Je sais, Alexie1974 que tu demandais plus de moments entre john et Jo, j'espère que ce passage te plaira mais il y en aura d'autres à venir


Il lui fallut un moment avant de ramener son attention vers Elizabeth, comme s'il devait ramener une version invisible de lui-même qui se trouvait déjà à quelques pas devant. Il rencontra à contre-coeur le regard de la jeune femme, sachant qu'il n'allait pas aimer ce qu'elle avait à dire, mais sachant également qu'il devait l'écouter.

- « Tu dois te demander pourquoi j'ai gardé tout ça de toi.. et même toutes tes affaires comme si... comme si tu allais passer cette porte d'un moment ou un autre. »

Elizabeth baissa les yeux en direction du sol, cet aveux lui coûtait.

- « ... je savais que tu ne reviendrais pas pourtant me séparer de tout ça signifiait accepter ta mort... accepter le fait que tu sois mort à cause de moi. Et puis, je me disais que ce qui t'avait appartenu devait revenir à Johnatan plus tard... »

John resta indifférent face aux confessions de la jeune femme, non par pudeur, mais parce qu'il voulait la punir d'un certains sens en lui montrant que cela ne le touchait pas. Que cela lui était égal. Mais une partie de lui fut touché par cette attention, une sensation qu'il n'avait plus ressenti depuis fort longtemps..

- « Enfin.. » se reprit-elle en se raclant la gorge. « Je vais lui sortir un pyjama »

John voulu poser le petit garçon sur ce qu'il pensa être une table à langer mais un bruit provenant de la bouche de Johnatan lui indiqua qu'il venait de régurgiter une partie de son dîner sur son épaule. Il grimaça en voyant, et en sentant, le vomi sur sa chemise alors que Elizabeth se pressa de prendre son fils dans les bras et de lui nettoyer la bouche.

- « Qu'est ce qu'il a? » demanda t-il inquiet.

- « Cela arrive de temps en temps »

- « Il faudrait aller voir... comment elle s'appelle déjà.. »

- « Keller?! Non je te rassure, c'est normal que les bébés régurgitent une partie de leur repas surtout qu'il fait ses dents en ce moment alors il a un peu de fièvre. »

Elizabeth posa Johnatan sur la table à langer, le déshabilla et l'enveloppa dans une serviette. Tandis que John était dans la salle de bain pour nettoyer sa tâche de vomi, la jeune femme chercha dans son placard un tee shirt ayant appartenu à John, non pas celui avec lequel elle dormait, mais un autre. Et lorsque John sortit de la salle de bain, Elizabeth le lui tendit.

- « C'est à moi? » s'enquit-il soupçonneux.

A qui d'autre veux-tu qu'il soit?

- « Oui, met-le après tu lui ferras prendre son bain. »

John opina de la tête et ôta sa chemise sous les yeux gênés de Elizabeth qui les dévia sur sa droite, mais pas assez vite puisqu'elle remarqua quelque chose. Un tatouage sur son épaule. Une sorte d'oiseau... Plusieurs questions lui brûlèrent les lèvres, comme : pourquoi ce tatouage? quelle signification a t-il pour toi? - mais elle se les garda pour elle, jugeant que cela ne la regardait plus.

- « Tu .. tu me suis? » bégaya t-elle alors qu'une soirée particulière, très particulière, lui revint en mémoire.

De tout ce qui avait appartenu à sa soeur, Elizabeth ne prit qu'un médaillon : un coeur en cristal. En le gardant, elle aurait un peu l'impression d'avoir sa soeur près d'elle dans les moment où son absence sera très difficile à vivre. Et c'est en serrant fermement cette pierre contre sa poitrine qu'elle avançait dans cette allée où sa cadette reposait pour l'éternité. Un dernier au revoir avant de repartir sur Atlantis le lendemain... Un froid vif lui cinglait le visage mais cela donnait un air moins solennel à ce lieu de mémoire. A mesure qu'elle marchait, Elizabeth s'attachait à scruter les allées, admirant les stèles blanches, alignées de façon si impeccable qu'on en oubliait que, dessous, reposaient des morts, pour n'en voir que la géométrie saisissante et fascinante. Elle s'arrêta devant la tombe de sa soeur, la gorge nouée.

- « Sally... »

Maintenant, elle comprenait... Elle comprenait ce besoin de parler aux morts, comme si de leurs tombes, ils pouvaient entendre. Et c'est ainsi qu'elle parla de tout et de rien, des souvenirs de leur enfance et comme si Sally aurait pu lui répondre, Elizabeth faisait les questions et les réponses. Les deux femmes se connaissaient par coeur, aucune n'avait de secrets pour l'autre.

- « ...cela me coûte de le dire mais tu avais raison sur un point... John ne m'est pas indifférent et pour dire vrai je l'aime, mais ça tu le savais déjà... » dit-elle alors qu'une conversation avec sa soeur lui revint en mémoire.

Une conversation où Sally l'avait sermonné sur sa prétendue non attirance pour cet homme travaillant sous ses ordres. « Mais enfin Elizabeth tu te fous de moi! John par ci, John par là et après tu oses dire qu'il ne t'attire pas. Je ne l'ai jamais rencontré mais vu comment tu m'en parles j'ai l'impression de le connaître! »

- « Il m'a fallu du temps pour comprendre et dire que c'est moi qui te sermonnais d'habitude sur les hommes, sans moi tu n'aurais pas rappelé l'homme qui est.. qui fut ton mari »

Elizabeth resta un long moment à parler, peu importe qu'on la prenne pour une folle, elle en avait cure. Pendant un instant, elle avait besoin de faire semblant, de faire comme si sa soeur pouvait l'entendre et lui répondre. Ce n'est que lorsqu'elle sentit une goutte d'eau sur son front, que Elizabeth se décida à partir.

- « A bientôt, petite soeur »

Par respect, John avait attendu à l'égard que la jeune femme se recueil sur la tombe de sa soeur une dernière fois avant de repartir. Qui sait quand elle retournera sur terre? Elizabeth avait énormément apprécié cette attention.

- « Merci John. On peut y aller. »

Ce dernier la gratifia d'un sourire et lui tendit une main qu'elle accepta. Il n'eut besoin de rien dire, le message était clair : il serra toujours là pour elle. Cette pensée lui donna du baume à son coeur en miette. Je ne suis pas seule... Elizabeth se perdit dans la profondeur des yeux de John qui ne voulaient pas se détacher d'elle, et elle perçut quelque chose qui réchauffa son âme. Pendant l'espace d'un instant, toute la peine, la douleur, la culpabilité qui l'assaillaient depuis ces derniers jours s'envolèrent pour ne laisser place qu'à un seul sentiment – un sentiment amoureux. On peut se perdre par amour... Maintenant, elle saisissait ce dicton. Dans les yeux de John, il lui était si facile d'oublier toute sa souffrance et de ne voir que le bon côté des choses. Que la vie est belle.

Elle ne se rendit même pas compte des gouttes d'eau tombant sur son visage, ni du vent soufflant plus fort, Elizabeth ne pouvait se détacher de ces yeux qui, ô merveille, reflétaient la même chose que les siens. La seule chose qui lui importait était la main de John se posant sur sa joue alors qu'il approchait son visage du sien. Elle ne bougea pas lorsqu'il colla ses lèvres sur les siennes. Son premier baiser à lui.

Seuls au monde, enfin, ce fut ce l'impression qu'elle ressentit lorsque leurs lèvres s'unirent. Un baiser furtif mais qui valait bien toutes les promesses à ses yeux. La promesse d'un avenir commun.

- « Comment puis-je t'aider? » s'enquit-il en remettant une mèche derrière son oreille.

- « Tu le fais déjà, John »

- « Tu as froid? Tu trembles »

Elizabeth hocha de la tête.

- « Viens on rentre » fit-il en abatant un bout de son manteau sur ses épaules tandis que Elizabeth se blottissait contre lui.

Le vent se mit à souffler plus fort à mesure que la pluie s'intensifiait de sorte qu'ils durent courir jusqu'à la voiture. Peine perdue, ils furent trempés jusqu'au os quand ils l'atteignirent. John prit la couverture sur la banquette arrière et la donna à la jeune femme.

- « Et toi? »

- « Je ne veux pas que tu prennes froid » dit-il en tournant la clef de contact, puis alluma la chauffage.

Arrivés à l'hôtel, John raccompagna la jeune femme jusqu'à sa chambre qui refusa d'y entrer. Elle ne voulait pas passer cette soirée seule à ruminer et préférait mille fois plus la passer avec lui, mais ne sachant pas comment le lui demander, elle tournait autour du pot en retardant au maximum le bonne nuit de rigueur.

- « Tu veux passer la soirée avec moi, en tout bien tout honneur » demanda t-il soudain de but en blanc. « On pourrait manger devant un film »

- « Je ne savais pas comment te le demander » fit-elle penaude.

- « Moi non plus » répondit-il en arborant une grimace qui la faisait tant craquée.

Ils se comportaient comme deux adolescents maladroits ne sachant ni quoi dire, ni quoi faire. Cela amusa Elizabeth de voir le grand John Sheppard perdre toute son assurance face à elle, cette assurance qui faisait de lui un grand cavaleur et Don Juan. Finalement, ils se mirent d'accord de se retrouver dans trente minutes dans la chambre de Elizabeth, le temps pour chacun de prendre une douche afin de se réchauffer et d'enfiler de nouveaux vêtements. Ce n'était pas un rendez-vous stricto sensu, mais plutôt une soirée entre deux amis, bien que pour Elizabeth cette qualification n'était plus de rigueur entre eux depuis trois jours. Depuis leur premier baiser plus précisément.

Une fois prête, elle appela le service de chambre pour qu'on lui fasse monter de quoi se restaurer mais se ravisa. Quoi de mieux qu'une pizza pour une soirée télé?

Après avoir épluché le programme télé, tous deux se mirent d'accord sur un film. Pearl Harbor. Le côté sentimental du film avait conquis Elizabeth, alors que pour John, ce fut l'action qui avait conduit son choix.

- « J'aurai bien voulu y faire parti » murmura John, inconscient de parler à haute voix.

- « Tu parles sérieusement là? » s'étonna Elizabeth. « Tu aurais voulu participer à la bataille de Midway, une mission quasi suicidaire? »

- « Les pilotes qui ont accepté n'étaient poussé que par leurs patriotisme, leur volonté de rendre la monnaie de leur pièce aux japonnais. Je les comprends d'un certains côté... »

Elizabeth s'écarta des bras de John et replia ses jambes contre sa poitrine. Pourquoi cela ne l'étonnait pas? John lui avait déjà montré à de nombreuses reprises qu'il était prêt à se sacrifier uniquement car son sens du devoir le lui insufflait.

- « Qu'est ce qu'il ne va pas Elizabeth? » demanda John en cherchant son regard.

- « Rien » lui répondit-il en feignant d'être captivée par le film. « Et puis non ça ne va pas! A t'entendre c'est comme si tu n'attendais qu'une seule chose : mourir en héros. Tu n'as donc pas d'autres inspirations dans la vie? »

Elizabeth se reprocha tout de suite de s'être énervée de la sorte, surtout que cela ne la ressemblait pas.

- « Elizabeth.. » appela doucement John. « Elizabeth » répéta t-il jusqu'à ce qu'elle daigne le regarder. « Je ne veux pas mourir contrairement à ce que tu penses, mais en s'enrôlant dans l'armée on accepte de prendre ce risque au nom de ceux qu'on aime. Et si on nous donne l'ordre de participer à une mission, surtout d'une importance comme celle de Midway, on prend toute de même ce risque car... notre devoir prime sur tout. Je sais pas si je me fais bien comprendre mais les militaires, surtout les pilotes, nous obéissons à une ligne de conduite. »

- « Je la connais... Ne jamais abandonner l'un des notre. »

- « Voilà. Ce qui inclut les notre et même les civils. Ne pas refuser une mission qui pourrait être capitale. »

- « Même si cela implique de faire souffrir les personnes que tu laisses derrière toi » rétorqua t-elle en fixant de nouveau son attention sur l'écran.

Elizabeth ne put s'empêcher pendant l'espace d'un instant de se comparer à Evelyn, cette infirmière qui, à contre coeur, avait dû laisser partir l'homme – même les deux hommes - qu'elle aimait en sachant qu'elle ne le verrait peut être plus. Et tout cela, au nom du patriotisme. Et après on se demandait pourquoi la diplomatie et l'armée ne faisait pas bon ménage! Elle ne parvenait pas à concevoir comment des hommes pouvaient accepter de prendre un tel risque au nom du devoir. Tout ne se résout pas qu'avec les armes, les mots ont également une force et pas des moindres.

- « C'est ce qui rends difficile ce travail »

- « Alors comment fais-tu? Je veux dire... comment continues tu à faire ton travail en sachant que tu pourrais causer de la peine à ceux qui tiennent à toi? »

- « C'est la magie de voler »

La jeune femme arqua des sourcils et lui lançant un regard qui lui demandait de développer sa réponse. John prit la télécommande de la télévision et baissa le volume.

- « Dans les air, tous les pilotes te le diront, on se sent libre, on oublie tout... Je me sens à ma place là haut un peu... un peu comme un oiseau... » fit-il avant de s'interrompre.

Elizabeth se contenta de le regarder et attendu que le pilote parle.

- « C'est peut être ridicule mais quand je vole je me sens si vivant. Et c'est cette sensation qui me pousse à exceller, à faire mon devoir. C'est étrange mais... »

- « Tu es libre »

- « Oui, je suis libre. »

- « John... excuse moi de m'être emportée »

John posa un index sur ses lèvres, un geste pour lui dire de se taire. Il comprenait son point de vue, un point de vue d'ailleurs partagé par beaucoup de gens.

- « La perte de ta soeur t'a fais réagir, je comprends surtout qu'on commence..»

- « Tu peux le dire : on commence une relation et oui j'ai peur de te perdre. »

- « Mais je te fais la promesse de ne jamais rien faire d'inconsidéré car je tiens trop à toi. »

Emue par ces paroles, une larme coula le long de sa joue. Une larme de tristesse et de bonheur. John exerça une légère pression sur les épaules de la jeune femme pour qu'elle vienne se coller à lui. Elizabeth ne se fit pas prier, au contraire, elle savoura les bras du militaire autour d'elle et d'entendre son coeur battre à l'unisson avec le sien. Leurs coeurs battaient au même rythme et pour la même raison.

John chercha ses lèvres et lorsqu'il les trouva, il les captura délicatement, et comme à chaque fois, un frisson lui parcouru la colonne vertébrale.

- « Tu es si belle » souffla t-il contre ses lèvres

- « John fais moi voler »

- « Quoi? »

Elizabeth enroula son bras autour de la nuque de John et réitéra sa demande.

- « Fais moi voler pour oublier, fais moi voler pour me rendre heureuse car je suis sûre d'une chose c'est que je t'aime. »

John comprit l'insinuation de la jeune femme mais pour la première fois de sa vie, il refusa les avances qu'une femme lui faisait, car justement, elle n'était pas une parmi tant d'autres; celle-ci était particulière à ses yeux et à son coeur.

- « Je suis sûre de ce que je veux, et je suis certaine qu'il en est de même pour toi ... » fit-elle en capturant ses lèvres avec ferveur.

Leurs baiser s'intensifia à mesure que leurs corps répondaient à la passion qui les consumait de l'intérieur. Leurs mains se firent plus audacieuses, leurs souffles plus rauques. Ils délaissèrent rapidement le divan, tout comme leurs vêtements superflus, afin de se laisser libre court à l'amour trop longtemps refoulé dans une chorégraphie impeccable qui dura longtemps. Très longtemps jusqu'à ce que la passion en eux ne se consume pour laisser place à un sentiment de béatitude total.

- « Elizabeth? Elizabeth, tu es avec moi? »

Elle rêvait éveillée dans la salle de bain avec, d'un côté son fils qui la regardait étrangement et .. son père qui la sondait de la même manière. Elle cligna des yeux pour se reprendre, pour effacer les dernières images qui s'étaient imposées d'elles même dans son esprit pour se concentrer sur le problème du moment.

- « Fais couler un fond d'eau, pas trop chaud ni »

- « Je ne tiens pas à l'ébouillanter! »

- « Je m'en doute, voilà pourquoi je te dis de vérifier la température avec ton coude. »

Johnatan commençait à s'agiter dans ses bras, comme toujours, il appréhendait le moment du bain. Afin de le calmer, la jeune mère le berça doucement dans ses bras, et lorsqu'il se calma un tantinet, elle le plongea dans la baignoire. Après quoi, elle laissa le relais à John, se plaçant légèrement en retrait pour leurs laisser un peu d'intimité, mais resta dans la salle de bain au cas où.

- « Il ne va pas se noyer, ne t'en fais pas. » grommela John, exaspéré malgré lui.

Elizabeth préféra ne pas relever cette pique. De toute évidence John cherchait la petite bête, le moindre détail étant sujet à s'élever en un problème. Cela lui passera... espérons le du moins.

N'ayant aucune réponse de la jeune femme, John ne chercha pas à surenchérir, mais préféra s'occuper de son fils. D'abord hésitant, il mouillait que légèrement le petit garçon sur le dos, le ventre, mais contrairement à son père, Johnatan ne se gêna pas et l'éclaboussa.

- « En voilà des manières! » s'offusqua faussement John avant de lui rendre l'appareil sous les rires de son fils.

Elizabeth assistait au loin à cette scène, un sourire aux lèvres sans même s'en apercevoir. Finalement et si Johnatan était celui qui leur permettra de faire revenir l'ancien John.. Et si l'amour d'un père était la clef pour la renaissance de l'homme qui avait su capturer son coeur... Pour la première fois depuis deux jours, elle envisageait la possibilité qu'il puisse revenir... si ce n'est que lorsque John leva son regard sur elle, Elizabeth en eut des frissons dans le dos. Peut être pas enfin de compte...

OoO

Affalé plus qu'assis à la table du mess, il buvait son énième café non pas pour rester éveillé, n'ayant aucun travaux urgent l'obligeant à rester debout toute la nuit, mais car l'appel de caféine était plus fort que tout. D'ailleurs, la quantité phénoménale qu'il ingurgitait chaque jour ne l'empêchait en rien de dormir comme un bébé, seule sa tension répondait à cette sur-dose d'excitant.

- « Vous n'avez pas changé, toujours autant accroc » fit une voix derrière lui.

Rodney leva sa tasse pour savoir si John parlait de son penchant pour le café puis rétorqua sans réfléchir :

- « Par contre vous, ce ne sont pas les changements qui manquent et je ne parle pas de cette touffe de poils que vous appelez une barbe! »

John s'assit en face du scientifique, sourd aux piques du canadien qui auraient amené auparavant une contre attaque et donc une dispute où chacun aurait essayé de marquer des points. Sauf qu'en l'occurrence, rien.

- «A commencer par ça! Depuis quand vous restez stoïque avec moi! » tonna Rodney dont la passivité de John l'agaçait.

John le regarda, le visage neutre – seul un très léger froncement de sourcils – et verrouilla son regard dans celui de Rodney, tout simplement, toujours muet.

- « Vous ne dites rien.. »

- « Je viens de donner le bain à Jonhatan »

Rodney resta interdit. Quelle logique pouvait bien trouvé John pour lui répondre une telle chose? En y réfléchissant bien, il y en avait aucune.

- « Et? »

- « Et je pense m'être bien débrouiller. »

- « Elizabeth était dans le coins, rassurez moi »

- « Oui, elle était là » grinça t-il comme s'il regrettait qu'elle soit restée avec lui.

- « Me voilà rassuré. »

John se pencha sur la table et parla d'une voix si calme, si posée, transparente de toute émotions que Rodney sentit ses cheveux s'hérissaient sur son crâne.

- « Pourquoi? Vous m'en croyiez tous incapable? Alors pourquoi m'avoir obligé à rester ici si on me voit comme un monstre incapable de s'occuper de son propre fils. »

- « Je n'ai pas voulu dire ça » murmura Rodney pour sa défense, se disant qu'il fallait mieux caresser John dans le bon sens du poil plutôt que de lui chercher des poux en espérant qu'il agisse comme avant.

Sauf que le temps où il avait connu John était fini; ses réactions passées n'étaient plus celles d'aujourd'hui et il lui faudra apprendre à faire avec.

- « Ce que je veux dire c'est que vous êtes novice en tant que parent alors que Elizabeth... elle joue ce rôle depuis plusieurs mois. »

- « Mais moi je ne demande qu'à apprendre »

- « Ola du calme. Vous êtes revenu depuis deux jours seulement. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, soyez patient, Elizabeth vous aidera. »

Rodney le soutenait de tout coeur dans sa démarche mais à vouloir aller trop vite, ne commettra t-il pas des erreurs? Car bien que John soit son ami et le père de Johnatan, Rodney pensait aussi ce petit garçon pour qui tous ces changements ne seront pas sans conséquences. Peur de la réaction de John, Rodney s'abstint de lui faire la remarque directement.

- « J'aurai par contre une question, Sheppard » dit Rodney, préférant changer de sujet et surtout car cette question lui brûlait les lèvres depuis leur retour à la base. « Cette Marissa... elle semblait très proche de vous. »

- « Et ? Je vous arrête tout de suite, cette femme est seulement une amie. »

Le mot amie sonnait terriblement faux dans la bouche de John, mais après avoir sondé son ami du regard, Rodney conclut qu'il disait la vérité. Marissa était bel et bien une amie au sens platonique du terme. Etonnant. Déconcertant.

- « J'ai bien du mal à vous croire. » souffla Rodney, abasourdi ne sachant pas quoi penser que l'évidence, de ce qui aurait crevé les yeux à tous, ne soit pas la réalité.

Un rictus amère se dessina sur le visage sombre de John alors que ses épaules se levèrent comme pour vouloir dire : est-ce si étonnant s'agissant de moi ?

- « Il n'y a d'ailleurs eu personne si vous voulez tout savoir. »

- « Mais comment est-ce possible?! » s'étrangla Rodney, les mots ayant dépassé ses pensées.

Comment est ce possible? Une question purement théorique surtout lorsqu'on connaissait suffisamment John Sheppard pour qui la sexualité était un besoin aussi vital que celui de respirer. Comment un homme tel que lui avait pu se transformer en un saint? La réponse se résumait en peu de mots. Elizabeth. Trahison. Coeur en miette. Mort.

- « Vous ne savez pas par quoi je suis passé, Rodney »

- « Si j'ai une petite idée mais vous ne savez pas non plus par quoi nous sommes passé... par quoi est passé Elizabeth » souffla Rodney, inconscient du sens caché de ses paroles.

- « Comment ça? »

- « Rien »

- « Si vous me cachez quelque chose, alors dite moi! »

Tel qu'un lion en cage attendant sa pitance, John patienta que le canadien lui réponde, en silence, avec une patience infinie, sûr qu'il finirait par craquer, sûr que son regard inquisiteur produirait l'effet voulu sur cet homme n'ayant jamais su garder sa langue.

- « Vous avez gagné! » capitula Rodney en levant les mains au ciel, priant que ces révélations n'amènent pas sa condamnation à mort pour les avoir divulgué. « Prenons du café... on risque d'en avoir pour la nuit »

Il était trop tard pour reculer. Sa tête lui pesa lourdement à mesure qu'un flot de souvenirs s'insinua devant ses yeux. Rodney porta sa tasse de café à ses lèvres, la chaleur de liquide lui brûla la gorge, mais il ne sembla même pas s'en rendre compte. John le sondait toujours du regard, son impatience perceptible.

- « Vous avez pas intérêt de m'interrompre sinon vous ne saurez rien du tout! » croassa t-il. « Après que Ronon vous ai vu tomber dans la rivière... »

- « Rodney! » reprocha John dont la simple évocation de cet homme lui donnait des hauts de coeur.

- « Je vous ai dis quoi?! Taisez vous non d'un chien! »

John se racla la gorge, conscient qu'il lui faudrait garder pour lui tous ses commentaires au risque que le canadien ne mette ses menaces à exécution.

- « Bien... donc je disais » fit Rodney avant de faire une pause.