Coucou !
Voici le chapitre 14 ! Il fait partie des rares à avoir été écrit d'une traite...et pourtant je pensais galérer à le rédiger mdr
J'espère que son ton un peu plus léger vous plaira ! Nous arrivons donc au début de la saison 3...aaaah la saison 3 ! Woodbury, son Gouverneur, sa prison...Et Merle !
Un très grand merci à Juste D, Saya600, Maricia1805 et xGothicAngel pour votre fidélité ! Comme toujours vos reviews m'ont régalé, et me motivent toujours plus à continuer cette fanfic ! Cette histoire a déjà quasiment 1000 vues, j'étais loin d'imaginer ça quand j'ai commencé à l'écrire en décembre ! Alors un grand merci également à tous les lecteurs anonymes qui se sont arrêtés dessus !
Et comme toujours merci à mon chéri qui prend de son temps pour lire mes chapitres et corriger mes fautes ^^'
Bonne lecture !
Chapitre 14 – Errance et porte à porte
Nous courions depuis de longues minutes, slalomant entre les arbres et les quelques rôdeurs restants lorsque la samouraï nous fit signe de nous arrêter. Je repris lentement mon souffle, m'interrogeant vaguement sur les cadavres qu'elle tenait enchaînés. Sans bras, ni mâchoires, les deux monstruosités semblaient être totalement inoffensives.
- Faut qu'on y retourne, finis-je par dire après avoir terminé de cracher mes poumons.
Je manquais clairement d'entraînement en ce qui concernait le semi marathon.
- Qu'on y retourne ? tiqua Andrea en me regardant comme si je venais d'une autre planète.
- On doit retrouver les autres !
- T'es complètement cinglée Lolita ! s'écria-t-elle. T'as pas encore compris ? Ils se sont barrés !
- Ne m'appelles pas comme ça, rétorquai-je. Il faut qu'on les retrouve on peut pas...
- On peut pas quoi ? Tu n'es peut-être pas capable de t'occuper de toi toute seule, mais moi tout ce que je vois, c'est qu'ils nous ont abandonné.
- Tu te trompes ! m'exclamai-je. Ils ne nous auraient jamais abandonné ! Daryl ne m'abandonnerait pas !
- Redescends sur terre Lolita ! Ton Daryl il s'est sauvé, comme les autres.
- Tu ne le connais pas ! m'énervai-je. Tu ne me connais pas, tu ne NOUS connais pas ! Il ne ferait jamais ça ! Et putain, ne m'appelles pas Lolita !
- Tu veux y retourner ? Mais vas-y, te gênes pas pour moi !
- Vous voulez bien vous calmer toutes les deux, intervint la samouraï avec un calme à faire pâlir Maître Yoda himself.
Andrea et moi nous retournâmes vers notre nouvelle meilleure amie et ses deux comparses putrides qui se dandinaient en grognant joyeusement. La conversation qu'ils semblaient avoir, avait l'air d'être tout à fait palpitante si on tenait compte de leur légère agitation. Je secouai la tête, rassemblant mes esprits, lorsque la mystérieuse femme reprit la parole. Sa voix était plutôt agréable et douce. En contradiction totale avec son apparence qui était impressionnante...voire même carrément flippante.
- Toi, arrêtes de lui parler comme à un chien, dit-elle à l'attention d'Andrea m'arrachant au passage un petit sourire victorieux. Et toi, on n'y retourne pas.
Bordel, je détestais les ascenseurs émotionnels !
- Quoi ?! m'écriai-je à l'attention de mon ex nouvelle meilleure amie.
- Ce serait du suicide, ils sont des centaines.
- Mais...
- Je ne connais pas ton histoire, ni votre groupe, ni ce Daryl auquel tu as l'air de tenir. Mais on doit continuer à avancer. Si tu dois le retrouver, tu le retrouveras. Alors en attendant, déclara-t-elle fermement, vous vous taisez. Toutes les deux. Et on avance.
Je me tus un instant, rongeant mon frein de mauvaise grâce avant de soupirer bruyamment. Je devais reconnaître que Madame Samouraï, dont j'ignorais toujours le nom, n'avait pas tort. Mais être séparée de mon ami me rendait malade.
- Elle a raison Lola, se radoucit Andrea. On ne peut pas rester là, et encore moins faire demi-tour. On se ferait tuer à coup sûr.
L'esprit fonctionnant à toute allure, je pesai le pour et le contre. L'idée de laisser les autres derrière ne m'enchantais guère mais je devais me rendre à l'évidence. C'était la meilleure chose à faire. Du moins, pour le moment. Et puis, Daryl me tuerait si je me faisais bouffer par un rôdeur en retournant le chercher, alors tout bien considéré...
- Ok, finis-je par abdiquer sombrement.
- Au fait, je suis Andrea et voici Lola, se présenta l'avocate. Merci pour tout à l'heure.
- Michonne, répondit la Dame aux Rôdeurs. Et c'était rien.
- C'était peut-être rien pour toi, mais c'était assez...monumental c'que t'as fait avec ton sabre, renchéris-je. Et ces deux là ? ajoutai-je en désignant les deux cadavres enchaînés. Tu fais les présentations ?
- Eux ? C'est personne, éluda-t-elle avant de se remettre en route.
Je me tournai vers la jeune femme blonde qui haussa les épaules, lui emboîtant le pas.
- Ok, marmonnai-je, on aura qu'à les appeler Tic et Tac.
Après avoir marché une grosse partie de la journée, nous fîmes un break en début de soirée dans une maison abandonnée. Je visitai chaque pièce du rez de chaussée à la recherche d'éventuels rôdeurs, la main crispée sur le couteau de chasse de Daryl. Les parties de cache-cache avec les morts vivants étaient devenue une discipline à part entière depuis le début de l'apocalypse et j'étais plutôt douée à ce petit jeu...enfin, surtout quand il s'agissait de se retrouver dans des situations merdiques. Le chasseur avait raison. J'étais un véritable aimant à emmerdes.
Le souffle court, j'avançai en silence. Ouvrir des portes, geste pourtant anodin, s'apparentait à une lutte pour rester en vie. Dans un grincement strident, je pénétrais dans la dernière pièce pour tomber nez à nez avec un geek, dont les deux yeux avaient été dévorés. Par des corbeaux ou l'un de ses congénères ? Je me posai vaguement la question en lui plantant ma lame dans le crâne, avant de la ressortir dans un bruit de succion écœurant. J'observai avec une grimace blasée les restes de matière grise et les quelques cheveux collés sur mon arme et l'essuyai sur le corps en décomposition qui s'était affaissé à mes pieds.
- Beurk, et re-beurk, murmurai-je pour moi-même.
Un coup d'œil circulaire à la pièce m'indiqua que je me trouvai dans la cuisine. Au dessus de la gazinière, une affiche indiquant « Respecte la viande, elle te respectera » m'arracha un fou-rire incontrôlable. Les gens avaient de ces idées ! Question déco, on ne pouvait pas faire mieux en terme de mauvais goût !
Mon estomac se mit à grogner sévèrement, me rappelant que je n'avais rien avalé depuis la veille. J'entrepris de fouiller chaque placard à la recherche d'une nourriture quelconque. J'avais tellement les crocs que même une boîte de bouffe pour chien m'aurait emplie de joie...ou pas. Je dénichai finalement plusieurs conserves de haricots et ne put retenir un sourire en repensant à Jim et ses fameux haricots en boîte. Atlanta et la légèreté des débuts de l'épidémie me manquaient. Putain, on faisait même notre repassage, songeai-je amusée. Quelle insouciance ! A cette époque là, nous n'avions pas les mêmes priorités, la survie restait quelque peu...abstraite, et un faux pli pouvait foutre en l'air notre journée...enfin surtout celle d'Ed. Je m'interrogeai un instant sur le sort de mes amis. Avaient-ils réussi à fuir la ferme ? Qu'en était-il d'Hershel ? Carol ? Glenn ? Rick ? Et les autres ?
- T'as trouvé quelque chose ? s'enquit Andrea derrière moi, m'arrachant à ma rêverie.
- Des haricots, répliquai-je en lui tendant l'une des boîtes.
- L'étage est vide, reprit-elle. Michonne barricade l'entrée pour qu'on puisse rester ici cette nuit, ça te va ?
- Bien sûr. Du moment qu'on ne passe pas la nuit à la belle étoile, tout me va. Tu as repéré des vêtements ou d'autres choses là haut ? Mon sac est resté dans le pick-up avec Lori et Beth.
- Ouais, y a un dressing avec quelques bricoles, c'est pas le grand luxe mais ce sera toujours mieux que tes guenilles, sourcilla-t-elle en désignant mon short déchiré et mon débardeur tâché de sang. Et bonne nouvelle, il reste encore de l'eau. Pas suffisamment pour une vraie douche mais c'est déjà ça.
- Génial ! Je vais pouvoir me débarrasser de toute cette...de tout ça, grimaçai-je en contemplant mes mains crasseuses recouvertes d'une substance collante non identifiée.
- Lola, écoutes, pour tout à l'heure...
- Laisses tomber. T'avais raison, c'était du suicide d'y retourner, dis-je la gorge nouée.
- Tu le retrouveras, sourit-elle en posant une main qui se voulait réconfortante sur mon épaule. Il ne peut pas y avoir que des mauvaises choses dans ce nouveau monde.
- J'espère, répliquai-je en sortant de la pièce.
- Et, hésita-t-elle avant de m'emboîter le pas.
- Quoi ?
- C'est quoi le problème avec Lolita ? C'est plutôt mignon comme surnom.
Je me crispai en agrippant la rambarde en bois de l'escalier de l'entrée.
- Ma sœur m'appelait comme ça.
- Elle est...
- Morte, ouais, déclarai-je en réalisant que je ne lui avais jamais parlé d'Hana. Ça fait plusieurs années, mais...j'aime pas qu'on m'appelle comme ça.
- Je comprends, je suis désolée.
Avec un sourire en guise de réponse, je m'éclipsai au premier étage.
Je visitai les chambres une à une et finit par trouver le dressing en question. Il ne restait pas grand chose, quelques pulls, un pantalon blanc ainsi qu'une mini jupe en skaï qui me laissa perplexe. Pas vraiment idéal pour casser du mort vivant, songeai-je avec une moue dubitative en tendant le vêtement devant moi.
Après un petit détour par la salle de bain pour me décrasser un peu, voire beaucoup, j'enfilai le jean blanc, qui ne le resterait probablement pas longtemps, et un pull noir. Je trouvais également une paire de chaussettes moelleuses que je passai avec bonheur...tant pis pour mon éphémère sexytude à la Lara Croft ! Enfin, je mis la main sur une vielle veste en jean fourrée, encore un peu chaude pour la saison, mais indispensable d'ici quelques semaines.
Après m'être extasiée de longue minutes sur la discographie de l'ancien propriétaire de cette chambre qui allait de The Offspring à David Bowie en passant par System of Down, je rejoignis Andrea et Michonne au rez de chaussée. L'afro américaine avait attaché Tic et Tac dans un coin du salon et retirait enfin sa capuche, dévoilant des dread locks à faire pâlir d'envie Bob Marley. Putain, j'étais fan de cette femme !
- Ça t'embête si je prends le canapé ? demanda Andrea, qui était déjà installée.
- Pas du tout, répliquai-je en attrapant un plaid en patchwork déniché à l'étage.
Nous mangeâmes nos haricots en silence, bercées par le bruit des chaînes de notre amie samouraï. Cette dernière n'était d'ailleurs pas très loquace. Je l'observai à la dérobée, la bouche pleine. Passé le choc de la rencontre, je ne la trouvai finalement plus si flippante que ça. Elle dégageait quelque chose d'animal, de félin. Dotée d'une classe naturelle qui me fascinait, cette femme me faisait penser à une amazone ou à une valkyrie...je n'arrivais pas à me décider. Mais c'était une guerrière, une vraie de vraie. Je n'aurai su dire pourquoi mais quelque part, dans son mutisme, elle me rappelait Daryl. Je replongeai le nez dans ma boîte de conserve avant de me tourner vers les deux cadavres qui remuaient près de la cheminée.
- Ils ne sont pas dangereux, déclara Michonne.
- C'est toi qui les a...domestiqué ? m'enquis-je, timidement.
- Sans bras ni mâchoires, ils n'attaquent plus. Ils deviennent inoffensifs, expliqua-t-elle.
- Et leur odeur masque la nôtre, constata l'ancienne avocate, impressionnée. Ils te servent de camouflage, c'est ingénieux.
La samouraï acquiesça d'un signe de tête silencieux. Notre festin se termina dans un calme serein, uniquement troublée par l'incessant cliquetis métallique de Tic et Tac. En les regardant se dandiner sans arrêt d'un pied sur l'autre, je ne pouvais pas m'empêcher de voir deux mômes qui avaient envie de pisser. Putain, je venais vraiment d'une autre planète pour avoir des idées pareilles !
Allongée sous mon plaid en patchwork aux couleurs criardes, je jouais avec le couteau de Daryl. Je tournai et retournai la lame entre mes doigts, observant le reflet de mes yeux émeraude. L'estomac noué, je ne cessais de penser à lui. Le connaissant, j'étais convaincue qu'il avait réussi à échapper à la horde, mais sa présence me manquait. Nous avions déjà été séparés auparavant. Quand je partais en tournée, c'était souvent pour plusieurs mois. Mais grâce à la magie de la technologie, nous arrivions à nous voir malgré tout. Et au bout du compte, les retrouvailles étaient toujours assurées lorsque mes virées à l'étranger prenaient fin.
Cette fois-ci, c'était différent. Ma poitrine se contracta douloureusement en repensant aux derniers moments que nous avions passé ensemble. Ce que j'avais ressenti lorsque mes lèvres avaient effleuré les siennes, son regard troublé, presque gêné, sa tendresse déguisée en pseudo agressivité à laquelle personne ne croyait. Mais plus encore son odeur de tabac, de fumée et de forêt me manquait. Tout comme cette manie qu'il avait de mordiller sa lèvre inférieure lorsqu'il était mal à l'aise ou troublé par quelque chose. Je n'étais pas loin de la vérité lorsque je m'étais comparée à une junkie en manque quelques jours plus tôt. Ne pas savoir quand, ou plutôt si, j'allais le retrouver me tordait les entrailles. Aussi guimauve et cliché que ça puisse paraître, je ne pouvais pas vivre sans lui. Voilà désormais à quoi j'en étais réduite. Je te hais Daryl Dixon, songeai-je agacée avant de me tourner sur le côté.
Les jours se transformèrent en semaines, les semaines...en mois.
Près de 8 mois s'étaient écoulés depuis que nous avions fui la ferme d'Hershel. Nous avions erré une bonne partie de l'hiver, passant de maison en maison, nous appropriant le temps d'une nuit ou plus, la vie d'autres personnes. C'était toujours un moment étrange de rentrer chez les gens, dormir dans leur salon, grignoter dans leur cuisine, porter leurs vêtements, tout en sachant qu'ils étaient probablement dehors à errer à grand renfort de grognements dans l'espoir de dénicher un morceau de chair fraîche.
A faire autant de porte à porte, j'avais parfois l'impression de m'être transformée en ambassadrice de l'apocalypse. Dans mon esprit dérangé, je revoyais des bribes du film Edward aux mains d'argent, avec l'actrice Diane West qui se présentait chez ses voisines, un sourire digne d'une publicité pour du dentifrice collé au visage et son petit discours bien rôdé : « Bonjour ! C'est l'ambassadrice Avon ! ». A peu de choses près, c'était pareil. Le sourire ultra-bright et le petit discours de bourgeoise coincée en moins. A défaut d'être courtoise, ma version à moi se terminait bien souvent en bain de sang, de tripes et de cervelle...mais hey ! Peut-être que c'était aussi bon pour la peau qu'une crème hydratante ou un sérum anti-rides ? Ouais...durant ces quelques mois d'errance, mon état mental ne s'était clairement pas amélioré.
- Je vais aller faire un tout en ville, déclara Michonne en s'armant de son sabre. Il faut qu'on lui trouve des médicaments, ajouta-t-elle en désignant Andrea qui dormait dans un coin de la brasserie où nous avions élu domicile depuis plusieurs jours.
Un virus ou une infection avait fini par avoir raison de la ténacité de l'ancienne avocate. Je m'agenouillai auprès de mon amie blonde et posai une main délicate sur son front trempé de sueur.
- Elle est brûlante, répliquai-je en me levant. Qu'est-ce-qu'on fait ? On y va toutes les deux ?
- Ça m'embête de la laisser toute seule ici, hésita l'afro américaine.
- Avec Tic et Tac, elle ne risque pas grand chose et à deux, on aura plus de chances de trouver quelque chose d'utile.
- T'as pas tort, répondit-elle avec un regard affectueux pour l'ancienne avocate. Et puis, faut qu'on trouve à manger, on a presque plus rien.
- Ok, on fait ça, dis-je en insérant le couteau de Daryl dans la ceinture de mon jean troué.
J'enfilai ma veste en jean avant d'attraper une machette.
- Andrea, chuchota Michonne tandis que la jeune femme ouvrait péniblement les yeux. Lo et moi, on va se ravitailler en ville, on n'en a pas pour longtemps.
- Soyez prudentes, répondit notre amie à voix basse. Je ne bouge pas d'ici, tenta-t-elle de plaisanter.
- On te laisse avec Tic et Tac, ça tiendra les rôdeurs à distance, ajoutai-je avec un sourire avant de lui tendre une bouteille d'eau. Essayes de t'hydrater, tu as beaucoup de fièvre.
- Merci Lola, chuchota-t-elle en grelottant.
Une fois à l'extérieur, je réalisai que les rôdeurs commençaient à se faire nombreux et ne tardai pas à en faire la remarque à ma compagne de route.
- On ne va pas pouvoir rester ici encore longtemps, soupira-t-elle en décapitant un cadavre en état de décomposition avancée.
- Espérons qu'Andrea se remette vite, répondis-je avant d'écraser d'un coup de pied rageur la tête du monstre qui continuait de gigoter sur l'asphalte.
Après de longues minutes de marche à travers bois, nous arrivâmes enfin en ville. L'endroit désolé avait des allures sinistres de fête foraine abandonnée. Avec ses vitrines poussiéreuses et les nombreux restes de morts vivants éparpillés sur le bitume, la ville qui avait dû autrefois être accueillante ressemblait désormais au plateau de tournage d'un film d'horreur. Il ne manquait que l'équipe de techniciens et le mec qui braillait « Action !» le cul posé sur une chaise. Les sens en alerte, je jetai un coup d'œil circulaire aux alentours à la recherche d'un rôdeur quelconque.
- Ça à l'air calme, murmura Michonne, dépêchons-nous. Je vais à la pharmacie, occupes-toi de la supérette.
- Ça marche, dis-je en resserrant ma prise autour du manche de ma machette.
Je me dirigeai d'un pas pressé vers le magasin et me plaquai contre le mur, avant de me glisser en silence vers la porte vitrée sur laquelle je frappai deux coups secs. Rien. Sur mes gardes, j'entrai lentement, la main crispée sur mon arme. La pièce avait déjà été dévalisée, notamment par nous, mais il restait encore quelques vieilles conserves éparpillées dans les rayons renversés. Je récupérai un vieux paquet de biscuits ainsi qu'un tube de cheddar fondu, lorsque mon regard se posa sur le cadavre d'un rôdeur qui n'était pas là lors de notre dernière visite.
Je m'approchai silencieusement avant de m'agenouiller près de sa dépouille. Le cœur battant à tout rompre, incapable de retenir un sourire, je retirai de son crâne putréfié un carreau d'arbalète en me mordillant la lèvre inférieure. Il était récemment passé par ici. J'arrivai même à percevoir cette odeur de tabac et de forêt qu'il trimballait partout avec lui. Je me relevai précipitamment m'attendant presque à le voir planqué dans un coin son regard bleu braqué sur moi. Mais non. A part une ballerine complètement cinglée, ses divagations et ce cadavre puant, il n'y avait rien. Avec un soupir de frustration, je glissai la flèche dans la ceinture de mon jean près de son couteau et poursuivis mon exploration.
Les mois avaient défilé à une allure effrayante mais malgré cela, mon addiction à un certain chasseur, dont je tairai le nom, restait bel et bien au centre de la plupart de mes préoccupations. A chaque sortie, je caressai l'espoir de tomber sur nos amis. Et sur lui. Nous les avions cherché. Au début. Mais rapidement, il s'était avéré que nos talents de traqueuses laissaient à désirer, et au bout de quelques semaines, il avait fallu se rendre à l'évidence. Nous étions douées pour tourner en rond, mais à chier en matière de pistage. L'hiver, glacial, s'était installé et progressivement, nous avions plus ou moins...abandonné. Enfin, c'était le cas pour Andrea. De mon côté, je profitai de chaque occasion pour relever des indices aussi maigres soient-ils. Une chemise abandonnée, un carreau d'arbalète, des conserves vides, un mégot de cigarette...tout était bon pour alimenter l'espoir que je continuai de cultiver. Daryl était vivant...et il n'était pas loin. J'en étais intimement persuadée.
- Lo ! m'interpella Michonne depuis la porte d'entrée. On y va !
J'acquiesçai d'un signe de tête et la rejoignis au pas de course non sans lancer un dernier regard en arrière.
Sur le trajet du retour, je ne cessai de caresser distraitement le bois de la flèche.
- Qu'est-ce-que t'as trouvé, cette fois ? demanda mon amie.
- Un carreau d'arbalète, répliquai-je. Ils sont pas loin, j'en suis sûre.
- Lola, soupira-t-elle.
- Je sais, l'interrompis-je agacée. Mais je peux pas abandonner. C'est plus fort que moi.
- Je ne veux pas être pessimiste, mais...
- Mais quoi ? Putain je viens de trouver une de ses flèches !
- C'est plutôt maigre comme piste, constata-t-elle.
Sa remarque me rappela celle de Shane lorsque Daryl avait mis la main sur la poupée de Sophia. Mon estomac se contracta à cette pensée sordide.
- On n'a toujours pas cherché du côté de la vieille prison, repris-je après une seconde d'hésitation.
- Elle est envahie par les rôdeurs, répliqua-t-elle irritée par mon entêtement.
- C'était y a des mois ! m'écriai-je en m'arrêtant brusquement. Ça vaut le coup d'aller voir, ajoutai-je en croisant les bras d'un air buté.
- Ok, abdiqua-t-elle en levant les mains en signe de défaite. On ira.
- T'es sérieuse ?
- Quand Andrea ira mieux, déclara-t-elle, je te promets qu'on ira vérifier.
- Putain, je t'adore ! Oh, attends, dis-je en farfouillant dans mon sac avant de lui tendre le tube de fromage. Alors, sourcillai-je, c'est qui la meilleure ?
- Tu m'énerves ! s'esclaffa-t-elle discrètement avant d'attraper mon présent.
- Je sais pas comment tu fais pour bouffer ça, pouffai-je tandis que nous reprenions notre route.
- C'est pas toi qui te nourrissais de graines ?
- J'étais vegan, pas une espèce de piaf, rétorquai-je amusée.
De retour à la brasserie, Michonne me regarda, inquiète. Les rôdeurs qui étaient déjà nombreux lorsque nous avions quitté les lieux quelques heures plus tôt, semblaient s'être multipliés. Silencieusement, nous nous dirigeâmes vers le restaurant abattant quelques cadavres un peu trop curieux au passage.
Une fois à l'intérieur, la samouraï se rendit immédiatement au chevet de notre amie.
- Alors, les beaux gosses, rien à signaler ?
Tic et Tac, ou les 2T pour les intimes, me répondirent par leurs habituels cliquetis de chaîne agrémentés de grognements gutturaux. Bizarrement, je m'étais attachée à ces deux morts vivants. Quelque part, ils nous avaient protégé tout l'hiver, camouflant notre présence à leurs congénères. Je rejoignis Michonne et Andrea qui était toujours aussi blafarde.
- Comment c'est dehors ? s'enquit cette dernière avant de s'asseoir au prix d'un effort démesuré.
- Oh tu sais, éludai-je d'un geste de la main, la routine...rôdeurs, puanteur...rien de bien palpitant.
- Tu mens très mal Lo, répliqua-t-elle.
- Ils sont...nombreux, finit par déclarer Michonne.
- Vous ne pouvez pas rester là, vous allez vous faire tuer à cause de moi.
- Tu crois quand même pas qu'on va t'abandonner ici, sourcillai-je. On va attendre quelques jours et quand tu iras mieux, on reprendra notre virée entre copines.
- Exactement, approuva l'afro américaine.
- Dans quelques jours, il sera sûrement trop tard, reprit Andrea. Si vous voulez qu'on parte, c'est aujourd'hui.
- Mais, tu tiens à peine debout, remarquai-je en l'aidant à se mettre sur ses jambes.
- Je ne veux pas revivre l'enfer de la ferme. Si on s'en va, c'est maintenant.
Un hélicoptère. What the fuck ? songeai-je hébétée en tentant de revenir sur terre. Un putain d'hélicoptère venait de s'écraser dans la forêt à environ deux cents mètres mètres de notre position.
Après quelques secondes de discussion, nous nous rendîmes en direction du crash. Michonne et moi soutenions l'avocate qui, brûlante de fièvre, avait beaucoup de mal à se mouvoir. Les 2T marchaient derrière nous dans leur harmonieux cliquetis métallique. Je me tournai vers eux, amusée de les regarder observer le paysage en grognant joyeusement.
- Alors les beaux gosses, la balade vous plaît ?
Ils me répondirent par leurs habituels grognements et j'aurai presque juré avoir vu un semblant de rictus s'étirer sur le visage décomposé de Tac. Il fallait beaucoup d'imagination, certes. Surtout, si on prenait en considération son absence de mâchoire.
De longues minutes de marche et de borborygmes plus tard, nous arrivâmes finalement sur les lieux de l'accident.
- Qu'est-ce-qu'on fait ? demanda Andrea avant de s'accroupir derrière un buisson pendant que Michonne attachait Tic et Tac à un arbre.
- Je vais voir, répliqua cette dernière.
- Attends, tu veux pas...Je déteste quand elle fait ça, repris-je à l'attention d'Andrea alors que déjà, la samouraï examinait l'épave fumante.
L'afro américaine revint rapidement, morose.
- Rien, dit-elle, ils sont morts tous les deux.
- Vous entendez ? murmurai-je alors qu'un bruit de moteur approchait.
- Cachez-vous, ordonna Michonne en s'agenouillant.
Deux jeeps déboulèrent dans un concert de crissements de pneus poussiéreux. Je jetai un coup d'œil à mes deux amies avant de reporter mon attention sur les quelques hommes qui se dispersaient sur le lieu du crash. D'une voix autoritaire, celui que j'identifiai comme étant le leader ordonna à ses hommes de fouiller les débris.
- Prenez tout ce dont on a besoin !
Médusée, j'observai en silence les allées et venues de Monsieur le Directeur tandis qu'à mes côtés, Andrea pâlissait à vue d'œil. J'en déduisis nerveusement que la fièvre s'aggravait. Assurément, elle ne tiendrait pas le coup longtemps. Un rôdeur approcha d'un des véhicule avant d'être abattu d'une flèche en pleine tête par un archer. Amateur, songeai-je blasée alors que le tireur ne se trouvait qu'à un mètre de sa cible. Prise d'une violente quinte de toux, l'ancienne avocate se recroquevilla sur le sol tentant tant bien que mal de se retenir de tousser, pendant que Michonne lui tapotait vaguement le dos. Deux autres cadavres apparurent. A croire qu'ils avaient eux aussi reçu le mail d'invitation à la grande cérémonie des Crash Awards. Ils furent accueillis comme il se doit par un latino armé d'une batte de base-ball. Le leader s'approcha de l'épave à la manière de William le Conquérant.
- Tim, aides moi à les sortir de là ! commanda-t-il.
- Il va les sauver, articula Andrea. On devrait se montrer.
Lourdement armés, les mercenaires me faisaient plus penser à une bande de guérilleros qu'à l'Armée du Salut, aussi je ne me sentais pas franchement prête à sortir de ma cachette avec un grand sourire en lançant d'une voix guillerette « Hey ! Salut, moi c'est Lola, ça va ? Belle journée, hein ? ».
- Pas encore, répliqua Michonne, méfiante tout comme moi.
Le boss sortit un couteau de chasse de sa ceinture et, sans cérémonie aucune, il l'enfonça dans le crâne des anciens occupants de l'hélicoptère.
- Pourquoi il a fait ça ? murmurai-je, horrifiée.
- J'en sais rien, chuchota l'afro américaine.
Tic et Tac commencèrent à s'agiter dans un bruissement métallique qui, bien que charmant, était tout sauf discret. Je regardai tour à tour Michonne et les mercenaires qui continuaient de fouiller les débris de l'appareil tout en recherchant l'origine du bruit produit par les beaux gosses. Après une légère hésitation, la samouraï se leva et décapita sans ciller nos deux comparses putrides. Avec un pincement au cœur, je contemplai les dépouilles des 2T qui nous avaient tenu compagnie durant ces derniers mois, avant de reporter mon attention sur Monsieur le Directeur. Putain, ce type ne me plaisait vraiment pas avec son air suffisant et sa manière qu'il avait de jouer au petit chef.
- Ok ! lâcha-t-il finalement. On remballe !
Ma respiration retrouva un rythme normal alors que les hommes remontaient en voiture. Je m'apprêtais à me lever lorsqu'une branche craqua derrière nous. Michonne leva son sabre avant de se retrouver avec une arme braquée sur la tempe.
- Tiens, tiens, tiens, si c'est pas les Drôles de Dames, lança une voix que j'aurais reconnu entre mille.
Éberluée, je me retournai lentement vers notre assaillant en retenant mon souffle.
- Oh bah merde Casse-Noisette ! Arrêtes de me regarder comme si j'avais chié sur la tête de ta mère, déclara Merle avec un grand sourire.
A suivre...
J'espère que ce chapitre vous a plu ? Si vous m'aviez vu...je me suis tapée un fou rire toute seule en écrivant la réplique de Merle haha
La suite arrivera d'ici la fin de la semaine je pense, j'ai beaucoup de boulot ces prochains jours du coup je ne suis pas sûre d'avoir le temps d'écrire beaucoup ;)
A bientôt !
