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Chapitre XIII

« Christmas Feelings»

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27 Décembre 1977 — Long Ashton, Somerset, Angleterre


Les doigts enroulés autour de sa tasse, Lily n'avait toujours pas prononcé le moindre mot depuis le départ de son père. James ne l'avait pas quittée des yeux depuis qu'elle était revenue de la cuisine avec deux tasses de thé, presque vingt minutes plus tôt, et avait observé le même silence fragile qu'elle. Il n'avait pas cherché à la bousculer, à lui arracher de force des mots qu'elle n'était pas encore sûre de vouloir prononcer à voix haute. Après tout, il restait si peu de choses à dire qu'il n'avait pas déjà devinées que Lily ne savait plus par quoi commencer.

Mais elle savait qu'elle le devait. Elle posa sa tasse sur la table basse devant elle et referma ses paupières sur les larmes qui menaçaient de noyer ses yeux.

Alors lorsque le jeune homme assis à côté d'elle posa une main hésitante sur son genou tremblant, Lily se força à croiser son regard noisette en inspirant profondément, ses poumons séquestrant momentanément tout l'air qu'ils étaient en mesure de contenir, avant de le relâcher, plus lentement.

La chaleur que dégageait la paume de James sur son genou l'emplissait d'une confiance en elle nouvelle et elle hésita une brève seconde seulement avant de poser sa main, bien plus petite, au-dessus de la sienne. Un sourire fébrile étira ses lèvres et James en esquissa un des siens pour l'encourager à se lancer, avec cette douceur dont elle ne l'aurait jamais cru capable quelques mois plus tôt et qui ne cessait jamais de l'étonner chaque fois qu'elle en était témoin.

— I peu près un an…

La jeune fille déglutit difficilement, sa voix plus fragile et plus rauque qu'elle ne l'avait espérée. Mais James ne cilla pas et se contenta de resserrer légèrement ses doigts autour de son genou, parvenant ainsi à démolir les derniers murs que Lily avait forgés tout au long de l'année qui venait de s'écouler.

— Il y a un an, les médecins ont diagnostiqué un cancer à ma mère…

James grimaça et Lily vit l'incompréhension noyer son regard.

— C'est... je ne sais pas… enfin, si, je sais, reprit-elle en secouant la tête ; c'est seulement que… j'ai fait beaucoup de recherches à ce sujet. Des tonnes… tu n'as pas idée du nombre de livres que j'ai lus… Quand je suis revenue à Poudlard l'an dernier après avoir appris la nouvelle, j'ai voulu me renseigner, savoir ce que les sorciers savaient à ce sujet, savoir s'il n'y avait pas un moyen différent de… de la sauver…

Sa voix s'effondra et une larme échappa à la barrière de ses cils, sous le regard douloureux de James qui se pencha vers la jeune fille avant de poser sa main libre sur sa joue.

— Hé, souffla-t-il avec douceur ; si tu ne veux pas en parler, je peux…

— Non, ça va, l'assura Lily en se forçant à lui adresser un sourire rassurant.

Il ne sembla pas convaincu mais hocha la tête sans ajouter un mot, ses yeux plantés dans les siens comme s'il y cherchait des secrets dont elle ne connaissait elle-même pas l'existence.

— Il semblerait que les Médicomages ne connaissent pas cette maladie, reprit Lily en détournant les yeux. Mais ça n'a aucun sens parce que vous devriez en souffrir aussi, non ? Je ne vois pas comment les sorciers pourraient tout simplement y être… immunisés. Au début, je me suis dit qu'elle pouvait juste être connue sous un nom différent, mais je n'ai rien trouvé. Rien qui ne ressemble de près ou de loin à ce dont souffre ma mère…

— Mais et vos… vos médecins, qu'est-ce qu'ils savent de ce…cancer ? Demanda James avec hésitation.

Lily haussa les épaules, le regard fuyant.

— Pas grand-chose. Chaque cas est très différent et…

James se tendit près de la jeune fille.

— Et dans le cas de ta mère ?

Lily baissa les yeux sur la main qui recouvrait celle de James sur son genou ; ses doigts s'étaient machinalement emmêlés aux siens.

— Ils ne peuvent plus rien faire… Ils l'ont détecté trop tard et…

Une avalanche de larmes l'interrompit brutalement et les bras de James s'enroulèrent autour d'elle instantanément.

Elle ne chercha pas à fuir. Elle ne chercha pas à le repousser.

Elle enfouit son visage dans son pull et le laissa resserrer son étreinte autour d'elle, sans un mot.

— Lily, souffla-t-il d'une voix rauque ; je suis tellement désolé…

Pas une seconde elle ne douta de l'honnêteté qui colorait sa voix. Elle aurait dû être surprise de le voir partager sa détresse avec autant de sincérité, mais étrangement, elle ne l'était pas. La peur de perdre sa mère ne s'était pas soudain envolée, mais le fait de la partager avec quelqu'un qui semblait vouloir se battre pour elle, l'aidait à la faire se sentir moins seule. Se confier à Mary lui avait permis d'alléger un cœur trop chargé, mais James, lui, était parvenu, en une fraction de seconde à peine, à remplir d'espoir le vide que la douleur avait creusé dans sa poitrine.

Et pour la première fois depuis des mois, elle se sentait chez elle, dans cette étreinte gauche mais rassurante.

— Merci, souffla-t-elle du bout des lèvres avant de se détacher du jeune homme.

Elle regretta aussitôt la chaleur rassurante de ses bras autour d'elle mais ne baissa pas les yeux et esquissa un sourire plus assuré, plus vaillant, lorsqu'il posa sur elle un regard hésitant. Sous les verres de ses lunettes, ses yeux noisette exprimaient toute la douleur et l'inquiétude qu'il peinait à exprimer avec des mots, et la poitrine de Lily se comprima avec une quiétude naissante. Une quiétude qu'elle devait à James, ses gestes mal assurés, ses mots parfois désordonnés et ses sentiments maladroits. Des sentiments qu'elle partageait aussi et auxquels elle ne pouvait plus refuser l'accès à son cœur.

Le sourire de Lily s'élargit fébrilement, creusant ses joues avec hésitation, et elle sentit son visage s'enflammer, mais elle refusa de baisser les yeux et planta son regard dans celui de James en inspirant profondément ;

— James…

— Lily, tu es sûre que ça va ? L'interrompit le jeune homme, dont le regard s'était attardé brièvement sur ses lèvres étirées en un sourire étonnamment serein.

La jeune fille laissa échapper un bref éclat de rire et secoua la tête, devant l'incompréhension de James.

— Oui, oui… ça va. Je… C'est autre chose…

James cligna des yeux avant de froncer les sourcils et de se rapprocher imperceptiblement de Lily, et une fois encore, le cœur de cette dernière se serra avec légèreté devant la compassion de James.

— Je t'écoute.

Lily hocha la tête, les joues délicieusement recouvertes d'un fard écarlate qui jurait probablement avec ses cheveux.

— Il y a quelques mois, tu m'as dit que… Tu m'as dit que peu importe ce que je pouvais ressentir pour toi, ça n'affectait pas la couleur de tes sentiments et que…

Lily s'interrompit en voyant James rougir légèrement et se mordit l'intérieur de la joue avec soulagement. Elle tendit une main et la posa sur son genou, comme il l'avait fait un peu plus tôt. Les yeux de James suivirent son geste et elle vit un éclat plein d'espoir déchirer son regard noisette.

Dans le silence qui régnait dans le petit salon des Evans à ce moment-là, Lily aurait presque pu entendre les battements irréguliers et dépareillés de leurs deux cœurs.

— Je sais que c'est sûrement le pire moment pour ça, reprit Lily d'une petite voix. Et peut-être que c'est égoïste, et que je devrais être au chevet de ma mère plutôt qu'ici, avec toi et…

Lily secoua la tête et inspira à nouveau ;

— Mais si jamais tes… tes sentiments n'ont pas changé, alors je voudrais seulement que tu saches que les mie...

— Lily, l'interrompit James d'une voix si basse que la jeune fille peina à l'entendre.

Elle le vit fermer les yeux et inspirer une bouffée d'air avant de rouvrir les yeux et de planter son regard dans le sien avec un sérieux et une gravité qu'elle doutait l'avoir déjà vu arborer auparavant.

James passa une main dans ses cheveux et les ébouriffa, ses doigts tremblant imperceptiblement. La jeune fille dut se mordre l'intérieur de la joue pour réprimer un éclat de rire et se surprit à éprouver de l'affection pour ce geste qu'elle avait souvent pris pour de l'arrogance alors qu'il trahissait seulement un manque de confiance en soi qui contrastait avec son habituelle assurance.

— Ça n'a pas changé, reprit-il enfin. Je n'ai pas changé, je suis toujours…

— Je sais, le coupa-t-elle à son tour en laissant échapper un gloussement nerveux qui lui ressemblait peu et qui fit monter à ses joues une nouvelle farandole de couleurs.

Elle secoua la tête avant de reprendre avec un sourire timide ;

— Je sais que tu n'as pas changé. Mais moi, si.

James fronça les sourcils, une lueur indéchiffrable venant éclairer ses iris. Il réduisit l'écart qui demeurait entre eux et vint encadrer le visage de Lily de deux mains fébriles avant de planter son regard animé dans le sien.

— Tu n'as pas changé. Ce sont les choses autour de toi qui ont changé et c'est normal qu'elles t'affectent. Je m'inquiéterais si ce n'était pas le cas. Non pas que je m'inquiète pas pour toi de toute façon, mais…

Il s'interrompit pour laisser échapper un bref soupir avant de se mordre la lèvre et de reprendre ;

— Tu te bats depuis un an contre le chagrin de voir ta mère s'en aller et la peur que Voldemort distille un peu plus chaque jour. Et tu te bats seule, parce que tu refuses de laisser les gens qui t'aiment penser que tu es… que tu es faible ou fragile. Mais tu n'es ni l'un ni l'autre.

— James, c'est fa…

— Non, c'est la vérité. Tu es la personne la plus forte que je connaisse. Et non, je ne dis pas ça juste parce que mon cœur s'emballe à l'idée que tu puisses éprouver un millième des sentiments que j'éprouve pour toi. Je dis ça parce que je le pense. Parce que depuis que je te connais, tu as toujours fait preuve de bonté et de douceur envers ceux qui ne le méritaient pas. J'en suis la preuve vivante, non ? Tu m'as laissé bien plus de secondes chances que ce à quoi j'avais droit…

Lily déglutit difficilement avant d'esquisser un sourire tremblant et de recouvrir des siennes les mains de James posées sur ses joues.

— Une fois, je t'ai traité d'abominable petite brute arrogante…

Le rire chaleureux de James emplit la pièce et Lily sentit son cœur gonfler comme un ballon de baudruche dans sa poitrine.

— C'était entièrement mérité, Lily.

Le regard de Lily s'embua ;

— Non. Ça ne l'était pas. J'étais furieuse et je n'aurais jamais dû…

— Lily, l'interrompit James dans un souffle, un sourire calme et rassurant accroché aux lèvres. Ça n'a aucune importance.

— Ça devrait, j'ai…

— Mais ça n'en a pas, la coupa-t-il à nouveau. Et en toute franchise, je doute qu'il y ait quoi que ce soit que tu puisses dire ou faire qui fera taire mes sentiments pour toi, ajouta-t-il dans un souffle.

Son regard noisette sonda celui de la jeune fille pendant de longues secondes qui s'étirèrent en minutes pendant lesquelles aucun d'eux n'osa prononcer le moindre mot, le silence reprenant peu à peu ses droits. Le cœur battant à tout rompre, Lily refusa de baisser les yeux, de peur que James ne change d'avis et ne s'aperçoive qu'elle n'avait rien d'exceptionnel. Qu'elle était tout juste joli ou intelligente. Que son nez était un petit peu trop retroussé, que sa lèvre supérieure était plus pleine que sa lèvre inférieure, que ses tâches de rousseur étaient éparpillées sur ses joues sporadiquement, lui donnant un air brouillon, ou que ses pommettes, trop hautes, lui donnaient un air hautain. Que vraiment, elle n'était pas si forte et si courageuse qu'il le croyait, qu'il lui arrivait de vouloir enfermer ses problèmes dans une malle et d'y mettre le feu, ou que parfois, quand ça n'allait vraiment pas, elle ressortait son vieil exemplaire de Le Mystère d'Edwin Drood et se perdait à imaginer la fin, que l'auteur n'avait jamais eu le temps d'écrire, réinventant une histoire à chaque détail que Dickens avait laissé, de sorte d'y trouver un peu d'espoir.

Mais James ne sembla pas changer d'avis.

Lentement il vint écraser ses lèvres sur les siennes après ce qui lui parut être une éternité et elle ne put réprimer le soupir d'aise qui lui échappa.

Il n'y avait aucun doute.

Elle était chez elle dans les bras de James Potter.


29 Décembre 1977 — Chemin de Traverse, Londres, Angleterre


Les pieds plantés dans l'épaisse couche de neige qui était tombée pendant la nuit, James et Sirius faisaient face à la devanture d'une petite boutique aux fenêtres drapées d'épais rideaux mauves, dont la porte était dissimulée par une sorte de voile argenté vaporeux.

Autour d'eux, la petite allée commerçante du Chemin de Traverse connue pour ses salons de thé ambiancés et ses boutiques romantiques était déserte.

Incapable de fermer l'œil depuis deux jours, James avait profité du fait que son père soit parti au bureau très tôt ce matin-là et que sa mère se soit enfermée dans sa serre dès que son mari avait quitté la maison, pour traîner son meilleur ami, déjà debout depuis longtemps, jusqu'ici, afin d'éviter un interrogatoire qu'il n'était pas encore certain d'être prêt à subir. Pas tant qu'il n'aurait pas la certitude que ses sentiments pour Lily Evans ne causeraient pas sa perte.

Le regard rivé sur l'enseigne mystique de la boutique devant laquelle il se trouvait, James entendit son meilleur ami pousser un léger soupir avant de poser une main sur son épaule ;

— Tu es sûr de vouloir entrer là-dedans, James ?

— Certain, répondit simplement le jeune homme.

Sirius grimaça avant de reprendre ;

— Mais pourquoi ? Tu ne peux pas prendre au sérieux ce que raconte cette cinglée, James. Je sais que ce qu'elle t'a dit t'a affecté, et je peux comprendre, surtout maintenant que… que Lily et toi vous êtes… Qu'est-ce que vous êtes d'ailleurs ?

— Je ne sais pas, je… Sirius, ce n'est vraiment pas la question.

— Bien sûr que si ! Protesta le jeune homme en tapant véhément du pied par terre, ce qui n'eut pour effet que de tasser un peu plus la neige sous ses chaussures. Ça a tout avoir avec ça ! Si ce n'était pas pour la prémonition douteuse de cette femme, tu clamerais haut et fort que Lily est ta petite-amie, ou je ne sais pas trop quoi, à l'heure qu'il est. Mais non… tu es planté là, parce que tu as peur… et je t'assure que je comprends mais…

— Mais quoi ? Souffla James, un nuage blanc échappant à la barrière de ses lèvres.

— Mais ce n'est pas toi.

James poussa un long soupir et se tourna enfin vers son meilleur ami, en enfonçant ses deux mains dans les poches de sa veste pour les protéger du froid.

— Sirius, tu ne sais vraiment pas de quoi tu…

— Au contraire, l'interrompit son meilleur ami ; je te connais mieux que personne. Et je sais que tu ne crois pas en ces âneries. Je ne dis pas qu'il est impossible de prédire l'avenir, mais rien n'est jamais certain. Rien n'est jamais gravé dans la pierre parce que le facteur le plus important de notre avenir, c'est nous. Et en l'occurrence, c'est toi. Et c'est exactement ce que tu as dit à Lily lorsqu'elle a réalisé sa ligne de vie, non ?

— Je sais, admit James en soupirant ; mais…

— Non, fit Sirius en secouant la tête. Il n'y a pas de mais… Tu sais que j'ai raison. Et c'est pour ça que je vais te dire exactement ce que tu lui as dit…

— C'est pas la peine, je…

Sirius l'interrompit à nouveau, d'un geste de la main cette fois, et reprit ;

— Admettons que ce que cette femme ait dit soit vrai, d'accord ? Admettons que tes sentiments pour Lily causent votre perte et que, d'une manière ou d'une autre, vous… vous mourrez tous les deux...

James ne prononça pas le moindre mot, se contentant de laisser Sirius poursuivre, alors que sa poitrine se comprimait douloureusement à l'idée qu'il n'arrive quoi que ce soit à Lily par sa faute, la panique le submergeant davantage à chaque mot que prononçait son meilleur ami.

— Ça n'arriverait que si tous les choix que vous avez faits et continuerez de faire jusqu'à ce jour soient effectivement prévus à l'avance, comme si quelqu'un d'autre les avait écrits à votre place…

Les sourcils de James se froncèrent au-dessus de ses lunettes et Sirius esquissa un sourire ;

— Exactement. Ça voudrait dire que nous ne sommes pas maîtres de nos choix ou de nos vies mais…

— Mais des pantins à la merci du destin, grimaça James avant de pousser un énième soupir.

Les deux jeunes hommes demeurèrent silencieux un instant, jusqu'à ce que Sirius, soudain secoué par un léger rire, adresse un regard amusé à son meilleur ami ;

— Merlin, James… Lily va te rendre complètement fou…

Contagieux, le rire rauque de Sirius gagna son meilleur ami qui laissa la bonne humeur du jeune homme s'emparer de lui et chasser, momentanément, ses inquiétudes.

— Ça n'a pas l'air de t'inquiéter plus que ça, rétorqua James en adressant un regard perplexe à Sirius, qui l'observait toujours avec amusement. Tu as fini par t'attacher à elle, je me trompe ?

Le jeune homme haussa les épaules, sans se départir de son sourire malicieux pour autant.

— Disons que j'attends seulement que tu te sortes la tête du chapeau pour te rendre compte que la fille dont tu es raide dingue amoureux depuis l'aube des temps t'est enfin tombée dans les bras et que ça fait de toi le plus heureux des hommes… Ou un truc dans le genre, ajouta-t-il avec un geste nonchalant de la main.

— L'aube des temps ? Répéta James avec amusement.

— À peu de choses près, grommela Sirius. Pour être honnête, je ne me souviens pas vraiment d'une époque où tu n'étais pas amoureux de Lily Evans.

— Tu plaisantes ? S'offusqua James, ses yeux noisette s'écarquillant derrière ses lunettes. Pendant des années, ça a été Sirius et James contre le monde entier !

Sirius arqua un sourcil dubitatif, mais sa bonne humeur ne sembla pas le quitter pour autant.

— James… Je suis navré de te l'apprendre, mais ton obsession pour Lily Evans remonte à notre tout premier voyage dans le Poudlard Express. Il n'y a jamais eu de Sirius et James. Ça a toujours été James et Lily. Et Remus, Peter et moi… et même Servilus, nous ne sommes que des figurants.

Si l'expression du jeune homme n'avait pas été si dramatique, James l'aurait peut-être pris au sérieux, mais devant l'air moqueur qu'affichait son ami, il ne put s'empêcher d'éclater de rire.

Plantés au beau milieu d'une petite allée déserte, les deux jeunes hommes faisaient tâche dans le décor immaculé et silencieux qui les entourait, leur rire tonitruant troublant la sérénité des lieux.

— Allez, viens, fit Sirius après plusieurs minutes en posant une main sur l'épaule de son meilleur ami ; je t'offre une bièraubeurre.

— Une bièraubeurre ? Grimaça James. Il est à peine huit heures, Sirius.

Le jeune homme haussa les épaules.

— Il n'est jamais trop tôt, ou trop tard à vrai dire, pour une bièraubeurre. Et puis de toute façon, tu en as besoin et tu n'as rien de mieux à faire. Lily est à l'hôpital toute la journée, non ?

James haussa la tête et laissa échapper un bref soupir.

— Tu as gagné.

— Merci Merlin ! S'exclama Sirius dans un souffle. J'avais peur que tu renonces à t'amuser complètement, maintenant que tu sors avec Lily et tout…

— Je sors avec Lily, répéta bêtement James en suivant son ami à travers les rues du Chemin de Traverse.

Une fois de plus, le rire de Sirius déchira le silence. De rares passants se retournèrent sur leur passage mais les deux jeunes hommes n'y prêtèrent aucune attention.

— Encore quelques jours et peut-être que tu te feras à l'idée…

— Et si je ne m'y fais jamais ? Demanda soudain James, légèrement paniqué.

Sirius s'arrêta devant une petite taverne qui sortait difficilement du sol et se tourna vers son meilleur ami.

— Et bien ce ne serait pas si terrible, si ? De pouvoir t'émerveiller chaque jour de sortir avec la fille de tes rêves ?

James fronça les sourcils avant de lancer un regard noir à son meilleur ami qui arborait à nouveau un sourire narquois.

— Merci de me faire me sentir comme un nigaud.

Sirius balança son coude dans les côtes du jeune homme avant de pousser la porte de la Baguette de Sureau.

— Je suis là pour ça, rétorqua-t-il en pénétrant dans le petit pub en l'inondant de son rire rauque qui fit naître un sourire sur les lèvres de James.


2 Janvier 1978 — Poudlard Express, Quai 9 3/4 Londres, Angleterre


Une fois encore, la présence d'Harold Potter au Ministère avait été sollicitée très tôt ce matin-là, si bien que seule sa femme avait accompagné James et Sirius à la gare pour leur retour à Poudlard.

James embrassa une dernière fois sa mère sur le front avant de lui répéter de prendre soin d'elle, et de son père qui avait tendance à oublier de le faire, et de lui promettre de bien se tenir.

Lorsqu'un sifflement sonore indiqua le départ imminent du train, James et Sirius s'empressèrent de monter à bord, traînant derrière eux leur lourde malle.

— Laisse, fit Sirius en posant une main sur la poignée de celle de James ; je m'en occupe, tu nous rejoindras plus tard.

— Quoi ? Non j'ai…

Le jeune homme rougit et s'empressa de passer une main dans sa tignasse ébouriffée, arrachant à son meilleur ami un sourire amusé ;

— Tu ne tiens plus en place depuis hier soir, James, tu crois que je suis débile ?

— Va te faire voir, grommela James en lâchant sa valise sur le pied de son meilleur ami, bien qu'un sourire se dessinait lentement sur ses lèvres, tandis que le rire de Sirius résonnait déjà dans le petit couloir qui distribuait les compartiments du wagon dans lequel ils étaient montés.

— Tout le plaisir est pour moi, rétorqua le jeune homme en attrapant leurs deux valises avant de tourner les talons sans se retourner.

James le regarda s'éloigner avec reconnaissance avant de faire volte-face à son tour et de partir dans l'autre sens, en direction du compartiment des Préfets.

Il se fraya facilement un chemin à travers la foule d'élèves minuscules qui peinaient à trouver un compartiment et avaient envahi le couloir, et entra sans hésiter une seconde, quoi que le cœur légèrement agité, dans le compartiment réservé aux Préfets et dans lequel il ne doutait pas une seconde de trouver Lily Evans.

La jeune fille, hissée sur la pointe des pieds alors pour attraper quelque chose dans le porte bagage au-dessus d'elle, sursauta en le voyant entrer et James se délecta des couleurs qui affluèrent aussitôt à ses joues.

— Tu n'as pas répondu à ma dernière lettre, commença-t-il en s'approchant d'elle en deux grandes enjambées, un sourire tranquille accroché aux lèvres.

Le visage de Lily s'illumina brièvement avant qu'elle ne lève les yeux au ciel, tandis que James enroulait déjà ses deux bras autour de sa taille, en se convainquant de toutes ses forces que c'était la chose la plus normale au monde.

Et lorsqu'elle posa ses mains sur sa poitrine, il eut le sentiment que c'était le cas.

— Je l'ai reçue hier soir, James, rétorqua-t-elle en arquant un sourcil.

— Et alors ?

— Et alors j'ai préféré épargner un voyage inutile à ton pauvre hibou. Il a effectué bien assez d'aller-retour comme ça cette semaine.

Un sourire fendit le visage de James et il jeta un bref coup d'œil dans son dos avant de se retourner vers Lily qui l'observait avec curiosité.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— On est tout seuls, souffla le jeune homme.

Ses joues s'assombrirent d'un fard écarlate, et il vint déposer ses lèvres sur celles de Lily, habillées du sourire le plus tendre qu'il ne l'ait jamais vue offrir. Un sourire qui n'appartenait qu'à lui et qu'il ferait tout ce qui était humainement possible pour ne jamais le voir disparaître.


N/A : Hééééé ! Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour ne pas avoir publier ce chapitre la semaine dernière comme j'aurais dû le faire et du léger retard cette semaine. Je me suis légèrement laissée engloutir par le reste de ma vie - (vous comprenez maintenant pourquoi cette histoire tombe très facilement dans le pathos ; c'est parce que je suis moi-même une grande dramatique, vous voyez) - et je n'ai pas eu le temps de terminer ce que je vous avais promis en temps et en heures. Je ferai vraiment de mon mieux pour que ça ne se reproduise pas. Mais après tout, il ne reste plus beaucoup de chapitres avant la fin, donc l'occasion ne se représentera pas beaucoup.

Enfin bref. J'espère que vous apprécierez tous ce chapitre qui, faut bien se l'avouer, est ultra guimauve et que j'ai adoré écrire même si j'avais pensé que ce serait plus facile que cela… BREF.

Un grand merci à vous tous, pour vos reviews et votre soutien, et à DelfineNotPadfoot, qui doit supporter mes corrections de chapitres au dernier moment alors qu'elle a énormément de travail cette année… Bref. Je l'adore et je lui suis on ne peut plus reconnaissante.

Bon week-end,
Little Plume.

(PS : Vu que du coup, on est le 31 octobre et que c'est un jour dont nous autres, hardcore fans de James & Lily, nions en bloc l'existence, je ne vous souhaiterai pas un joyeux Halloween. En revanche, je ne dis pas que je ne publierai rien ayant de près ou de loin un rapport avec ce thème avant la fin de la journée...)

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RàR : à Mea95Gryffondor ; Bonjour Mea ^^ Merci pour ta dernière review, elle m'a bien fait sourire. Je crois qu'on est tous sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne James et Lily et à vrai dire, ils semblent enfin l'être aussi, alors je ne vais plus avoir grand chose à faire ^^ Encore merci pour tes encouragements et désolée d'avoir retardé la publication de ce chapitre :/ Très bon week-end à toi, en tout cas :)

à Nyx ; Bonjour ! Tout d'abord ravie que HoL t'ai plu (je me suis dit que c'est de celle-là dont tu parlais ?), et ensuite, un grand merci pour ta review ^^ Si tu aimes James et Lily, ou du moins, la version que j'en ai d'eux dans cette histoire, alors vraiment, rien ne me fait plus plaisir :) J'espère que la suite ne te décevra pas, à bientôt ;)