Aaaaaah que l'année s'annonce dure...

Il se peut qu'il y ait des fautes dans ce chapitre, je suis un peu fatiguée donc ma relecture a été difficile, désolééééeee. Ah, on m'a aussi signalé qu'il y avait des problèmes avec les alertes? Est-ce que ça concerne plusieurs personnes ou seulement une seule?

Je suis sur Pottermore! Si vous voulez m'ajouter ou que je vous ajoute, bref que nous nous ajoutions, dites le moi par review ou par MP. Au cas où vous en auriez douté, je suis bel et bien Slytherin. ^^

La semaine prochaine, point de cicatrices mais le premier chapitre de l'armée de l'ombre. J'alternerai un chapitre de chaque ce qui fait une publication de chaque fic tous les 15 jours. Pour ceux qui aurait raté mes explications décousues (oui je suis toujours méga claire, je sais) il s'agit d'un parralèle aux cicatrices qui se passe dans le "présent". Evidemment, vous n'êtes pas obligé de lire lol, mais ça me permettra d'avancer un peu plus rapidement.

On m'a aussi fait remarquer que j'insistais beaucoup sur les Greengrass et on m'a demandé si je le faisais pour une raison précise. En effet, Daphné et Astoria seront présentes dans l'armée de l'ombre, bien que pas en tant que personnages principaux. J'essaye juste de donner un contexte aux serpentards.

Voilà, c'est tout. ^^

Enjoy & Review


We bare our souls and tell our most appalling secrets.

Little Women Louisa May Alcott

Mettons nos âmes à nu et révélons nos secrets les plus scandaleux.

Les quatre filles du Docteur March – Louisa May Alcott

Chapitre 14 : We Bare our Souls

Severus observa les quatrième année déguerpir hors de sa salle de classe avec soulagement. Il était parvenu à la fin de sa journée de cours sans morts à déplorer malgré l'affrontement ouvert Serpentards versus Gryffondors. Il se demandait vaguement ce qu'il en était de Minerva. Il espérait vraiment qu'elle avait eu des difficultés. C'était toujours plaisant de pouvoir se vanter face à elle.

Excepté, se rappela-t-il avec un temps de retard, qu'elle ne le connaissait pas, et qu'elle n'appréciait pas autant leurs petites joutes verbales que sa Minerva.

Jamais il n'aurait cru que la vieille sorcière pourrait lui manquer.

Et elle n'était pas la seule. Le reste du corps professoral… Oh, ce n'était pas comme si Severus était ami avec eux – Merlin l'en préserve ! Mais les choses étaient bien trop différentes à cette époque.

Il ferma les yeux et se massa un instant l'arrête du nez, se demandant s'il aurait le temps de prendre une tasse de thé avant que l'insupportable Survivant ne débarque pour un cours d'Occlumencie qui ne servirait à rien, parce qu'il refusait d'apprendre correctement.

Il calcula que le temps que le gamin se sépare de Lily et de son jeune double – et quelle était l'obsession de ce garçon pour les trios ? Non… Comment son double pouvait-il tolérer un imbécile pareil ? - émerge des cachots et grimpe les deux étages jusqu'à son bureau, en traînant des pieds, il avait largement le temps de descendre dans la salle des Professeurs et de remonter lui-même. Et si ce n'était pas le cas… eh bien, Potter n'aurait qu'à patienter.

Ainsi résolu, il se mit en route.

Les couloirs débordaient d'idiots, heureux d'être libérés de la lourde corvée qu'était la connaissance… Il supposait que les autres les nommaient plus communément élèves. Il n'avait jamais compris pourquoi l'éducation demeurait obligatoire jusqu'aux BUSEs alors qu'il était clair que beaucoup d'entre eux se seraient bien volontairement arrêté en première année.

Il n'était plus qu'à quelques mètres de la salle des Professeurs quand quelque chose le heurta par derrière. Il eut à peine le temps de se rattraper à la lance d'une des armures avant de s'écrouler au sol et d'ainsi perdre sa dignité. Il se redressa dans un claquement de robes et fusilla du regard la jeune fille qui, elle, n'avait pas évité la chute.

Le couloir se vida rapidement de tous les élèves qui y lambinaient. Une semaine avait été suffisante pour qu'ils apprennent à ne pas se trouver sur sa route lorsqu'il était de mauvaise humeur.

« En tant que préfet, ne devriez-vous pas connaître la règle selon laquelle… » commença-t-il, prêt à martyriser la cinquième année jusqu'à la réduire en larmes. Ça le soulageait habituellement.

Mais l'insolente gamine ne lui laissa pas le temps de terminer. Cette Améthyste Jones dont il ne gardait qu'un souvenir confus se remit immédiatement sur ses pieds, à bout de souffle, et eut l'audace de lui couper la parole.

« Explosion… Potions… » haleta-t-elle. « Professeur… Dumbledore… envoyé… Chourave… »

L'espace d'une seconde, Severus resta interdit.

Une explosion en Potions ? Assez importante pour qu'ils aient besoin de Chourave en plus, alors que Dumbledore et Slughorn étaient probablement à l'infirmerie pour aider Pomfresh ?

« Allez-y. » ordonna-t-il sèchement.

Il avait fait demi-tour et s'était engagé dans les escaliers avant même d'avoir réalisé ce qu'il faisait. Il n'avait pas besoin de se creuser la mémoire pour savoir que ce n'était pas censé se passer ainsi. Il n'aurait pas dû y avoir d'accident en cours de Potions… Il n'aurait pas dû y avoir de blessés…

En théorie, il était censé développer la potion qui débarrasserait les Serpentards de cette atroce teinture…Plus que ça, il était censé la fournir à Lucius et devenir un membre de son entourage proche… Il était censé faire le premier pas qui le mènerait vers son destin… Il était censé se mettre à fréquenter Mulciber et Travers et…

Il hâta le pas.

Il était inutile de s'attarder sur ce qui aurait dû être tant qu'il ne savait pas avec précision ce qui était.

Il atteignait le palier du deuxième étage quand une pensée lui fit accélérer brusquement l'allure. C'était pourtant la chose qui aurait dû lui sauter à l'esprit… Harry était dans la pièce lors de l'accident, et avec le don qu'avait le garçon pour se mettre en danger…

L'explication qu'il devrait fournir à son Dumbledore se déroulait déjà dans sa tête. Mais curieusement, il ne pensait pas que le Directeur se laisserait émouvoir par son assurance que Potter pourrait toujours affronter le Seigneur des Ténèbres avec une main en moins. A moins que cet idiot ait réussi à perdre un bras ? Et s'il s'était fait tuer ? C'était exactement le genre de choses égocentriques que le Gryffondor aurait pu faire. Aller se faire tuer et condamner Severus à supporter l'expression déçue et triste d'Albus…

A moitié persuadé que le gamin était en quatre morceaux, il débarqua dans le couloir qui menait à l'infirmerie comme une furie. Les portes s'ouvrirent en grand devant lui alors qu'il était encore à plusieurs mètres. Le moins qu'on puisse dire était que son entrée fut remarquée. Deux Gryffondors qui étaient sur le point de sortir le dépassèrent en chuchotant, il n'y prêta aucune attention, cherchant un adulte des yeux dans la masse d'élèves agglutinés dans un coin de la pièce. Pas seulement des cinquième année mais aussi des quatrième, sixième et septième années. Il remarqua à peine leurs blasons rouge et or.

Longeant la rangée de lits entourés de rideaux et jetant de vagues coups d'œil aux élèves qui y patientaient ou y dormaient, il finit par repérer Slughorn, occupé à étaler une pâte visqueuse sur la joue brûlée d'une Gryffondor. La blessure n'était pas jolie mais il estima que la crème devrait prévenir toute cicatrice.

« Ah, Saevus ! » s'exclama le Professeur, en l'apercevant. « Vous n'avez pas vu Pomona, par hasard ? Entre les plaisanteries diverses de mes élèves et de ceux de Minerva, et l'explosion de tout à l'heure, nous manquons cruellement de soignants… »

« Potter ? » demanda-t-il, sans prendre la peine de répondre. Il était convaincu qu'il allait devoir annoncer le pire à Dumbledore et en porter la responsabilité devant l'intégralité du monde magique.

« Vous avez entendu… » soupira Slughorn. « Albus s'occupe de lui, mais le pauvre garçon avait l'air vraiment mal en point… » Le Professeur jeta un regard à la fille qu'il était en train de soigner et qui le fixait avec de grands yeux pleins de larmes. « Allons, allons, ma petite… Il n'y a aucune raison de craindre le pire. Albus est très compétent. Pas autant que Pomfresh, évidemment… »

Severus se passa une main sur le visage, s'interrogeant brièvement sur les symptômes d'une crise cardiaque. Est-ce que la sensation désagréable que son cœur allait échapper de sa poitrine, tant il battait fort, et la pulsation désagréable dans ses tempes étaient des signes révélateurs ?

« C'est grave ? » interrogea-t-il, la voix étrangement faible.

Il n'était pas inquiet pour le gamin, se répéta-t-il, certainement pas. Il était inquiet pour la survie du monde magique. A cause de la Prophétie –une prophétie à laquelle il ne croyait pas vraiment, s'immisça une petite voix dont il se serait bien passé.

Et il y avait Lily.

Il avait promis de protéger son fils. Et il avait échoué. Comme il échouait à tout ce qu'il entreprenait. Qu'importe les décisions qu'il prenait, elles étaient toujours mauvaises. Il n'aurait pas dû mentir à l'Albus de cette époque, il aurait dû lui révéler la vérité et le laisser juger de la course d'actions à suivre. Potter aurait probablement été une arme potentielle pour Dumbledore mais, au moins, il ne se serait certainement pas fait exploser… Quoi que ce n'était pas le pire.

L'important était qu'il avait une nouvelle fois fait défaut à Lily.

« L'état de Black était plus préoccupant que celui de Potter. » répondit distraitement Slughorn, en dosant la quantité de potion antidouleur qu'il versait dans un verre d'eau. « Poppy l'a emmené avec elle. »

Black, releva finalement l'esprit logique de Severus. Potter. Il s'était enquis de la santé de Potter. S'il avait été du genre émotif, il aurait pu pleurer de soulagement. Dumbledore ne l'enverrait pas à Azkaban pour avoir négligé la protection de son précieux Survivant…

« Avez-vous suivi une formation médicale, Saevus ? » s'enquit Slughorn. « Il y a tant à faire ici, sans Poppy… »

Amoché était toujours mieux que mort, décida-t-il, sans écouter un mot de ce que son ancien professeur racontait.

« Où est mon fils ? »

La question fut noyée par l'exclamation soulagée de Slughorn.

« Pomona ! » appela-t-il, et la sorcière replète se précipita vers eux.

« Par Merlin, Horace, le château est devenu fou ! » déclara-t-elle. Son chapeau était de travers et ses joues rouges suggéraient qu'elle avait couru. « Des seconde année sont en train de se battre dans le… »

« Minerva peut s'occuper de ça. » coupa Severus. « Où est mon fils ? »

Comprenant sans doute qu'il n'obtiendrait rien d'autre de lui, Slughorn désigna d'un geste vague un coin de l'infirmerie.

« Il ne fait pas partie des plus gravement blessés, Saevus… » tenta le Directeur des Serpentards, mais Severus était déjà parti.

Il savait de première main que les diagnostics de Slughorn n'étaient pas toujours des plus précis. Et quelle idée de tirer les rideaux autour des lits ! Le gamin pouvait être en train de se tordre de douleur et personne n'en saurait rien.

Il passa devant plusieurs rangées de lits vides avant que la voix de Lily ne lui indique la bonne direction.

« …Tout ce qui avait des pages. Et son cerveau est une éponge. Il retient tout ce qu'il lit. Et il est… » disait-elle. Elle parlait vite, comme toujours quand elle était passionnée par le sujet. Il ignora résolument le pincement au cœur qu'il ressentit. Ce n'était pas sa Lily et il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller à la sentimentalité. Pas quand il avait une mission à remplir.

« Très intelligent. » termina la voix d'Harry pour elle. Il y avait une touche de moquerie, et il accéléra l'allure, se demandant de qui ils discutaient.

Sa main se refermait sur le rideau et il s'apprêtait à le tirer brusquement quand elle reprit la parole.

« Oui. » confirma-t-elle, avant de se racler la gorge. « Il n'est peut-être pas aimable, mais au moins, il ne s'en ait jamais pris à plus faible que lui. »

Il lui fallut plusieurs secondes avant de se convaincre de se remettre à bouger. D'abord, parce qu'il devint limpide pour lui qu'il était l'objet de la discussion. Ensuite, parce qu'il y avait une telle assurance dans les mots de Lily… Une telle foi.

Elle lui avait toujours affirmé qu'il ne serait jamais capable de cruauté. Jamais… Elle avait toujours cru en lui.

Jusqu'à ce qu'il lui prouve qu'elle avait tort.

Et comme il n'avait jamais fait les choses à moitié, ça s'était fini en massacre…

Chassant ces pensées de son esprit, il tira sur le rideau et revint à ses préoccupations actuelles en étudiant attentivement les deux adolescents qui étaient assis sur le lit. Il n'aimait pas la façon dont le gamin favorisait son côté droit.

« Tu es blessé ? » demanda-t-il, puis son regard s'attarda sur la lionne, vérifiant rapidement qu'elle n'avait rien. Elle sauta immédiatement sur ses pieds et s'excusa avant même que le Survivant ait répondu.

« Je vais voir comment vont les autres. » annonça-t-elle, en lui adressant un signe de tête poli.

Severus répondit en conséquence, sans même s'en apercevoir, trop occupé à la regarder disparaître derrière le rideau. Il se retourna vers son élève, ignorant royalement les yeux désapprobateurs du garçon. Il n'avait pas besoin de lui pour se rappeler que cette Lily là avait quinze ans et qu'il en avait plus du double.

« Ce n'était pas censé arriver, n'est-ce pas ? » s'enquit Harry, avant qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche.

« Non. » soupira-t-il.

« Comment va James ? » insista le garçon. « Et… Et Sirius ? Ils avaient l'air… Ils avaient l'air… »

Le Gryffondor ne termina pas sa phrase, mais Severus avait une bonne idée de ce dont ils avaient eu l'air. Les accidents dans un laboratoire n'étaient jamais beaux à voir.

« Le Professeur Slughorn a mentionné une blessure. » déclara-t-il, changeant le sujet. Il n'avait aucune idée de comment allait James ou Black et, à vrai dire, il ne voulait pas réellement s'attarder sur les possibilités.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » pressa Harry, en ôtant sa chemise. « Pourquoi est-ce que c'est arrivé, si ce n'était pas censé… arriver ? »

Négligeant de répondre sur le champ, Severus se pencha et examina minutieusement la brûlure qui s'étendait sur le flanc du garçon. Ça aurait pu être plus grave. Les robes épaisses avaient dû le protéger efficacement.

« Cela signifie que cet espace-temps s'éloigne du nôtre. » déclara-t-il finalement, tout en passant plusieurs fois sa baguette au dessus de la plaie pour s'assurer qu'aucun bout de tissu n'était resté collé. Merlin le préserve si le Survivant attrapait une infection… Il le ramènerait en un seul morceau ou il n'y retournerait pas du tout.

« Mais… Mais pourquoi ? » demanda le gamin. « On a fait attention et… »

« Faisais-tu attention hier soir quand tu as provoqué Lucius ? » siffla-t-il, en se redressant pour le regarder en face. « Faisais-tu attention quand tu parlais avec Lily tout à l'heure ? »

L'expression coupable qui déformait les traits du garçon n'était pas aussi réconfortante qu'il l'aurait voulu.

« S'ils meurent ce sera ma faute. » souffla le Gryffondor.

Severus leva les yeux au ciel.

« Inutile de tomber dans le mélodrame. » cingla-t-il. Il hésita une seconde puis décida que la blessure pouvait attendre encore quelques minutes. « Explique-moi ce qui s'est passé. »

Harry s'agita, puis haussa les épaules.

« C'est allé vite… » répondit le Survivant. « Je ne suis pas sûr. »

Comment avait-il pu oublier que les Gryffondors avaient une mémoire de poisson rouge ? A peine avaient-ils fait un second tour de bocal qu'ils avaient oublié le premier.

« Vous pourriez… » proposa-t-il avec incertitude. « Vous pourriez regarder. »

Severus ne se le fit pas dire deux fois. Capturant le regard de Potter, il plongea dans son esprit. Le souvenir était au premier plan et il s'en empara.

La salle de classe bourdonnait d'activité, une chose qu'il n'aurait pas autorisée dans un de ses cours. Les Gryffondors riaient et plaisantaient ouvertement alors que la tension chez les Serpentards était palpable. Une très mauvaise combinaison. Une combinaison dangereuse. Et encore une fois, un danger qu'ils devaient à James Potter et à sa bande…

« Il est égoïste. » cracha Harry « Méchant. Calculateur. Il n'a pas de cœur. »

Severus tourna son attention vers le garçon qui fusillait son jeune double du regard, devinant sans difficulté qui était l'objet de leur conversation. Il n'éprouva aucune émotion particulière à être insulté de la sorte, il avait l'habitude.

Le gamin en revanche, le vrai gamin pas celui du souvenir, se mit à paniquer et chercha à l'éjecter de son esprit. Pitoyable tentative, évidemment. Severus n'eut même pas besoin de lutter pour demeurer là où il était.

« Tu te trompes. » protesta Lily. Doucement mais fermement. Curieusement, cela lui fit du bien de l'entendre prendre sa défense. C'était presque comme avant… « Il n'est pas comme ça tout au fond. C'est un rôle qu'il se donne à cause… à cause de certaines choses. »

A ça, Severus fronça les sourcils. Elle n'allait pas oser discuter de ses problèmes personnels avec un Potter. Avec qui que ce soit. Elle ne trahirait jamais sa confiance. Jamais.

Les tentatives pour l'éjecter du souvenir se firent plus désespérées.

« Son père. » énonça tranquillement le garçon, comme si ce n'était rien.

Une vague glacée balaya son esprit. Potter aurait pu le faire sortir de sa tête à cet instant s'il avait essayé, tant il était stupéfait. Non… Stupéfait n'était pas le bon terme. Glacé d'effroi, sidéré, humilié… voilà des mots qui convenaient mieux.

Humilié.

Il ne pouvait pas savoir. Il ne pouvait pas retourner à Poudlard et raconter à tout le monde que Servilius était le punching-ball préféré de son propre père… Il ne pouvait pas avoir ce pouvoir là sur lui. Il ne pouvait pas.

« Il t'en a parlé ? » s'étonna la jeune fille. Et Severus n'aurait rien voulu plus que de pouvoir étrangler son double. Que lui était-il passé par la tête ? Il n'avait jamais confié ça à personne. Jamais. Et ça n'avait jamais intéressé personne de toute manière. « Il n'en parle jamais à personne. Pas même à moi. »

Il observa Lily avec tristesse. Qu'aurait-elle voulu qu'il lui dise ? Elle en savait déjà trop à son goût. Il avait assombri son enfance avec ses problèmes, il lui avait volé son innocence…

« C'est la seule chose personnelle qu'il m'a dite et encore, il était à moitié abruti par la douleur. » répliqua Harry. Ceci expliquait cela, supposa-t-il. Le gamin avait dû voir les marques ou les cicatrices et poser des questions embarrassantes. « Il ne parle que de devoirs ou de travail. Et quand il ne fait pas ça, il lit. Et quand il ne lit pas ou ne travaille pas, il rabaisse les gens. C'est son passe-temps favori. »

Severus s'efforça de contrôler les émotions qui explosaient en lui. Colère ou rancœur, cela ne servait qu'à le déconcentrer et il devait déterminer ce qui avait changé, si Potter avait déclenché une réaction en chaîne.

Il était certain que si les deux adolescents avaient prêté plus d'attention à leurs potions…

« C'est faux. » cingla Lily.

Il étudia le chaudron d'Harry, constatant que la couleur et la viscosité semblaient incorrectes. Pas de surprise là dedans.

« C'est vrai. » contra le Survivant, avec emphase, sans se laisser distraire par la fumée bleutée qui s'élevait de son chaudron. « Il me critique sans arrêt et se moque de moi et… et… »

Le gamin s'interrompit devant le regard sceptique de Lily. Severus aurait aimé répliquer que si le Gryffondor s'appliquait un peu plus et travaillait davantage, il n'aurait pas eu à le critiquer. Quant à se moquer de lui ? Sérieusement, s'il ne voulait pas qu'on se moque de lui, il n'avait qu'à arrêter d'agir comme un idiot.

Il attendit que le chaudron du garçon explose.

Mais ce ne fut pas de là que provint le désastre.

Il assista sans rien pouvoir faire à la débâcle qui suivit.

Il se retira de l'esprit de Potter au moment où Slughorn leur avait ordonné de se diriger calmement vers l'infirmerie.

Le garçon soutint son regard quelques secondes puis baissa les yeux.

Severus s'éloigna brusquement du lit et partit en quête de la réserve de médicaments. Il ne se contrôlait pas suffisamment pour s'adresser au Survivant à l'instant. Pour être honnête, il ne savait pas s'il parviendrait à se contrôler à nouveau, mais il supposait qu'il n'avait pas réellement le choix.

Il s'empara d'autorité d'un des récipients contenant la pâte contre les brûlures et attrapa un flacon rempli de potion antidouleur. Il agissait machinalement, trop préoccupé par son tourment intérieur pour s'intéresser à ce qui se jouait autour de lui. Il ne prêta aucune attention au groupe de Gryffondors, sans doute des admirateurs de Potter senior, et retourna là où était Harry.

« Que fais-tu ? » demanda-t-il. La question lui échappa sous le coup de la surprise, il en oublia presque que le garçon devant lui connaissait un de ses secrets les mieux gardés.

Le Survivant était en train de remettre sa chemise. Comme s'il n'avait pas une brûlure non soignée au flanc… Y avait-il seulement un cerveau entre ses deux oreilles ?

« Je…Euh… » balbutia le gamin. « Je ne pensais pas que vous reviendriez. »

Severus jaugea la réponse quelques secondes, et décida d'agir comme s'il ne s'était rien passé. Il ne dirait rien, Harry ne dirait rien, et ils pourraient tous vivre l'esprit tranquille.

« Tu as besoin de soins. » rétorqua-t-il, sèchement.

« Ça ne fait pas si mal… » protesta faiblement le garçon.

Le Mangemort ne daigna pas répondre. Il n'avait jamais refusé une potion ou un onguent aux élèves qui en avaient véritablement besoin, et il n'allait pas commencer aujourd'hui. Il entreprit d'étaler la pâte sur la blessure, sans aucune délicatesse.

« Professeur ? » tenta le Gryffondor, avant d'inspirer brusquement quand Severus toucha un point sensible.

« Prends deux gorgées de la fiole. » jeta-t-il froidement. Mais il fit plus attention en posant la crème.

Ce n'était probablement pas la faute du gamin de toute manière… Il se souvenait parfaitement de comment il se sentait à quinze ans… Il se souvenait du désespoir et de la solitude… C'était dur de n'avoir que Lily, dur de n'avoir aucun allié à Serpentard… Son double avait sans doute trouvé cela en la personne du Survivant, aussi improbable que l'idée soit.

Parce qu'obéir était un concept étranger à tout Potter qui se respectait, Harry ignora son ordre.

« Je ne suis pas comme lui… » murmura le garçon, avec hésitation. Severus se demanda brièvement s'il parlait bas par peur que lui-même s'énerve ou si c'était dans un but de discrétion.

Il n'eut pas besoin de demander à qui le gamin se comparait. Il ne chercha pas à analyser ce qu'il en pensait. Une part de lui aurait aimé continuer à affirmer que tous les Potter étaient les mêmes et qu'il était le fils de son père de bout en bout une autre, plus rationnelle, ne pouvait s'empêcher de noter qu'à présent qu'il avait à nouveau James en face… Non, Harry n'était pas comme James. Pas quand il s'agissait de s'acharner sur ceux qui étaient différents ou sans défense.

Ça ne signifiait pas qu'il n'était pas arrogant.

« Peut-être pas. » admit-il, à contrecœur.

Le gamin sembla se détendre.

« Je ne dirai rien. » jura le Survivant. « A personne. J'ai déjà promis à Severus. »

Il n'aurait pas cru quelqu'un d'autre. Mais le Gryffondor était aussi facile à lire qu'un livre, et ses yeux le suppliaient de lui faire confiance. Il n'aurait pas cru quelqu'un d'autre mais il avait les yeux de Lily et les yeux de Lily ne mentaient jamais.

« Non. » confirma-t-il. « Vous ne direz rien. Parce que si vous abordez à nouveau le sujet, avec qui que ce soit, je vous tuerai. »

La menace était factice, bien sûr, mais elle sonna vraie et, pendant quelques secondes, Potter le dévisagea avec méfiance. Puis la méfiance disparut et l'insupportable garçon eut l'audace de sourire.

« Vous ne pouvez pas me tuer. » contra-t-il. « Vous êtes censé me protéger. »

Ça certifiait ce qu'il s'évertuait à dire depuis le premier jour : arrogant. Et irrespectueux.

« Mais je peux te faire souffrir. » répliqua Severus, sur le ton de la conversation, en examinant la blessure couverte d'onguent. « Sans laisser de trace. »

Sans un regard en arrière, il alla se laver les mains puis tendit à Potter la fiole qu'il n'avait toujours pas débouchée. Il eut la satisfaction de voir que le Gryffondor hésiter avant de boire. Avec un peu de chance, il apprendrait à se méfier de son ombre. Tout espoir de gagner la guerre n'était peut-être pas perdu…

« Professeur ? » reprit Harry, après avoir avalé les deux gorgées recommandées. Severus soupira. C'était un vrai moulin à paroles… « Il y a autre chose… »

Il ne tenta même pas de masquer son agacement.

« Évidemment qu'il y a autre chose. » marmonna-t-il. « Il y a toujours autre chose avec toi… »

Le Survivant grimaça mais ne démentit pas.

« Je ne suis pas certain que ce soit important… » hésita le Gryffondor.

Severus ne perdit pas de temps à tergiverser. Il envahit une fois de plus l'esprit du garçon. Un autre souvenir se déroula devant ses yeux. James passait devant Harry sur une civière et, stupidement, le garçon prononçait le mot qui risquait de réduire leur couverture à néant. Par chance, Lily s'était mépris et avait offert une excuse toute trouvée. Mais son double n'avait pas été convaincu et il finirait par poser problème. Si quelqu'un dans cette école pouvait déterminer qui ils étaient réellement, c'était lui.

Il émergea de l'esprit de Potter et se passa une main sur le visage, tentant de réfléchir vite et bien. Il fallait convaincre son double qu'ils étaient bien qui ils disaient être, mais cela risquait de s'avérer difficile étant donné qu'il n'avait jamais fait confiance à personne, qu'il avait un problème quand il était question de relation filiale, et que si son double s'était aventuré à des confidences, il était certain qu'Harry s'y était adonné aussi.

Quand il avait manigancé ce plan là, il n'avait pas pensé que Potter et son jeune lui deviendraient amis…

« Saevus. » appela la voix fatiguée de Dumbledore. Il se força à prêter à nouveau attention à ce qui l'entourait.

« Professeur. » répondit-il, aussi aimablement qu'il le pouvait.

« Horace m'a dit que vous étiez là. » expliqua le Directeur. « Tous les élèves ont été traités à l'exception de votre… »

« Je me suis occupé d'Harry. » coupa-t-il.

« Je m'en doutais. » acquiesça l'homme. « Poppy établit une liste de ceux qui doivent passer la nuit à l'infirmerie… »

« Il a une chambre dans mes quartiers. Il peut passer la nuit là, inutile de surcharger Poppy. » déclara-t-il, sur un coup de tête. Manifester de l'inquiétude pour sa supposée progéniture convaincrait peut-être son double… C'était le comportement normal d'un parent. Du moins, c'était ainsi que se comportaient les parents de Lily, et c'était le meilleur exemple qu'il avait en réserve.

« Euh… » intervint le garçon, visiblement peu ravi à l'idée de devoir passer la soirée en sa compagnie. Mais le regard noir que lui envoya Severus le fit y réfléchir à deux fois avant de prétendre ne pas avoir besoin de supervision. « Comment vont James et Sirius ? »

Dumbledore adressa un sourire au garçon, visiblement ravi qu'Harry manifeste de l'intérêt pour les Gryffondors. Surtout compte-tenu du fait que les cheveux du gamin étaient toujours d'un rouge vif.

« Ils vont beaucoup mieux. » déclara Albus. « Mr Potter est comme neuf. Quant à Mr Black, Madame Pomfresh m'a assuré qu'il était hors de danger. »

« Bénis soient les dieux. » marmonna Severus, mais il ne pouvait nier qu'il était soulagé.

La situation était préoccupante, mais elle l'aurait été davantage encore si les deux Maraudeurs n'en avaient pas réchappé. Tant que les différences étaient mineures, tout irait bien. Tant qu'il trouvait une solution rapidement, ils pourraient toujours rentrer chez eux…

°°0°°0°°0°°0°°0°°

« Harry ! »

L'aboiement sec le fit sursauter et Harry expira lentement, tentant de calmer son cœur qui battait la chamade.

Abandonnant sa dissertation sur une révolte de Gobelins quelconque, il céda à la curiosité –et à l'instinct de survie qui lui dictait d'obéir au Professeur – et quitta le bureau disposé dans le coin de la chambre.

Snape-Prince lui avait ordonné de disparaître dans sa chambre dès qu'ils avaient atteint les appartements du Mangemort et de ne pas le déranger. Harry n'accordait qu'un intérêt limité à l'Histoire de la magie mais c'était à peu près tout ce qu'il avait dans son sac de cours, et il avait décidé que rédiger son devoir serait moins risqué que de braver la volonté de l'homme. Il était déjà étonné d'être encore en vie après avoir découvert un des secrets les mieux gardés du Maître des Potions. Quoi qu'il se puisse parfaitement que le Professeur soit encore en train de déterminer de quelle façon le tuer… Il n'avait pas prononcé un mot pendant le repas qu'ils avaient rapidement partagé dans la petite cuisine.

Il sortit de la chambre et s'aventura dans le couloir, surpris d'apercevoir Snape-Prince debout devant le portrait qui gardait l'entrée des appartements. Il fut encore plus surpris de découvrir la silhouette nerveuse de Severus de l'autre côté du palier.

En le voyant arriver, Snape-Prince abandonna le seuil et se dirigea à nouveau vers le salon, où il s'était plongé dans ses recherches plus tôt, à peine avaient-ils mis un pied à l'intérieur.

« Dedans ou dehors. » siffla le Professeur, en passant à côté de lui. « Mais je ne veux pas que la porte reste ouverte. »

Harry fronça les sourcils mais ne commenta pas. Il approcha du trou béant où patientait Severus, ses sentiments mitigés. Il n'était pas certain de vouloir faire face au Serpentard. Il n'était pas non plus certain de ne pas vouloir lui donner une chance puisque sa mère y était disposée. Seulement Lily avait eu tort par le passé. L'histoire, même s'il ne la connaissait pas entièrement, l'avait prouvé.

Et d'un autre côté, dans leur ligne temporelle à eux, Snape-Prince n'avait pas eu d'autres alliés à Serpentard. Il avait dû céder à Malfoy parce que c'était la seule protection qu'il pouvait obtenir…

Tandis que Severus et lui se dévisageaient en silence, Harry tenta de se mettre à sa place. Si Piers, le meilleur ami de Dudley, lui avait offert une chance d'échapper à son cousin en échange d'autre chose… L'aurait-il saisie ? Son premier réflexe était de penser que non, il ne l'aurait pas fait. Mais était-ce vraiment si simple ? Il n'était pas sûr.

« Tes cheveux sont redevenus normaux. » remarqua prudemment le Survivant. Peut-être que Slughorn avait trouvé comment les débarrasser de cette horreur ?

Severus ne répondit pas mais plongea la main dans sa poche et en sortit une fiole qu'il lui tendit.

« J'ai trouvé comment ôter la teinture. » déclara le Serpentard. « En réalité… »

« Harry, la porte ! » gronda la voix de Snape-Prince du salon.

Le garçon leva les yeux au ciel et s'apprêtait à sortir dans le couloir quand il repéra le portrait d'une vieille sorcière qui les observait d'un air intéressé. Il n'avait pas vraiment envie que sa conversation soit rapportée à Dumbledore, aussi insignifiante soit-elle… Il hésita mais après tout, Snape-Prince avait dit dedans ou dehors… C'était une autorisation tacite à le faire entrer, non ?

S'effaçant, il fit signe à Severus de franchir le seuil.

« Je ne suis pas certain que… » douta le Serpentard.

Mais Harry ne le laissa pas terminer. Tant pis pour le Professeur, il n'avait qu'à pas le retenir prisonnier dans ses appartements pour une si petite blessure de rien du tout.

« Viens. » trancha le Survivant, et Severus le suivit sans protester davantage. Le garçon semblait très intéressé par l'agencement des lieux. Il était discret mais ses yeux étaient partout.

Harry se dépêcha de l'emmener jusqu'à sa chambre avant de changer d'avis.

Il ferma la porte derrière lui, espérant que Snape-Prince n'avait pas truffé la pièce de sortilèges espions. L'intimité semblait être un luxe dans cette école…

Le regard du Serpentard se balada un peu partout dans la chambre et Harry réalisa que ça devait lui sembler bien nu.

« Euh… Je n'ai pas vraiment eu le temps de décorer. » mentit-il. Le fait est qu'il n'avait occupé cet endroit qu'une demi-nuit et qu'il avait pensé que Snape-Prince la transformerait en bureau dès qu'il aurait vidé les lieux.

Si Severus ne le crut pas, il n'en laissa rien paraître et lui tendit brusquement le paquet qu'il serrait contre sa poitrine depuis son arrivée.

« Lily m'a dit que tu ne dormirais pas dans le dortoir, mais tu n'avais rien emporté. » lâcha-t-il rapidement. « C'était resté sur ton lit. »

Il était sur la défensive, comme si Harry avait été sur le point de l'accuser d'avoir fouillé ses affaires. Le fait est qu'il avait oublié le léger détail de son pyjama et de ses affaires de toilette…

« Merci. » répondit-il, surpris. Il déposa le tout sur son bureau, recouvrant négligemment son devoir d'Histoire de la magie et se retourna vers Severus.

Le silence était tout sauf confortable.

« Je t'ai apporté ça aussi. » déclara brusquement le Serpentard, en lui tendant à nouveau le flacon rempli d'un liquide foncé. « Il faut te laver les cheveux avec. »

Harry s'en empara avec avidité.

« Tu es retourné dans la salle de Potions ? » demanda-t-il distraitement, en observant le contenu de la fiole à la lumière.

« Slughorn me laisse utiliser un des laboratoires et les ingrédients de l'école pour mes expériences. » expliqua Severus.

« C'est… gentil de sa part. » commenta-t-il, trouvant surtout que c'était incroyablement stupide de laisser un élève 'expérimenter' par lui-même.

« Ce qui gentil… » répéta le garçon, avec un certain amusement. « ce sont les sept gallions que Lucius m'a payé pour cette potion, et les sept que chaque Serpentard m'ont donné… »

Sa voix avait pris un tour satisfait, pas étranger à celui de Draco Malfoy et Harry eut l'impression que Severus n'était venu que pour se vanter de l'argent qu'il venait de gagner. Il avait l'air tellement content de lui que c'était un miracle qu'il ne le lui ait pas immédiatement lancé au visage.

Le Survivant lui rendit la bouteille, sachant qu'il n'y avait aucune chance pour que Snape-Prince lui avance sept gallions.

« Je n'ai pas la somme sur moi. » déclara-t-il, avec ce qu'il espérait être de la désinvolture.

L'idée de devoir continuer à parader dans les couloirs avec la tête rouge et or était peu attrayante.

Severus eut une expression perplexe puis lui remit la fiole entre les mains.

« Je ne voulais pas dire… » commença le Serpentard, avant de s'interrompre pour mieux reprendre, plus froidement. « Je ne veux pas de ton argent. »

L'autre garçon s'échinait à avoir l'air si détaché qu'Harry se demandait ce que cela cachait.

« Et pourquoi ? » s'enquit-il, sans toutefois insister pour que Severus reprenne le remède. Il ne le lâcherait pas une deuxième fois.

Le Serpentard haussa les épaules, extrêmement mal à l'aise.

« On est… alliés. » marmonna Severus. « Les… alliés s'entraident, non ? »

Les alliés peut-être pas, les amis certainement, songea Harry mais il se retint de le formuler à haute voix. Snape n'appréciait pas le concept d'amitié, autant le laisser s'en référer à son histoire d'alliance.

« Merci. » offrit simplement Harry, le cœur un peu plus léger. Il pourrait presque oublier le glaçon que Severus devenait parfois.

Enclin à passer l'éponge, il alla s'asseoir en tailleur sur le lit.

« Tu as réussi à trouver la solution tout seul ? » s'enquit-il.

Severus observa le bout du lit un instant avant d'accorder son attention à la chaise devant le bureau. Informel et formel. Étiquette et non respect du protocole. Le Serpentard hésitait à agir en bon Sang-pur qu'il n'était pas ou à simplement être un adolescent –qu'il n'était pas davantage, s'il fallait être honnête. Le tout ne dura qu'une poignée de secondes, mais Harry fut étrangement soulagé quand il choisit de s'installer sur le lit avec lui.

Au moins, il n'était pas encore tout à fait coincé, conclut le Survivant, sans écouter vraiment le monologue passionné de Severus sur comment il avait identifié les ingrédients et les réactions et en avait déduit un contre-agent.

« Ce que je ne comprends pas, c'est comment ils s'y sont pris pour implanter les catalyseurs. » termina Severus.

« Quoi ? » se réveilla brusquement Harry.

L'espace de quelques secondes, une expression sombre passa sur le visage de Severus. La même qu'arborait Snape-Prince quand un élève ne lui prêtait pas attention en classe. Il dût ravaler la brusque impulsion de s'excuser et de jurer que si, il avait écouté chaque mot et pris des notes.

« Ils ont versé une potion dans les canalisations. » réexpliqua sèchement le Serpentard. « Seulement, elle n'était pas suffisante pour produire un tel résultat, sinon nous n'aurions pas été les seuls à être touchés. Les tuyaux ne sont pas les mêmes pour tout le château, évidemment, mais ceux qui approvisionnent les sous-sols passent par les dortoirs des Poufsouffles. »

C'était logique, supposait-il, vu que la salle commune des Poufsouffle était plutôt proche des sous-sols.

« Donc j'en ai déduit qu'il y avait un catalyseur. » continua Severus. « Et je l'ai trouvé… »

Il décrivit brièvement le mécanisme élaboré qui avait été déposé dans chacune des salles de bains de chaque dortoir des Serpentards. Des cristaux solides, discrètement disposés un peu partout et qui s'évaporaient avec la chaleur, s'incorporant à la buée. Le tout ne prenait que quelques minutes avant de faire effet.

On ne pouvait pas dire que les Maraudeurs lésinaient sur l'inventivité.

« Ça suggère que quelqu'un de notre Maison les a aidés. » cracha Severus avec mépris. « Et étant donné que les filles n'ont pas été épargnées, c'est très certainement une d'entre elles. »

« Parce qu'un garçon n'aurait pas pu aller dans leur dortoir… » acquiesça Harry, avant de froncer les sourcils.

Un garçon, non, mais…

« Sale rat ! » explosa-t-il brusquement. Oh, il aurait mieux fait de laisser Sirius l'assassiner quand il en avait eu l'occasion…

Il croisa le regard perplexe de Severus et souffla avec agacement.

« Les filles n'y sont pour rien. » déclara-t-il. « C'était Pettigrow. »

De perplexe, le Serpentard devint moqueur.

« Cet idiot ? » lança l'autre garçon avec amusement. « Il doit déjà se perdre dans sa propre salle commune… »

« Ça ne te ressemble pas de sous-estimer l'adversaire. » remarqua Harry.

Severus eut pratiquement l'air insulté.

« Ce ne sont pas des… adversaire. » gronda le Serpentard, vexé. « Je suis meilleur que chacun d'entre eux en duel. S'ils sont aussi lâches et attaquent en bande, c'est parce qu'ils ont peur de moi. »

Harry garda sagement le silence mais n'en pensa pas moins. Quand il pensait au nombre de fois où Snape-Prince l'avait accusé d'arrogance...

Quoi qu'il en soit, il semblait qu'il avait piqué la curiosité de Severus.

« Pourquoi dis-tu que c'était Pettigrow? » insista le garçon quand il réalisa qu'Harry n'allait pas abonder dans son sens. « Et comment aurait-il passé les protections des dortoirs des filles? »

Peu enclin à révéler les secrets des Maraudeurs, le Survivant haussa les épaules.

Pendant une seconde, il pensa que le Serpentard allait le presser pour plus d'informations mais il changea brusquement de sujet.

« Où sont le reste de tes affaires? » s'enquit Severus, d'un ton désintéressé.

Sentant le piège venir, Harry fit semblant de ne pas comprendre.

« Comment ça? » répliqua-t-il, cherchant activement un mensonge crédible.

« Tout ce que tu possèdes ne rentre pas dans ta malle, quand même? » demanda le garçon, avec une innocence feinte qui ne lui allait pas.

Il ne savait pas comment se sortir de ce mauvais pas alors il se leva et se dirigea vers la petite fenêtre qui surplombait le bureau. Et choisit de saisir la perche que Severus lui tendait.

« Elle est plus grande qu'il n'y paraît. » plaisanta-t-il. « Tu serais étonné de tout ce qui peut y rentrer. »

« Elle est enchantée? » pressa le Serpentard. « Certaines familles se transmettent leurs malles de génération en génération... J'ai entendu dire que certaines pouvaient contenir l'équivalent d'un coffre entier de Gringott. »

« C'est le cas. » confirma Harry, espérant que ça l'était vraiment. Et, accessoirement, qu'il ne prenne pas l'envie au garçon de vérifier.

« Pourtant ces malles sont rares et anciennes. » remarqua Severus. « La tienne est neuve. Et elle ne m'avait pas l'air de particulièrement déborder. »

L'estocade portée, un silence pesant tomba entre eux.

Le Serpentard avait l'air sûr de lui-même, victorieux et il le dévisageait calmement, attendant la vérité. Les yeux noirs étaient explicites, ils n'accepteraient plus de mensonges.

Harry regretta brusquement de ne pas savoir un peu mieux mentir.

« D'où viens-tu? »

La question plana dans l'air.

Il n'était pas réellement hostile. Il ne semblait pas blessé ou trahi. Juste curieux.

Il était également possible qu'il soit en train d'Occluder.

« D'Europe. » rétorqua Harry, en haussant une nouvelle fois les épaules. « Je te l'ai déjà dit. »

Severus ne se laissa pas distraire.

« Alors où sont tes affaires? » répéta-t-il.

Harry ouvrit la bouche – que ce soit pour s'énerver ou mettre un terme à cette comédie, il n'était pas certain – mais la voix de velours de Snape-Prince s'interposa. Severus n'avait pas encore maîtrisé cette capacité qu'avait son double adulte à transformer tout ce qui sortait de sa bouche en menace.

« Dans notre manoir. » répondit très calmement Snape-Prince. De son ton le plus dangereux aussi. « En Russie. »

Severus pivota, alarmé par la présence du Professeur. Harry réalisa qu'il ne devait pas apprécier qu'un adulte arrive dans son dos. Mais au lieu de baisser la tête et de fuir, ce que n'importe quel élève aurait fait à sa place, le Serpentard redressa le menton et lança une phrase dans une langue... incompréhensible.

Snape-Prince leva un sourcil condescendant et arbora la même expression amusée qu'un autre aurait prise pour faire plaisir à un petit enfant, avant de répliquer dans la même langue aux connotations slaves. Il finit par comprendre avec un temps de retard que c'était du russe.

Comme Severus ne répondait pas, Snape-Prince l'invectiva une nouvelle fois dans le même langage.

« Eh bien, Mr Snape? » se moqua Snape-Prince. « Le chat a-t-il mangé votre russe? »

On aurait pu croire que le Maître des Potions aurait des scrupules à s'humilier lui-même mais... non.

« Le couvre-feu ne va pas tarder à tomber. » reprit le Professeur. « Vous devriez rejoindre votre dortoir. »

Le Serpentard ne se le fit pas dire deux fois.

Une fois qu'il eut entendu le portrait se refermer, Harry suivit Snape-Prince dans le salon. Ce dernier retourna s'asseoir devant le vieux secrétaire comme si de rien n'était, et recommença à feuilleter ses livres.

« Qu'est-ce qu'il a dit? » demanda-t-il, curieux malgré lui.

Il pensa que le Professeur allait lui ordonner de le laisser en paix mais, au lieu de cela, il soupira.

« Y a-t-il du pain sur la table ? » répliqua l'homme.

Harry resta muet, se demandant si on était au moment fatidique où Snape-Prince perdait finalement l'esprit, le laissant affronter seul les Dumbledore et Voldemort de cette décennie.

« Euh... » hésita-il. « Si vous avez faim, je peux aller aux cuisines... »

Le Mangemort le fixa comme si c'était lui le fou avant détourner la tête, sans doute pour masquer son amusement.

«Il s'agissait de sa question. » expliqua Snape-Prince. « La seule chose qu'il puisse exprimer en russe grâce à un roman d'une qualité douteuse. Je n'ai appris à le parler que plus tard. »

Harry n'osa pas demander pourquoi ou comment. C'était probablement lié à Voldemort.

« Il a compris qu'on mentait. » avança-t-il, franchement.

«Plausible. » approuva le Professeur, le nez plongé dans un vieux grimoire poussiéreux.

Le garçon débattit avec lui-même quelques secondes puis décida qu'il valait mieux jouer cartes sur table.

« Est-ce qu'il faut que je l'évite? » s'enquit-il.

Snape-Prince prit le temps de la réflexion puis fit un vague geste de la main.

« Cela dépend de vous. » répliqua-t-il. « Je vous ai conseillé de ne pas vous attacher à quiconque mais, comme toujours, vous avez ignoré mes avertissements. »

Harry leva les yeux au ciel.

« Vous pourriez dire 'je vous l'avais dit' comme tout le monde, vous savez... » marmonna-t-il, entre ses dents.

Il n'avait vraiment pas parlé si fort que ça...

« Je vous l'avais dit. » répéta sèchement Snape-Prince.

... mais l'homme avait des sonars à la place des oreilles. Vieille chauve-souris.

« Donc vous voulez que je l'évite. » insista Harry.

Le Professeur posa son livre, sa plume et se tourna vers lui pour le dévisager.

« Vous m'obériez? »

Bonne question, accorda-t-il. Probablement pas.

« Je ne sais pas. » répondit-il honnêtement.

Il ne savait pas pourquoi il lui avait demandé conseil en premier lieu. Perturbé, le garçon rebroussa chemin avant que le Maître des Potions ait pu riposter. Il ignorait lui-même ce qu'il voulait faire de son étrange amitié avec Severus. Il avait en quelque sorte dissocié le Sev de Lily et Snape-Prince, mais il ne pouvait éternellement faire semblant de ne pas savoir qu'ils étaient la même personne.

« Potter. » gronda l'homme alors qu'il atteignait le seuil. « S'éloigner trop rapidement ne fera qu'accentuer ses soupçons. »

Harry hocha la tête pour montrer qu'il avait compris et poursuivit son chemin.