Titre : Meilleurs Ennemis (j'abandonne)
Auteur : Syhdaal
Genre : … Euh, si je vous dis rafistolage de Schwarz en p'tits bouts ?
Base : Weiss Kreuz
Couples : Ca vient, ça vient…
Disclaimer : Tout le monde commence à le savoir, les personnages de Weiss Kreuz ne m'appartiennent pas, ça serait trop beau…
Arf… Je dois dire que c'est pas le chapitre le plus sympa niveau soleil qui brille et petits ziozios qui chantent…
Je m'excuse d'avance pour la nullité crasse de ce chapitre, c'est…
… Nul, y a pas d'autre mots.
C'est pas cool, c'est incohérent, c'est horrible, c'est… Y a pas de qualificatif.
Bon, je m'arrête là. Sur ce, vous m'excusez, je vais me jeter du haut d'un trottoir ou me pendre au lustre… Nan, mieux, je vais manger une feuille ou deux de laurier-rose en salade, ça va être nickel.
/ Blablabla. / : Conversations télépathiques
P'tite note de la scribouilleuse : en l'an de grâce 2015, mois de janvier, soit pour ainsi dire 12 ans plus tard, je refais une ch'tite correction. C'est que bon, ça a toujours été un peu le bazar, mais rien de drastique hein, j'corrige juste deux trois fautes que j'ai repérées. Un grand, immense, merci à vous qui lisez toujours.
Meilleurs Ennemis
Chapitre 14
Omi et Ken arrivèrent les premiers au Koneko. Rentrant leurs véhicules au garage, ils s'empressèrent de préparer tout ce dont ils auraient besoin pour soigner leurs trois blessés. Au vu de la gravité de leur état, ils allaient sûrement passer une grande partie de la nuit à jouer les apprentis médecins à défaut de pouvoir les emmener à l'hôpital le plus proche. A peine avaient-ils rassemblé un nécessaire de soins pour chacun qu'un bruit de moteur se fit entendre à l'extérieur. Se précipitant dehors, ils aidèrent à transporter les trois membres de Schwarz.
Farfarello était toujours incapable de marcher sans aide. Plusieurs jours d'enchaînement, de drogue et de coups répétés avaient eu raison de sa résistance, pourtant impressionnante. Crawford s'était assoupit d'épuisement durant le trajet avec le soulagement de savoir son équipe sauve[S1] et Aya avait dû me secouer plusieurs fois pour être sûr qu'il ne tombe pas dans le coma. Nagi avait sombré dans l'inconscience au moment même où Ken l'avait déposé sur la banquette arrière de la voiture d'Aya. Pour la sécurité de tout le monde, Schuldig décida de s'occuper lui-même des soins de Farfarello. Il était dans l'incapacité complète de savoir quelles drogues lui avaient été injectées et même s'il émanait de son esprit une paix très curieuse, il ne pouvait pas prendre le risque d'un accès de démence en plein Koneko avec la moitié des Schwarz hors-jeu. Le rouquin l'aida à marcher jusqu'au salon où il l'installa sur le canapé pendant que Crawford et Nagi étaient péniblement emmenés à l'étage par les Weiss. Il ramena une casserole pleine d'eau chaude de la cuisine et attrapa une serviette propre dans le placard sous l'évier. Un sac en était rempli, et même si elles étaient propres, il pouvait apercevoir en filigrane des traces de sang qui n'étaient jamais vraiment parties au lavage. Il croisa Omi dans le couloir qui courait au magasin.
– Chaton ?
– T'occupe pas de moi, je verrouille toutes les issues et je branche l'alarme.
– O... kay, dit Schuldig en tirant une chaise pour s'asseoir en face de Farfarello, toujours un peu pris au dépourvu par son énergie et sa capacité à penser à presque tout.
– Farfie, regarde-moi.
Le borgne fixa sont regard jaune sur lui, le regard interrogateur.
– C'est moi qui vais te soigner. Tu penses pouvoir rester éveillé assez longtemps ?
– Et Nagi ?
– Ken… Siberian s'en occupe avec le chaton.
– Brad ?
– Yohji et Fujimiya sont avec lui.
– Pas toi ?
– Je m'occupe de toi.
– Tu n'as pas confiance ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Les chatons ne s'occuperont pas de moi, déclara-t-il comme si ça coulait de source.
– Non. Je préfère le faire moi-même.
– Pourquoi ?
Schuldig eut un petit rire.
– Tu es imprévisible.
– Plus maintenant.
– Ah ? Et pourquoi ?
– Ils m'ont donné un sérum de vérité.
– Je vois… C'est cool, c'est très cool. Quand je te poserai une question tu seras obligé de me dire la vérité. Pas de bol pour toi, mon petit Farfie.
Farfarello grogna pour toute réponse à la moquerie de son ami. Il tendit la main pour prendre la paire de ciseaux qui se trouvait dans la trousse à proximité de sa personne. Schuldig fut plus rapide que lui en attrapant lesdits ciseaux et les plaçant hors de sa portée.
– Certainement pas ! Je ne vais pas me casser la tête à te soigner pour que tu lacères tes bras et mes beaux bandages artistiques.
Farfarello soupira et se renfonça dans le canapé, la tête en arrière.
– Farfie, ne t'endors pas !
L'interpellé ouvrit un œil avec une ombre de sourire. C'était complètement surréaliste de le voir là avec des blessures qui en auraient probablement envoyé plus d'un dans le coma voire à la morgue, mais non, lui il faisait tranquillement la conversation.
– Tu t'inquiètes ? C'est trop mignon.
– Mignon ? Répéta le rouquin, sidéré. Mignon ?
– Oui, mignon.
– Farfie, le mot « mignon » ne fait pas partie de ton vocabulaire.
Farfarello lui dédia un sourire amusé.
– Si.
– Non.
– La preuve que si.
– T'es encore plus dingue que d'habitude ou ils t'ont cogné trop fort sur la tête ? Râla Schuldig en usant des ciseaux pour le débarrasser de son tee-shirt sans manches parfaitement irrécupérable.
– Ca blesse Dieu. C'est cool.
– Taré. Ne bouge pas la tête.
Schuldig lui nettoya rapidement le visage et plaça un pansement sur la joue du jeune homme avant de se saisir de bandages. Une blessure au crâne saignait toujours un peu, souillant ses cheveux clairs. Il nettoya à grande eau et désinfecta la plaie et fit un point de compression avec une bonne dose de compresses, maintenant le tout par un gros sparadrap. Il avait toujours été nul en couture, il faudrait que ce soit Omi qui regarde si oui ou non des points de suture étaient nécessaires.
– Pas trop serré ? Ca t'irait presque bien les cheveux roux.
– Hm.
– Farfie, j'ai besoin que tu me laisses examiner tes bras. Quelque chose te gène ?
Farfarello mit un moment avant de répondre.
– Je ne sais pas.
– Comment ça tu sais pas ?
Le borgne haussa les épaules.
– Non.
– Finalement, le sérum de vérité c'est pas très utile avec toi.
– Il n'y avait pas que ça.
– Comment ça ?
Le Berserker planta son regard doré dans les yeux de Schuldig, lui envoyant délibérément ses souvenirs.
La porte qui s'ouvre.
Plusieurs personnes.
Un homme en blanc.
Quelque chose dans sa main.
Quelque chose de long et fin.
Une aiguille.
Il ne pouvait pas bouger de toute façon, c'était à peine s'il pouvait garder ses yeux ouverts.
Un pincement au creux de son bras lui fait tourner la tête.
Schuldig grimaça et secoua la tête. Son attaque mentale sur le scientifique l'avait laissé épuisé.
– Ils t'ont injecté autre chose aujourd'hui ?
– Juste avant que vous arriviez en fait…
– Tu ne pouvais pas le dire avant ?
– Je me sens bizarre.
Bizarre autant qu'étrange, il n'y avait pas de doutes. Il était rare que Farfarello parle de ce qu'il ressente, vu qu'il ne ressentait pas grand-chose du point de vue physique. Inconforts, douleurs, gènes, tout ça n'appartenait pas à son monde. Il souffrait d'une analgésie congénitale mais avait quand même la capacité de sentir le chaud et le froid, ainsi que le plaisir, ce qui, Schuldig supposait, l'avait empêché de sombrer un peu plus.
– Comment ça bizarre ?
– Je te l'ai déjà dit ?
– Quoi ?
– Que tu étais beau.
Sous le choc, Schuldig lâcha ce qu'il avait dans les mains. Il ne s'y attendait vraiment pas. Vraiment, vraiment pas. Il ramassa son désinfectant.
Où était le Farfarello qu'il connaissait ? Celui qui ne parlait presque pas ? Pas qu'il soit muet, loin de là, mais il ne faisait pas partie des gens bavards. Farfarello n'exprimait le fond de ses pensées qu'en de très rares occasions. Les médicaments qui lui étaient administrés pour le garder sous un contrôle parfait étaient très puissants et avaient causé à la longue des dommages à sa psyché déjà fragile. Mais petit à petit, au fil des derniers mois, ils avaient commencer à modifier ses traitements avec l'aide d'un médecin avisé et s'il était aujourd'hui capable de vivre avec eux et pas seulement d'être ficelé au sous-sol des jours durant, c'est parce qu'ils avaient pris ce risque, pour eux et aussi pour lui. Depuis la chute d'Esset, son état s'était nettement amélioré. Le bonheur d'être enfin libre, sûrement… Cependant, il connaissait bien l'esprit tourmenté, torturé de son ami même s'il y avait encore trop de zones d'ombres pour qu'il s'y aventure de peur d'être enfermé. Farfarello était un écorché vif, un déraciné, un enfant perdu, comme eux tous.
Mais un tel comportement où il semblait dire tout ce qui pouvait lui passer par la tête, du plus incongru au plus drôle, tenait carrément du paranormal pour lui. Ce n'était peut-être pas plus mal étant donné que certaines de ses pensées étaient pour le moins houleuses, mais son dernier commentaire avait bien surpris Schuldig. Devant sa mine stupéfaite, Farfarello arqua un sourcil.
– Qu'est-ce que j'ai dit ?
– Ah… Ben… Mais qu'est-ce qui te prend ?
– J'avais envie de le dire.
– Comme ça, sans raison ?
Farfie attrapa la gaze et se mit à jouer avec.
– Farf, réponds-moi, demanda Schuldig en lui prenant le petit rouleau des mains.
– Je ne sais pas. Comment va le petit ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Comme ça. J'espère qu'il va bien.
Schuldig soupira en lui faisant signe de lever les bras.
– Moi aussi… S'ils t'ont brisé une côte, j'y retourne et je les bute. Non, de toute façon, si je les retrouve, je leur arrache les yeux et les ongles avant de les réexpédier à leur patron en petits morceaux, jura-t-il en palpant avec délicatesse le corps pâle de son ami.
– Pourquoi ?
– Déjà, pour nous avoir attaqué. Ensuite, pour vous avoir séquestré. Et enfin, pour vous avoir torturé.
– Tu m'emmèneras ?
Leurs regards se croisèrent, partageant un moment de parfaite compréhension.
– Oh que oui.
######
A l'étage, Yohji et Aya tentaient d'installer péniblement Crawford dans la chambre du grand blond.
– Allonge-toi, prends ton temps.
Brad serra les dents pour taire un gémissement. Il avait encore sa dignité, quand même ! Mais il avait vraiment mal.
– Là, doucement… Aya, tu as la trousse ?
Le rouquin lui tendit un des ensembles de premiers soins préparés tout à l'heure par Omi et Ken. En premier lieu, il fallait retirer les vêtements. Et ce ne serait pas sans difficulté. Yohji tenta de décoller avec précaution la chemise déchirée de la peau de Brad. Le sang, en séchant, avait enfermé les lambeaux de tissu dans une gangue brunâtre autour de ses nombreuses plaies. Un gémissement de douleur franchit les lèvres de l'Oracle lorsque le premier bout de charpie auquel Yohji s'était attaqué avec l'aide de ciseaux daigna lâcher prise. Yohji soupira et lâcha les ciseaux. Ils n'arriveraient à rien comme ça, à faire souffrir Crawford inutilement. Dans son état de fatigue, son seuil de tolérance à la douleur devait être bien attaqué et Yohji répugnait à infliger plus de souffrance que nécessaire à quelqu'un. Aya intervint après avoir pris un temps de réflexion. Il avait beau ne pas porter les Schwarz dans son cœur, leur état faisait peine à voir. Il avait un instant pensé que c'était un piège quand Schuldig était venu les trouver, il regrettait de constater qu'il n'en était rien. Quelque part, il aurait presque préféré. Les voir, eux, les opposants les plus dangereux qu'ils aient jamais connu dans un tel état de faiblesse le renvoyait à sa propre impuissance. Ca n'arrivait pas qu'aux autres. C'était arrivé aux Schwarz. Ca pouvait leur arriver demain. L'angoisse.
– Il faut de l'eau. Le sang se diluera un peu et les vêtements se détacheront plus facilement, suggéra Aya.
Yohji considéra un moment cette option. C'était ça ou alors assommer Crawford de sédatifs et retirer les fringues coûte que coûte mais en causant très certainement des dommages beaucoup plus importants à sa peau déjà bien abîmée. Ils n'avaient vraiment pas besoin de ça.
– Va pour l'eau.
– Pis une douche, ce serait pas du luxe, grommela Brad en faisant mine de se renifler avec une grimace.
– … Oh j'vais mourir.
– Oui, ce serait dommage de contaminer les draps ! Sourit Yohji en l'aidant à se redresser.
– J'crois que je suis en train de muter ! Observa l'Oracle avec une tête dégoûtée.
Sûr que pour lui qui était toujours tiré à quatre épingles, être dans un état aussi cradingue relevait de la punition. Aya partit devant pour faire couler le bain. Il espérait que cette histoire se finirait vite. Il avait décidé de les accompagner au dernier moment, sans explication, quelques minutes après le passage d'Omi. L'idée faisait déjà son chemin depuis la veille, quand il avait compris qu'il ne pourrait pas rester bloqué éternellement dans sa rancœur envers les Schwarz, sa colère pour ses équipiers. Puis il avait reçu un appel sur son téléphone personnel. Manx disait que la mission avait été validée par Kritiker et qu'ils devaient tous y aller. Aya avait obtempéré a priori à contrecœur alors qu'en réalité il s'était déjà plus ou moins décidé, mais ça, personne n'avait besoin de le savoir. C'est qu'il avait une réputation à maintenir. Yohji arriva en soutenant Crawford. C'était d'autant plus compliqué qu'il essayait de ne pas toucher ses nombreuses blessures. Après environ quarante minutes de lutte acharnée avec des ciseaux et l'eau chaude, ils avaient enfin réussi à débarrasser Brad des restes de son costume sans faire trop de dégâts. Aya retourna dans la chambre pendant que Yohji aidait Crawford à passer des sous-vêtements.
– On va te soigner et ensuite, je te prêterai de quoi te couvrir. Et tu pourras dormir, okay ?
– Merci.
– Je t'en prie.
– Tu n'étais pas obligé de t'occuper de nous.
– C'est ma grande bonté, que veux-tu, on s'refait pas mon cher Crawford… Attention à la porte.
Yohji se déplaça de façon à ce que Brad ne se cogne pas au chambranle. Il l'accompagna ensuite jusqu'à son lit où il l'aida à s'asseoir, toujours avec précaution.
– Ca va ?
– Je gère, soupira Crawford.
Il voulait juste dormir et ne pas avoir ses lunettes lui donnait l'impression d'évoluer à l'aveugle. Il ne voyait pas si mal en temps normal, il était juste hypermétrope. Mais son état d'épuisement et la commotion cérébrale qu'il se trimballait n'aidait franchement pas les pronostics. S'il avait échappé jusque là à l'hémorragie cérébrale, c'était parce que les blouses blanches de la prison avait pris soin de le réveiller régulièrement pour éviter le pire. Yohji parcouru le corps dénudé d'un regard critique. Si Schuldig était en piteux état à son arrivée, il n'était pas sûr d'avoir un qualificatif pour Crawford. De nombreuses blessures, similaires à celles que Schuldig avait à son arrivée, marquaient un corps parfait. Bien sûr, Crawford était nettement plus amoché que Schuldig à première vue, mais pas tant que ça si on le comparait à Farfarello. Il supposa que l'un avait cessé de résister pour s'épargner quelques raclées, ce que l'autre n'avait pas su faire. Il n'osait pas imaginer quelles autres blessures pouvaient se cacher sous les vêtements de Nagi ou Farfarello. Bien que ce dernier ne soit pas sensible à la douleur, il souffrait probablement de blessures internes, peut-être de fractures. Schuldig avait mentionné plusieurs fois qu'il avait cru qu'il était mort. Quant à Nagi, il s'inquiétait de savoir s'il se remettrait. Malgré ses puissants pouvoirs, Nagi restait le plus faible de tous. Un gamin. Avec un soupir, le grand blond se leva pour se mettre à la recherche d'Aya. Seul, il y passerait la nuit et la journée du ne lui fallut que quelques minutes pour localiser le rouquin retourné à la salle de bain alors qu'il les avait esquivés lorsque Brad et lui étaient retournés dans la chambre.
– Aya.
– Quoi ? Demanda froidement le plus jeune en jetant les lambeaux de tissus souillés.
– J'ai besoin que tu m'aides pour Crawford.
– Ce ne fait pas partie de la mission.
– Oh Aya ! Je sais que tu m'en veux, je sais que tu les détestes mais fais un effort nom de dieu ! Mets un peu ta rancœur de côté et aide-moi !
Aya ne répondit rien et se détourna, commençant à partir dans la direction opposée.
– Aya ! S'écria Yohji.
– C'est bon, j'amène le kit de suture...
– T'es un amour ! Lui lança-t-il avec large sourire.
– La ferme !
Yohji était déjà en train de retourner dans sa chambre en courant.
– Aya va arriver, annonça-t-il à Crawford qui était appuyé avec précaution contre la tête du lit.
– Je savais… Que tu réussirais à le convaincre…
– Que veux-tu, je suis le meilleur, dit Yohji en fouillant dans son armoire pour en sortir ses vêtements les plus larges et les plus confortables.
– Voilà qui devrait faire l'affaire ! Reprit-il en sortant un pantalon et un tee-shirt ample.
Il posa les vêtements au pied du lit. Ca lui éviterait de chercher après quand il n'aurait plus les yeux en face des trous. Il se saisit de nouveau de la trousse de soin pour en faire rapidement l'inventaire. Les gamins avaient fait du bon boulot.
– Parfait, tout ce qu'il faut ! Prêt pour passer une longue nuit en ma compagnie ? Demanda Yohji au moment où Aya passait tranquillement la porte de sa chambre.
Le blessé eut un mince sourire. On était loin du digne Brad Crawford.
– Je suppose…
Yohji l'aida à se redresser, permettant à Aya de s'asseoir derrière le voyant pour soigner son dos tandis que lui s'occupait du torse. Yohji dédia un sourire rassurant à Crawford et commença à nettoyer la première des nombreuses blessures qui ornait son torse.
La nuit allait être longue.
######
De leur côté, Omi et Ken tentaient désespérément d'obtenir un semblant de coopération de la part de Nagi. Après que Ken l'ait de nouveau transporté jusqu'à la chambre d'Omi, le jeune télékinésiste s'était réveillé brusquement, complètement paniqué, et les deux Weiss avaient fait les frais d'une décharge de pouvoir considérable. Le petit brun s'était juste contenté de les tenir éloignés de lui, sans pour autant les plaquer contre un mur. Ils avaient supposé qu'il ne pouvait juste pas faire étalage de plus de puissance. Nagi s'était recroquevillé dans un coin de la chambre, refusant obstinément de se laisser approcher malgré ses blessures et son état de faiblesse. Il avait vaguement entendu les voix de ses équipiers, mais n'en était pas tout à fait sûr. Et il était terrifié à l'idée de subir de nouvelles maltraitances. Et il fallait qu'il économise ses forces pour se défendre et se protéger. Pour ne pas que ça recommence… Impuissant face à ses tortionnaires. Il ne supporterait pas d'avoir encore mal. Il ne supportait plus. Omi attira Ken à part, tout en gardant un œil sur l'adolescent tremblant roulé en boule dans un recoin de sa chambre. Il faisait peine à voir celui qui avait un moment incarné son pire cauchemar.
– Ca fait une plombe qu'on essaye de l'approcher. Il a trop peur de nous, on n'arrivera à rien. Il faudrait que je puisse au moins être assez près pour lui injecter un sédatif.
– Il n'a pas fait tant d'histoires quand on est allés le chercher là-bas…
– Il était trop choqué pour faire quoi que ce soit, j'imagine. Comme il a dormi, il a dû récupérer un peu. Schuldig a dit que c'est ce qui s'était passé pour lui. Et vu la situation… Il faudrait le mettre en confiance.
Ken poussa un soupir abattu mais il avait bien un début d'idée.
– Okay, je vais essayer. C'est ma dernière carte, après je te laisse faire.
Ken s'agenouilla et s'approcha lentement du garçon, montrant qu'il n'avait rien à craindre de lui. Il parla, doucement, sans hausser le ton… Si jamais le gamin prenait peur, Omi et lui se retrouveraient encastrés dans le mur. Et il devait avouer qu'il n'avait absolument aucune envie de faire connaissance avec la tapisserie bleue de son ami.
– Nagi ? Nagi regarde-moi, s'il te plait.
Le petit ne bougea pas.
– Nagi… Prodigy ?
Cette fois, Nagi releva la tête, jetant un regard effrayé à Ken par-dessous ses mèches brunes. Derrière eux, Omi aurait bien poussé un cri de joie mais il s'était fait discret et restait en retrait pour ne pas donner à Nagi l'impression d'être cerné. Déjà que… Mais ce regard c'était plus qu'ils n'avaient obtenu cette dernière demi-heure. Ken lui fit un sourire amical, le plus rassurant qu'il avait dans son répertoire.
– Tu vois, je ne suis pas armé. Je ne vais pas te faire de mal… Dit doucement le brun en faisant un pas de plus avant puis s'arrêtant pour ne pas l'effrayer.
Le petit le fixait toujours, méfiant, apeuré… Ken se doutait qu'ils auraient tôt ou tard une réaction de rejet et d'hostilité, mais il avait plutôt parié sur Farfarello que sur Nagi. Sauf qu'il avait oublié que Nagi pouvait le mettre sur orbite d'une pichenette. Il fallait donc procéder avec la plus grande prudence. Il décida de lui parler de lui. C'était bête, mais c'est la première chose qui lui passa par la tête.
– Je… Je m'appelle Hidaka Ken, j'ai dix-neuf ans… Nom de code, Siberian. Tu sais les griffes et… Bref. Là tu es dans la chambre d'Omi. Il a dix-sept ans, un peu comme toi, je crois ?
L'ancien footballeur s'aperçut que Omi allait intervenir et l'en dissuada par un regard. Il sentait qu'il était sur la bonne voie. Omi, par contre, ne comprenait pas trop sa démarche. Schwarz savait tout ce qu'il y avait à savoir sur les Weiss. Il n'était pas sûr que ce soit le genre de chose à dire à un gamin visiblement traumatisé pour qu'il se calme. Mais comme il n'avait pas eu de meilleure idée jusque là, il décida de lui laisser le bénéfice du doute. Contrairement aux apparences, la personne la plus sociable d'entre eux, c'était clairement Ken, pas lui.
– … Avant j'étais footballeur, et j'entraîne encore des enfants… Tu as déjà joué au foot ?
Nagi secoua la tête en un « non » timide qui fut sa récompense. Un sourire sympathique illumina le visage de Ken. Il était accroupi à un mètre environ de Nagi, parlant tranquillement pour pouvoir se glisser près de lui en douceur.
– Non ? Je te montrerai si tu veux. Je joue souvent l'après-midi, avec Omi aussi…
Il y était presque… Encore un pas et il serait capable de toucher Nagi.
– Ecoute, tu es vraiment mal en point et… Tu veux bien que je te soigne ? Tu dois avoir mal. Je ne te promets pas de faire des miracles, mais Omi se débrouille plutôt bien. Comme ça, plus tard, on jouera ensemble, je te montrerai ? Okay ?
Nagi se mordit la lèvre, en proie à un dilemme. Deux de ses ennemis faisaient tout pour le rassurer et le calmer. Il ne comprenait pas, pourquoi étaient-ils venus les chercher ? Pourquoi étaient-ils si attentionnés envers lui, un ennemi ? Il avait trop, beaucoup trop mal pour se poser ce genre de questions, il voulait juste dormir.
Sombrer pour ne jamais se réveiller.
Il avait vu Schuldig avec eux. Le télépathe avait semblé en bonne santé, malgré les marques sur son visage. Il avait dû garder des traces de leur enlèvement. Si jamais Weiss représentaient un danger… Schu ne les aurait pas amenés ici, il le savait. Il releva la tête pour voir que Ken, Siberian, lui tendait la main avec un sourire encourageant. Nagi déglutit difficilement. Tout son corps lui faisait mal. Ses bras, ses jambes, son ventre, son dos… Sa tête. Il ne se souvenait pas avoir déjà eu aussi mal, été aussi épuisé. Il ne se souvenait pas avoir supplié la mort de venir le prendre depuis des années. La dernière fois, c'était à Rosenkreuz. Incapable de dire les mots qui se formaient sur ses lèvres, il avança faiblement sa main vers celle de Ken.
– C'est bien Nagi… N'aie pas peur, on ne te fera pas de mal, murmura Ken en manœuvrant pour pouvoir soulever le garçon, pendant qu'Omi lui prenait la main.
Un gémissement de douleur s'éleva dans la chambre.
– Shh… Ca va aller. Je vais te poser sur le lit, tu es prêt ? Omi aide-moi.
– Voilà, tout doucement…
Lorsque Nagi fut finalement étendu sur le lit, Omi prit les opérations en main. D'abord, il fallait lui injecter un tranquillisant. Il faudrait débarrasser Nagi des loques ensanglantées qu'il avait sur le dos, ensuite, le laver et le soigner. Sur le papier, c'était simple, en pratique, tout dépendrait de l'étendue des blessures qu'ils trouveraient sous ses vêtements, comme pour Schuldig. Omi sortit une seringue stérilisée et fit un sourire rassurant au frêle télékinésiste.
– C'est un sédatif, ne t'inquiète pas. Tu vas dormir le temps qu'on s'occupe de toi. Il faut que tu te reposes, et tu n'auras pas mal. Ca va ?
Nagi hocha lentement la tête et laissa son opposant de toujours lui injecter la substance claire. Une dizaine de minutes plus tard, Nagi avait sombré dans l'inconscience. Omi s'occupa de préparer rapidement ce dont il avait besoin, attrapant au passage des ciseaux pour découper ses vêtements de toute façon irrécupérables. Comme Nagi faisait plus ou moins sa taille, il n'aurait pas de mal à lui trouver des habits de rechange. Il fouilla dans son placard pour sortir d'avance un pyjama et des sous-vêtements chauds et confortables pour tout à l'heure. Il n'avait même plus de chaussures. Ses pieds nus étaient écorchés, noirs de saleté. Le pauvre n'avait probablement pas eu beaucoup d'égards pendant sa captivité. Pendant ce temps, Ken releva machinalement le bas de son tee-shirt pour dégrafer le pantalon du garçon. Il se figea, voyant ce qu'il craignait le plus de voir depuis le début. Ses pires craintes étaient confirmées, ou presque. Il baissa doucement le haut du pantalon arraché sur ses hanches frêles. Pas de sous-vêtement. Son angoisse monta d'un cran. Il descendit un peu plus le vêtement sans découvrir son intimité. Il y avait des hématomes violets foncés imprimés sur sa peau blanche qui ressemblaient horriblement à des traces de doigts.
– Et merde.
– Ken-kun ? Demanda Omi qui était toujours en train de bricoler derrière lui pour étaler à portée de main désinfectant et kit de suture.
Il n'avait rien vu. Ken rabattit le tee-shirt en lambeaux sur le ventre de Nagi et se pinça l'arrête du nez, le cœur dans la gorge et le sang battant aux tempes. Oh, il aurait bien vomi pour de bon.
– Va me chercher Aya ou Yohji.
– Mais pourquoi ?
– Vas-y je te dis ! Lui cria le brun assez fort pour qu'il lâche tout et se précipite dans la chambre de Yohji.
Ken passa ses mains sur son visage. Heureusement, Nagi dormait à présent. Tout se complétait maintenant. Comment avait-il pu être assez bête pour ne pas s'en rendre compte plus vite ? Le petit qui refusait qu'on le touche, le sang qui souillait l'intérieur de ses jambes, l'arrière de son pantalon. Et dans sa cellule, une odeur particulière qui envahissait le petit espace. L'air était vicié, la ventilation de la cellule n'était pas assurée mais cette odeur très particulière, chimique, il l'avait déjà sentie avant et maintenant il se souvenait. Lors d'une mission, il y avait un an et demi de cela. Un taré qui enlevait des gens pour ses plaisirs personnels. Ils avaient retrouvé une des victimes qui venait de se faire violer… Et cette même odeur flottait dans la pièce. L'odeur du sang et de la drogue[S2] . Du chloroforme, un anesthésiant à l'odeur d'éther, de produit chimique.
– Oh seigneur… Gémit-il.
Comment allait-il s'occuper de ça ? Il n'avait jamais été confronté à une situation pareille avant. L'arrivée de deux personnes le fit sortir de ses pensées. Ken se retourna pour voir qu'Omi lui avait ramené Aya. Il aurait préféré Yohji pour le coup, lui qui avait été là lors de cette fameuse mission. Mais Aya savait garder la tête froide et il en aurait besoin.
– Tu as besoin d'aide ? Demanda calmement le rouquin.
– Oui.
Le regard sombre de Ken passa un peu nerveusement d'Omi à Aya, pour glisser sur le côté, apercevant du coin de l'œil les jambes de Nagi, étendu sur le lit. Aya aurait bien lancé un interrogatoire là, tout de suite, mais il connaissait assez bien Ken pour savoir que quelque chose clochait. Si Omi avait remarqué, il n'avait rien dit.
– Omi, tu n'as qu'à retourner aider Yohji. L'Oracle est conscient, ça sera moins pénible.
– D'accord…
Le blondinet eut la désagréable impression d'avoir raté quelque chose de capital mais décida de remettre les explications à plus tard. Ce n'était pas le moment. Une fois qu'il eut quitté la pièce, Ken poussa un petit soupir qu'Aya trouva d'autant plus étrange.
– Alors Ken ?
L'interpellé fit signe à Aya de verrouiller la porte de la chambre. Il s'approcha ensuite du lit et désigna Nagi, inconscient.
– Il dort ?
– Sous sédatifs.
Aya observa l'adolescent endormi un instant. Le garçon était blessé, soit, mais tout comme ses deux autres équipiers. C'est vrai qu'il faisait peine à voir, couvert d'hématomes et de sang mais il ne vit rien qui nécessitait sa présence plutôt que celle d'Omi. Nagi n'était pas un gros gabarit, et s'ils avaient eu besoin de bras pour soigner Schuldig pendant qu'il était inconscient, Nagi ne devait pas peser bien lourd.
– Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Aya sans comprendre.
Ken pinça les lèvres et releva délicatement le bas du tee-shirt qu'il avait rabattu plus tôt pour cacher les blessures. Les bleus, le sang, les vêtements en lambeaux… Aya murmura quelque chose et manipula Nagi avec douceur pour jeter un coup d'œil à son dos. Sans surprise, il trouva des marques jumelles à celles sur ses hanches.
– C'est bien ce que je crois ? Demanda-t-il d'une voix qu'il aurait voulue plus neutre.
– Oui. Il… Il a même plus de sous-vêtements…
La voix de Ken s'étrangla dans sa gorge.
– Je… Je ne sais pas soigner ça… Omi non plus, je le sais, et je veux pas qu'il le fasse et…
– Ken.
– Oui ?
– On va le faire tout les deux, mais d'abord, tu dois te calmer, d'accord ? Ou tu préfères appeler Yohji ?
Le brun inspira profondément en fermant les yeux, passant ses mains sur son visage. Il devait se ressaisir, ils avaient vu bien pire, tellement pire dans leur vie. C'était bien là ce qui résumait toute l'horreur de leur existence. Ils avaient vu bien pire qu'un gamin violé. Et personne, personne ne devrait voir ce genre de chose. Ni ça, ni pire que ça.
– On fait quoi ?
– D'abord, le déshabiller. Ensuite, il faudra le laver, c'est important.
– Un bain ?
Aya contempla cette option un moment, hésitant. Nagi était certes un poids plume, mais un poids plume « mort ». Le manipuler relèverait encore de la gageure.
– Non, il est inconscient, ça serait trop compliqué. Va me chercher une bassine d'eau chaude. Je vais m'occuper des vêtements.
La situation lui déplaisait au plus haut point à présent. Avoir ses ennemis à la maison était déjà dans son top cinq des choses désagréables, mais voir ce qui avait été fait au gosse le rendait dingue. Qui pouvait être assez malade pour faire un truc pareil ? Ils étaient eux-mêmes des assassins. Ils tuaient pour de l'argent, et quelle que soient leur « bonne » raison de le faire, ça restait mal, il le savait et en avait pleinement conscience. Il savait qu'ils avaient brisé des familles entières, privés des enfants de leurs parents. Des enfants qui ne sauraient jamais à quel point leurs parents aujourd'hui défunts incarnaient le mal.
Quelle différence ça fait de toute façon ? Parut lui dire une petite voix vicieuse en son for intérieur. Une voix qui ressemblait étrangement à celle d'Aya-chan. Il se répondit qu'ils protégeaient des innocents. Dans un monde rempli de tout, sauf d'innocents. La torture, le viol, l'humiliation ne faisait pas partie de leurs méthodes, ni même de celles des Schwarz. Comment avait-on pu en arriver là ? Aya interrompit son dialogue intérieur en entendant Ken débarquer avec de quoi faire la toilette de Nagi. Ce pauvre enfant.
– Ca ira, Aya ?
– Tu es prêt à le faire ?
Ken ne répondit pas, organisant rapidement son espace de travail. Aya vit ses mains trembler légèrement. Ken ne tremblait jamais, un autre signe qu'il était très affecté par l'état de l'adolescent inconscient. Il décida de lui offrir une autre porte de sortie. Yohji serait certainement plus à même de gérer ses émotions.
– Ken, si tu ne veux vraiment pas le faire, je peux demander à Yohji de m'aider, d'accord ?
Il avait sentit que Ken était à fleur de peau, et si cette situation mettrait les nerfs de n'importe qui à vif, il ne voulait pas avoir à gérer en plus une crise d'hystérie.
– Non, ça ira c'est… Ca me dégoûte, c'est un gamin, il a quoi, seize ans ? Il ne mérite pas… Il ne mérite juste pas.
« Ca pourrait être Omi. »
– Personne ne mérite ce genre de chose.
– C'est vrai…
Personne.
Notes : … Beuh… J'aime pas ce chapitre, il est horrible, en plus c'est trop nul.
Sinon, que dire… On approche dangereusement de la fin et je sais toujours pas ce que je vais faire de Farf.
Enfin, j'ai bien une idée, mais je ne suis pas sûre qu'elle vous plaise…
Commentaires :
[S1] Pas saine et sauve hein, juste sauve… Parce que… Voilà quoi.
[S2] Malheureusement pour moi, le GHB est un produit psychotrope quasiment inodore et je ne connais pas d'équivalent qui serait détectable à l'odeur, mais je cherche.
06/02/2015. Finalement, je table sur le chloroforme. Ca pue. Quant à savoir si l'odeur de ce produit extrêmement volatile peut rester plusieurs heures dans une pièce fermée, mes recherches ne m'ont pas permis de le savoir, mais je dirai que non.
