Chapitre 13 : Fuite.
- Pas de gestes brusques, intima Jedusor.
Aradia se mit à reculer tout doucement à quatre pattes. Son cœur tambourinait si fort dans sa poitrine qu'elle n'aurait pas été surprise que Jedusor l'entende d'où il était. La jeune fille ne lâchait pas des yeux la chose en face d'elle, alerte. Le temps semblait s'être arrêté. A tout moment cette chose risquait de leur sauter dessus et mettre en pièce les deux adolescents. Jedusor était calme, baguette prête à être dégainée. Il avait lu de nombreuses choses à propos des lycanthropes et de comment les neutraliser. Cependant la théorie et la pratique était deux choses bien différentes. Une froide détermination l'animait : il était hors de question pour lui de finir ainsi. Il avait tellement de choses à accomplir, tellement de choses à faire.
- Par Morgane, on fait quoi ? Demanda la Grindelwald qui n'osait toujours pas se relever.
Soudain, la bête se mit à grogner. Rapide comme un vif d'or, Tom lança un premier Sortilège qui l'atteignit entre les deux yeux. Le loup rugit à la mort avant de tenter d'enlever le liquide poisseux qui lui collait désormais aux yeux.
- Cours ! Hurla le Serpentard en aidant sa camarade à se remettre sur pieds.
Aradia s'exécuta, allant aussi vite qu'elle le pouvait. Tom était devant elle, leur ouvrant la voie à coups de sortilèges afin de faciliter leur fuite au travers de la forêt. Un nouveau hurlement retentit dans la nuit, signe que la bête les avait prit en chasse. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle sprintait ni quelle distance elle avait bien pût parcourir. Tout se résumait dans son esprit au dernier mot de son camarade de Poudlard. Courir, le plus vite et le plus loin possible. Jedusor était bien plus rapide, ou plus déterminé à s'en sortir, et commençait à distancer la bleue qui comprit bien vite qu'elle ne tiendrait pas la distance. Elle imaginait déjà le loup-garou sur leurs talons, comblant l'écart entre eux de ses rapides foulées animales. Non, ils ne s'en sortiraient pas comme ça. Ils finiraient par être rattrapés, tout du moins elle. Changement de stratégie.
Quelques secondes après, Tom jeta un regard derrière lui pour constater qu'Aradia n'était plus derrière lui.
La jeune fille prenait de la hauteur. Littéralement. Serrant les dents, elle entamait son ascension de l'arbre qu'elle avait choisit. Son tronc était large mais permettait d'avoir des prises qui l'aidèrent à grimper à un assez bon rythme. Elle se cramponnait, vociférait dans sa barbe et se hissait à l'aide de ses bras afin d'être le plus éloignée possible du loup-garou lorsqu'il arriverait Et qui sait, avec un peu de chance il passerait sans même l'apercevoir ! Croquerait-il Tom ? Une idée qui la fit sourire malgré la situation jusqu'à ce qu'elle réalise vraiment la teneur de ces pensées stupides. Elle l'avait perdu de vue lorsqu'elle avait ralenti l'allure afin de sélectionner sa cachette. Aradia espérait pour lui qu'il s'en sortirait. S'inquiéterait-il pour elle ? Chacun était conscient des risques. Enfin surtout lui, maugréa-t-elle en serrant une énième fois les dents.
- Dans quoi je me suis embarquée… Jedusor si tu survis je te…
Elle trouva appui sur une branche et faillit crier victoire lorsqu'elle entendit un bruit de respiration rauque juste en dessous d'elle. La Serdaigle risqua un regard en arrière. La bête était là. Juste à quelques mètres, ses yeux braqués sur elle, les babines retroussées et les crocs apparents. Elle ne cria pas. C'était inutile. Elle se motiva encore plus pour accélérer son escalade. Un nouveau hurlement déchira ses tympans. Elle sentit des larmes de terreur descendre le long de ses joues, terrifiée à l'idée de finir entre ces griffes.
- Ne flanche, pas Aradia, se dit-elle pour elle-même. Pas maintenant, pas comme ça !
Nouvel effort et c'est avec un demi-sourire qu'elle attrapa une nouvelle branche qui était à quelques centimètres d'elle. Malheureusement celle-ci n'était pas aussi solide qu'elle l'avait pensé : celle-ci se cassa nette, lui faisant perdre l'équilibre. Avec un hurlement, elle glissa du tronc, pour se retrouver à terre. Sa chute lui tira un hurlement de douleur. Les larmes aux yeux, elle constata que sa cheville formait un angle anormal. Sans doute cassée. La jeune fille releva le regard vers le loup qui l'observait en se léchant les babines. C'était la fin. Jamais elle n'aurait le temps d'attraper sa baguette pour… Pour quoi d'ailleurs ? Quel maléfice aurait pu la tirer de là ? De toute façon, elle était paralysée de peur et l'idée-même de se défendre ne lui effleurait même plus l'esprit. Le loup s'arrêta enfin à sa hauteur et marcha vers elle. Dans moins d'une seconde il serait sur elle… Un grand BOUM retentit alors. Aradia observa la scène en simple spectatrice. Elle vit un Tom déterminé sortir des fourrées et enchaîner les maléfices contre le lycanthrope. Des verts, des rouges… Toutes ces couleurs vomissaient de sa baguette dans un déluge infernal et multicolore. Aradia perçut quelques formules magiques familières, mais les autres, les plus redoutables, lui étaient inconnues. Plusieurs entailles commencèrent à apparaître sur la peau du lycanthrope qui hurla à son tour de douleur.
- Aide-moi ! Hurla Jedusor en lâchant une volée de boules de feu.
Aradia se ressaisit et attrapa son arme pour la pointer sur la bête. La Baguette de Sureau lâcha à son tour plusieurs sortilèges qui allèrent frapper de plein fouet son ennemi. Le loup se mit à gémir, reculer pour enfin détaler dans les profondeurs de la forêt. Jedusor resta aux aguets, concentré et prêt à reprendre le combat au moindre signe du retour du loup. Les minutes s'écoulèrent sans que rien ne se passe. Leur attaquant était partit. Tom alla rejoindre sa camarade visiblement choquée.
- Grindelwald, ça va ?! Fit-il en s'accroupissant à sa hauteur.
Pas de réponse de la blonde. Soupirant, il donna une claque à celle-ci pour la faire réagir. Aradia sortit de sa transe pour foudroyer du regard le Serpentard.
- Tu vas bien ?! Demanda-t-il une nouvelle fois.
Elle hocha la tête, retenant l'insulte qui allait sortir.
- Il ne t'a rien fait ? Il ne t'a pas mordu ?
Aradia fit non de la tête tout en se relevant grâce à l'aide de son camarade. Sa cheville la fit grimacer.
- Il est partit, mais on ne devrait pas s'attarder ici. Il y en a peut-être d'autres.
La jeune fille acquiesça puis prit son appui sur l'épaule de Tom pour partir. Tout en avançant, elle ne pouvait s'empêcher de regarder à la volée le Serpentard. Pourquoi était-il revenu ? Lui qui ne semblait s'intéresser à personne d'autre que lui-même. Tenait-il à elle ? Et d'où lui venait cette maîtrise magique ? De toute évidence le jeune Tom Jedusor avait plus de ressources qu'il ne le laissait paraître à l'école. Impressionnée, Aradia mit de côté toutes ses interrogations pour se concentrer sur ce qui importait vraiment en cet instant : sortir de cette fichue forêt vivante et en un seul morceau !
Ils se trouvaient désormais dans les cachots, plus précisément dans la salle commune des Serpentards. La fête se terminait dans la Grande Salle, en attestait les quelques élèves qu'ils avaient croisé sur leur chemin. Le couple avait eût le droit aux habituels regards suspicieux mais personne ne s'interposa ou ne leur posa la moindre question malgré l'état de la bleue. Encore tremblante, la fille de Gellert tentait de se ressaisir et d'accuser le coup. Les deux adolescents montèrent dans le dortoir de Jedusor pour s'isoler. Tom referma la porte et invita la blonde à s'assoir sur son lit pour qu'il l'examine. Soupirant, elle s'exécuta.
- Tu imagines ce qu'il aurait pût se passer ? Dit-elle finalement au vert et argent qui inspectait la cheville de sa camarade, baguette à la main.
- Mourir je suppose, dit-il d'un air narquois. Mais ce n'est pas le cas.
- Tu aurais dût me prévenir ! Continua-t-elle sur sa lancée.
- Aurais-tu accepté ? La questionna-t-il avant de murmurer une incantation qui la fit grimacer.
Serrant les dents, Aradia hésita avant de lui répondre.
- Peut-être. Mais là n'est pas la question !
- Au contraire, appuya-t-il en faisant cette fois apparaître un bandage qu'il commença à enrouler autour de la blessure.
Touchée par les soins qu'il lui procurait, elle n'en laissa pas pour autant paraître.
- Alors la prochaine fois ne me cache pas des choses ! Dans une alliance, chacune des parties se doit d'être honnête avec l'autre !
- Dois-je comprendre que tu acceptes mon offre de partenariat ? Dit-il en plongeant ses prunelles dans les siennes.
- Tu me dois un service, n'oublie pas te promesse !
- Je ne reviens jamais dessus, s'offusqua Jedusor. Je t'ai donné ma parole de Sorcier.
- J'espère bien !
Aradia le dévisagea, rajustant sa robe de sorcière. Elle fit un signe de tête en direction de du pantalon du vert et argent.
- Alors, c'était quoi le truc qu'on a récupéré ?
Souriant, le Serpentard le sortit de sa poche pour le lui montrer. Plissant les yeux, Aradia s'étonna :
- Quoi ? Tu rigoles ? Un… Embout ?
- On peut dire ça.
- Il appartient à une des canalisations de l'école ? C'est ce qui ouvre la salle secrète ?
- Peut-être bien. J'ai encore des choses à vérifier avant. Dit-il en rangeant l'objet.
Le duo resta ainsi plusieurs minutes dans le silence, à se regarder les yeux dans les yeux avant que Tom ne dise :
- Tu ne devrais pas revenir à ta Salle Commune ce soir. Le couvre-feu est passé et on risque de te poser des questions vu ton état.
Inquisitrice, Aradia caressa sa cheville.
- Je pense que j'y arriverais.
- Je me permets d'insister. Il serait stupide que quelqu'un découvre notre petite escapade.
- Et je vais dormir où alors ?
- Ici, dit-il simplement. Je vais déposer un mot sur la porte du dortoir. Personne ne viendra nous déranger.
- A croire qu'ils te craignent jusque dans ta propre Maison… Laissa-t-elle entendre en l'observant faire.
- Disons que j'ai horreur qu'on se mêle de mes affaires… Et que mes camarades le savent.
Aradia resta silencieuse, détaillant la pièce où quatre lits à baldaquins trônaient. L'endroit était étonnement propre pour un dortoir de garçons se dit-elle. Tom devait être un maniaque du rangement. Celui-ci la rejoignit, enleva ses chaussures pour enfin s'allonger sur le lit sur lequel sa camarade était encore assise. Il redressa son oreiller avant de lui faire signe de venir à ses côtés.
- Tu rigoles ? S'exclama la Serdaigle. Tu me prends pour qui ?!
- Ne t'inquiète pas, ce à quoi tu penses ne m'intéresse pas. Tu peux aussi partir si tu le souhaites.
Un peu vexée, la bleue hésita. Dormir avec lui ? Ça avait beau être Tom, il n'en restait pas moins un garçon très séduisant. A n'en pas douter que plusieurs filles tueraient pour avoir ce privilège. Mais… Pourquoi l'invitait-il ainsi ? Aradia était perdue et ne savait plus quoi penser. Curieuse, elle regarda le ténébreux Serpentard avec un petit sourire. Serait-il mal à l'aise ? Peut-être était-ce une simple esbroufe de sa part ? Taquine, elle se décida à vérifier en venant se mettre à ses côtés. Etrangement elle et Tom n'en éprouvèrent aucune gêne. Le temps s'écoula ainsi, la quiétude du dortoir seulement troublée par leurs deux respirations. Sans qu'elle s'en aperçoive, la jeune Sorcière avait désormais la tête posée sur l'épaule de son camarade, son corps collé au sien : comme si cette position était venue tout naturellement.
- Tom…
Il la regarda, intrigué.
- Quoi ?
- Merci.
- De quoi ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- D'être revenu pour moi, conclu-t-elle en fermant les yeux, bien décidée à ne plus bouger ce soir.
Il se contenta d'hocher la tête.
Tom observait la Serdaigle endormie, le visage dénué de toutes émotions. Cette fille le troublait. Pourquoi avait-il rebroussé chemin pour venir la sauver ? Serait-ce la peur que sa mort n'attire l'attention sur lui et ses projets ? Peut-être. Il l'espérait presque : c'était ce qu'il y avait de plus logique. Pourquoi y aurait-il une autre raison d'ailleurs ? Le Serpentard passa un bras protecteur autour de sa camarade pour adopter une meilleure position et chasser les fourmillements qui commençaient à le démanger suite à une mauvaise circulation du sang. Araida émit un faible gémissement avant de replonger dans le sommeil. Tenait-il à elle ? Plus qu'il ne le devrait ? Tom n'avait jamais imaginé que de telles pensées l'accapareraient un jour. Bien sûr il avait déjà fréquenté quelques filles, mais jamais il ne s'était attaché. Il y avait plus vu des expériences qu'un véritable besoin. Jamais Tom n'avait eu besoin de quelqu'un d'autre que lui-même. Il avait des camarades de classe, des étudiants avec qui il s'entendait plus que d'autres, mais rien de comparable à ce qui pourrait s'apparenter à de l'amitié. Encore moins à de l'amour : ce sentiment dont il avait été privé par son abandon puis par ses pouvoirs à l'orphelinat. Non, ça ne pouvait pas être ça. Soupirant, le Serpentard ferma à son tour les yeux.
