Voilà un nouveau chapitre ! Beaucoup plus tranquille que les derniers. Mais je pense que cela nous fera du bien :)

Ah oui, j'ai changé de nom de plume. Je suis maintenant Alc'hweder. Ne vous inquiétez pas, rien d'autre n'a changé :) A part mon profil que j'ai enfin complété :D

Allez, bonne lecture !


*** Sujet 13 ***

Kingsley Shackebolt

Après toutes ces histoires privées, que pensez-vous de nous pencher un peu sur l'histoire publique ? Sur l'Histoire en fait. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous faire un cours. Le professeur Binns le fait bien mieux que moi. (1) Ma version de l'Histoire sera plus personnelle puisque je me propose de vous la faire découvrir à travers le prisme de mon appareil photo et en nous concentrant sur un lieu particulier, l'Angleterre, une époque particulière, mai 2000 soit deux ans après la Bataille de Poudlard, et sur une personne particulière : Kingsley Shackebolt. Vous savez bien sûr tous de qui il s'agit. Sinon… Sinon retournez bien vite suivre les cours du Professeur Binns !

Comme vous le savez sans doute, Kingsley Shackebolt avait pris la tête du Ministère depuis la chute de Vous-Savez-Qui. (Veillez m'excuser mais, même deux siècles plus tard, son nom me fait toujours frémir. Cela peut paraître stupide mais vous n'avez pas vécu cette époque. Et vous n'en êtes pas mort…) Il était Ministre par intérim d'un Ministère provisoire. Cette situation s'éternisait depuis deux ans donc, sans que se pose la question de nommer un nouveau gouvernement en bonne et due forme. Si la population sorcière ne se souciait guère de savoir qui les dirigeait tant que tout allait bien, Kingsley Shackebolt était, lui, pleinement conscient que la situation n'avait que trop duré et qu'il fallait procéder à de nouvelles nominations pour que le Ministère retrouve une forme de légitimité qui ne repose pas seulement sur des faits de guerre (plus ou moins avérés d'ailleurs).

Il lui tardait aussi de passer le flambeau. Car Kingsley (là encore je n'utiliserai que le prénom, et comme ce sera le cas pour la plupart des personnes dont je parlerais puisqu'ils sont devenus, à la longue, mes amis, ce sera la dernière fois que je vous prierais de me pardonner cette légèreté dans ma façon de vous présenter de si illustres personnages), Kingsley donc, était exténué. Cela, je l'ai très vite compris à partir du moment où j'ai commencé à le … suivre de manière assidue. Ses yeux noirs étaient cernés s'il se tenait toujours droit, ses épaules commençaient à tomber comme accablées par le poids du monde et enfin, sa voix, dont je me souvenais profonde et apaisante, avait maintenant une sorte de langueur trainante. Je pense donc que quand il a demandé au Magenmagot de se rassembler pour nommer un nouveau Ministre, il songeait vraiment à vraiment se retirer. Cela n'allait pas être si simple.

Kingsley, comme vous vous le rappelez peut-être de vos cours de sixième année, était très apprécié. Le Ministère, souvent jugé inefficace (et si vous me permettez une petite remarque personnelle, je pense que cette facette-là de la politique sorcière britannique n'a pas vraiment évolué en deux siècles), se révélait sous sa direction très compétent. Entaché d'aucun scandale, il gérait les affaires courantes des sorciers tout en traitant les conséquences de la prise de pouvoir du mage noir. La tâche était lourde mais l'administration du Ministère, parce que bien dirigée, s'en sortait avec les honneurs. Et en effet, Kingsley était partout. Il contrôlait l'activité de chaque Département avec minutie, écoutant tous les matins le rapport d'activité de chaque directeur. Il demandait à être tenu au courant de chaque projet et notamment se faisait faire un briefing sur les affaires internationales tous les après-midi par la section britannique de la Confédération internationale des sorciers (je me rappelle que c'était à quatre heures, ils prenaient le thé ensemble). En résumé, il était sur la brèche depuis deux ans et je pense que sa vie personnelle en avait pâti.

Il avait donc lancé la procédure auprès du Magenmagot pour faire nommer un nouveau Ministre. Peut-être voyez-vous déjà où je veux en venir. De toute façon, vous connaissez votre histoire… Toujours est-il que tout ne se déroula pas comme il l'avait souhaité.

Une date fut fixée. Et pour la symbolique, elle le fut au jour du 2 mai, soit l'anniversaire de la Bataille de Poudlard. Cette journée de commémoration marquait le renouveau, comme je l'ai entendu dire au président du Magenmagot, quel meilleur jour pour commencer un nouveau mandat ? Un certain nombre de candidats présentèrent leur dossier à l'examen de juges de l'illustre assemblée. La plupart était déjà membres du Ministère en tant que personnel administratif. On y comptait quelques noms célèbres comme Théobaldus Probus du Bureau International des lois magiques ou Melisende Terreant, la très controversée directrice de l'Unité de Capture des Loups Garous. Mais également quelques illuminés. Je me souviens tout spécialement de Simplex Prince, pas vraiment une fierté pour cette très ancienne famille mais probablement un très bon exemple des conséquences fâcheuses de la consanguinité, qui proposait d'offrir à tout nouveau-né sorcier une peluche ensorcelée qui le guiderait tout au long de sa vie sur la voie du bien en lui prodiguant des conseils inspirés. Je pense personnellement qu'il avait lu bien trop souvent la trilogie de Pullman.

Bien sûr, à l'annonce de la nomination d'un nouveau Ministre, la communauté sorcière s'était soudain souvenue qu'elle avait un gouvernement et s'était empressée de prononcer de nouveaux noms. Celui de Harry Potter bien sûr retentit partout mais d'autres également, moins évidents. Le professeur McGonagall notamment, eut droit à une tribune spéciale dans la Gazette du Sorcier. Il va sans dire qu'aucun des deux ne désirait prendre la direction du Ministère. Mais au fur et à mesure que les jours passaient, les esprits s'échauffaient. Tout le monde y allait de son candidat. Des manifestations de soutien étaient organisées qui menacèrent de dégénérer. Kingsley dut dépêcher quelques Aurors et même demander à Harry de bien vouloir faire une apparition pour confirmer qu'il ne se présentait pas. Pour vous dire à quel point l'enjeu était de taille, l'un des juges du Magenmagot fut même soupçonné d'avoir accepté de l'argent pour voter pour un candidat particulier. Je ne me souviens plus lequel mais on parlait de centaines de galions. Enfin, il démissionna avant que l'affaire ne le conduise devant la Cour de Justice Magique.

Paradoxalement, pendant cette période, Kingsley prit beaucoup de plaisir à accomplir ses devoirs de Ministres de la Magie. Ça se voyait parce qu'il arrivait dans son bureau en sifflotant. Vous rigolez, mais observez autours de vous et vous verrez que c'est un indicateur formidable de l'humeur des gens ! Quand il eut remarqué ma présence (2), nous avons discuté un peu pendant ses courts moments de pause. Je pense que, s'il était si joyeux, c'est parce qu'il savait qu'il allait bientôt s'arrêter. Il considérait sa charge comme un honneur mais aussi, effectivement, comme une charge. Il avait besoin de souffler.

C'est donc d'assez bonne humeur qu'il fit son jogging le matin du 2 mai avant de se rendre à son bureau et de revêtir sa plus belle robe. Les membres du Magenmagot se réunissaient à 9 heures et la cérémonie de passation de pouvoir se tiendrait dès que leur choix serait fait. Cela pouvait arriver dans une demi-heure ou plusieurs heures plus tard, voire plusieurs jours. Tout dépendrait du temps de délibération et du nombre de votes que les juges allaient faire avant d'arriver à une décision. Dans tous les cas, il devait se tenir prêt et il descendit donc dans l'atrium pour rejoindre son staff, en espérant que l'attente de soit pas trop longue. Cet espoir-là ne fut pas déçu. On aurait même pu croire que les membres du Magenmagot s'étaient mis d'accord à l'avance. Je crois qu'il s'agit du vote le plus rapide de l'Histoire.

A 9 heures trente très précisément, la porte du Tribunal dans lequel ils s'étaient assemblés s'ouvrit et la procession des mages, leur président à leur tête, se rendit d'un pas posé vers l'atrium. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une cérémonie de passation de pouvoir mais vous devriez aller voir quand Praeclara Potter devra céder sa place de Ministre (vous ne trouvez pas qu'elle est déjà restée trop longtemps ?). C'est assez impressionnant. Très solennel. Un peu ridicule si vous voulez tout savoir. Mais on ne se fait cette réflexion qu'après parce que sur le moment, on se sent plutôt imprégné de cette solennité. Je vous décris la cérémonie de 2000 mais elle n'a pas vraiment changé aujourd'hui. Les juges se sont donc avancés et disposés devant l'estrade. Seul le président, une enveloppe magiquement cachetée (on voyant les filaments lumineux danser tout autour) à la main, est allé rejoindre Kingsley. Rien sur son visage ne pouvait laisser soupçonner le résultat du vote. Il se plaça à côté du Ministre par intérim et se positionna face à la foule. Un Sonorus plus tard, il décachetait l'enveloppe et annonçait :

_ Le nouveau Ministre de la Magie est … Kingsley Shackebolt !

Ce dernier n'aurait pas eu autant de tenue, je crois qu'il se serait étranglé dans sa cravate.

_ Vous avez dû faire une erreur. Je ne suis même pas candidat.

_ Il n'y a pas d'erreur, Monsieur Shackelbot. Selon l'article 5-2 du Règlement des Procédures du Magenmagot, si une personne est choisie unanimement par un vote « inspiré » de l'Assemblée des Hauts Mages, elle devient Ministre. L'article 5-3 précise bien qu'elle n'a pas besoin d'être candidate.

C'est la seule fois de ma vie, enfin plutôt de la sienne, que je vis Kingsley avoir un air aussi effaré. Lui qui était toujours si placide.

_ Considérez que votre façon exemplaire de mener à bien votre mission d'intérim nous a tous inspiré, mon cher Shackebolt. Et nous espérons que vous continuerez longtemps de nous guider.

_ Je ne peux alors que vous remerciez, Monsieur le Président et …

Je vous ferais grâce de son discours, même si je dois dire qu'il s'en sortit particulièrement bien dans la mesure où il n'avait, bien sûr, rien préparé. Mais les mages du Magenmagot avaient raison : Kingsley était un Ministre hors pair.

Vous vous imaginez sans doute que c'est à ce moment-là que je pris une photo mais non. Il y avait bien assez de journalistes sur place. Non, moi j'ai attendu. J'ai attendu et je l'ai suivi lorsqu'il retourna à son bureau. Il s'y enferma seul, prétextant avoir besoin d'une minute pour lui-même. Mais comme je fais fi des obstacles tels qu'une porte ou un souci de discrétion, je pénétrai dans la pièce. Je ne suis pas complétement inhumain cependant (enfin, ça reste à débattre mais la question philosophique de notre nature à nous, fantômes, n'est pas le sujet du moment) et je me tins à l'écart, dissimulé derrière les rideaux des fenêtres ensorcelées, pour lui laisser un peu d'intimité.

Sa réaction se fit en deux temps. D'abord, il se laissa aller sur son siège et les coudes sur le bureau, prit sa tête dans ses mains. Il avait les yeux fermés. Il devait relâcher la pression, peser le pour et le contre. Je me suis brièvement dit qu'il aurait pu refuser sa charge, mais cette pensée ne dura pas longtemps : on ne refuse pas d'être Ministre de la Magie. En tout cas pas un homme comme Kingsley, par trop conscient de son devoir. Enfin soudainement, il se redressa et parla à la personne dans le petit cadre à sa gauche.

_ Dites à Miss Perkins d'aller me chercher Percy Weasley. Il travaille au Département de Service de détournement de l'artisanat moldu.

Le portrait disparut et Kingsley se leva. Il fit le tour de la pièce, s'imprégnant de ce lieu qu'il pensait avoir quitté définitivement le ce matin-là, puis revint vers le bureau. Passant un doigt sur le bois, il sourit. Après tout, il s'était attaché à cet endroit. C'est de ce moment que j'ai pris une photo. De cet homme fatigué mais fier de l'honneur qui lui était fait et content du travail qui lui restait à accomplir.

(1) Si si, je vous jure ! Si on prend le temps de l'écouter pendant une heure, on s'aperçoit qu'il intègre plein d'anecdotes dans son cours. Encore faut-il rester éveiller pendant une heure en l'écoutant… Il est vrai que son ton monotone à tendance à faire l'effet d'un soporifique. Et je dois bien avouer que je n'ai réussi à écouter son cours dans son intégralité qu'à partir du moment où je suis devenu un fantôme. Morphée n'a en effet plus aucun attrait pour moi. Alors oui, je triche un peu…

(2) C'est fou comme on a l'impression de se fondre dans le décor quand on est fantôme. Haha, se fondre dans le décor, il nous arrive de le faire au sens propre… En tout cas, même quand on ne se cache pas, les gens, les sorciers en tout cas, ne font pas vraiment attention à nous…


Pfiou comme j'ai galéré à essayer des trouver des informations sur le mode de fonctionnement du Ministère de la Magie ! Mais JKR n'est clairement pas une juriste ! :D Alors j'ai inventé. Et vous remarquerez que le mode de sélection des Ministres ressemble énormément au Conclave pour désigné un Pape.

Quelqu'un sait-il de quoi je parlais en mentionnant la trilogie de Pullman? Oui certainement :)

A bientôt pour un nouveau chapitre qui se consacrera cette fois à Percy ! C'était devinable vu la fin de chapitre-ci :)