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Les familles Keller & Bennet sont mon invention
25 décembre 1868 – 23h45
Personne. Helen était assise devant son assiette depuis plus de trois heures maintenant. Elle tenait dans ses mains un livre qu'elle essayait de lire, malgré une angoisse qui lui étreignait le cœur de plus en plus fort, à mesure que les minutes coulaient. Harry lui avait promis de rentrer tôt ce soir, mais il n'avait pas tenu sa parole. Bien qu'elle sache que tout ceci était complètement indépendant de sa volonté, et que le pauvre homme devait être en train de travailler comme un force-nez, la jeune femme se sentit complètement abandonnée.
Elle avait passé sa journée au nid, puis s'était arrangée pour partir plus tôt et ainsi passer par le marché où elle avait acheté tout ce qu'elle et son père s'interdisaient en temps normal. Du pain blanc, du riz au lieu des pommes de terre, de la viande fraîche et même les bananes qu'il avait réclamé. Ensuite, elle avait passé des heures dans la cuisine pour essayer de confectionner un repas digne de ce nom. Elle s'était coupée sur plusieurs doigts, et avait aussi réussi à brûler les condiments, mais elle n'avait pas baissé les bras. Les cheveux attachés en une queue de cheval, le tablier serré autour de la taille, la rouquine s'était donnée beaucoup de mal mais le résultat en valait le coup.
Helen avait ensuite disposé joliment les plats sur la table, et avait sorti la vaisselle des grandes occasions. Elle n'avait pas poussé le vice au point d'enfiler une robe mais peu importe… Une bougie pour habiller le tout et elle attendit Harry, bouillante d'excitation.
… Une excitation qui s'était envolée, léguant une place encore chaude à la déception et l'amertume. Helen leva le nez de son livre pour contempler le feu qui s'épuisait doucement. Ses yeux étaient vitreux, et elle attrapa une serviette pour se moucher. Au fond d'elle, une petite fille hurlait sa rage. Pourquoi est-ce qu'elle n'avait pas le droit de passer un bon Noël avec son père qu'elle chérissait tant ? Pourquoi est-ce qu'en ce moment même, des familles bourgeoises s'en mettaient plein la pense, échangeaient des banalités, tandis qu'elle restait seule dans cette vieille maison bourrée de souvenirs douloureux ?
Elle lança son roman qui rebondit sur la rambarde de l'escalier pour s'échouer, ouvert, sur le tapis. Elle souffla ensuite sur la bougie au centre de la table et fouilla dans la poche de son manteau pour y dégoter la monnaie des emplettes du jour. Il y avait largement de quoi se forcer à oublier cette maudite nuit.
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Le Meat Slicer était un Pub qu'Helen et Arthur avaient pris l'habitude de côtoyer tous les deux. Il n'était pas particulièrement bien fréquenté, et ne servait pas de la bonne bière non plus, mais il avait le mérite de se trouver à une centaine de mètre seulement de la maison Bennet. Un détail qui n'avait pas la moindre importance en ce soir glacial, puisqu'Arthur n'était pas ici et qu'elle ne dormirait donc pas sur le sol de sa chambre quand l'alcool l'aura mise KO.
Au bout de quelques pintes, Helen souriait jusqu'aux oreilles et s'était trouvée une petite bande de joyeux lurons avec qui jouer aux cartes. Chaque fois, ils pariaient la prochaine tournée et chaque fois, ils trinquaient comme des brutes. L'espace d'une ou deux heures, elle oublia complètement la raison de sa présence ici.
Mais quand son regard voilé par la bitter rencontra les mains baladeuses d'un Rook sur une femme qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, elle se sentit pousser des ailes. Toute la frustration et la colère qu'elle transportait péniblement avec elle frappaient dans son ventre, prêts à bondir.
Elle quitta sa table et ses compagnons, puis se rapprocha de l'homme – 30 ans, tout au plus – auquel elle ordonna d'arrêter. Celui-ci lui jeta à peine un regard.
« Tires-toi demi-portion. »
La femme dont la gorge est maintenue par ses gros doigts crasseux ne réagit pas. Elle semble dans un état second, incapable de se défendre. Le Rook la tient fermement contre le mur, le genou contre sa vulve, comme un mauvais présage. De son côté, Helen ne réfléchit pas. Elle brisa sa chope sur son crâne chauve et le regarda s'effondrer sur le sol, comme un tas de crottin.
« J'avais prévenu quand même, j'suis pas si méchante. » Avait-elle murmuré, vacillante et hermétique à toute satisfaction.
Tous les Rooks dans le Pub s'étaient levés, et tous la fusillaient déjà des yeux. Helen s'en amusa d'autant plus qu'elle ne réalisait pas du tout le danger qu'elle encourait. Ces hommes étaient de grosses masses dont le cerveau s'était noyé dans la boisson. Ils n'étaient en rien différents des Blighters sinon qu'ils défendaient une cause plus 'noble'.
De son côté, elle venait de perdre pied. Helen était bagarreuse depuis toujours, ce n'était plus un secret pour qui que ce soit. Mais elle avait aussi les yeux plus gros que le ventre… Et il arrivait malheureusement que ces deux traits ne forment plus qu'un, quand la raison laissait sa place à l'adrénaline.
Elle esquissa un sourire goguenard et s'adossa au bar.
« Qu'est-ce qu'y'a ? » Elle pencha la tête sur le côté et leur fit signe d'approcher. « Allez-y, montrez qu'vous en avez dans la culotte. »
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« Mr Frye. »
« Pas maintenant Clara. »
La petite fille – que personne ne visualisait comme tel en dehors d'Evie – ne se laissa pas démonter. Elle entra dans le wagon personnel des jumeaux et trouva l'assassin assit à son bureau, visiblement en panne sèche devant une feuille blanche, la plume dans la main.
« J'ai dit pas maintenant Clara. » Répéta Jacob sans la moindre conviction, la tête posée sur son bras.
Puis il fit l'effort de se redresser et arqua un sourcil curieux.
« Pourquoi n'es-tu pas en train de fêter la naissance du petit jésus ? »Demanda-t-il avec une ironie qui ne laissait aucun doute sur ses convictions religieuses.
« Nous les orphelins, n'avons pas de famille avec laquelle festoyer Mr Frye. »
Evidemment. Songea l'assassin en levant les yeux. « Alors pourquoi n'es-tu pas au Seven bells avec les autres ? »
« Justement, j'y étais. Mais vous m'avez également demandé de garder un œil sur Miss Keller. »
Cet ordre était apparu juste après la disparition d'Hazel Grace. Par crainte qu'elle ne tente un nouveau truc complètement stupide pour soulager sa peine, il avait en effet sollicité sa jeune informatrice pour se servir de ses contacts afin de la tenir sous surveillance. Cela dit, c'était le dernier nom qu'il avait envie d'entendre ce soir.
« Quel rapport avec Helen ? »
« J'ai entendu dire qu'elle était en train de se battre avec quelques-uns de vos Rooks au Meat Slicer. »
« Seule ? »
Clara acquiesça sans sourciller. « Seule. »
« Nom d'un chien mais qu'est-ce qu'elle a dans la tête ?! » Lança Jacob en enfilant son gantelet.
Il empoigna son manteau et commanda à Clara O'Dea de retourner à la taverne.
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Helen écoutait son cœur battre dans ses tympans. Elle avait les jambes étendues devant elle, et était affalée sur un trottoir, le dos appuyé sur le pied d'un réverbère. La tête penchée en avant et le cou tendu au maximum, elle regardait les gouttes de son propre sang farder la neige. Son visage aurait dû la faire atrocement souffrir, mais les températures mêlées à l'alcool l'avaient complètement anesthésiée.
Les brutes s'étaient contentées de lui infliger une bonne correction. Pas assez pour la tuer, mais suffisante pour lui laisser des cicatrices. La rouquine s'était défendue comme un diable, mordant toutes les mains qui l'approchaient. Elle n'avait même pas sentit les premiers coups lui casser le nez.
Plusieurs prostituées attendaient leurs clients dans la même rue, et de nombreux Londoniens dépassèrent la jeune femme sans l'apercevoir. Elle ne les voyait pas non plus, trop concentrée sur sa respiration.
« Ils ne t'ont pas ratée. »
Cette voix, ce ton gouailleur… Helen releva la tête avec une lenteur délibérée. Quand ses yeux trouvèrent ceux de Jacob, elle lui renvoya un sourire sardonique gorgé d'hémoglobine.
« Règle numéro un quand on meurt d'envie de refaire le portrait de quelqu'un : toujours s'assurer d'avoir l'ascendant. » Ajouta l'assassin en s'accroupissant face au triste spectacle.
Quand il dégagea ses boucles pour essayer d'évaluer l'étendue des dégâts, il dû se faire violence pour ne pas plisser les lèvres. Son minois n'avait plus grand-chose à voir avec celui qu'il affectionnait secrètement. Ses paupières étaient bleues et enflées, ses joues aussi. L'une de ses pommettes était fortement égratignée, et sa lèvre supérieure était fendue. Du sang séché sillonnait sa peau et la rouquine le sentit appuyer ses pouces à des endroits précis de son visage, comme s'il cherchait à déceler d'éventuelles fractures.
C'était impressionnant mais assez superficiel. Elle s'en remettrait, il lui suffirait de ne pas chercher à jouer les héros pendant quelques semaines.
« Tu veux apprendre à te battre ? » Demanda Jacob en se relevant.
Il lui tendit la main et Helen cligna plusieurs fois des yeux avant de décoller la sienne – complètement engourdie – de la poudreuse.
À aucun moment ils n'échangèrent le moindre mot sur le chemin. L'assassin marchait avec trois pas d'avance, assez lentement pour qu'Helen puisse le suivre en clopinant. La jeune femme ne souhaitait pas l'admettre, mais la présence de cet homme calmait ses angoisses. Elle appréciait cependant qu'il se montre aussi distant, lui simplifiant bien la tâche. Celle de ne pas s'attacher plus que de raison.
Le duo arriva devant une lourde porte métallique, et Jacob indiqua leur présence en frappant deux fois avec sa canne-épée. Quand la porte coulissa, Helen eut le souffle coupé.
Une cinquantaine d'hommes et de femmes étaient là, autour d'un ring sur lequel plusieurs ouvriers se provoquaient en duel. Des tonneaux avaient été disposés un peu partout ainsi que des chaises. Une boisson noire coulait à flot et le tout était accompagné de musique irlandaise.
Le Chef des Rooks salua un bon nombre de ces gens, indiquant à son invitée qu'il devait être un habitué de ce genre de club de combat clandestin.
« Bienvenue à l'Aciérie, Miss Keller. » Lança-t-il en faisant un tour sur lui-même, bras levés.
« Et toi, tu ne te bas pas ? » Demanda celle-ci.
Il minauda. « Ce soir, ce sont les débutants qui s'affrontent. » Puis il lui montra plusieurs gueules cassées et partiellement bandées rassemblées dans un coin. « Tu devrais bien t'entendre avec eux. »
Helen lui renvoya une grimace à laquelle il répondit par un nouveau sourire. Puis il fit signe à une femme de les rejoindre. Elle était mince, grande, et beaucoup trop maquillée. Peut-être la quarantaine, sa dentition trahissait une addiction au tabac.
« Bah alors choupette, on a mordu la poussière ? » Lança-t-elle quand Jacob les présenta.
« Molly, contente-toi de lui arranger le nez. »
« T'inquiète pas mon cœur, elle sera comme neuve. » Elle se tourna vers Helen et la fit s'assoir. « Pleures pas chaton, ça arrive à tout le monde de perdre. Lui le premier. »
Elle pointa Jacob – lequel s'était déjà vu entraîné à une table par un groupe d'hommes barbus – du pouce et la rouquine se demanda comment il avait bien pu rencontrer tous ces gens, en particulier cette Molly. « Attention, ça va piquer. » Déclara cette dernière. La douleur qui suivit le craquement de son cartilage nasal lui arracha un hurlement, et déclencha une diarrhée verbale plutôt impressionnante.
/
Les débuts catastrophiques de cette soirée n'étaient plus qu'un lointain souvenir. La bière irlandaise qu'ils vendaient ici était délicieuse, et servie généreusement. L'ambiance était au rendez-vous et Helen se lia rapidement d'amitié avec plusieurs gars. Elle jouait, dansait, montait sur les 'tables' pour encourager les combattants, oubliant jusqu'à cet énorme compresse en plein milieu de son visage.
Exténuée, les cheveux en pétard et les lèvres étirées jusqu'aux oreilles, elle finit par ressentir l'envie de rejoindre Jacob lorsque celui-ci apparu dans son champ de vision. Oscillant toujours, elle remarqua qu'il discutait encore avec le même homme, seulement deux ou trois verres vides entre les deux. C'était un nombre surprenant, étant donné sa descente légendaire. L'assassin tourna la tête comme s'il l'avait senti approcher et lui fit signe de les rejoindre avec son index.
« Helen, je te présente Robert Topping, l'organisateur de cette soirée. »
« Et de toutes les autres. » Rectifia le jeune homme au fort accent irlandais, tout en levant son verre en direction de la rousse.
« Assurément mon meilleur Noël. » Répondit Helen avec enthousiasme avant de murmurer à l'oreille de Jacob. « Je dois partir, mon père est sûrement à la maison. »
« Soit. » Il se leva et elle le regarda avec des yeux ronds.
« Tu n'as pas à m'accompagner, je connais le chemin figures-toi. »
Il trouva son assurance on ne peut plus divertissante et glissa un bras autour de sa taille avant de saluer son ami en ajustant son chapeau.
« à bientôt Bobby. »
Jacob ne lui avait pas laissé le choix. Puisqu'elle semblait avoir un don pour s'attirer les ennuis, il lui teint compagnie jusqu'à sa porte. Sur le route, Helen se dégagea de son étreinte et il parut ne pas s'en offenser. Ce type était une énigme à lui tout seul. Quand il remarqua qu'elle hésitait à appuyer sur la poignée, il inclina la tête.
« Miss Keller ? »
Elle rougit sensiblement mais la nuit fut sa meilleure alliée. « Rien. Bonne nuit Jacob. »
Elle se retourna et commença à tirer la porte. L'assassin plaqua sa paume dessus et elle se referma en un claquement.
« Ça va pas bien ?! » S'agaça Helen en un murmure, espérant que ce boucan n'avait pas réveillé Harry.
« Shhh » Souffla Jacob en se rapprochant. « Tu es infernale. » Il tendit la main et tourna son visage vers le sien, observant les yeux d'Helen clignoter vers sa bouche
Jacob se pencha - lentement, hésitant - jusqu'à ce qu'il rencontre les lèvres d'Helen dans un baiser somptueux. Celle-ci était convaincue que son cœur allait transpercer sa poitrine tant il bondissait. Pourtant, elle s'abandonna entièrement à sa caresse et pendant un court instant, il n'y avait plus qu'eux. Il effleura ensuite ses lèvres avec sa langue et elle gémit, haletante, glissant ses mains sous son manteau pour les poser au creux de son dos.
Puis elle le repoussa, sans violence. « Je n'suis pas… Prête pour tout ça. »
L'assassin esquissa un demi-sourire. « C'est un peu tard pour y penser tu n'crois pas ? »
Réalisant à quoi il faisait référence, Helen s'empourpra subitement et il trouva le moyen d'en rire. Peu importe, elle avait fait ce qu'elle avait eu envie de faire sur le moment. Pourquoi en avoir honte ?
« Plus jamais Jacob, tu m'entends ? » Avait-elle tranché, encore plus énervée.
« Ce n'est qu'un baiser Helen, calme-toi. » Dit-il en faisant glisser son doigt sur le bout encore visible de son petit nez retroussé.
Sa voix chaude la fit immédiatement redescendre. Elle se pinça la lèvre et réveilla sa coupure. Même couverte de bleus et d'ecchymoses, cet homme la regardait comme elle aurait regardé d'adorables chatons jouer dans un panier… Ou sa merveilleuse Hazel dans une robe splendide.
« Y'a vraiment un truc qui tourne pas rond chez vous, Jacob Frye de Crawley. »
Le jeune homme élargit son sourire, puis se pencha une nouvelle fois pour lui échanger un tendre baiser auquel elle répondit en effleurant la cicatrice qui ornait sa joue. Elle frissonna et il la dévora des yeux.
« Joyeux Noël, Miss Keller. »
Il tourna des talons et elle resta un moment plantée au même endroit, complètement perdue, la tête dans les nuages. Il était connu qu'échapper aux jumeaux Frye était mission impossible. Si l'un ne vous avait pas, c'était l'autre qui prenait le relais… Pour Helen, ça ne faisait aucun doute : un piège diabolique se refermait sur elle.
Fiewww ! I MADE IT! Dans une heure, je pars prendre mon avion \o/
La suite le 27 Octobre si tout va bien (T▽T)
