Relecture Brynamon.

Merci à Melodie93 pour son soutien et nos discussions enflammées.

Merci de me suivre.

Bonne lecture !


DEUXIEME CHANCE

PARTIE 14


Huit ans plus tôt

Le lendemain

Devant ma glace j'observai mon allure négligé. Je n'étais pas rasé, je portais un vieux t-shirt trop serré et un jean usé où j'avais eu du mal à rentrer mes fesses.

Ce n'était pas grave, je n'allais nulle part malgré les tentatives fatigantes de mon autre moi pour aller voir Bella une dernière fois avant son départ. J'avais mal dormi, secoué par des nausées et des cauchemars. Il me menait la vie dure. J'étais éreinté alors que j'avais dormi jusque midi mais j'aurais pu encore comater pour oublier le mariage, la mort d'Harry, les blessures de cœur de Leah et mon imminente confrontation avec les deux meutes.

Je n'avais pas revu Leah hier, pourtant j'étais parti tard pour aider Sue à ranger. Charlie aussi avait un peu trainé. Sue s'était inquiétée de l'absence de sa fille.

-Je suis si impuissante face à son chagrin, m'avait-elle confié.

Après la réconciliation de Leah et Sam, j'avais ignoré Sam non par méchanceté mais parce que je voulais éviter des souvenirs de la discussion houleuse qui avait suivi avec Emily et qui aurait pu troubler ou blesser Leah lors d'une prochaine connexion. Je savais qu'Emily était dans son droit mais une part de moi lui en voulait. C'était hypocrite mais bien concret. Cette Leah enjouée que j'avais découvert à travers ses souvenirs avait disparu. Elle ne reviendrait jamais, de plus elle souffrait et cela me minait. Ma seule consolation était qu'elle avait su aplanir les angles avec Sam et que les choses iraient peut-être un peu mieux.

Personne n'était venu me questionner, tout le monde s'était abstenu de créer des conflits en ce jour de deuil. Embry et Quil étaient restés avec Seth, comme Paul et Jared. Une trêve inespérée.

Mais maintenant la vie allait reprendre son cours.

Il était déjà treize heures passé, mon père était dans la cuisine, sûrement tentant de préparer le déjeuner mais je le trouvai figé devant la gazinière.

-Je vais nous prépare un truc à manger, décidai-je, va te reposer.

-Tu ne vas pas au mariage ?

-Non. Et toi ? Charlie a dû t'inviter…

Il resta silencieux, glissant doucement vers la table où il s'installa. Je nous préparai des pâtes bolognaise. J'avais un appétit d'ogre malgré ma contrariété. Il s'anima enfin après dix minutes.

-Je suis fatigué, je ne suis pas d'humeur à fêter la mort inéluctable de celle que je croyais que tu aimais.

Alors que des milliers de coups de poignards me lacéraient le cœur, je fermai les yeux, toujours dos à lui. Je luttais à nouveau contre moi-même, pour isoler « son » chagrin. Je ressentais le regard de mon père sur moi. Je repris le fil de ce que je faisais mais je savais qu'il finirait par me questionner à son sujet. Cinq autres minutes passèrent.

-Qui est cette Nessie ?

Nous y voilà.

-Je t'en parlerai en temps voulu.

-Pourquoi tant de mystère ?

-Je ne suis juste pas prêt à en parler.

-Pourquoi ? Insista-t-il.

-Parce qu'elle est morte, soufflai-je.

Il y eut un long silence. Extérieur et intérieur. J'étais abattu, il n'y avait rien à faire. Je pris sur moi, nous servant de quoi manger. Je m'assis face à lui sans croiser son regard. Je n'étais pas sûr de vouloir connaitre son expression. Je mangeai un peu, l'appétit coupé. Il suivit le mouvement sans conviction.

-Je vais aller voir si les Clearwater ont besoin de quelque chose, dis-je pour briser le silence instauré.

-Sue va au mariage avec Seth, du coup Leah y va aussi, elle ne veut pas laisser sa famille parmi ces buv…

-Leah y va ! M'exclamai-je.

Je n'étais pas sûr que ce soit une bonne idée vu tout ce qu'elle savait et avec Edward dans le coin…

Je bondis vers le combiné de téléphone pour l'appeler.

-C'est quoi déjà leur numéro ?

Il me le donna, impassible. Je le composai sous son œil inquisiteur, personne ne répondit.

-Mince, tu crois qu'ils sont déjà partis ?

-Peut-être, dit-il, je ne sais pas.

Je terminai de déjeuner, préoccupé. Je voyais bien qu'il désapprouvait réellement l'attitude de Sue mais il garda ça pour lui, il me détailla avec insistance, soucieux.

-Tu n'as pas bonne mine.

-J'ai mal dormi.

-Le contraire m'aurait étonné. As-tu retrouvé la raison au sujet de Bella ? Crois-tu toujours qu'elle fait le bon choix ?

-J'ai accepté, alors accepte aussi.

-Et crois-tu que nous devrions toujours rester passifs face à cela ?

-Oui, elle a fait son choix. Et de son choix dépend mon avenir.

-Tu me l'as déjà dit, mais je ne comprends toujours pas en quoi tu es concerné si ce n'est que tu devras la détruire si elle dérape mais comme ils quitteront la ville comme tu l'avais affirmé, et comme Charlie me l'a confirmé, je ne vois pas de quoi tu me parles.

Alors elle envisageait toujours de partir. Peut-être était-ce la meilleure chose à faire. Devant mon silence, Billy s'agaça.

-Edward Cullen a appelé une fois.

Je sursautai.

-Il m'a dit de te dire qu'il n'avait pas invité les Denali.

Un immense poids s'ôta de ma poitrine.

-Qui sont-ils ?

-D'autres vampires, végétariens comme eux. Mais j'ai estimé qu'il ne fallait pas en attirer d'autres pour éviter de déclencher de nouvelles mutations.

Je pensais à Brady et Collin et tous les suivants.

-Si ce phénomène se produit c'est qu'il y a une raison. Et ta complaisance n'y changera rien.

Ma tension montait.

-Je vais me rendre chez Sue, dis-je sèchement en débarrassant mon assiette. Je ferai la vaisselle en rentrant, repose-toi !

C'était un ordre. Il me toisa et me laissa partir sans un mot. Sur la route, j'étais stressé. En arrivant devant chez eux, je sus qu'ils n'étaient pas là. Je retournai chez moi pour regarder sur l'invitation l'horaire du mariage. Je rentrai en trombe, ressortis aussi sec. Il ne restait qu'une heure. Dans la voiture je faisais marche arrière quand mon père me héla. Je baissai la vitre.

-Tu y vas finalement ?

-Oui, ne m'attends pas.

Je roulais comme un tordu. Je dus prendre sur moi pour me calmer. En arrivant devant chez les Cullen, il y avait déjà foule. Des voitures stationnaient de toutes parts sur le long sentier après les grilles d'entrée.

Bella ne va pas aimer cet amas de monde.

Il avait raison. Nous la plaignîmes. Alice et sa folie des grandeurs…

Je scrutai l'horizon, cherchant la voiture de Leah mais il n'y en avait pas trace. Je patientai, soucieux, non, terrifié était un meilleur terme. Les choses allaient enfin se concrétiser mais il ne fallait pas faire flipper Edward.

Bien sûr que si ! Qu'il sache ce qu'il va lui faire subir !

Je ne répondis pas, à quoi bon. Il y avait certaines choses auxquelles je n'avais pas envie de penser. Pas maintenant. Il se passa une demi-heure avant que je ne les vis débarquer, j'étais sur les dents. Je sortis de ma voiture pour aller les rejoindre. Sue avait coupé ses cheveux, ils étaient aussi courts que ceux de ses enfants. Ils étaient tous les trois sur leur trente-et-un, même Leah. Elle portait une belle longue robe noire au décolleté plongeant.

-Pas un mot ! Grogna-t-elle en me voyant bouche bée de stupeur.

-Tu es magnifique, Leah, sifflai-je, admiratif.

-On vient de la lui acheter, me précisa Seth, voilà pourquoi on a perdu du temps et qu'on est à la bourre !

-Un jean et …

-Ne recommence pas Leah, la coupa Sue. Et toi, Jacob que fais-tu là ? Je pensais que tu ne voulais pas venir.

-Je voulais parler à Leah une minute.

-Ça ne peut pas attendre ?

-Non, m'excusai-je.

L'intéressée se méfia mais accepta de me suivre.

-Je vous rejoins à l'intérieur, mettez-vous au plus près de la sortie que je puisse m'esquiver si j'ai des envie de…

-Leah, la coupa encore sa mère. Ne me fais pas honte !

-Ouais, ouais.

-De toute façon, c'est dans un jardin, c'est aéré, rigola Seth.

Ils partaient déjà, remontant la route pour rejoindre les grilles. Leah m'examina avec prudence, visiblement soucieuse.

-Pourquoi t'es là ?

-Tu ne devrais pas y aller, après tout ce que je t'ai confié, Edward risque de découvrir certaines choses qui pourront le faire changer d'avis et le faire renoncer à cette lune de miel.

-Tu n'as pas demandé l'avis de tes amis, tu as décidé seul Jake.

-Ce n'était pas le moment avec la mort de ton père.

-Ne te sert pas de ça comme excuse !

Son regard se voila de tristesse.

-Je vais aller à ce mariage, et peu importe si cette sangsue est trouillarde.

Mon autre moi se réjouissait. Je me décomposai.

-J'espère qu'il renoncera Jake, mais si ce n'est pas le cas, je laisserai les choses se faire. Par contre, tu dois me promettre de ne pas t'approcher de Bella à son retour, sinon nous aurons un problème toi et moi. Un gros problème. Et je ne pourrai que me rallier à Sam s'il décide de la supprimer.

J'avais envie de m'enfoncer sous terre, de m'y laisser mourir. Je devais renoncer à Nessie.

Et à Bella.

Deux grosses pertes, deux trous béants, deux agonies. Elle m'encercla de ses bras, compatissante.

-Je sais que c'est dur. Mais c'est pour le mieux. Ne me fais pas regretter de te faire confiance. Parce que je suis en train de trahir les miens et c'est une situation atroce.

J'hochai la tête en signe de compréhension et d'acceptation.

-Nessie va naitre, j'ai cette certitude. Il y a certaines choses qu'on ne peut empêcher. On la laissera en paix mais tu devras renoncer Jake, tu entends ?

Elle insistait sur ces mots.

-Sam va les tuer toutes les deux si je ne m'imprègne pas de Nessie.

-Non il ne le fera pas, pas si tes frères de meute et moi témoignons de ce que tu as vécu avec ta femme, de ce qu'elle représente pour toi. Il la laissera vivre mais il exigera son départ et tu devras accepter.

Elle me sonda pour être sûre que j'avais bien intégré ses paroles puis fit demi-tour pour rejoindre les grilles d'un pas mal assuré à cause de ses talons. Je l'entendis grommeler d'ici sur la condition des femmes obligées de se bousiller le corps pour être soi-disant féminine. Je ne sais combien de temps je restai planté là à fixer le point où elle avait disparu et puis sans m'en rendre compte, je marchai dans la même direction. Quand j'arrivai devant l'entrée de la villa après ce qui me parut être des heures, je m'assis sur le perron, la cérémonie avait déjà commencé. J'entendais les chuchotements, les rires, les pleurs, les paroles du pasteur Weber. C'était quelque chose de nouveau pour moi, je n'étais pas là la première fois. Alors que Bella prononçait ses vœux, me rappelant douloureusement ceux de Nessie, elle cessa de parler. Je l'entendis questionner Edward, que se passait-il ? Pourquoi était-il distrait ?

Il est distrait par nous, idiot ! Grogna mon autre moi.

C'était de sa faute si j'étais là, il ne manquait pas de culot !

Distrait par Leah, je dirais plutôt.

Leah saura faire preuve de discrétion. Non, c'est nous qui le perturbons.

Avec tout ce monde, sa famille, et la présence de Leah et Seth, il arrive à nous capter ? Il devrait être occupé à se marier pas à jouer les sentinelles ! Rétorquai-je, contrarié.

La cérémonie avait repris, je me détendis relativement. Seth déboula à mes côtés, je ne l'avais pas entendu venir, ni même senti.

-Tu veux entrer ?

-Non.

Il me lorgna de haut en bas.

-Je comprends, tu ressembles pas à grand-chose.

Il y eut des applaudissements, c'était fini…

Seth s'assit à mes côtés et posa son bras sur mon épaule, contrit.

-Ça va aller ?

-Pas sûr.

-Dommage, la bouffe est une tuerie et la mariée est une douceur pour le regard.

Je lui mis une tape derrière la tête.

-Fais gaffe à ce que tu racontes, petit !

-Elle aimerait vraiment te voir, reprit-il, sérieux.

-Je vais pas me présenter comme ça devant elle.

-J'ai ce qu'il faut chez moi, allons-y.

Il levait déjà sa longue carcasse pour partir. Je soupirai mais je lui emboitai le pas quand même.

Une heure et demie plus tard, la nuit commençait à tomber quand nous revînmes. Je portais une chemise blanche un peu juste, un pantalon noir mieux taillé, des chaussures de ville un peu serrées, Seth m'avait raccourci les cheveux sans faire dans le détail et j'avais renoncé à me raser. Une catastrophe en somme. J'entrai à sa suite par la grande porte, Leah nous attendait, furibonde mais en m'examinant aussi de haut en bas, elle eut un rictus agaçant.

-Et bien Seth, si tu crois avoir réussi ta reconversion en styliste, tu peux aller pointer au chômage.

Je ne relevai pas la pique qui m'était en fait adressée, Seth rigola, peu touché par ces paroles. Je balayai les lieux du regard, tout ce fastueux d'une autre époque me gênait. Cela ne ressemblait pas à l'idée que je me faisais du mariage de mon amie. Cela lui ressemblait si peu.

Elle mérite le meilleur, ce qu'il y a de plus beau, et si elle est heureuse comme ça tant mieux…même si ce n'est pas avec moi, même si ce n'est que temporaire.

Elle ne deviendra pas une tueuse sanguinaire, lui promis-je avec confiance.

Ça reste à voir, je ne voudrais pas avoir à la…

Aucun risque et puis on sera occupé ailleurs.

Il eut ce dédain caractéristique dès que je mentionnais Nessie. Au moins, déjà acceptait-il d'en entendre parler. Je le préparais, jour après jour, heure après heure, minute après minute.

Sauf que je ne vais pas m'imprégner d'elle puisque tu y as renoncé, imbécile !

Seth me tirait vers la foule, je me laissai faire de nouveau abattu par l'idée de vieillir sans ma moitié. Je croisai Sue avec Charlie, ils parlaient de Harry. Il eut un moment d'arrêt, fronça les sourcils du genre « fais gaffe à ne pas ruiner le mariage de ma fille ». Je croisai les potes de lycée de Bella : Angela et Ben, Mike et Jessica de nouveau en couple. Mais je n'étais pas d'humeur à entendre leurs jérémiades. Je n'étais d'humeur à rien. Je me demandai ce que je faisais là.

Alice me tomba dessus.

-Tu n'as pas intérêt…

-C'est bon, Alice, la coupa Carlisle qui nous avait rejoint. Il vient en paix.

Je le remerciai d'un signe de tête. Il me tendit la main que je serrai avec cordialité.

-Où est Esmé ?

-Toujours en mission, soupira-t-il avec regret.

-Jasper aussi, pleurnicha Alice.

-Il en a de la chance. Il a évité cette corvée.

Elle me lança un regard acide. Je sentis Leah se raidir à mes cotés, prise de tremblements.

-On se calme, tempéra Carlisle. Si tu cherches les mariés, ils sont sur la piste de danse.

-Je ne vais pas rester, me débinai-je.

Tu ne vas pas me faire un coup pareil ! Tu me dois bien ça !

Je ne te dois rien !

-Jacob ? Ça va ? Me questionna Carlisle.

-Oui, oui. Je suis fatigué, avec les derniers évènements.

-Je suis au courant, nous avons présenté nos condoléances à Sue et à tes amis.

Leah s'était détourné, Seth lui resta serein malgré une tristesse évidente.

-C'est très gentil à vous. Et je voulais aussi vous dire, pour les Denali…

-On en reparlera Jacob, dit Carlisle avec un sourire étrange.

Il s'écarta et derrière lui apparut la plus belle de toute en ce jour. Elle n'était pas seule, agrippée à la main de son mari mais je ne voyais qu'elle.

-Tu es venu, balbutia-t-elle avec émotion.

Elle s'élançait déjà vers moi, je la réceptionnai avec précaution, mal à l'aise parmi tous ces gens, mal à l'aise avec Edward à proximité.

-Elle va gâcher tout son maquillage, râla Alice.

Carlisle nous dirigea lentement vers la piste sous l'œil impénétrable de son fils qui finit par se tourner vers sa sœur pour lui offrir une danse.

-Je suis désolée pour Harry, me dit Bella en attrapant ma main une fois au milieu de la piste.

-Je le sais mais aujourd'hui, tu ne dois pas y penser.

Je dus faire un effort pour suivre le rythme pourtant lent de la musique. Elle colla son visage contre mon cœur, je sentis ses larmes chaudes traverser ma chemise.

-Bella chérie, ne pleure pas.

-Tout est parfait maintenant, murmura-t-elle.

Nous étions entourés par d'autres danseurs, un peu comme dans un cocon mais je restai sur mes gardes, luttant pour ne rien faire de stupide qui pourrait la gêner. Elle devait sentir mon cœur battre la chamade. Je posai ma joue sur sa coiffure ornée.

-Tu es magnifique, lui confiai-je un peu malgré moi.

-Tu es très beau aussi, répondit-elle.

-Serais-tu aveugle ?

Je perçus son sourire, je me détendis.

-Sèche tes larmes, tout est pour le mieux.

-En es-tu sûr ?

Elle leva vers moi son visage pâle et soucieux.

-Que veux-tu dire ? Lui demandai-je.

-Comment être complètement heureuse alors que je sais que tu souffres ?

-Tu ne devrais pas penser à ça.

-Comment ne pas y penser quand je sais que tu as joué un rôle important dans l'aboutissement de mon bonheur ?

-J'ai fait ce que je devais faire, ne t'y trompe pas, j'y trouve mon compte aussi.

-Comment ?

Penché sur elle, je mourrais d'envie de tout lui révéler, elle me faisait confiance et je lui cachais des choses. Mais au final, à quoi bon, puisque je ne prendrai pas part à son avenir. Je ne la verrai plus, je resterai Jake l'amoureux éconduit à ses yeux puisqu'elle ne saurait rien de mon amour pour sa fille qui nous avait relié elle et moi. Il m'était impossible de lui répondre, la gorge tellement noué que je menaçais de m'effondrer dans la seconde.

Elle cessa notre danse, accablée. Je m'en voulus de lui gâcher ce moment. Sa main quitta ma taille et s'éleva vers mon visage, caressant ma joue rugueuse.

-Tu peux tout me dire tu le sais.

Je ne devais rien lui dire, je devais porter ça tout seul. Je devais partir.

Non reste encore !

Cela rendra les choses encore plus difficiles.

Mais on… on ne la reverra plus.

Je trouverai un moyen avant que Nessie arrive, tentai-je de me convaincre.

Je me penchai sur elle, elle suspendit son souffle, le contact de son front lisse fut glacé sous mes lèvres. Je restai ainsi plusieurs secondes pour me donner du courage et puis je la relâchai pour traverser la foule, complètement démoli. Je me retrouvai dehors sur le perron sans savoir comment. J'étais haletant, mal en point. Seth et Leah étaient déjà flanqués à mes côtés comme des gardes du corps.

-Sam et les autres sont là, m'annonça-t-il.

Je me crispai de peur.

-Pourquoi !

-Pour nous baby-sitter je suppose, rétorqua Leah. Partons ! Nous n'avons plus rien à faire ici.

-Mais …, objecta Seth.

-Reste si tu veux mais nous on s'en va.

Il hésita.

-Je vais rester avec maman, décida-t-il. Tu me laisses les clefs. Elle conduira.

Elle lui balança ses clefs qu'elle avait sorties de sa pochette.

-Tu es mon chauffeur, me décréta-t-elle en refermant son sac et le glissant sous son aisselle.

Nous remontâmes doucement l'interminable sentier. Nous percevions les mouvements de la meute de Sam.

-Profite du spectacle Sam, s'exclama Leah en tournant sur elle-même.

Elle était à peine pompette mais cela la désinhibait. Elle ne portait pas de manteau, c'était inutile.

-Tu as bu combien de verre ? La réprimandai-je.

-Suffisamment pour supporter la présence des Sangsues et ton chagrin. Tu me faisais peine à voir luttant contre toi-même dans les bras de Bella et je te dis pas la tête de son mari. A moins que ce soit mes pensées qui le chagrinaient ?

-A quoi pensais-tu ? Me raidis-je.

-A toi… et à Sam aussi.

Je lui jetai un œil plein de reproches mais je me voyais mal lui prendre la tête.

-Ce n'est pas si facile de tirer une croix sur ceux qu'on aime, je comprends ton dilemme, continua-t-elle.

Elle m'attrapa le bras et posa sa tête sur mon épaule. Elle était fatiguée, l'alcool ne l'aidait pas. Je ne pris pas le temps de lui demander son avis, je la soulevai dans mes bras.

-Qu'est-ce tu fous ?

Mais elle ne se débattit pas, se relâcha complètement. Avait-elle seulement dormi cette nuit ?

-On est dans la merde, me confia-t-elle subitement en fermant les yeux.

-Pourquoi dis-tu ça ?

-Sam… il ne va pas être content.

-De quoi parle-t-elle ?

Sam était apparu au tournant un peu avant les grilles. Il ne portait qu'un jean raccourci, il dégageait de lui une menace qui me glaça.

-J'en sais rien.

Il approcha et me fixa en plissant les yeux.

-J'en sais rien ! M'énervai-je.

Il tendit les bras vers Leah.

-Je vais la ramener.

-Non c'est bon j'ai ma voiture…

-Je vais aller avec Sam, marmonna Leah dans le gaz.

Elle allait m'en vouloir de ne pas l'avoir empêchée de partir avec lui mais il l'avait déjà récupérée et elle s'était déjà installée au creux de son épaule. Il s'en alla sans cérémonie.

-Pourquoi fais-tu ça Sam !

Il continua sa route et passa les grilles sans me répondre. Bientôt la présence de Paul et Jared ne fut qu'un souvenir.

J'étais déjà à la frontière Quileute, quand je freinai brusquement. Je garai ma voiture en warning et m'élançai vers la lisière de la forêt. Je me déshabillai et mutai pour rejoindre la nationale. J'étais suffisamment proche pour les guetter. Il ne se passa quelques minutes avant que je les vois passer.

Mon feulement fut long et rauque, brisant la quiétude de la nuit noire, afin de lui souhaiter bonne chance et lui faire comprendre qu'elle allait me manquer.


La suite bientôt.