Merci à Lauraine, gloups, yami (c'est presque la partie la plus intéressante... presque :p), Moirice et rukiia ! J'espère que l'histoire du jour vous plaira !
Hum. Je viens juste de lire un conte de Noël particulièrement triste, dans la veine de la petite marchande d'allumettes, mais en pire. De toutes manières, une histoire légère avec ce couple, c'était difficile. Donc je préviens, sortez vos mouchoirs – ou plutôt vos tomates pourries, et visez Brain.
Pour Moirice, un Ul/Brain donc !
.
Calendrier de l'Avent
.
.
14. Souhait
.
« Je vous en prie, rendez-moi ma fille. »
Ul est suppliante et humble face à ces scientifiques qu'elle pourrait écraser d'un claquement de doigt.
« C'est Noël… Je voudrais… pouvoir la voir. Au moins. La voir. Juste l'embrasser. S'il vous plait… »
Et elle pleure sans retenue, car sa fille chérie porte bien son nom, et Ul verse pour elle les larmes qu'elle n'aurait jamais versées pour quiconque.
Les hommes et les femmes face à elle, tous habillés des blouses blanches et uniformes la regardent sans compassion et sans pitié, le cœur sec ici pour protéger ce qui leur reste d'humanité une fois qu'ils sont dehors. La plupart sont des pères et des mères de familles, et c'est parfois dur à concilier avec un travail qui consiste ni plus ni moins qu'à soumettre des enfants à d'innombrables tortures en attendant que leur corps ou leur esprit cèdent.
D'un geste impérieux, Brain qui s'est déplacé en personne vu l'importance de la petite Ultear comme sujet d'expérience, renvoie cette masse indifférente qui dessert ses projets. Ul n'est pas aussi puissante que sa fille le sera un jour si elle parvient à l'âge adulte mais elle pourrait tout de même dévaster le complexe si à force d'indifférence, ses subordonnés arrivaient à éveiller la colère au milieu de son chagrin.
Un instant plus tard, les voilà tous les deux dans ce salon impersonnel destiné aux rares visiteurs. C'est l'heure d'une comédie cent fois rejouée. Brain s'approche de la jeune femme, avec un air de fausse amitié sur le visage.
« Madame, » commence-t-il de cette voix si profonde et chaleureuse qu'il peut prendre quand il le veut, « Ultear est en traitement intensif. L'interrompre ne serait-ce qu'une minute est dangereux. »
Il est compatissant. Il a le regard clair. Il a l'air d'être quelqu'un de respectable en qui on peut avoir confiance.
« Mais… » tente Ul, qui tombe dans le piège d'autant plus facilement que tous les autres ici l'ont traitée avec une indifférence grossière.
« Vous nous l'avez confiée pour que nous prenons bien soin d'elle. Mais il faut nous laisser faire notre travail.
─ Elle est si petite… Et c'est Noël. »
Ul se raccroche à ce mot comme si cela signifiait miracle. Comme si devant cela, toutes les difficultés devaient s'aplanir.
Comme si l'univers pouvait avoir quelque chose à faire de Noël.
Pour un homme comme Brain, c'est profondément déplaisant de voir une magicienne si justement renommée réduite à compter sur de telles fadaises issues de vieilles légendes. Devenir mère, songe-t-il avec mépris, ne lui a pas réussi.
Néanmoins, face à cette douceur suppliante, il comprend qu'elle ne cèdera pas. Qu'accrochée à son espoir elle s'y obstinera d'autant plus qu'elle pense que « Noël » lui confère un droit quelconque.
Il soupire. Allons, l'acte suivant.
« Ça ne lui ferait aucun bien de vous voir. C'est une petite fille très volontaire. Elle réclamerait sans cesse votre présence…
─ Alors je viendrais vivre ici ! Je pourrais rendre service dans les laboratoires. Je ferais n'importe quoi pour être auprès d'elle ! »
Brain a un sourire de chat. Il l'attendait là.
« L'instabilité de ses émotions va de pair avec l'instabilité de sa magie. Plus les émotions qu'elles éprouvent sont fortes, plus sa santé se détériore. »
C'est sa carte maîtresse.
Quelle mère oserait insister si sa simple présence risque de blesser son enfant ? Une bonne mère cèdera. Une mauvaise aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
Effectivement, vaincue, Ul a comme un petit gémissement étouffé et elle baisse la tête, silencieuse.
Avec un détachement cruel et amusé, qui n'est pas exempt d'un certain intérêt scientifique, Brain pense qu'il est tellement facile de manipuler les femmes si elles sont mères.
« Que diriez-vous, propose-t-il, afin de l'achever tout à fait avec ce dernier coup de grâce qui ressemble à une faveur et qui n'est qu'une triste aumône, de voir sa chambre ? »
Ul est arrivée en espérant bien plus et peut-être si elle ne croyait pas si fermement la vie de sa fille en jeu ne se contenterait-elle pas de si peu, mais dans le malheur qui l'accable la possibilité de pouvoir se tenir un instant dans sa chambre, de voir les objets qu'elle touche, le lit où elle dort, de respirer le même air qu'elle lui apparait comme une faveur inouïe.
Alors elle sèche tout à fait ses larmes, et suivant Brain, qui s'est d'avance assuré qu'Ultear était bien dans les laboratoires, elle parcourt les couloirs du Bureau de Développement Magique jusqu'à arriver à une porte blanche renforcée physiquement et magiquement. Si Ul savait que les sorts gravés dans le panneau de métal s'activent à chaque fois qu'Ultear s'en approche sans autorisation, lui envoyant une décharge électrique, Brain mourrait à l'instant.
Mais pour le meilleur ou pour le pire, la jeune femme l'ignore.
Elle passe la porte sans se douter que c'est une porte de larmes.
La pièce est grande, peinte en blanc, avec une fenêtre qui donne sur l'extérieur et une moquette douce aux pieds nus. Elle est remplie de jouets et de peluches. Une jolie et confortable chambre d'enfant.
Ça ne ressemble pas au cachot d'agonie que c'est en réalité, où une petite fille lutte chaque soir contre ses démons, appelant du fond de son lit sa mère qui ne vient pas, cette même mère qui s'assoit sur ce même lit et caresse l'oreiller avec tendresse, comme pour le remercier d'être témoin des rêves de sa fille.
« Je vous remercie, docteur, de ce que vous faites pour elle. »
Brain hoche la tête.
« Ce n'est que mon devoir.
─ Non, vous y mettez du cœur. Vous n'êtes pas comme les autres, vous vous avez l'air de savoir…
─ J'avais un fils, » dit-il pudiquement, s'étant depuis longtemps inventé un rejeton au destin tragique. Il s'en est déjà servi quelque fois et il a même une photo, encadrée de noir dans son bureau, qu'il expose soigneusement aux regards des visiteurs de ce genre.
Ul hoche la tête.
Comment ne comprendrait-elle pas ? De longues minutes passent, et elle a fermé les yeux, tentant d'imaginer son enfant. Elle l'imagine courant, riant, sautant dans cette petite chambre. Oh, songe-t-elle, si seulement les murs pouvaient parler et lui raconter…
A nouveau, elle sent ses yeux se remplir de larmes.
Brain qui ne tient pas à s'éterniser lui déclare qu'il doit partir. Puis saisit d'une brusque impulsion, intéressé par cette femme à la fois si forte et si faible, il lui propose de se retrouver plus tard pour « parler d'Ultear ». Elle le remercie presque avec servilité.
.
Ul dort encore.
Brain se rhabille, plutôt agacé finalement d'avoir cédé à son corps, même pour un court instant. Certes, c'est une femme forte et séduisante, d'autant plus agréable à dominer, mais c'est aussi une enquiquineuse.
Il n'a aucune intention de prolonger cette relation d'un soir, où l'abus de boisson a servi de prétexte à ses désirs, et sent au contraire qu'il est à présent plus que temps d'écourter.
Quelques jours plus tard, il annonce avec une voix navrée, rauque d'un faux chagrin, qu'Ultear est morte.
L'ascendant qu'il a pris sur cette jeune mère désespérée, l'affection qu'elle croit qu'il lui porte l'amène à ne pas douter un seul instant de ses paroles.
Avec une tendresse feinte, il la console et lui conseille de rentrer chez elle sans chercher à ouvrir le cercueil, évoquant avec pudeur un corps détruit mais une âme immortelle et pure qui rejoint les cieux.
Certes, ils ont de toutes manières maquillé un cadavre non réclamé d'une précédente expérience ratée mais il préfère ne pas s'exposer au risque que l'acuité maternelle reconnaisse la falsification.
En souvenir d'une certaine nuit, et histoire de se débarrasser plus vite de la mère pour mieux se consacrer à la fille, il a eu à cœur de faciliter les formalités administratives.
Ul est trop brisée pour être capable d'apprécier cette délicatesse, et sans même le saluer, elle se précipite hors de la pièce.
Il la revoit le lendemain, pâle, les traits tirés et les yeux rouges, et ils se serrent la main.
Du haut de la tour, tranquille dans sa conscience pure d'agir au noble nom de la Science, Brain regarde le convoi qui s'éloigne, pour regagner les terres du Nord. Ul était venu ici chercher ramener son enfant pour Noël. D'une certaine et terrible manière, il a exaucé son souhait.
.
Pauvre Ul quand même.
A demain !
