Raphael se dirigea d'abord vers la salle de bain ouvrant l'armoire de la pharmacie pour prendre les cachets qu'il prenait de plus en plus en grande quantités. Il aspergea son visage d'eau et tout en se regardant dans la glace, il eut un flash de la veille, alors que, dans la même position, dans une toilette glauque de station-service, il se lavait du sang d'un meurtre abominable.

Et là, ne venait-il pas de vouloir frapper son frère Donnie, avec qui les conflits, depuis leur enfance, pouvaient se compter sur les doigts d'une main? Sur la simple présomption d'avoir des vues sur Léonardo? C'était insensé: Donnie lui avait avoué ses fantasmes sur leur amie journaliste. Mais n'était-ce que dans le but de le leurrer et de lui cacher sa passion pour le leader? Il avala les pilules cul-sec et poussa un grognement: qu'est-ce qui lui prenait? Avec ses pensées si perturbantes, pas étonnant qu'il eût si mal à la tête.

Il s'allongea sur le lit, après avoir éteint les lumières de la chambre, couvrant son front de son bras, tout en attendant que son frère monte le rejoindre. Il grimaça: il espérait bien que Léonardo ne le sermonnerait pas trop, sa patience, avec une telle migraine ne tenant qu'a un fil chenu. Il n'avait que la force d'avoir du sexe, violent si Léo le désirait, mais rien de plus. Il voulait dormir: ce test psychométrique dont tout le monde lui rabattait les oreilles commençait sérieusement à l'angoisser. Il repensa à la mise en situation de Donatello et de ce que le scientifique avait insinué: Léo aurait fait passer la mission avant lui. C'était des foutaises: Donnie ne comprenait rien à la relation passionnelle entre lui et le policier aux yeux bleus. Il allait le faire avouer à son frère, alors qu'il se trouverait à l'intérieur de lui. Il allait lui faire crier: Pour Léo aussi, Raphael était ce qu'il y avait de plus important.

Le test du lendemain le stressait car il craignait, non pas de l'échouer, comme semblait le croire possible ses frères, mais d'être assigné dans une autre unité que celle de son partenaire. Léo voulait être détective, fonction honorable qui d'ailleurs fournissait un meilleur salaire que simple officier, d'une dizaine de milliers de dollar annuellement. S'ils étaient tous deux détectives, ce 20 000$ supplémentaires leur permettrait plus rapidement cette existence indépendante qu'il souhaitait pour eux deux.

Bien sûr, détective n'était pas le premier choix qu'il aurait choisi pour lui, étant plus un homme d'action que de réflexion. Analyser une scène de meurtre n'était pas dans ses cordes, mais soudain, en pensant que Léo, oui, avec un brin de formation, il se dit qu'il n'avait pas le choix. En admettant que Léo soit promu aussi rapidement que le lendemain, il voudra sans doute enquêter sur le cas qui l'avait si fasciné aux informations. Alors, Raph, à ses côtés, pourrait brouiller les pistes...peut-être. Du moins, cela détournerait davantage les soupçons si Léo se doutait de quelque chose.

Oui, mais comment être sûr d'y être affecté avec son frère? Les responsables de l'Académie l'avaient rapidement jaugé, il le savait. Tireur d'élite, d'une force redoutable et ayant une endurance physique exceptionnelle, ses bras étaient faits pour autre chose que de remplir des rapports. Pour un homme de sa masse, sa rapidité et sa discrétion étaient étonnantes et de telles aptitudes seraient gaspillés dans un bureau. On l'avait aussi félicité sur son habileté manuelle: dénouer des liens, monter et démonter une arme, faire une réparation mécanique ou désamorcer même une bombe avaient été de la tarte pour lui. Son frère, bien que n'ayant pas eu encore à faire ses preuves autant que Raphael, était aussi doué que lui, généralement, mais leur force n'était pas les mêmes. Léonardo était un stratège, un meneur d'homme. Dans tous les tests de la veille, il était arrivé second, juste après lui-même, mais il savait que, malgré tout, il avait la primauté. Léonardo avait l'immense avantage d'être maitre de ses nerfs en toutes circonstances et d'être toujours un excellent juge de la situation. Il suscitait le respect, la confiance et la loyauté et il admettait que son frère était beaucoup plus intelligent que lui, avec une profondeur de vue qu'il ne possédait pas. La place de Léo était donc quelque part au sommet d'une hiérarchie alors que lui n'était qu'un soldat, valeureux, peut-être, mais pas la pièce tournante d'une partie. Cela lui importait peu d'être sous les ordres de Léo : c'était naturel. Ce qu'il ne s'imaginait pas, par contre était de devoir obéir à une autre personne que son frère. Excepté lui, il ne faisait confiance à personne assez aveuglement pour risquer sa peau.

On l'enverrait sur le terrain, là où était le danger et Léo dans un bureau, où devait demeurer vivant les hommes de valeur. Ce n'était pas qu'il voulait que son frère risque sa vie dans une fusillade. Ce qu'il souhaitait était qu'ils soient ensembles, au moins nominalement, en travaillant dans l'unité commandé par son frère. Travailler sans lui était impossible : il ne serait pas fonctionnel.

Il avait beau s'occuper l'esprit en ce moment, il ne faisait que penser à Léonardo seul, au sous-sol, avec Donatello et il était dévoré de jalousie. Comment pourrait-il survivre sans perdre la tête si son frère et lui étaient séparés toute la journée et imaginons que, par exemple, on les faisait travailler de différents quarts de travail? Il ne verrait plus du tout son petit ami et celui-ci aurait tôt fait, séduisant comme il l'était, de le remplacer. Les absents ont toujours torts.

Alors qu'il se repassait ses pensées pessimistes, la porte s'ouvrit, dévoilant un Léonardo silencieux.

Le visage de son amant était ombrageux et Raphael, se redressant à demi, se sentir envahir par une sourde appréhension. Léo arborait le visage qu'il avait dans ses cauchemars, lors qu'il rêvait, la nuit, à leur rupture potentielle. Il se réveillait toujours de ses cauchemars-là en se débattant, les joues mouillées de larmes et haletant. Alarmé, il fit un geste vers l'ex-leader, mais celui-ci interrompit son geste de la main, lui signifiant de demeurer allongé.

D'un pas assuré, son expression toujours fermée, le jeune homme aux cheveux noirs s'approcha de Raphael et se plaça à 4 pattes au-dessus de lui, ses yeux bleus foudroyant l'autre mâle allongé.

"Donnie m'a raconté que tu semblais être jaloux de lui. Est-ce que c'est vrai? Sinon, peux-tu m'expliquer ce qu'il a failli se produire, si ce n'était pas de mon arrivée?"

La gorge de Raphael se contracta, mais il connaissait assez son frère pour savoir que mentir ne ferait que le desservir.

"C'est vrai. J'ai été jaloux" avoua-t-il, tout en faisant bien attention de parler au passé. Il était inutile que son amant sache jusqu'à quel point il avait été à deux doigts de le sortir du sous-sol de force, en le tirant par les cheveux, si nécessaires. C'était un comportement complètement néandertalien et Léo, l'apprenant, serait furieux et le jugerait trop possessif, quoique le simple terme de possessivité lui semblait pâle en comparaison à ce qu'il éprouvait: un acide puissant le dévorant vivant de l'intérieur. Mais peu importe ce sentiment : le mauvais rêve deviendrait réalité et Léo romprait avec lui.

Léonardo soupira:

"Raph, je ne te cache pas que, en quelque part, c'est flatteur de voir combien tu tiens à moi, mais il s'agit de Donnie. Pour Diana, je pouvais comprendre, elle est jolie, et.. »

Raphael, instantanément, envoya un coup de genou dans l'estomac du mâle au-dessus de lui, hérissé, afin de se dégager:

"De quoi? Jolie?...Alors, t'avoue? Tu l'as reluqué? Tu voulais te la faire, hein? Qui qui dit que tu ne l'as pas fait? Hein? Tu es revenu tard!" questionna, menaçant, l'autre, agrippant le poignet de son frère, qui tenait de l'autre main son estomac où son amant jaloux l'avait frappé, pour le forcer à le regarder, beaucoup trop emporté dans sa rage pour prendre conscience de son geste. Après tout, Léo et lui s'étant bagarrés toute leur jeunesse, pour des motifs selon lui, beaucoup plus futiles et donc, son comportement, de prime abord, ne le choqua même pas, l'idée de Léonardo caressant les courbes de la policière lui faisant beaucoup plus mal que n'importe lequel coup.

D'un mouvement preste, le leader renversa la prise et empoigna Raph, le maintenant, par une clé de bras, face contre le matelas.

« Ça suffit, Raphael" commanda d'une voix froide, mais où roulaient des vagues de colère à peine contenue, l'autre policier." Je t'ai demandé ce matin, de te recentrer sur toi-même avant de commettre un geste impulsif. Ton bandana n'a pas suffi, malgré ta promesse. Tu as fait une crise stupide de jalousie devant une collègue, tu as failli frapper Donatello et tu m'as, moi, frappé aussi, seulement à cause de ton imagination. Peut-être que mon déménagement dans la chambre de Maitre Splinter, lui, te rappellera l'importance de réfléchir avant d'agir"

Raph ravala sa colère, devant celle, froide et contrôlée de son ainé et, selon lui, beaucoup plus intimidante que la sienne. Lui, sous l'impulsion crachait des injures, renversait les meubles et frappait, mais, aveuglé par la fureur, il pouvait toujours prétendre ne pas penser ce qu'il avait dit ou fait. Le leader, ayant toujours toute sa tête, pesait chaque mot et donc était sérieux lorsqu'il parlait de ne pas passer la nuit, ni les subséquentes, durant dieu sait combien de temps, avec lui. Léonardo ne menaçait jamais en vain et faisait toujours ce qu'il avait commis et était particulièrement impitoyable pour les punitions. Raphael devait admettre mériter un châtiment, pour ses actions stupides, sans compter la mort de Maitre Splinter qui, lancinante mais présente, demeurait sur l'esprit du leader, même si elle ne relevait pas entièrement de sa responsabilité. Léo était leur "Sensei" à présent et s'il y a quelque chose sur laquelle son amant ne badinait jamais, c'était la discipline.

Léo, pour le punir, pouvait le priver de sexe durant des mois, et non seulement de cela, mais de toute forme d'intimité, ce qui serait le summum du martyre pour son frère. Raph pouvait survivre, difficilement, mais tout de même, sans s'envoyer en l'air. Mais l'idée de ne plus pouvoir toucher Léo du tout, de ne plus sentir son corps, plus fin, se pelotonner contre le sien, la nuit sous les couvertures, pour quémander sa chaleur, de ne plus entendre ses mots d'amour, tendrement chuchotés, lui fut insupportable. Car excepté dans la chambre à coucher, il ne pouvait exprimer son amour nulle part, ce qui était déjà bien assez pénible.

« Combien de temps, Léo? » demanda-t-il, la gorge nouée, autant de par sa position que par l'angoisse.

« Le temps nécessaire à ce que tu te reprennes en main. Que tu redeviens le Raphael que tu étais »

Les paroles de Léo étaient pour lui un non-sens. Il était lui-même. Il n'avait pas vraiment changé. C'était uniquement les circonstances : vivre à la surface était stressant. Il devait le faire comprendre à son amant.

« Léo, J'te jure. J'ai pas changé…c'est que tu vois, c'est toute la…compétition possible à la surface. Ça me fout un stress énorme. Toi-même, t'as admis avoir été jaloux quand j'étais seul ici » se souvint Raphael « Alors, tu peux me comprendre, non? »

La voix de l'ainé répondit calmement, démontrant que le pire de sa colère était déjà passé, mais que sa résolution n'avait pas varié :

« C'est vrai », concéda-t-il. J'ai été jaloux. Et je n'ai jamais été aussi malheureux de ma vie que durant ces semaines-là. Je t'aime trop pour laisser ce sentiment stérile te détruire à ton tour et corrompre notre relation. Et je n'ai jamais porté l'extrême jusqu'à être jaloux de Michelangelo»

Raphael poussa un soupir de bien-être, malgré la clé de bras plus qu'inconfortable : entendre confirmer que son amant l'aimait toujours, malgré tout, le soulageait. Pour montrer à son frère que, malgré tout, il était toujours puni, Léo accentua le poids sur sa prise.

« Je n'ai pas plus envie que toi de faire chambre à part, Raphael, mais si c'est ce qu'il faut pour te rafraichir le sang, et bien qu'il en soit ainsi. De toute façon, cette séparation sera doublement utile. Mikey a été suffisamment perturbé de la mort de notre père. Je ne veux pas qu'il apprenne notre relation et que cela le choque.

Raphael pensa que son jeune frère savait déjà des choses hautement plus traumatisantes que la mort de leur père âgé, mais il ne pouvait rien dire à Léo. Que pouvait-il lui dire de toute façon? Il n'était pas un orateur doué, loin de là et encore moins avec un interlocuteur buté comme son frère. Il était désespéré de trouver une solution car, il avait le pressentiment que, si Léo se réhabituait à dormir seul, cela sonnerait le glas de leur relation.

L'orgueil n'existait plus: il allait se trainer symboliquement aux genoux du leader, mais il le ferait réviser sa décision. La gorge serrée, il répéta, la mort dans l'âme.

« Combien de temps, bébé? Combien de temps tu vas me laisser mourir à petit feu loin de toi pour me punir de t'aimer autant? »

« Raph… » l'inflexion de la voix était déjà plus tendre.

« Pourquoi tu me punis pas physiquement plus tôt? T'as pas déjà dit que la punition devait aller avec le crime? » questionna Raph, prit d'une inspiration subite. Frappe-moi pour t'avoir frappé, insulte-moi et menace-moi. Possède-moi pour avoir été trop possessif, mais ne me prive pas de toi. C'est cela qui me rend malheureux ». Insista-t-il, encouragé par le silence de Léo qui semblait considérer sa proposition.

« Très bien, Raph. Mais tu feras ce que je te dis de faire » avertit Léonardo avant de lâcher le bras, suite aux hochements de tête frénétiques de son frère. « Tourne-toi. Je vais t'attacher comme tu m'as fait hier ».

Empressé de plaire, Raph obéit et tendit ses bras docilement afin qu'ils fussent liés.

Lorsque Léonardo eut terminé, il jeta un regard appréciatif, tout en parcourant son corps de ses mains :

« Tu es magnifique, ainsi. J'aimerais que tu puisses te voir. »

Les mains de l'ainé descendirent prenant avec assurance le sexe dressé de l'homme attaché entre ses mains, le pressant avec dextérité.

Raphael gémit : être livré, impuissant à son frère était sublime. Mais soudain, Léo parla, sa bouche à un souffle de son sexe.

« Je vais te donner ce que tu veux, Raphael, mais à une condition »

Il grogna, mais pour la forme, prêt à accéder à n'importe quelle demande de son amant.

« Je veux que tu prennes les médicaments que Donnie te prescrira à tous les jours » murmura le policer aux cheveux noirs.

Et Raph sut que, jamais Léo n'avait prévu dormir dans l'autre chambre et qu'il avait purement été manipulé.

Cela ne l'empêcha de promettre, reconnaissant.