A ma jumelle


Labyrinthe de soie 14

« Toya tu vois Sai ? »

Les yeux du brun s'écarquillèrent. Oui, il voyait Sai pourquoi il était redevenu invisible ? Enfin normalement ? Son regard passa de sa mère à Shindo et Sai puis sur son frère qui essuyait une larme de rire. Il vit Arima se calmer un peu et se lever pour le rejoindre.

« Akira tu peux m'entendre, tu peux me voir ? » réalisa le fantôme.

« Oui… » Répondit Akira en interrogeant son frère du regard.

« C'est pas courant. » Le musicien attrapa les feuilles de soins au pieds de leur deux lit est les éplucha puis fronça légèrement les sourcils en les reposant.

« Bon bha , c'est plus pratique alors. » remarqua Hikaru

« Shindo, pas devant les parents d'Akira. Akira tu peux entendre ma voix ? » Transmit mentalement Arima.

Le joueur de go hocha légèrement la tête.

« Ok, bon fait comme si tu ne voyais pas Sai, si tu veux lui parler adresse toi à Hikaru pour l'instant, avant que ta mère te croit fou. »

« Si vous faisiez une partie de go ? » proposa Arima à haute voix.

« Oui. » Répondit le blond.

Akira prit le petit goban alors qu'Hikaru s'asseyait près de lui.

Le musicien regarda les deux garçons avant de reprendre son papier et son stylo pour continuer à travailler. Il avisa rapidement la dame qui lisait un livre dans un coin de la chambre. Bientôt quelles paroles s'échangèrent à coté entre les joueurs, Arima sourit tout en continuant à griffonner dans son monde musical. Il ne se souvenait pas depuis combien de temps il y était quand un ouragan fit volé son stylo et chiffonna son papier.

« Arima ! J'ai eu tellement peur. »

Le musicien cligna des yeux regarda sa feuille froissé puis l'amas de cheveux bruns contre son torse. Il lui fallu quelques instants pour revenir au monde réel et additionner les deux faits.

« Shigéo. Je ne voulais pas t'inquiéter ? Ca va ? Pleure pas je suis en pleine forme. »

« Oui mais hier… Papa n'est même pas rentré à la maison et Tatie… J'ai eu si peur… » Renifla la petite fille.

« Fais moi un sourire ! »

La jeune fille sécha ses larmes et fit ce que lui demandait Arima.

« Vrai de vrai ? Tu vas bien ? »

« Oui ! Et dés que je peux filer d'ici je t'emmènerais au restaurant pour me faire pardonner. »

« Armia t'es mon grand frère préféré ! Tu faisais quoi ? C'est pour un concert ? Dis tu m'offrira une chanson ? Juste pour moi. Tatie a dit que tu allais donner un concert.»

« Un resto et une chanson, rien que ça ? » s'amusa le jeune homme.

« Tu peux bien ? Non, zut y a papa qui va bientôt arriver. Ca c'est pour toi ! Pour la saint Valentin. Je veux pas qu'il le sache.»

Elle lui tendit un paquet envelopper de papier rose dont un petit cœur fixait le ruban.

« D'accord, tu auras ce que tu veux pour le wiht day. Tu es contente ? »

« Oui ! C'est qui lui ? »

La petite se redressa du lit pour faire le tour de la chambre intriguée par le deuxième garçon.

« Whaou, on dirait ton jumeau ! Deux Arima ! Bonjour je suis Shigéo Morishita enchantée. »

« Shigéo n'embête pas Akira, il est occupé.

« Oups pardon. »

« C'est pas grave on avait fini, enchanté de te rencontrer Shigéo. »

« Tu es musicien comme Arima ? Tu vas monter sur scène avec lui pour le prochain concert ?»

« Akira est joueur de go. » s'amusa Arima

« Comme Papa » fit la jeune demoiselle avec une grimace.

« Oui. »

« Pourtant t'es comme Arima, c'est du gâchis tu serais meilleur en musique. »

« Comme Arima ? Physiquement c'est vrai. » S'étonna Akira.

« Non, si vous êtes jumeaux, tu vois la musique comme lui. »

« On est juste demi frère. Je n'ai pas ses dons. »

« Ha bon… c'est vrai alors vous avez le même père, il doit être pas mal pour avoir plut à tati, il doit être du genre Brad Pitt ou Johnny Depp. »

Akiko dissimula un sourire, la pauvre petite allait être déçue. Il ne lui serait jamais venu à l'esprit de comparer son époux à des acteurs connus pour leurs charmes. C'était totalement le contraire de son époux.

Akira fit un effort pour comprendre de quoi parlait la jeune fille, puis son attention se reporta sur son frère.

« Arima c'est vrai ? »

« Que je vois les notes de musique oui, enfin c'est simplifié mais c'est l'idée. »

« Vous êtes réellement un génie musical, c'est une faculté très rare, vous feriez un excellent sujet d'étude. » laissa échapper le médecin qui venait de rentrer dans la chambre pour voir ses jeunes patients.

« Certainement pas ! » Le regard du musicien toisa le praticien et accorda un millième d'attention aux personnes qui le suivaient. Cela fait il se mura dans un silence glacial laissant entendre le message très clair que le sujet était clos et que celui qui le remettrait sur le tapis devrait y laisser des plumes. C'était pas croyable le monde qui défilait dans cette chambre toujours au plus mauvais moment.

Toya contempla ce fils qui ressemblait tant à sa mère, toute son attitude semblait dire soyez près à renoncer à la vie si vous voulez m'affronter. Il retrouvait en lui jusqu'à cet éclat brûlant de colère qui habitaient parfois le regard de celle qui lui avait donné le jour.

Son attention repassa sur Shindo qui rangeait les pions du plateau de jeu et sur sa femme qui n'avait pas bougé. Puis sur la fillette assise sur le lit d'Arima. Décidément cette chambre ne se vidait donc jamais de tous ces visiteurs ? Le praticien s'adressa rapidement à lui pour faire un compte rendu sur l'état des enfants qu'il souhaitait garder en observation encore un peu. Puis il prit congé. Il avisa enfin la gamine qui le regardait bizarrement.

« Mais c'est un croulant pire que papa. Tatie était ivre ou elle avait perdu un pari ? » Laissa échapper la petite demoiselle.

Akiko émit un petit rire et essuya les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues. Un coup d'œil à l'air outré de son mari fit redoubler son amusement. Forcement que Koyo ressemblait à un « croulant » comparé à des sexes symboles internationaux. En plus pour la petite il devait lui paraître comme une antiquité elle était si jeune.

« Faudra lui demander, elle ne m'a jamais rien dit. » lui répondit Arima.

« Papa est très bien. »

« Mais tati est une des plus belles femmes du monde, alors non il va pas du tout avec, c'est pas crédible. »

« Maman ? » fit Akira surpris de la voir autant s'amuser.

« Désolée, mais ton père n'a rien de George Clooney. » répliqua sa mère assez d'accord avec l'enfant.

Un téléphone sonna mettant un terme au sujet, Shigéo décrocha et fit une moue de petite fille triste.

« C'était papa, il passe me prendre en voiture. Je dois y aller. Dis tu sors vite Arima ? »

« Oui ma puce et fait pas trop enrager ton père. »

« Arima t'es pas drôle. »

La petite embrassa le musicien puis regarda Akira avant de s'approcher de lui indécise, après un instant de réflexion elle l'embrassa aussi avant de saluer les autres et de quitter la chambre en courant.

« Elle est vraiment mignonne et très amusante cette enfant. Il se fait tard je vais rentrer aussi. » Dit Akiko.

« Je vous accompagne. » rajouta Hikaru en pensant que sa mère devait l'attendre pour le repas.

La pièce se vida d'un coup laissant les trois hommes seuls. Arima reprit sa page qu'il lissa avant de la relire pour en retrouver le fil. Il jeta un coup d'œil à la dérobée à son frère qui semblait ne pas oser le déranger. Le musicien suivit le regard du joueur avant de lui passer sa tablette numérique et de quoi écrire. Puis il se replongea dans son travail, il lui restait plus qu'à trouver les paroles jutes pour ce morceau. Il s'évada un peu en fixant la fenêtre, pourquoi les mots lui donnaient toujours du fils à retordre. Il raya une ligne et recommença mais la construction était bancale, si il changeait l'ordre c'était un peux mieux mais ce mot là faisait tache.

Les deux garçon se firent face semblant communiquer silencieusement puis soupirent de concert.

« Akira tu peux me chercher un synonyme ? »

« Arima tu peux m'aider en physique ? »

Les deux phrases tombèrent en même temps alors qu'un sourire jumeau passait sur leurs lèvres.

« Montre moi ce que c'est ? »

Arima se leva pour se rapprocher de son frère et s'assit à ses cotés pour lire sur l'écran avant de récupérer l'ébauche d'exercice qu'Akira avait fait sur le papier. Il reprit où il s'était égaré et donna toutes les explications nécessaires au lycéen. Il finit le devoir puis ouvrit une page de recherche pour trouver de quoi faire avancer son texte.

Koyo Toya qui remplissait des formulaires pour la fédération de go, surveillait discrètement ses fils. C'était étrange de voir Arima aider Akira, Akira avait toujours était un bon élève alors que pour ce qu'il en savait Arima n'avait jamais était scolarisé. Dans un sens ses sources étaient discutables, les informations d'Internet n'étaient pas forcements très fiables.

« Tu vas au lycée Arima ? »

« Non. »

« Mais tu as fait des études ? » Sinon comment pouvait il faire aussi facilement un devoir d'Akira. Sa mère ne pratiquait que les arts.

« Non. »

« Tu n'aimerais pas faire des études ? »

« Stop ! Je crois qu'il y a un mal entendu. J'ai un boulot à plein temps et je n'ai pas besoin d'un père. »

« Cela ne change pas le fait que tu sois mon fils comme Akira. »

« Les quelques heures que vous avez passé avec ma mère ne me concerne pas. C'est SA vie privée. Quand à imaginer que cela vous donnes un droit de regard sur mon existence, c'est une utopie. Mais si un homme mérite d'être considéré comme mon père c'est celui qui m'offre une épaule sur laquelle pleurer à chaque fois que je me fais plaquer. Celui qui me connaît réellement. Que savez vous de moi ? Ce que vous avez lu ? Comme mes fans alors, vous ne savez rien. »

Akira vit son père se pincer l'arête du nez visible très contrarié. Il s'était déjà demandé ce que donnerait la première rencontre en eux, sans avoir imaginer qu'ils se tomberaient dans les bras, il s'était plus attendu à ce qu'ils soient heureux. Mais il n'aurait pas cru que cela virerait au conflit en quelques mots.

« Tu lui ressemble. »

« Comme si vous la connaissiez. »

« Je la connais. »

« Vraiment. Prouvez le. Quelle langue parle ma mère. »

« Celle des arts. »

« Elle était facile. » répondit le garçon avec humeur. Ce type pensait la connaître, c'était une blague, il la connaissait dans son lit, mais la femme formidable qu'elle était en privé lui était totalement étrangère.

« Elle a un caractère épouvantable, elle a toujours raison, les arts sont la constante de sa vie et elle est incapable de s'occuper d'elle. Elle saute le petit déjeuné, le repas de midi si elle est occupé elle l'oublie, elle mange comme un moineau. Elle est la dernière couchée et la première levée mais elle passe souvent ses nuits à répéter. Après une représentation on se demande comment elle ne s'est pas évanouie avec le rythme de travail qu'elle s'est imposée. »

Le musicien déglutit, oui il avait raison mais personne en dehors de la maison ne connaissait ces détails. C'était le sujet de dispute fréquent avec tonton qui se faisait un sang d'encre pour elle. Pourtant tonton avait toujours était le seul homme qui ait eu une place dans son existence. Le seul qu'elle acceptait depuis des années dans son quotidien, sans qu'il soit son époux ou qu'ils entretiennent une relation de couple. Alors comment cet homme pouvait savoir cela. Il pouvait bien passer un coup de fil à sa mère, peut être un texto elle devait déjà être partie travailler à l'heure qu'il était. Son regard passa de son portable à l'homme en face de lui. Il y avait qu'une façon d'en avoir le cœur net. Il tapota un message rapide peut être qu'elle lui répondrait si elle était disponible. Une poignée secondes plus tard l'appareil émit un ultrason pour l'avertir d'une réponse. Il lut le message et reporta l'attention sur l'homme cette fois très intrigué.

« Je vous crois, aussi bizarre que cela soit, visiblement vous vous connaissez bien. Je suppose que votre prénom est Koyo ?»

« Oui. »

Le musicien posa sa main sur celle de son frère qui serrait son bras avec force depuis un moment au point d'en avoir incrusté ses ongles dans sa chair.

« Akira ? »

Le joueur de go desserra sa prise, un peu penaud de sa réaction et lu le message sur le petit écran avant de pâlir un peu.

« Elle doit vraiment t'en vouloir papa… » Murmura Akira

« Vraiment, qu'a-t-elle répondu ? »

Le plus jeune rougi, alors que son aîné dévisageait son géniteur.

« Elle dit : Méfie toi de Koyo comme la peste. »

L'homme sourit en entendant la réponse, c'était tellement typique d'elle.

« C'est beau un compliment venant de ma mère, j'aurais jamais pensé qu'elle puisse dire ça de quelqu'un. Félicitation. »

« Tu trouves que c'est un compliment toi ? » s'étonna Akira dont les yeux passèrent de son père qui semblait amusé à son frère sans comprendre.

« Venant de ma mère oui, elle le reconnaît comme un adversaire dangereux même pour elle, comme son égal si tu préfères. Puis je savoir ce qui vous vaut un tel éloge. »

« Peut être d'avoir vécus ensembles pendant près de deux ans. »

« Deux ans avec elle ! Vous gagnez tout mon respect pour y avoir survécu.»

« Elle est spéciale… mais revenons au sujet, tu ne voudrais pas reprendre des études comme Akira ou le conservatoire ?»

« Je suppose que vous savez déjà que je l'ai abandonné… »

« Oui. »

« J'ai bien compris la leçon, elle a bien manœuvré. Je n'y ai pas ma place… Ni ici, ni ailleurs… J'y ai vu le gouffre qu'il y a entre moi et les autres… Et celui mille fois plus grand qui me sépare d'elle, ma déesse de mère… »

« Ta mère ne peut pas être si machiavélique. » voulu le réconforter Akira.

« Quand j'ai abandonné, elle m'a dit je vois que cela t'as été profitable avec le sourire d'un chat qui s'est bien amusé avec une souris. Alors si elle l'avait pas prémédité… C'est un peu comme un joueur de go qui connaît tout les déroulements possibles avant même que toi tu poses ta première pierre et qui va te mener où il veut comme il veut. »

« C'est vrai que ta mère mène sa vie comme une partie de go où elle a toujours une centaine de coups d'avance. Mais c'était certainement plus dans le but de te protéger, elle a juste une façon bien à elle de le faire. »

« C'est vrai, avec le recul je commence à comprendre ce qu'elle a fait… Et elle avait raison. »

« Elle a souvent raison. »

« Elle a toujours raison. »

« Non. »

Arima regarda son père, c'était un homme particulier qui finalement n'était pas si mal. Pas qu'il soit prêt à changer son mode de vie pour lui. Mais il sortait indéniablement du lot, il y avait quelque chose de très familier chez lui. Cela n'avait rien à voir avec Akira et pourtant… Son esprit fit le rapprochement et un grand sourire naquit sur ses lèvres.

« Finalement vous êtes les deux mêmes. J'espère que votre épouse n'a pas été blessée, c'est une situation assez désagréable pour elle. »

« Maman ne semblait pas vraiment troublée. » remarqua Akira

« Elle était mieux informée que moi puisqu'elle connaissait déjà l' existence d'Arima. »

« Ha ? Maman savait ? C'est pour ça qu'elle agissait bizarrement ces derniers mois ? »

« Non, enfin d'après elle ça n'a rien à voir. On voulait attendre un peu avant de t'en parler Akira. Mais ta mère veut divorcer. »

« Maman veut… Et toi papa ? »

« Je peux difficilement m'y opposer. »


Arima éteignit l'écran de télévision, il était minuit passé. Il regarda son petit frère qui dormait à coté dans l'obscurité. Il contempla le plafond, la journée avait été assez riche en surprises. A commencer par ce père soudainement apparu, il avait la certitude depuis longtemps qu'il partageait le même géniteur avec Akira. Mais il avait toujours pensé que sa naissance était une erreur de parcourt, qu'il était le résultat inattendu d'une aventure d'une nuit. Le simple fait que son père ignorait son existence aurait dû lui en fournir la preuve. Mais il avait dû se rendre à l'évidence ses parents avaient réellement vécus ensembles, comment son père avait réussi à se faire un place dans la vie de sa mère restait un mystère. Elle n'était pas de celle qui s'encombrer d'un homme et encore à considérer le premier venu comme un égale. Amoureuse ? Il ne fallait pas y songer, les grands amours de sa vie étaient ses arts. D'ailleurs sa mère était incapable de tomber amoureuse, comme lui, il était celui qui lui ressemblait le plus et celui qui pouvait la comprendre. Peut être que son père était juste assez particulier pour qu'elle y ait vu un remède à sa solitude.

Toya, grand joueur de go et leur père, celui qui avait pris soins d'Akira. L'enfant qu'il avait eu avec son épouse. Il ressemblait à un homme normal menant une vie rangé et calme. L'image du bonheur familial comme devait l'imaginer la plus pare des gens. Sauf que l'épouse de son père avait découvert son existence. Il avait affirmé qu'il n'était pour rien dans la décision de son épouse, pourtant il lui était difficile de croire le contraire.

C'était assez injuste qu'Akira voit ses parents se séparer à cause de lui. Son frère était innocent, son père aussi en plus. A l'époque il n'était pas marié, et sa mère devait même être sa compagne officielle. Ils étaient restés en couple deux ans, ils n'avaient fait de mal à personne, après que sa mère soit tombée enceinte… Il ne savait pas pourquoi ils s'étaient séparés mais Akira n'était venu au monde que trois ans après. Akiko n'aurait pas dû se sentir trahie de ce qui était antérieur à son mariage. Enfin sans doute, c'était logique, mais les sentiments l'étaient ils ?

Le musicien soupira et repoussa ses interrogations. Il était plus que temps qu'il dorme. Dans le lit à coté Akira avait un sommeil agité et se retournait de temps à autre. Arima commençait à s'endormir quand un gémissement suspect et un mouvement plus brusque de son frère lui fit rouvrir les yeux, il tendit la main pour éclairer la lumière et voir ce qu'il se passait. Il découvrit assit sur la couche Akira en état second, les pupilles rétrécies de terreur.

« Akira ? » murmura le musicien.

N'obtenant pas de réponse de son cadet, le garçon de plus en plus inquiet repoussa ses draps pour se lever. Il pensa in extremis à prendre avec lui la patère de la perfusion avant de rejoindre son frère.

« Akira tu as fait un cauchemar ? » demanda t'il en lui caressant les cheveux.

L'adolescent hocha juste la tête.

« C'est rien essaye de te rendormir. »

Arima s'assit sur le rebord du matelas en attendant que le joueur de go retrouve son calme. Ils restèrent quelques minutes en silence.

Akira porta la main à sa poitrine se forçant à respirer calmement. Il était trop grand pour avoir des terreurs nocturnes, en plus il dérangeait Arima au milieu de la nuit. Il s'étira un peu avant de s'asseoir plus normalement. Son regard passa sur la chambre d'hôpital, il n'avait rien à craindre, il avait juste fait un mauvais rêve. Il regarda les lumières qui venaient des bâtiments aux alentours, il était vraiment stupide, il allait dire que tout allait bien puis il se recoucherait pour se rendormir et laisser Arima se reposer. C'était la seule chose à faire. Quelque chose sembla frémir dans l'angle de la chambre, le rideau avait dû bouger à cause d'un simple courant d'air. Il ne devait pas être aussi émotif. Mais c'était quoi la forme sombre qui semblait résider dans l'angle, elle se déplaçait ? L'adolescent sentit ses poils se hérisser et se jeta dans les bras de son frère.

« Arima… Là ! Y a… »

« Ha, heu… oui. C'est rien. » Fit le musicien en suivant son regard.

« Mais il y a quelque chose. »

« Oui Akira, calme toi c'est rien d'important. »

Le musicien serra doucement son cadet contre lui tout en lui caressant le dos. Quand il sentit qu'il était à nouveau un peu plus calme il chercha ses mots avant de continuer.

« Akira tu as vu Sai ? »

« Oui. »

« Donc si tu peux le voir tu risques de voir d'autres choses, comme la forme qui était dans la chambre. »

« Tu veux dire que je vois les fantômes ? »

« Oui. »

« Mais c'est impossible, je n'en ai jamais vu avant. Pourquoi cela changerait aujourd'hui.»

« C'est compliqué et assez long, je voulais t'en parler avant mais comme ton père est resté très tard. »

« C'est aussi le tien. »

« Hum… Si tu veux » concéda Arima.

« Tu peux m'expliquer ? »

« Tu te souviens de l'accident ? »

« Vaguement… »

« Deux piétons face à un camion, tu trouves pas qu'on s'en sort trop bien ? »

Le joueur réfléchit, il se souvenait du poids lourd qui arrivait sur eux, des mètres qui disparaissaient trop vite, de la peur qui l'avait saisi et d'Arima qui le prenait contre lui pour s'interposer. Après il avait un vague souvenir de la douleur, du froid.

« Oui sans doute »

« Quand on est arrivé à l'hôpital tu étais inconscient, moi non. Je suis certain qu'on était dans un état critique, tu étais couvert de sang et j'avais plusieurs fractures. »

« Arima c'était il a peine quarante huit heurs, c'est impossible. »

« Non ça l'est, je ne sais pas comment mais c'est une réalité. J'ai consulté les feuilles de soins mais la seule chose que j'ai pu découvrir c'est que Kinu nous a donné son sang. »

« Son Sang ? »

« Oui, je suppose que c'est la raison pour laquelle tu vois les esprits. Elle les voit, je les vois depuis toujours et nous sommes du même sang donc se serait logique.»

« Peut être… Mais comment expliquer notre rémission ? »

« Tu m'en demande trop, je n'en sais absolument rien. »

« Pardon. Tu penses que Kinu va bien ? Elle doit être fatigué dans ce cas. »

« Elle travaille, elle honore ses engagements plus les miens et les différentes conférences de presse. »

« Elle doit être submergée la pauvre. »

« T'inquiète pas, elle assure ! Mais je vois que ça va mieux. Il est grand temps de dormir.»

Arima se leva pour regagner son lit et ré éteindre la lumière.

« Arima… Il… c'est encore là… »

Le musicien sourit, il aurait pu lui dire de l'ignorer comme il le faisait lui-même mais c'était sans doute trop nouveau pour son cadet. Lui il voyait ces choses depuis sa naissance mais pour quelqu'un de normal c'était sans doute perturbant. Il poussa un léger soupir.

« Akira tu veux que je dorme avec toi ? »

« Si tu veux bien. »

Arima repoussa une nouvelle fois les draps et regarda l'heure qui clignotait sur son portable. Trois heures du matin, si une personne osait venir le réveiller avant dix heures il avait intérêt de lui offrir un instrument magnifique si il ne voulait qu'il le zigouille avec la première chose qui lui tomberait sous la main. Il ralluma la lumière pour faire le tour du meuble qui aurait dû abriter son sommeil et se dirigea vers son frère qui se déplaçait sur le matelas pour lui faire de la place. Il poussa sa perfusion contre le chevet et se glissa dans le lit qui était un peu étroit. Il attira Akira contre son torse puis posa un rapide bisous le front un peu chaud du petit.

« Fait de beaux rêves chaton, et maintenant dodo. »


Akiko Toya poussa la porte de la chambre d'hôpital, il était encore tôt le matin mais c'était son fils, même si il était grand il n'en restait pas moins son bébé. Son regard passa par le lit vide avant d'arriver sur celui où dormaient les deux enfants. Ils étaient vraiment adorables, avec leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre ils ressemblaient plus que jamais à des jumeaux. Même elle elle n'aurait pu dire lequel des deux était son fils. Elle fouilla son sac silencieusement pour sortir son téléphone et faire une photo. Des pas derrière elle se firent entendre, elle se retourna se doutant qu'il s'agissait de son époux. Elle le vit effectivement s'avancer et observer les deux garçons qui dormaient comme des petits anges, l'ébauche de sourie qu'elle lui vit la surpris un peu. Il lui semblait plus détendu qu'à l'ordinaire presque joyeux.

Elle déposa silencieusement les affaires qu'elle avait apportées pour leur fils. Même si aujourd'hui elle ne pourrait pas rester à cause de son travail elle ne regrettait pas d'être venu. Koyo resterait sans doute toute la journée avec les enfants. Dans un sens c'était dommage qu'elle dut partir, elle aurait bien aimé rencontrer la mère d'Arima. Son époux ne lui avait jamais dit qu'il y avait eu une autre femme dans sa vie et elle était assez curieuse de savoir qui était celle qui avait osé faire un enfant avec son goban sur patte de mari. Elle devait être moins stupide qu'elle pour ne pas être resté sagement à se faner à ses cotés.

Akiko quitta la pièce sur la pointe des pieds pour rejoindre le taxi qui l'attendait. Elle aurait sans doute pu rester. Mais elle était pressée de reprendre ses activités, elle avait besoin de ce travail pour s'oxygéner l'esprit, pour se sentir à nouveau exister. Exister, depuis qu'elle avait commencé elle s'était senti renaître. Et ce n'était qu'un début, maintenant elle pouvait entrevoir un autre avenir sans Koyo et sans goban. Peut être avec un homme dont elle tomberait amoureuse un jour, sans doute pas en tant qu'épouse, peut être comme une maîtresse. Qu'importait, elle voulait juste vivre.

Resté seul Koyo s'assit pour attendre le réveil de ses enfants. Ils étaient mignons serrés l'un contre l'autre dans ce petit lit, comme si ils avaient toujours étaient frères et que cela leur était naturel. La porte de la chambre s'ouvrit laissant filtrer la lumière du couloir puis un membre de l'équipe médicale. La dame s'arrêta sur l'étrange spectacle qu'offraient ses deux patients puis s'avança vers eux un thermomètre auriculaire à la main. Elle prit la température du premier enfant avant de se retourner vers leur père.

« Celui porte une boucle d'oreille c'est Arima ou Akira ? » chuchota l'infirmière.

Koyo fronça légèrement les sourcils, il n'avait pas fait attention à ce détail. Un de ses fils portait une boucle d'oreille ? Ce ne pouvait être qu'Arima.

« Arima. »

La dame renouvela l'opération sur le deuxième garçon avant d'écrire sur la feuille de soins.

« Leur sœur va bien ? »

Kinuko ? Sans doute, il ne l'avait pas revue depuis cette nuit là. Il répondit par l'affirmative alors qu'Arima bougeait légèrement et se frottait les yeux. Il sourit en dormant encore à moitié devant l'air angélique de son cadet puis il chercha la source des voix qui l'avaient tirées du monde des songes.

« Bonjour Arima. »

« Bonjour… père. »

L'expression de Koyo se figea, « père » ? Arima l'avait appelé père. Il eut l'impression de sortir d'une de ses longues séries de parties qu'il avait disputés pour des titres. Dans un sens c'était un peu le cas, mais celui qu'il venait de remporter avait une saveur toute particulière. Même celui d'honinbo ne lui aurait pas procuré cette joie. Peut être parce que c'était une chose qu'il avait toujours crue acquise, parce qu'Akira l'avait toujours appelé papa. Avec Arima il avait découvert que ce n'était pas aussi simple.

« Comment te sens tu ? »

« Bien merci, maman est passée ? »

« Elle t'as laissé un mot et des affaires. »

« Comment elle va ? »

« Je ne l'ai pas vue, elle a dû passer très tôt ce matin. »

« J'aurais aimé la voir, enfin c'est pas grave. »

Akira ouvrit un œil puis lentement un deuxième.

« On t'as réveillé ? Désolé Akira. »

« Non c'est pas grave. Bonjour papa, bonjour Arima. »

L'infirmière repassa dans la pièce pour déposer les petits déjeuner puis s'approcha d'Akira avec une seringue. Au plus grand soulagement de l'adolescent l'aiguille se planta dans le plastique de la perfusion, puis la femme se retira pour les laisser se restaurer. Le musicien regarda son plateau et le sachet de thé plutôt septique avant de loucher sur le thermos posé sur sa table de nuit.

Il se leva pour ouvrir la bouteille isotherme et humer la bonne odeur qui s'en dégageait. Il avisa à coté une clé usb, une partition annotée et une boite qui devait contenir des gâteaux faits par sa mère.

« Ma petite maman chérie tu penses toujours à tout. » exulta le jeune homme.

« Tu veux du café Akira ? Père ? »

« Non merci, j'aime pas vraiment le café. »

« Non merci Arima, mais tu pense que c'est raisonnable. »

« Raisonnable je sais pas, mais nécessaire oui. Je vais être à court de délais alors je suis volontaire pour tester tous les excitants du monde pour finir dans les temps. Maman a aussi fait des gâteaux »


Koyo paya son repas à la cafétéria de l'hôpital. Il avait passé sa matinée à jouer au go avec Akira alors que son autre fils travaillait de toutes ses forces à coté sur sa musique. Rien n'aurait réussi à faire dévier ces deux là de leur occupation. Même pas le médecin en chef qui avait voulu leur rappeler qu'ils devaient se reposer. L'expression du praticien l'avait particulièrement amusée quand Arima lui avait répondu qu'ils étaient tous dingues quand il s'agissait de leur travail, que c'était génétique. C'était on ne peu plus véridique, rien ne l'aurait empêché de jouer lui-même, comme c'était aussi le cas pour Akira. Arima aimait la musique avec la même passion qu'eux le go. Il finit son repas et commanda un quadruple expresso à emporter et un thé avant de remonter rejoindre ses enfants.

Il déposa le café sur la desserte d'Arima qui continua d'écrire encore quelques instants puis il regarda son fils qui faisait la sieste avant de s'asseoir près du musicien. Arima le remercia puis prit sa tablette numérique et mit les oreillette pour écouter quelque chose. L'expression du garçon changea alors qu'il buvait son café. Il remit des annotations sur une page déjà raturée et regarda le résultat comme si le coup divin venait de lui filer entre les doigts.

« Ce n'est pas bon ? » l'interrogea son père.

« Si hélas, les arrangements de ma mère sont trop bon. C'est vexant d'être géniale à ce point. Je suis jaloux.»

« C'est ta mère. Tu ne veux pas faire une pause ? »

« C'est une idée. Je peux mettre la télé ? »

« Bien sur. »

Koyo Toya passa la télécommande au garçon qui entra le numéro d'une chaîne. L'écran renvoya à Arima l'image de Kinuko chantant dans une tenue digne d'une idole. Le musicien soupira.

« Ça va être un massacre. Comment je pourrais réutiliser ces morceaux moi maintenant, en plus un dimanche après midi avec une audience record. Il va falloir que j'en compose six de plus.»

«C'est une pause ou une autre séance de travail ? » lui demanda son père.

« Les deux, mais elle est vraiment bonne. Sa tenue est géniale on dirait Misa Amané en brune »

L'homme regarda l'écran et fronça les sourcils. « Misa Amané » la référence ne lui disait absolument rien, c'était sans doute une des dernières égéries de la mode ou une de ces jeunes chanteuses populaires.

« C'est vrai que ça lui va bien. Elle est vraiment dynamique on dirait une idole.» répondit Akira qui sortait de sa sieste.

Koyo suivit plus attentivement la jeune fille sur l'écran, quelque chose semblait ne pas coller. La tenue ? il n'était pas très calé en mode féminine, à la faveur d'un plan plus serré son impression fut renforcée. Son regard s'attarda sur les yeux de la chanteuse quand le caméraman fit un gros plan. Une ride marqua un instant son front.

« Elle fait le show, c'est une bête de scène, mais c'est pas comme d'habitude, je sais pas la fatigue sans doute. Je lui en demande beaucoup...»


Kinuko s'étira discrètement avant d'avaler en quatrième vitesse un café corsé et sans sucre. Cette journée n'en finissait plus, après ses visites du matin, un passage radio, une interview faite sur la baquette de sa voiture et un mini concert live elle était claquée. Tout sont corps criait grace, elle était perculse de douleurs au point de se demander si elle tiendrait la cadence. Elle regarda sa montre avant de courir à sa voiture. Elle était attendue à l'autre bout de la ville pour monter sur scène, en plus il lui faudrait se changer et se maquiller. Elle étouffa un soupir de découragement, elle allait avoir du mal à être à l'heure, c'était ingérable avec l'emploi du temps d'Arima en plus du sien. Elle monta dans sa voiture en faisant signe à deux journalistes de venir avec elle. Elle écouta les questions pour leur donner des réponses sur Arima, sur le prochain concert, sur eux, sur elle. Le véhicule s'immobilisa enfin, elle ouvrit elle-même sa portière pour foncer vers les coulisse en abandonnant là les autres passagers. Kinuko jeta un bref coup d'œil à son habilleur et à sa maquilleuse. Elle dégrafa son haut pendant que la dame délaçait ses bottes, puis elle défit sa jupe avant d'enlever son soutient gorge pour passer la longue bande de tissus qui le remplacerait. Elle enfila ses sous kimono puis se fit maquiller pendant que l'homme trépignait en attendant le l'habiller. Enfin la dernière touche de sa tenue fut en place, elle entendait déjà la musique sur la scène. Elle monta sur les planches pour accomplir sa prestation, c'était étrange ce soir sa tenue lui semblait plus lourde. Elle enchaîna avec le tableau suivant comme dans un rêve, puis le reste se passa dans cet état étrange. Elle termina enfin le spectacle et retourna changer de tenue pour enchaîner sur la dernière partie de sa journée dans les maisons de thé où elle travaillait. Elle devait y passer voir plusieurs de ses habitués.

La brune fit coulisser la porte de la dernière salle, elle avait enfin fini pour ce soir. Elle salua comme à son habitude la maîtresse de maison et allait sortir quand la dame la retint.

« Kinu chan tu as mauvaise mine, tu devrais te ménager. » lui dit elle.

Kinuko la remercia de se faire du souci pour elle avant rentrer chez elle. Elle enleva sa perruque et ses vêtements puis se démaquilla vite avant de passer le kimono qui lui avait été préparé. Elle vérifia distraitement son reflet dans son miroir puis se dirigea vers l'hôpital où devait l'attendre Arima. Il y avait de grande chance pour qu'il dorme, elle regarda l'heure sur le tableau de bord elle n'y serait pas avant 3 heure du matin au moins… Elle prendrait les morceaux de la journée avant de rentrer pour se préparer à une nouvelle journée de marathon.

Elle posa enfin un pied dans le hall de l'hôpital, le reflet de la lumière sur le carrelage lui donnait l'impression qui se mouvait comme la surface de la mer. Elle cligna des yeux avant de s'engouffrer dans l'ascenseur, l'air y était lourd et pesant, les portes se rouvrirent après ce qui lui sembla une éternité. Kinuko fit la distance qui la séparait encore de la chambre, ses muscles renâclaient un peu, mais ce n'était rien, juste une journée de dingue dans une période déjà surchargée normalement. Elle atteignit la porte sa main s'appuya sur la poignée, décidément les portes des hôpitaux étaient bien lourdes comparées à celles au papier délicat de sa maison. Le battant vacilla dans son champ de vision, elle porta sa main au chambranle alors que le décor se mettait à tourner dans une course folle autour d'elle.

Koyo Toya venait de terminer la boisson qu'il s'était fait couler au distributeur. Il regarda sa montre, il était tard mais Akira avait eu du mal à s'endormir quand à Arima il supposait que c'était dans ces habitudes de veiller. Il avait décidé de faire un tour pour leur laisser un peu de tranquillité. Il supposait que quand il repasserait les voir ils dormiraient sans doute ensembles comme ce matin ce qu'ils n'auraient pas osé faire en sa présence. Il reprit la direction de la chambre mais une silhouette devant la porte le fit suspendre son pas. Il la vit prendre appuis contre le montant de la porte, puis lentement s'affaisser. Il pressa le pas pour rattraper la jeune femme qui tombait à quelques mètres de lui. Il la saisit avant qu'elle ne toucha le sol, son regard s'égara sur son visage pâle comme une pierre de go puis sur ses paupières closes. Elle était étrangement molle entre ses bras comme une poupée. Sa main effleura la joue de l'évanouie, il la dévisagea un bref instant puis passa un bras sous ses genoux pour la soulever. Il allait franchir la porte de la chambre quand l'infirmière qui lui avait demandé des nouvelles de la jeune fille se précipita pour les rejoindre.

« Votre fille fait un malaise ? » s'inquiéta la femme.

« Non, ce n'est rien… elle est juste un peu surmenée. » finit il par répondre se doutant que « sa fille » entrerait dans une colère noire si le personnel hospitalier voulait mettre en péril son emplois du temps.

« Vous êtes sûr ? »

L'homme regarda dans la chambre, comme il l'avait pressenti ses deux fils dormaient l'un contre l'autre. Il se dirigea vers le lit inoccupé pour poser Kinuko. Son attention s'attacha à son obi qui serait inconfortable si il l'allongeait sur le dos, il médita quelques secondes. Puisque c'était « sa fille » il n'y aurait rien d'inconvenant à ce qu'il l'en débarrassa. De sa main libre il défit les deux liens de devant puis celui caché par le obi avant de dénouer le lourd ruban de tissus dans son dos. Le nœud céda et il déroula les deux tours que faisait la ceinture autour de taille. Il ramassa le tissu et les accessoires pour les poser plus loin avant de l'allonger. Il plia ses effets avant de s'asseoir au chevet de Kinuko. Au bout d'un moment la brune bougea un peu et se tourna sur le coté.

« Tout va bien monsieur Toya ? »

« Oui elle s'est endormie. »

« Pauvre petite, j'avais pas fait attention mais elle est encore plus jolie que ses frères, c'est rare une jeune fille si classique à notre époque elle semble sortie d'un tableau. »

Koyo regarda la demoiselle, oui c'était une beauté classique du plus pur style japonais, un détail lui sauta aux yeux même si il était à demi caché par sa longue chevelure sombre, il pouvait distinguer les trois dents blanches encore peintes sur sa nuque. Il contempla en silence cette marque qu'il connaissait bien, quand il se retourna pour parler à son interlocutrice il ne fut qu'à moitié surpris de voir qu'elle n'était plus là. Il quitta son siège pour se diriger au bureau des médecins, peut être qu'une dame aurait du démaquillant avec elle.

Shigéo poussa silencieuse la porte de la chambre de son neveu, il était à peu prêt persuadé que Kinuko serait là. Il esquissa un sourire en constatant que son intuition ne l'avait pas trompé. Elle était là allongée à la place d'Arima, elle semblait dormir, ce dont elle avait grandement besoin à son avis. Il s'approcha du lit, la journée avait dû être dure pour qu'elle se soit démaquillée si rapidement qu'elle en ait oublié du blanc sur sa nuque. Il se retourna pour voir si quelqu'un pourrait le dépanner du nécessaire pour enlever les dernières traces de maquillage. Shigéo fit le tour des couloirs avant d'arriver au service voisin où on lui offrit gracieusement des lingettes. Il refit le chemin en sens inverse et allait rentrer dans la pièce dont la porte était restée ouverte. Il y avait une personne dans la chambre, il identifia Toya puis dans la faible lumière quelque chose de blanc qu'il passait sur le cou de Kinuko. Ses doigts se crispèrent sur la pochette qu'ils tenaient, il se mordit la lèvre avant de faire demi tour.

A suivre