derrière ses paupières elle ne voyait qu'Arthur.
Merlin s'assit sur le lit et se prit la tête dans les mains qu'elle appuya fermement. Ses doigts picotaient. Quand après de longues minutes elle les reposa, l'une se referma sur la robe. La jeune femme y adressa alors un regard : d'un bleu sombre, taillé dans un velours épais et défraîchi, quelconque. Elle laissa ses doigts aller et venir sur l'étoffe un peu rêche, pensive.
Peut-être était-il temps. Temps pour elle de dévoiler une part d'elle-même, alors qu'elle était trop lâche et apeurée pour se lancer.
Sans un bruit, Merlin se leva et vint se pencher au-dessus du seau d'eau qu'elle réchauffa de sa magie, avant d'y plonger les mains pour ensuite en asperger son visage, puis faire une maigre toilette. La peau sous ses seins était encore rosie par la faute de son bandage trop serré. De la même couleur que les stries restantes du semblant de sang qui l'avait dénoncée. Elle les lava sans trembler.
Jusqu'à quand aurait-elle encore attendu si tout cela ne s'était pas passé ? L'aurait-elle jamais fait ?
''Oui.'' Mais un murmure dans sa tête disait ''non''.
Mais Morris savait déjà, et Gwen…
Merlin suspendit son geste, figée. Gwen saurait aussi, et non pas de sa bouche comme elle l'avait souhaité, comme elle avait été sur le point de la faire… Morgane saurait. Le roi, les chevaliers, les serviteurs,… tous sauraient à présent. Il n'y avait pas de marche arrière possible.
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La porte à peine fermée, l'expression indéchiffrable, Arthur la considéra en silence.
« Tu n'es pas habillée. »
Merlin ne voulait pas. C'était puéril et ridicule, mais elle ne voulait pas. Revêtir la robe à la place de ses propres vêtements rendrait les choses trop vraies. Elle en avait peur, sans raison.
Elle releva la tête quand le prince fut juste devant elle.
« Merlin… » dit-il d'une voix trop calme. « Ne me force pas à te la mettre moi-même. »
Sa main lui brûla le bas du dos quand il la poussa gentiment mais fermement derrière le paravent, la robe dans les bras. Elle resta immobile et l'entendit s'asseoir sans un bruit de plus. Elle ne pouvait qu'entendre ses propres battements de cœur, plus pressés que la normale, comme si elle s'apprêtait à courir… et en un sens, c'était ce qu'elle avait envie de faire. Mais non.
Elle expira, puis inspira profondément avant de commencer à se déshabiller. Elle répéta cela entre chaque pièce de tissu qu'elle enlevait, jusqu'à ce qu'elle soit nue. Nue dans la chambre d'Arthur, seulement protégée de son regard par l'écran. Un maigre obstacle, presque rien. Ses vêtements à terre, à ses pieds, lui firent penser à une mue.
Elle frissonna, puis sentit une douce chaleur familière et rassurante parcourir sa peau. Sa magie.
Il lui restait cela. Ce secret était sauf. Cette simple pensée lui donna l'impulsion nécessaire pour saisir la robe et l'enfiler avec des gestes lents, prudents, comme si elle réapprenait à se vêtir d'une tenue féminine, une piètre seconde peau, mais malgré tout plus adéquate. Il n'y avait plus de rempart entre ses cuisses, le tissu enserrait un peu plus ses hanches, et ses seins l'emplissaient sans gêne. La robe n'avait pas été taillée pour elle, elle le sentait surtout au niveau de l'encolure, beaucoup trop grande, qui lui tombait d'une épaule. En la remettant droite elle fut gênée de constater le décolleté osé qu'elle créait, et la tira alors vers l'arrière tant bien que mal, découvrant le haut de son dos. Elle regretta de ne pas avoir son foulard sous la main.
Elle essaya de se rassurer dans un murmure. « Tout ira bien… » Puis elle sortit.
Même avec les yeux fixés sur le sol, elle sentit le regard d'Arthur peser sur elle. La robe glissa à nouveau sur son épaule, et elle la redressa gauchement, les joues chaudes.
Au bout de longues secondes de silence, n'y tenant plus, elle releva les yeux vers Arthur et croisa les siens, presque par erreur.
Il ne l'avait jamais regardée comme ça. Comme un homme le ferait d'une femme. Une femme qu'il venait tout juste de rencontrer, qu'il n'avait pas encore considérée. Plus que la robe, plus que l'aveu, ou encore que ce qu'elle avait ressenti pressée contre lui à cheval, c'est cela qui acheva de lui rappeler ce qu'elle était vraiment. Son regard, et la manière dont son corps y réagit de son propre chef, comme reconnu, réceptif... attiré.
Puis Arthur fronça légèrement les sourcils et l'instant s'évapora. A la place, un silence s'installa, lourd et pesant, qui donnait à Merlin l'envie de se tortiller sur place, comme si cela pouvait l'aider à disparaître à défaut d'arranger les choses.
« Pourquoi ? » finit par demander le prince.
La jeune femme ne put que garder la bouche entrouverte, sans arriver à décider quoi répondre. Cela énerva Arthur qui répéta, en serrant les accoudoirs avec force, « pourquoi m'as-tu menti ? A quoi cela a-t-il bien pu te servir de te dissimuler ainsi ? Etait-ce un moyen de faire un quelconque chantage ? De t'attirer des faveurs ? De m'humilier ? »
« N-non » coassa Merlin d'une petite voix. Cela eut pour effet de faire se lever Arthur d'un bond, très agité, les mâchoires tendues.
« Alors quelle est la raison Merlin ? Je ne comprends pas ton petit jeu, j'aimerais bien savoir pourquoi j'ai dû m'échiner sur ton cas devant mon père, et je t'assure que je commence à arriver au bout de ma patience, alors qu'est-ce que tu veux ? »
« Mais rien ! » répondit-elle sur le même ton. « Je ne voulais rien ! C'est juste… arrivé, c'est tout. C'était seulement pour le voyage, ça n'était jamais censé durer ! C'était un accident ! »
« Alors pourquoi n'as-tu rien dit au lieu de laisser cette mascarade continuer ? »
Merlin eut subitement envie de rire jaune, et elle le fit presque. « Bien sûr… vous pensez que c'est si simple ? »
« Je ne vois pas pourquoi tu t'es donné tout ce mal, pour commencer. »
La jeune femme resta un court instant silencieuse, puis reprit plus calmement, mais avec une once de venin. « Vous êtes le prince de Camelot, 'élevé pour tuer'. Vous n'avez qu'à lever un doigt pour recevoir armes, armure et une escorte démesurée. Je doute que vous compreniez ce que c'est que d'être une fille de rien sur la grand-route, seule, messire. »
Elle voulut ajouter qu'il ne se doutait pas d'à quel point sa mère avait pu se faire du soucis pour elle, même si elle aurait pu écarter un agresseur d'un simple mouvement de main, que c'était peu cher payé de couper ses longs cheveux et changer de vêtements pour qu'elle puisse dormir un peu plus tranquille, jusqu'à ce que sa fille arrive à destination. Mais elle ne dit rien de tout ça, car elle n'utiliserait jamais l'image de la mère d'Arthur, même dans son propre intérêt. Ce serait cruel.
« Soit… il n'empêche que tu aurais pu mettre fin à tout ceci dès le fameux banquet ! »
Celui où leurs vies avaient basculé.
« Avais-je vraiment le choix ? » fit-elle d'une voix blanche. « Votre père m'a fait l'insigne honneur de me nommer votre valet. Sans jamais demander mon avis. J'ai été forcée… mais dites-moi donc, sire, comment votre père aurait-il réagi en apprenant que celui qu'il avait ainsi honoré était en fait une femme dissimulée ? »
Il se serrait senti trompé, qu'elle s'était jouée de lui. Peut-être même y aurait-il vu une autre des multiples manigances qui concernaient sa personne depuis plus de vingt ans.
Merlin sut par l'absence de réponse venant d'Arthur qu'il avait pensé quelque chose de semblable. Le sang lui battait dans les tempes et se calmait peu à peu à mesure que le silence se prolongeait. Le prince avait un regard indéchiffrable, lointain, ce qui déstabilisa la jeune femme. Elle commença à regretter d'avoir dit ce qu'elle pensait. Maintenant, elle n'avait aucune idée de comment les choses allaient tourner. Le prince allait-il la punir de cette insolence ? Tout pouvait encore se passer.
Quand il reprit enfin la parole, ce fut sur un ton formel qui fit se pincer le cœur de Merlin, sans raison.
« Très bien, j'ai compris. Tu peux partir. »
« Ar-… sire ? »
« Rentre chez toi, Gaius t'attend » continua-t-il en lui tournant le dos. « N'oublie pas tes autres vêtements. »
Quelque chose dans le ton de sa voix et la ligne de ses épaules mettait fin à la discussion. Merlin ne put que s'exécuter, les pieds lourds, cherchant à apercevoir son visage une dernière fois, pour mieux comprendre, avant de sortir, en vain.
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Archimède vint se nicher dans ses bras dans un tourbillon de plumes dès qu'elle referma la porte derrière elle. Elle en perdit presque les vêtements qu'elle tenait. A peine quelques secondes plus tard, Gaius vint l'étreindre.
« Merlin ! Enfin te voilà, je me suis fait un sang d'encre ! » Il s'écarta pour pouvoir la regarder de bas en haut.
Sans prévenir, la jeune femme sentit les larmes lui monter à la gorge quand celui qu'elle considérait comme un père s'écarta d'elle. « Gaius… »
« Je sais mon enfant, reprends-toi. »
« Vous étiez là ? » fit-elle en reniflant, les doigts nichés dans les plumes de la chouette.
« Uther m'a fait mander sur la fin pour demander quelques explications, je suis au courant. »
« …que s'est-il passé ? »
Le vieil homme posa une main sur son épaule et la poussa gentiment vers l'avant. « Commence par t'asseoir un peu, tu dois être fatiguée… »
Merlin déposa ses vêtements sur la table après qu'Archimède se soit perchée sur son épaule, puis sur ses genoux une fois qu'elle fut assise. Gaius lui glissa une tasse fumante sous les yeux avant de prendre place en face d'elle. Elle reconnut la camomille et le miel avant même de prendre une première gorgée.
« Ils voulaient savoir le pourquoi du comment de ta venue à Camelot… déguisée. »
Merlin ne dit rien mais continua à l'écouter attentivement.
« J'ai dit la vérité, ou du moins une partie. Que tu étais une jeune femme en quête de travail pour pouvoir subvenir à tes besoins seule, et que ta mère t'avait recommandée à moi par soucis que tu trouves rapidement quelque chose à faire. Quant à ton déguisement… quand j'ai dit que tu ne t'attirerais qu'encore plus d'ennuis sous ta vraie forme, ils ont semblé être particulièrement convaincus. »
Merlin essaya de sourire mais le résultat fut plutôt une grimace. Elle formula enfin l'une de ses récentes hantises d'une voix blanche. « J'espère qu'ils ne vous ont rien fait pour avoir gardé mon secret ? »
« Ne t'inquiète pas. »
« Gaius… »
« Uther et moi avons eu… une discussion. Tout est rentré dans l'ordre. Pour être franc, il m'a parfois même semblé être amusé de la chose… probablement en voyant à quel point Arthur était vert. Je le soupçonne de considérer cela comme une leçon pour son fils, même s'il est à présent adulte. »
« Amusé ? » s'étrangla Merlin. Elle ne sut pas si elle devait se sentir vexée ou soulagée. Mais d'un autre côté… pourquoi le roi aurait-il pris au sérieux une affaire qui la concernait, elle, une simple paysanne dont il n'arrivait jamais à retenir le nom, quand il n'oubliait pas de lui adresser un regard ?
« Cela aurait pu être bien pire… » continua Gaius plus sérieusement.
Le nez de la jeune femme retomba dans sa tisane, ne sachant trop quoi penser de tout cela, toutes ces émotions différentes qui la prenaient à tour de rôle.
« Maintenant, explique-moi la raison de votre absence et comment Arthur a découvert ton secret. T'es-tu réellement perdue comme il le prétend ? »
« Non. J'ai suivi la licorne. »
L'un des sourcils de Gaius se haussa, perplexe.
« Oui Gaius elle… quand on a enterré la corne, elle a ressuscité, je vous jure ! »
« Impressionnant » lui accorda le vieil homme. « Mais je ne vois pas trop en quoi cela explique votre absence. C'est comme ça qu'il a découvert que tu étais une femme ? »
« Comment ça ? »
« Les licornes n'approchent que les jeunes filles vierges, quoique je doute qu'Arthur le sache… »
Merlin se sentit rougir et le camoufla en vain en tenant sa tasse devant elle. « Moi non plus…. Mais ce n'est pas pour ça… J'ai suivi la licorne et j'ai, euh, rencontré quelqu'un. »
La jeune femme s'arrêta un instant en repensant à l'ermite sans âge. Le médecin respecta son silence pensif.
« Gaius… est-ce que vous croyez aux vies antérieures ? »
« … Je ne saurais dire ni oui ni non, Merlin. Il y a encore énormément de choses que j'ignore. Peut-être. »
« Cette femme, elle… elle a dit qu'elle me connaissait. Et elle semblait réellement me connaitre, Gaius ! Même si moi je ne la connaissais pas. Il y avait quelque chose dans sa magie… » Elle haussa un peu la voix en voyant le visage de son père adoptif changer du tout au tout, « non non, rien de mal ! Bref, elle m'était… familière. Elle voulait que je reste un peu près d'elle, elle disait qu'elle m'attendait depuis très longtemps, qu'elle voulait se faire pardonner. Je n'ai pas très bien compris, mais je suis restée. »
Le vieil homme la considéra un long moment, plongé dans ses propres pensées, au fond de lui.
« Tu es une énigme, Merlin, je te l'ai déjà dit il y a bien longtemps. Je suppose que cela implique que certaines choses… inhabituelles risquent bien de te suivre durant ta vie. Peut-être que l'avenir permettra d'y voir plus clair. »
« Espérons… » La magicienne caressa à nouveau Archimède, l'esprit ailleurs.
« Alors, concernant Arthur ? »
« Cette femme, elle… elle m'a endormie, et je crois qu'elle a abîmé mes vêtements expressément pour lui mettre la puce à l'oreille. » Elle désigna ladite tenue du doigt. « Quand je me suis réveillée, il avait découvert ce que je suis. »
« Pourquoi aurait-elle fait ça ? »
« Je ne sais pas. »
« Je vois… » Il se leva, une très légère boiterie dans le pas comme il l'avait parfois, surtout par temps froid, et alla chercher quelque chose qu'il présenta ensuite à Merlin. « N'y pense plus pour l'instant, cela t'occupera bien assez demain… Joyeux anniversaire, avec un peu de retard. »
La jeune femme le regarda avec de grands yeux surpris avant de saisir l'épais paquet enveloppé de tissu. Elle l'ouvrit et crut reconnaître l'un des livres préférés de son enfance, celui sur les dragons. La couverture était semblable, mais le titre était différent.
« C'est de la part de ta mère et moi. Elle a dit que tu connaissais déjà le premier volume, je me suis chargé de trouver la suite… » fit Gaius avec un petit sourire.
« Je croyais- »
« -que je préférais ne pas t'encourager à en apprendre plus sur la magie ? En soi, tu n'as pas tort… mais je sais qu'il serait sot de me part de t'en empêcher. Sois juste prudente. »
Pour la première fois ce soir, Merlin sourit sincèrement en prenant la main du vieil homme. « Merci Gaius. »
Il la lui serra affectueusement. « Maintenant vas dormir, mon enfant. Tu en as grand besoin, et essaye de ne pas trop penser au reste. Qui sait ce que demain nous réserve. »
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Une seule chandelle était allumée dans sa chambre, à peine suffisante pour lui permettre d'en distinguer les contours. Merlin déposa ce qu'il restait de ses anciens vêtements sur son lit. Les couches de chemises d'hiver étaient irrécupérables, tachées et déchirées. Elle les déploya, l'une à côté de l'autre. Restaient ses braies, et les bas de laine qu'elle portait en-dessous.
Archimède la regardait sans bouger, ses yeux d'ambre assombris, d'un sérieux presque humain. Totalement silencieuse.
Merlin retroussa les pans de sa robe, puis leva les bras pour la passer au-dessus de sa tête. Elle frissonna en sentant sa peau mise à nu. L'étoffe tomba à ses pieds. Devant elle, étendue, elle pouvait voir à quoi se résumait sa vie à Camelot, aux yeux des autres. Merlin le valet, le gentil idiot qui suivait le prince comme son ombre imparfaite. Et maintenant une Merlin dont elle ne savait pas si elle lui correspondait plus, encore aussi informe que la robe qui n'était pas vraiment la sienne.
Ses yeux furent attirés par un petit objet vert-bleu qui dépassait des tissus. Elle la prit du bout des doigts. C'était la flûte de Niniane.
Elle la serra fort dans sa paume quand ses yeux passèrent ensuite sur son propre corps. Qui elle était, mais pas encore tout à fait. Pas encore elle, quelque part dans ces courbes et ces quelques saillies d'os, un peu étrangère.
A force de garder des secrets, elle-même ne savait plus trop faire la différence entre ce qui était vrai et ce qu'il ne l'était pas. Mais il y avait bien une chose dont elle était sûre…
Il lui suffit de quelques mots pour que ses yeux brillent plus fort que l'unique chandelle, plus fort encore que les flammes qui consumèrent les vêtements souillés à sa commande.
Au petit matin, encore plongé dans l'obscurité, Merlin regarda la robe sans comprendre, avant que les souvenirs des derniers jours ne lui reviennent en tête. Pour se protéger un peu du froid et du regard des autres, elle sortit l'écharpe que Gwen lui avait tricotée et en entoura sa gorge, avec l'impression qu'elle la serrait un peu trop fort quand elle pensa à son amie.
« Chaque chose en son temps… » se dit-elle à voix haute avant d'aller grignoter un morceau de pain alors que Gaius dormait encore. Elle n'aurait pas pu avaler plus tant elle avait l'estomac serré.
Que devait-elle faire maintenant ? Opter pour la routine serait peut-être plus sage… Advienne que pourra. C'est pourquoi elle emprunta le chemin des cuisines, comme à peu près chaque matin. En route, elle s'efforça de sourire poliment aux personnes qu'elle croisait, qui tous la regardèrent avec plus au moins d'étonnement, et parfois quelques chuchotements. Ce fut le cas d'Astrid et Sigrid, déjà levées, qui s'échangèrent des messes basses en la voyant arriver, les mains plongées dans de la pâte à pain. Les plans de travail étaient surchargés de nourriture prête à être préparée. La semaine de festivités de Yule s'achèverait en grande pompe ce soir.
« Bonjour Brunhilda » fit-elle en arrivant devant la cuisinière à forte corpulence.
« Ah, Merlin ! » La femme se retourna, et son visage perdit légèrement de sa jovialité quand elle aperçut sa tenue.
« Je viens chercher le petit-déjeuner du prince. » Merlin fit mine de ne pas remarquer comment le regard de la cuisinière essayait de la décrypter et se jeta sur le premier plat à disposition, qu'elle remplit rapidement d'aliments qu'Arthur appréciait, avant de partir tout aussi vite, entendant à peine Brunhilda dire, « ce ne sera pas nécessaire. »
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En remontant, elle sentit comme un poids s'enlever de sa poitrine quand elle aperçut une silhouette familière au détour d'un couloir.
« Morris ! » appela-t-elle, le plateau en équilibre sur ses paumes.
Le jeune homme fit volte-face et son visage s'illumina en l'apercevant. « Merlin! » Il s'approcha à grands pas avant de la prendre par les épaules. « Alors c'est vrai… » fit-il en remarquant sa robe.
« Quoi ? »
« Pip a répandu la nouvelle comme quoi tu serais en fait une femme, et Harold et Eric n'ont fait que renchérir… Que s'est-il passé ? »
« A-Arthur l'a découvert par hasard, quand nous étions partis » répondit-elle, la gorge un peu sèche.
« Ça n'a pas l'air de t'enchanter. »
« Je… je ne sais pas encore trop comment prendre sa réaction. Il n'a pas encore été très clair… » ''cet idiot'' rajouta-t-elle dans sa tête, faiblement. « Et Gwen et dame Morgane… »
« N'y pense pas pour l'instant » la coupa doucement Morris. « Maintenant, occupe-toi du prince, une chose à la fois. » Il lui sourit maladroitement. « Tu as déjà combattu des monstres, tu peux le faire. Et si besoin… je ne pense pas que je quitterai Camelot de sitôt. Même si c'est une piètre consolation » tenta-t-il de plaisanter.
« Merci Morris. » Même si elle ne savait pas se décider à choisir entre faire face à un adanc, un griffon ou Arthur.
L'écuyer lui serra les épaules une dernière fois. « Courage. »
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Quand elle entra dans la chambre, Arthur était déjà levé… et en train de manger. Elle regarda un instant le plateau sans comprendre. Le prince prit son temps pour terminer de mâcher et avaler ce qu'il avait en bouche.
« Tu es supposée frapper avant d'entrer. »
Elle crut l'entendre soupirer, un peu comme envers un enfant qui ne fait pas ce qu'on lui demande.
« Vous mangez » fut tout ce qu'elle put dire sur le moment.
« En effet. »
« Qui vous a apporté ça ? » Le second plateau commençait à lui peser sur les bras, mais elle ne bougea pas.
« Un valet, cela va de soi. »
« … vous auriez dû me prévenir que vous deviez vous lever plus tôt, je ne pouvais pas deviner qu'il fallait que je- »
« -ce n'est pas le cas. »
Il restait imperturbable, presque inexpressif. Différent.
Merlin n'apprécia pas que sa gorge se serre d'elle-même. « D'accord, est-ce que vous auriez l'amabilité de m'expliquer un peu pourquoi vous vous comportez comme ça, sire ? »
En elle, elle se doutait de quelque chose, mais elle refusait de l'accepter.
« Cela me semble pourtant clair. »
« …vous me renvoyez ? » s'étrangla-t-elle presque.
Elle sentit que la patience d'Arthur commençait à être irritée.
« Merlin, il n'est pas bien difficile de comprendre pourquoi la tâche de… valet ne te convient pas. »
Elle lâcha un rire bref, nerveux. Une douleur diffuse fleurissait dans sa poitrine.
« Je vois… parce que je suis une femme, » elle cracha presque ce mot, « vous me laissez sur la paille ! Je ne suis même pas assez bien pour vider votre pot de chambre ! »
Le plateau produisit un bruit clair quand elle le déposa un peu trop fort sur la table, prête à faire demi-tour et partir sans demander son reste. Mais Arthur l'en empêcha en la coupant.
« Qu'une femme soit le valet personnel d'un homme n'est pas… approprié. Pour toi comme pour moi. »
Merlin déglutit. « Approprié ?... quoi, vous avez peur du qu'en-dira-t-on ? Eh bien désolée de vous décevoir, altesse, mais changer quoi que ce soit à présent n'empêchera personne d'en parler… mais si ça peut vous rassurer, que vous soyez au-dessus des autres devrait mieux vous préserver. »
Comme le silence fut sa seule réponse pendant de longues secondes, Merlin hasarda un regard vers le visage du jeune homme, toujours assis. Ses traits étaient durs, mais non ses yeux, fixés sur elle sans trop comprendre.
« Si je te garde ainsi à mon service, c'est toi qui t'exposes le plus, pas moi. »
Sa réponse fusa sans même qu'elle ait à réfléchir. « Je m'en fiche. »
Le prince soupira à nouveau et se passa une main sur le crâne, comme pris d'une migraine naissante. « Même quand j'essaie, je n'arrive pas à te comprendre, Merlin. Tu as pourtant dit que l'on t'avait forcée, cela devrait te rendre plus enthousiaste vis-à-vis de ma décision. »
Elle ne sut pas quoi répondre dans l'immédiat. La situation lui donnait l'impression de lui échapper des mains, doucement mais sûrement, glissant vers quelque chose qu'elle ne désirait pas, qui lui pesait sur la poitrine. D'une toute petite voix, presque involontairement, elle souffla : « mais je suis restée. »
Arthur releva la tête, et à ce moment seulement elle remarqua qu'il avait l'air peu reposé, comme s'il n'avait pas assez dormi ou que le sommeil n'avait pas été réparateur. Il semblait vouloir se tenir droit et éloigné de la même manière que lors des conseils et autres affaires du royaume, mais il y avait un semblant de fragilité dans la chute de ses épaules et la peau fine sous ses yeux. Cela la bouleversa sans qu'elle arrive totalement à mettre le doigt dessus.
Merlin déglutit, et dit un peu plus fort, « je ne suis jamais partie. »
''Pourquoi ?' crut-elle entendre, mais le jeune homme n'avait rien dit. Elle venait de le rendre muet. Pas de réplique, pas de remarque cinglante, pas d'ordre.
« Non. »
« … mais c'est toujours ce que vous voulez ? Que je parte ? »
Elle détestait la faiblesse dans sa voix et dans sa gorge.
« Il le faut, Merlin. »
Elle ressentit l'illusion qu'il était presque désolé. Illusion qui s'acheva quand il reprit plus fermement, après s'être raclé la gorge, « je peux m'arranger avec Morgane pour qu'elle te prenne comme servante. Ainsi il te restera un emploi… je m'assurerai personnellement que tu ne seras pas payée moins qu'avant, et tu auras très probablement plus de temps pour aider Gaius, comme tu me l'avais déjà demandé auparavant… »
Il n'était plus possible de faire marche arrière. Cela lui fit l'effet d'une giffle. Qu'il veuille adoucir ainsi les choses n'y changea rien. Au contraire. Elle voulait crier, entrer dans l'une de leurs disputes habituelles, lui dire qu'il n'était qu'un crétin de la traiter aussi différemment alors qu'elle restait la même, et qu'il était encore plus idiot de croire qu'il survivrait sans elle pour répondre à ses moindres souhaits, incapable qu'il était ne fut-ce que de s'habiller seul… Sans parler de toutes les créatures magiques qui avaient la fâcheuse tendance de l'approcher d'un peu trop prêt, ou encore de sa propension à s'attirer des ennuis.
« On… on pourrait dire qu'il s'agit de magie » bafouilla-t-elle en désespoir de cause, « une sorte de sort temporaire. Et je continuerai à faire semblant d'être un garçon… »
Elle ne le regarda pas quand il se leva et s'approcha d'elle, elle était trop occupée à fixer le sol, un peu perdue. Elle ne releva les yeux, presque brusquement, que quand elle sentit ses mains sur ses épaules.
« Merlin, » une familiarité pointait dans sa voix, et elle eut presque l'impression qu'il allait la traiter de ''triple idiot'', ''bon à rien'' ou autre chose qu'il ne pensait qu'à moitié. « C'est inutile. Même mon père est au courant. »
« Mais… » Elle ne termina jamais sa phrase.
« Et je ne veux pas que tu aies à mentir ainsi pour moi à propos de qui tu es vraiment. »
Le cœur de la jeune femme fit un bond, et continua à battre très fort, le temps de se calmer. Il y avait beaucoup trop dans ces quelques mots. Elle était submergée, parfaitement immobile, ses yeux grands ouverts sondant ceux du prince, intenses, résignés et à la fois presque doux. Elle eut l'impression que ses épaules avaient brûlé à travers la robe quand il en ôta ses paumes, prenant son silence pour une acceptation que contredisait son visage.
Ce même silence, si inhabituel entre eux, donna une impression d'inachevé quand Merlin sortit de la pièce.
Avant de se retrouver devant la porte des appartements de la pupille du roi, elle avait d'abord tué le temps en déambulant dans le château. Bien vite, elle se dit qu'il s'agissait d'une mauvaise idée : les regards incrédules, les chuchotements et mêmes quelques rires moqueurs lui pesaient sur la nuque et tendaient sa mâchoire. Il avait été facile de dire qu'elle s'en fichait, mais lorsqu'elle y était confrontée, sur l'instant, cela lui donnait parfois l'envie de se rendre invisible, se fondre dans la neige. Elle en serait capable. Des silhouettes familières se tenaient à l'écart, incertaines, et elle avait presque trébuché dans ses propres pieds quand un sifflement avait fusé derrière elle, une fois les terrains d'entraînement dépassés.
Tout cela n'était rien comparé à ce qu'elle ressentit quand elle eut enfin le courage de frapper à la porte, et qu'une voix qu'elle connaissait bien y répondit, « entrez. »
Elle ne voyait de Morgane que son dos, enveloppé dans une robe d'un blanc irisé doublée d'hermine, assise, ses longs cheveux lâchés en train d'être peignés par Guenièvre. Celle-ci fut la première à jeter un œil à Merlin, et suspendit son geste sur-le-champ, une expression étrange sur le visage.
« Gwen, pourquoi t'arrê-… oh. »
Merlin se sentait minuscule sous leurs regards combinés. La servante semblait presque peinée malgré ses sourcils froncés et ses lèvres pincées, alors que la dame arborait la même expression distante qu'elle réservait à la plupart des occasions officielles.
« Art… le prince m'a envoyée, mais je vois que je dérange, donc- »
« Non, » fit Morgane, « je suis au courant, reste. »
« T-très bien… que puis-je faire pour vous ? » Elle se sentait de plus en plus mal à l'aise.
« A vrai dire, il ne reste plus grand-chose à part nous préparer pour le banquet » continua Morgane, impassible devant sa nervosité. « A moins que tu n'aies besoin de quelque chose, Gwen ? »
« N-non madame, tout est en ordre… »
« Ecoutez, » souffla Merlin dans un élan de courage, « avant tout chose, je voulais vous dire… » Elle déglutit. « Je voulais vous dire à toutes les deux que je suis désolée. Vraiment. Et je comprendrais que vous ne vouliez plus avoir affaire à moi, je ne voudrais pas moi-même, c'est déjà le cas d'Arthur, je ne suis qu'une idiote et je suis désolée et je… » Elle se perdit dans ses cafouillages.
La pupille et sa servante s'échangèrent un regard et semblèrent se comprendre, car quand Gwen recommença à peigner ses cheveux, Morgane dit à Merlin, « viens, aide-moi à me coiffer. »
La jeune femme lâcha la respiration qu'elle avait retenue inconsciemment et s'exécuta en silence avec des doigts hésitants, un rien moins fébrile que quelques instants auparavant, malgré le silence qui s'installa.
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La fête battait son plein en ce dernier soir de célébrations. La pièce baignait dans les odeurs de viande grillée à point, d'épices et de la résine qui s'échappait des énormes bûches de pin que l'on avait mises à brûler, autant pour la symbolique que pour maintenir la chaleur de la pièce. La plupart des convives riaient déjà plus fort que d'habitude, sous l'effet de l'alcool, en écoutant les chansons qui parlaient d'ours, de belles jeunes filles et d'aventure. Les tables débordantes de nourriture effaçaient des esprits la malédiction qui avait frappé le royaume il y a peu longtemps. La principale viande proposée était du sanglier, exposé par carcasses entières après qu'il eut été sacrifié aux dieux dans la journée. Même les servants seraient autorisés à en manger un peu plus tard dans la soirée, pour que tout le monde puisse célébrer l'hiver le ventre plein et forcer la main aux bons augures.
Merlin, elle, n'avait pas très faim. Elle était plutôt occupée à essayer de ne pas renverser le contenu de la carafe qu'elle tenait dans ses mains sur son écharpe, qu'elle ne voulait pas salir. Elle n'avait pas pensé à se changer au préalable, et maintenant, elle avait beaucoup trop chaud. Qui plus est, sa robe faisait des siennes en continuant à glisser sur son épaule, que seul le cadeau de Gwen pouvait encore dissimuler. Elle sentait aussi un regard peser de temps à autre sur sa nuque, et quand elle se retournait dans sa direction, elle apercevait toujours Arthur, qui à chaque fois regardait ailleurs, visiblement pensif, un rien maussade et absorbé par son hydromel.
« Merlin… »
Elle sursauta en constatant que Gwen était apparue à ses côtés.
« Euh oui ? » Elle tenta un petit sourire qui se voulait rassurant, trop heureuse que Gwen engage la conversation.
« Tu te sens bien ? Tu es toute rouge. »
« Ah eh, c'est juste que j'ai trop chaud. » Elle fut tentée de se gratter l'arrière du crâne, un sourire jusqu'aux oreilles bien que visiblement gêné, mais ses mains étaient trop occupées.
« Tu devrais enlever l'écharpe, alors. »
Gwen, toujours à se soucier des autres… Merlin en ressentit un pincement au cœur, une bouffée de mélancolie.
« Je ne veux pas risquer de la perdre » dit-elle plus sérieusement. « Je veux dire euh, je ne peux pas retourner jusque chez moi pour l'instant, et vu ma chance si je la dépose quelque part elle risque de disparaître… »
Une ombre de sourire, d'une sincérité familière étira les lèvres de la métisse. « Tu l'aimes ? »
« Oui ! Beaucoup, je ne m'attendais pas à recevoir de cadeau, je pensais… »
« Que j'allais oublier ? »
Le rien de jovialité qui était apparue se dissipa à nouveau pour être remplacée par de la peine, et Merlin voulut se gifler. Comment faire pour arranger les choses ? Elle le voulait tellement, mais elle ne savait quoi dire ni quoi faire, et sa maladresse légendaire ne l'aidait en rien.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire. »
Pendant qu'elles étaient en train de discuter, les premières danses avaient débuté et rassemblaient les quelques convives qui souhaitaient déjà commencer à dépenser tout ce qu'ils avaient ingurgité. Merlin vit alors du coin de l'œil une silhouette qu'elles connaissaient bien se rapprocher.
« Bonsoir, mes dames ! » fit Morris avec un entrain légèrement aviné, plus assuré que d'habitude.
Elles lui sourirent toutes deux et Merlin eut presque envie de le remercier d'être venu alléger l'ambiance.
« Dames ? Tu es peut-être monté en grade, mais pas nous, » le taquina Merlin pour dissimuler sa nervosité. En effet, depuis que Morris avait manifesté un peu plus d'intérêt pour les entraînements, tout le monde avait semblé se rappeler qu'il était un écuyer, fils de lord, et non un simple valet. Et s'il venait aider Merlin et Gwen de temps à autre, on ne lui demandait plus d'exécuter ses corvées antérieures. Le jeune homme se découvrait peu à peu un début d'assurance, et en y réfléchissant, la magicienne se dit que tout avait commencé quand ils avaient battu l'adanc ensemble, puis avait germé au fil des mois pour à présent commencer à donner des résultats visibles. Au moins une chose ne partait pas à vau-l'eau…
« Ça n'a pas d'importance pour moi, » sourit-il avant de se tourner vers Gwen. « Accepterais-tu de danser un peu avec moi ? »
Merlin avait définitivement envie de le remercier. Elle sentait qu'au sinon elle allait bien plus s'embourber.
« Euh c'est-à-dire que, il faut que je travaille… » cafouilla Gwen.
« Je peux te remplacer, si tu veux » proposa Merlin.
Les beaux yeux marron de la jeune femme s'écarquillèrent un peu sous la surprise. « Vraiment ? »
« Oui, il n'y a pas de mal à s'amuser un peu en ce jour de fête. »
« Merci Merlin » lui fit Morris. « Alors tu viens Gwen ? »
Son regard passa de l'écuyer à la magicienne plusieurs fois.
« Tu es sûre que ça ne te dérange pas ? »
« Non, vas-y. »
Elle se sentit prête à la remplacer toute la soirée en voyant le sourire s'esquisser sur le visage de son amie.
« Merci. »
Morris lui adressa un clin d'œil et, avant qu'ils ne s'éloignent, Merlin demanda, « qui est-ce que tu sers ? »
« M-Morgane, le roi, les chevaliers… et Arthur. »
Le sourire de Merlin s'atténua tout aussi vite alors que le duo se mêlait aux danseurs.
« Bien… super » marmonna-t-elle pour elle-même en se dirigeant vers l'arrière de la table royale, les yeux obstinément fixés sur ses pieds, seulement en partie pour ne pas trébucher devant tout le monde comme cela lui arrivait parfois.
Elle aurait voulu se fondre dans le mur derrière elle. Rien que pour pouvoir être seule, sans personne pour la regarder, la juger ou lui donner des ordres. Elle avait l'impression ridicule que tout le monde portait son attention sur elle, comme si elle était une autre des attractions de la soirée. Ridicule, car elle savait très bien que ce n'était pas le cas : la pièce était principalement occupée par des nobles, qui ne lui avaient pas accordé plus d'un ou deux regards, pour peu qu'ils s'en soient soucié. Elle avait toujours été presque invisible à leurs yeux. Ce n'était pas exactement le cas des chevaliers et des gardes, plus habitués à la voir déambuler derrière leur prince. Mais ils étaient à présent plus préoccupés par le contenu de leurs coupes, qui étaient remplies pour être tout aussi vite vidées entre deux éclats de rire bon enfant.
Merlin remarqua tout de même qu'ils préféraient demander à d'autres servantes qu'elle.
Sir Léon fut le premier à lui faire signe de s'approcher en levant sa coupe dans sa direction. Coupe qui s'avéra remplie quand elle parvint à sa hauteur.
« Sir… ? » fit-elle sans comprendre. « Vous ne buvez pas ? Désirez-vous quelque chose en particulier ? »
Le visage de l'homme restait comme il avait toujours été, discrètement chaleureux, bienveillant. Elle ne lisait aucune malice, aucun jugement dans son regard, et cela lui fit l'effet d'une bouffée d'air frais dans la fournaise.
« Non, merci Merlin, mais au moins quelques uns d'entre nous doivent garder l'esprit clair… Mais il y a effectivement quelque chose que tu peux faire pour moi. »
« Quoi donc ? »
« Me dire comment tu vas. » Il lui sourit.
La jeune femme resta désemparée une seconde, sincèrement surprise, avant de lui rendre timidement son sourire, sans avoir à y réfléchir. « Mieux depuis quelques secondes. »
Il lui fit signe de se pencher vers lui, ce qu'elle fit, pour qu'il lui glisse en aparté, « si jamais qui que ce soit te pose problème à cause de… ta condition, viens me trouver. »
« Ce serait l'occasion de mettre en pratique les entraînements où Arthur m'a martyrisée » tenta-t-elle de plaisanter.
Léon lui sourit à nouveau, puis continua, plus sérieusement. « Laisse-lui un peu de temps. Il ne laisserait jamais tomber ceux qui lui sont loyaux, même s'il lui faut parfois du temps pour s'en rendre compte. Et ne t'en veux pas plus que de raison, il n'y a pas mort d'homme, juste des egos éraflés. » De l'amusement pointa dans sa voix sur la fin. « Tu nous as bien eus. »
Merlin considéra un instant le visage du chevalier avant de dire, avec douceur et sincérité, « merci. »
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La coupe d'Arthur était vide. Et elle le restait entre chaque aller-retour qu'elle faisait pour servir un autre noble, mais il ne lui faisait pas de signe. Elle en tanguait un peu sur ses pieds, ne sachant trop que faire, jusqu'à ce qu'elle se décide enfin à l'approcher. Mais elle eut l'impression qu'il l'avait sentie venir, car il se leva sans plus d'explication et s'éclipsa. Elle savait qu'il reviendrait, car il n'avait pas fait ses au revoir, mais elle ne put s'empêcher d'être vexée, à peine à trois pas de sa chaise désertée.
« Toi, là. »
Merlin sursauta en entendant la voix du roi qui la regardait.
« Oui toi, sers-moi donc à boire. »
La jeune femme s'exécuta, un peu trop raide car sur la défensive. Une fois le hanap rempli, elle allait se retirer quand Uther la retint, sans se départir de sa bonne humeur.
« Merlin, c'est ça ? »
« O-oui sire. »
« Il semblerait que ce soit à toi que l'on doit une partie de l'agitation de ces derniers jours… »
« C'était non-intentionnel… » Elle se rattrapa, « altesse. »
« Je m'en doute, vu ton dévouement dans ton… déguisement. Je dois dire que je suis étonné qu'Arthur n'ait rien remarqué plus tôt. » Il lâcha un rire bref avant de boire une gorgée de vin épicé. « Mais à le voir ainsi absorbé par ses pensées, je doute qu'il oublie la leçon, à présent. Grand bien lui fasse, il ne doit pas perdre de vue qu'il aura toujours à apprendre. »
Merlin resta silencieuse et se contenta de faire son possible pour sembler à l'aise, et non nerveuse.
« Cependant… » Cette fois, la jeune femme se figea quand l'expression joviale du roi se crispa, ses yeux fixés sur elle sans ciller. « Il serait fâcheux que mon fils se préoccupe d'une telle futilité plus longtemps que de raison, nous devons donc espérer que cette distraction reste passagère, n'est-ce pas ? »
« …o-oui, sire » fit-elle en fléchissant légèrement la nuque, comme ployée sous le poids de l'avertissement qu'elle ne percevait que trop bien.
Il sembla qu'en effet Arthur se soit focalisé sur autre chose, vu la manière dont il se comporta avec elle par la suite. Merlin avait l'impression de n'être qu'une servante de plus, à qui il demandait occasionnellement quelque chose, si elle était la seule domestique dans les environs au moment-même. Il restait correct, formel, détaché, avec un rien d'arrogance dans le creux entre ses sourcils, qu'il gardait imperceptiblement froncés. Elle, elle pouvait le voir. Mais cela ne voulait rien dire.
Une fois, elle avait tenté d'engager la conversation en l'interpelant. Il s'était tourné vers elle, avec un ''oui, Merlin ?'' des plus normaux, et elle n'avait pu rien dire de plus. Justement à cause de la neutralité de son ton. Avec elle, Arthur pouvait tout être : énervé, moqueur, agacé, secret, amical, exaspéré, fatigué, parfois presque tendre… mais jamais il n'était aussi indifférent.
Elle n'en avait ressenti que honte.
Une honte qui planait presque en permanence derrière elle, comme une ombre, quand elle se retrouvait dans la même pièce que Morgane et Guenièvre. Les silences étaient longs et lourds, comme si toutes trois se retenaient de parler. De dire ce qui n'allait pas, ce qui pourrait aller mieux. Et pourtant, elles ne l'avaient pas encore repoussée. Morgane pouvait la renvoyer d'un mot, mais elle ne le faisait pas, laissant germer une once d'espoir qu'elles y mettraient un jour un terme, plus tard, en temps voulu. Maintenant, leurs reproches avaient d'autant plus de poids qu'ils ne dépassaient pas leurs lèvres. Merlin n'y était pas insensible.
Mais tout n'était pas gris pour autant. Au moins, quelques jours après, elle était moins l'objet des regards alentours, lassés au profit de ragots plus récents. Quelques-uns en parlaient même comme d'une bonne blague. Parfois, elle essayait de le voir ainsi, et quand elle n'y arrivait pas, elle pouvait compter sur les mots de Gaius, la maladresse de Morris, les câlins d'Archimède et les quelques regards compréhensifs de sir Léon pour retrouver ce qui ressemblait à son sourire habituel.
Elle réapprenait à vivre comme une fille, aussi. Non… une femme. A se déplacer et remplir ses corvées sans s'emberlificoter dans sa robe. A parler d'elle au féminin bien que sa langue ait encore parfois tendance à fourcher. A cesser de se bander les seins, même si elle ne se sentait pas complètement habillée sans. A –essayer de- ne pas jurer, s'affaler, ironiser en public ou encore fixer les visages des chevaliers plus que de quelques secondes quand elle dépassait les terrains d'entraînement, fréquentés qu'il gèle ou qu'il vente.
Et bien plus encore, tout ça pour en arriver à la conclusion qu'être une femme à Camelot était fatiguant, mentalement. Quelques fois, elle ressentit même une nostalgie qui la poussait à rentrer à Ealdor, loin de tout. Retrouver sa mère, la seule personne à qui elle ne cachait absolument rien. Pouvoir grimper à nouveau dans son arbre fétiche, du haut duquel Will et elle parlaient d'aventure et refaisaient le monde… Se recueillir là où s'était tenu le bûcher funéraire de Will. Elle pourrait alors presque l'entendre se moquer gentiment d'elle. Elle qui était tombée amoureuse d'un prince qui tentait de faire comme si elle n'existait pas.
Cela lui faisait mal. Qu'il fasse cela, ''pour son bien à elle'', rester correct, convenable, ne faire de tort à personne. Mais cela ne faisait que la rendre malade. Etre avec Arthur était devenu naturel, évident. Ce n'était pas seulement ce qu'elle était supposée faire, c'était ce qu'elle voulait faire, et elle était perdue.
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Quand elle descendit dans la caverne, le dragon était déjà là, comme s'il l'attendait.
« Vous ne vous cachez pas, cette fois » fit Merlin sur un ton doux-amer.
« Ce serait inapproprié alors que je te sens préoccupée, jeune magicienne. » Il s'assit sur ses pattes arrières, les antérieures ancrées dans la roche, prêt à écouter longuement. « Me trompe-je ? »
« Non. »
« Je suppose que cela est d'une manière ou d'une autre lié à ton accoutrement » fit-il en désignant sa robe de son regard.
« Arthur a découvert que j'étais une femme. Il… il ne l'a pas très bien pris. »
« Il semblerait, en effet. »
« Il ne veut plus de moi » dit-elle avant de se mordiller la lèvre.
« Vraiment ? »
L'étonnement presque moqueur qu'elle pouvait cerner dans la voix du dragon l'irritait sans raison.
« Votre histoire de destinée, et tout le tintouin, c'est moins fiable que vous le pensiez. Je ne peux pas le protéger s'il m'évite. »
« Il ne faut jamais sous-estimer les ombres. Vois ta magie, Uther l'a interdite, et pourtant plus d'une fois tu l'as utilisée dans l'intérêt du jeune prince.
« Alors c'est ce que je suis sensée être ? » cracha-t-elle presque. « Une ombre, rien de plus ? »
« Voulais-tu être autre chose ? »
La jeune femme ouvrit et referma la bouche, immobile sous le regard intense de la créature millénaire.
« Je… C'est-à-dire… je croyais ne pas devoir rester comme ça toute ma vie, rien qu'une servante. Je croyais qu'il y avait quelque chose, entre Arthur et moi. Peut-être pas jusqu'à de l'amitié, mais… »
Si, au moins de l'amitié. Et de son côté, même plus encore… Mais cela, elle ne voulait pas le dire au dragon. Elle se sentait comme s'il allait se moquer d'elle. En soi, n'était-ce pas amusant, quand on repensait à la première fois où elle avait parlé du prince au dragon, à deux doigts d'être tentée de comploter derrière son dos ? Et maintenant, elle donnerait tout.
Ses joues rougirent, mais peut-être était-ce à cause de la torche.
« Je vois… » fit le dragon, plus solennel. « Parfois, Merlin, lorsque je te vois, lorsque je sens l'ampleur de ton pouvoir, j'oublie à quel point tu peux être jeune. »
« Dois-je le prendre mal ? »
« Oui et non… parmi mes semblables, tu aurais été à peine une enfant. Il est encore de nombreuses choses que tu ignores, et c'est pour cela que tu dois me croire, au moins à propos de l'une d'entre elles. »
« Encore cette histoire de destin ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
« En effet. Arthur et toi êtes liés. »
« J'ai parfois dur à le croire… surtout maintenant. »
« Et pourtant, il ne saurait en être autrement »
« Qu'est-ce qui vous rend si sûr de ça ? » s'agita-t-elle. « Encore ces histoires de ''ce qui est écrit sur moi'' ? Pourquoi est-ce que tant de gens semblent en savoir plus sur moi que moi-même ? Et si je n'étais pas tout ce que l'on dit sur moi, et si je n'étais pas ce que ce ''Emrys'' est supposé être ? J'en ai marre de me sentir comme une marionnette, ''protège le prince Merlin'', ''cache qui tu es vraiment Merlin'',… tout ça sans avoir une fichue réponse claire à ''pourquoi ?'' »
La caverne lui renvoya sa propre voix, à la limite de crier, fatiguée.
« Merlin… » continua la créature après un instant de silence, avec une once de ce qui pourrait passer pour de la compassion dans sa voix calme. Il rapprocha sa tête d'elle et elle put sentir la chaleur qu'il dégageait, bienvenue dans l'air glacial des souterrains. « Je ne te réponds pas parce que je ne le veux pas, mais parce qu'il me l'est impossible. J'ai vécu plus d'un millier d'années, et depuis toujours, ton destin était pour moi une évidence, sans que j'aie à me l'expliquer, sans même que tu sois déjà née. C'est quelque chose que je sais, de la même manière que je sais qu'un jour je mourrai, que je sens que les mondes et les temps basculeront bien après. Je suis né de Magie, Merlin, Elle qui les régit. Elle qui me le dit sans mots, et te voilà. Ici, devant moi, à Camelot, au même temps que le Haut Roi. Ne le sens-tu pas ? »
Merlin resta silencieuse, l'esprit vide, des fourmillements familiers dans tout son corps.
« Un jour, le temps viendra » promit-il.
Elle le considéra longuement, lentement, puis avant de rebrousser chemin, quelque chose lui revint à l'esprit.
« Kilgarrah, est-ce votre vrai nom ? »
Les yeux du dragon s'arrondirent imperceptiblement. « Oui… qui te l'a dit? »
« Une vieille femme, appelée Niniane. »
« Où est-elle ? »
« Elle est morte. »
Merlin sortit à ce moment, et ne vit donc pas la surprise étrangement humaine qui put se lire sur les traits de Kilgarrah.
Merlin mit rapidement sa main devant sa bouche alors qu'elle fut prise d'une petite quinte de toux, en train de changer les draps de Morgane. Gwen, de l'autre côté du lit, leva la tête pour la regarder avec inquiétude.
« Ça ne va pas, Merlin ? » demanda-t-elle doucement.
« Si si, c'est rien, juste un coup de froid » la rassura-t-elle en ignorant sa gorge irritée.
« N'as-tu rien de plus chaud à mettre que cette robe et cette écharpe ? » intervint Morgane, à l'autre bout de la pièce.
« A-à vrai dire, non » rougit la magicienne. Elle n'avait pas encore osé aller s'acheter une tenue plus appropriée, et elle était une piètre couturière.
La dame fronça légèrement les sourcils. « Tu aurais dû me dire que ta paye n'était pas assez élevée. »
« Ce n'est pas ça ! C'est juste que… » Elle se sentit subitement honteuse en pensant à sa piètre excuse, et en se rappelant pourquoi toutes trois n'arrivaient plus à discuter comme avant.
« Je peux te prêter une des miennes, si tu veux… » proposa timidement Gwen. « Elle risque d'être un peu courte pour toi, mais je pourrais arranger ça. »
« C'est très gentil de ta part, Gwen, mais je ne voudrais pas te déranger ainsi, tu en as besoin aussi. »
« Oh tu sais, ces derniers temps, mon père s'est senti d'humeur à refaire toute ma garde-robe, maintenant qu'il en a les moyens. J'ai essayé de l'en dissuader, mais il est têtu, et je ne sais plus trop quoi faire de tout ça… » Ce fut à son tour de rougir, visiblement encore peu habituée à la nouvelle aisance modeste de sa famille, mais heureuse de voir le travail de son père ainsi récompensé. Merlin ne pouvait trouver cela qu'amplement mérité.
Ce fut Morgane qui coupa court à la discussion. « Ce ne sera pas nécessaire, dès que vous aurez fini, autant que nous allions ensemble chez le tailleur... avant que Merlin n'attrape la mort et que tout le monde ne dise que c'est de ma faute. »
Merlin allait protester, mais elle ne sut rien dire en retrouvant une chaleur familière sur le visage des deux jeunes femmes.
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« Alors qu'en penses-tu ? »
Merlin se regarda dans le miroir en pied que lui désignait Morgane. La robe était à nouveau bleue, mais d'une couleur profonde, cousue dans un tissu épais mais souple, et chaud, comme de la laine mais avec une douceur satinée. Elle n'était pas extravagante, mais bien taillée. Un peu trop même au goût de Merlin, qui trouvait qu'elle attirait trop l'attention sur la féminité de sa silhouette. Mais elle savait que c'était parce que ses braies et sa tunique lui manquaient. Au moins, les manches ne lui tombaient pas sur les mains, et ses épaules étaient bien recouvertes. Ce qui la dérangeait le plus était que le col avant été ouvert assez profondément pour lui permettre de respirer plus librement, laissant inévitablement apercevoir la jonction du haut de ses seins. Mais à part cela, elle ne trouvait rien à redire : elle pouvait bouger sans être limitée ou frissonner.
« Je vais… devoir m'y habituer » avoua-t-elle. « Mais elle est très bien. Combien je vous dois ? »
« Ne te soucie pas de ça » fit Morgane.
Merlin rougit un peu plus, « si, j'insiste. »
« Non, c'est moi qui insiste » dit la pupille gentiment mais fermement.
« Elle te va bien » dit Gwen. « Tu es très jolie dedans ! Je ne dis pas que tu ne l'étais pas avec ta chemise mais que, voilà, en te voyant on ne pensait pas spécialement ça… oh, pardon, je m'embrouille. »
Merlin n'en menait pas plus large. « Ce n'est rien… ce n'était pas ce que vous étiez sensées penser, de toute façon… » Elle eut la bouche sèche, en sentant le fameux sujet refaire surface. Elle sentait qu'il était plus que temps, mais il lui donnait toujours l'impression d'une épine dans la gorge. « Ce… ce n'était pas supposé se passer comme ça. »
Elle regarda tour à tour les deux femmes, qui l'écoutaient attentivement.
« Je voulais vous le dire. Gwen… avant de partir, je t'avais dit qu'il fallait que je te parle… c'était à propos de ça. J'en avais assez de le cacher, je voulais vraiment changer les choses, mais le hasard a fait que cela s'est passé comme ça, et je n'ai pas pu y faire grand-chose de plus… Morris le savait déjà, depuis Ealdor, il m'a acceptée, et ça m'a poussée à vouloir vous le dire aussi, mais… je crois qu'il me manquait le courage. Parce que j'avais peur de ne pas savoir contrôler les choses, j'avais peur de vos réactions, même si quelque part je savais que je pouvais vous faire confiance, car vous n'avez jamais rien fait qui puisse me faire penser le contraire… et maintenant vous ne pouvez pas savoir à quelque point je suis désolée. »
Elle déglutit pour ravaler ses émotions. Emotions qui s'affolèrent dans l'attente d'une réponse, durant de longues secondes.
« Merlin… » commença Morgane d'une voix douce qui lui fit rater un battement de cœur. « Je ne vais pas dire que ça ne fait rien, Gwen et moi-même avons toutes deux été…surprises, après tout ce temps. Nous pensions qu'effectivement tu nous faisais confiance… » Merlin déglutit mais ne l'interrompit pas. « Mais nous sommes aussi des femmes. Nous pouvons comprendre pourquoi tu as fait ça. Parfois même, je dois t'avouer que l'envie me démange de faire pareil. Il serait donc injuste de ma part de te blâmer indéfiniment. »
Elle vit Gwen acquiescer de la tête silencieusement en se mordillant les lèvres.
« Nous n'allons pas te repousser. D'ailleurs, c'est pour ça que tu es là en ce moment, et pas seulement parce qu'Arthur m'en a suppliée. » L'amusement pointait dans sa voix. « A ce propos, je dois te dire bravo pour l'avoir ainsi mené en bateau. J'ai de quoi le taquiner jusqu'à ce qu'il devienne vieux et acariâtre. »
Merlin entendit un petit rire nerveux, peut-être provenait-il de sa propre gorge. « Ne faites pas ça, il me détestera encore plus. »
« Il ne te déteste pas. »
« Ah bon ? J'ai des doutes avec son comportement… Ou au moins, il ne veut plus rien avoir à faire avec moi. »
« Mais toi, le veux-tu ? »
Merlin releva la tête en entendant à nouveau la voix de Gwen. Elle vit alors que les deux femmes la regardaient en fronçant légèrement les sourcils, mais il ne s'échappait de leurs auras que de la compassion, qui lui donna la sensation de s'alléger aussi tôt.
« Je… je n'ai rien contre travailler pour vous, avec toi » dit-elle en soutenant leur regard tout à tour. « Mais… oui. Je me suis habituée à cet idiot et… » Son cœur se mit à pulser plus vite, et elle dût se forcer à avouer, dans un chuchotement, « i-il me manque. »
Pour la première fois depuis ces quelques jours interminables, Morgane et Gwen lui sourirent franchement.
« Il est temps que tu commences à sortir la tête de cet imbécile de son arrière-train, alors » fit la plus âgée avec un air malicieux, alors que l'autre rougissait tellement à ces mots que sa couleur de peau n'arrivait pas à le cacher.
Merlin rit, et cela libéra un petit quelque chose en elle.
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De la neige, il ne restait plus qu'une substance brunâtre sous ses bottes fourrées alors qu'elle se dirigeait vers les terrains d'entraînement. Elle savait que l'heure où Arthur devait cesser de torturer les nouvelles recrues allait bientôt sonner. Sa nouvelle robe la protégeait suffisamment du froid pour qu'elle ait à peine la chair de poule, à part au niveau de ses mains et de la peau sous ses oreilles, que ses cheveux ne recouvraient pas encore. Pour la première fois, les regards des hommes ne lui firent rien, pas même quand l'un des plus jeunes chevaliers fraîchement adoubés lui fit un clin d'œil avec un sourire suggestif. Merlin se dit qu'il n'arrivait pas à la cheville de Lancelot, et qu'elle se demandait bien ce qu'Arthur avait pu avoir dans la tête ces derniers jours pour recruter des gringalets pareils –car ils le restaient comparés au prince-, avant de se rendre compte de l'idiotie de sa question.
Dans un coin, elle aperçut Morris, pas encore chevalier, mais très attentif. Il lui sourit.
Merlin se tint contre la barrière et attendit patiemment que la séance prenne fin, cachant tant bien que mal sa nervosité. Puis enfin, Arthur renvoya ses hommes et se débarrassa de son heaume, puis de son épée sur l'un des présentoirs en bois.
« Qu'y a-t-il, Merlin ? » demanda-t-il sans la regarder quand elle arriva à sa hauteur, en se dépêtrant de ses gants.
« J'aimerais vous parler. »
Il lui jeta à peine un œil avant de lâcher un soupir. « Je dois d'abord aller chercher quelqu'un pour me retirer mon armure, après peut-être… »
« Laissez-moi vous aider, sire » intervint Morris, comme tombé du ciel. « Cela vous épargnera cette peine. »
Merlin l'aurait presque serré dans ses bras de reconnaissance.
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Elle attendit patiemment que Morris enlève puis emporte l'armure, laissant Arthur en chemise, avant de fermer la porte avec un dernier regard encourageant dans sa direction. Le prince alla se servir à boire d'un pichet posé sur la table, qu'il garda entre elle et lui. Ses cheveux étaient légèrement assombris par la transpiration et il regardait distraitement le feu de bois dans la cheminée.
« Alors ? Vas-tu te décider à me dire ce qui t'amène ? »
Merlin se jeta à l'eau. « Je suis venue m'excuser. »
Cela eut le mérite de décoller le regard d'Arthur des flammes pour venir enfin se poser sur elle. La coupe dans sa main resta à mi-distance de ses lèvres gercées par le froid.
« Je suis venue m'excuser, » répéta-t-elle, « parce que je vous ai menti. Et par cela je vous ai causé du tort et j'en suis consciente. Mais je veux que vous sachiez que je n'ai jamais eu l'intention de vous nuire. J'ai menti parce que… je le devais, je ne voyais pas comment faire autrement. »
Elle reprit sa respiration. « Et je viens aussi pour vous dire que, malgré tout, j'aimerais revenir à votre service… sire. »
Il lui était étrange d'être ainsi formelle devant le prince, tout comme la manière dont il la regardait ne lui était pas très familière. Tout cela tortillait ses entrailles.
Le jeune homme finit par soupirer à nouveau. « Merlin, je t'ai déjà dit que ce n'était pas- »
« -convenable ? » le coupa-t-elle avec un peu moins de retenue. « Approprié ? Je sais. Mais je sais aussi que je ne suis pas la seule à vous apporter vos repas, changer vos draps ou que sais-je d'autre. Etre une… femme n'a jamais empêché quelqu'un de le faire. »
Il se pinça l'arête du nez entre deux doigts. « Non, en effet. »
« Alors pourquoi ne pourrais-je pas le faire… juste, régulièrement ? »
Un silence s'installa.
« Pourquoi insistes-tu ? »
Elle lui sourit timidement et s'approcha jusqu'à se tenir face à lui. « Parce que j'en ai envie. J'ai… je reste la même. Je n'ai pas changé, juste cette stupide tenue. » Elle désigna sa robe et sentit le regard d'Arthur l'observer. Elle sentit un peu de chaleur lui monter aux joues, mais elle ne devait plus se cacher, pas pour ça. « Je referais tout ce que j'ai fait sans que ça ne change quoi que ce soit. » Même boire le poison.
Le prince restait silencieux, pensif, immobile et presque imposant devant elle. Elle pouvait percevoir l'odeur légèrement âcre de sa transpiration et du métal. Un détail qui lui correspondait bien et qu'elle avait fini par apprécier, mais pas autant que son odeur à lui.
« Je sais » finit-il par souffler.
Elle voulait rester près de lui, ne fut-ce qu'un peu. C'était devenu un besoin.
« C'est étrange de te voir ainsi accoutrée » ajouta-t-il d'un ton neutre.
« C'est… étrange pour moi de la porter. J'avais perdu l'habitude. »
« Pas au point que tu trébuches dedans, j'espère ? »
« Non… pourquoi, vous vous faites du souci ? » tenta-t-elle de le taquiner, le cœur battant devant la familiarité que reprenait leur échange.
Et qui battit d'autant plus fort en reconnaissant le minuscule sourire en coin qui étira la bouche d'Arthur. « Plutôt parce que ce serait fâcheux que tu renverses encore plus souvent mes repas. »
…
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A/N : je m'excuse de ne pas pouvoir poster plus souvent ces temps-ci :( et encore merci pour vos petits messages, c'est ce qui me permet de me forcer à m'asseoir devant un page blanche même en croulant sous le travail ! :) À bientôt
