Merci à Cihanethyste et CosmosAsma pour leurs reviews.
Attention, ce chapitre est un chouille flippant à la fin. Âmes sensibles s'abstenir. Mais si vous voulez vous mettre dans l'ambiance, lisez-le dans votre chambre la nuit, plongée dans le noir avec une bonne musique de film de chair de poule.
Bonne lecture !
Disclaimer : L'univers de FF7 ne m'appartient pas, tout est à Square Enix. Mais Amy et les autres terriens sont issus de mon imagination.
L'Antre de la Terreur
Le jour suivant, je commençai à m'habituer à une nouvelle routine.
Les enfants dormaient chez moi, ils y prenaient leur petit-déjeuner et le dîner, mais avant d'aller à l'école, nous passions chez eux pour qu'ils se changent et prennent leurs fournitures scolaires, avant que je les accompagne à l'école.
Après ma performance en tant que guérisseuse, les gens avaient changé d'attitude. Désormais, on me saluait chaleureusement et on m'appelait par mon prénom.
Le jour suivant mon passage à l'hôpital, Wade et sa femme Heather étaient passés à la maison me remercier d'avoir utilisé mon don afin de sauver son mari. Elle avait même préparé une tarte à la pommesotte, que tout le monde avait dégustée en discutant gaiement.
Les autres chasseurs de monstres que j'avais soignés m'avaient soit envoyé un texto de remerciement soit abordé dans la rue en me disant que si j'avais besoin d'aide pour quoi que ce soit, je pouvais compter sur eux.
Après ma performance de guérisseuse, j'avais reçu un badge professionnel indiquant que je travaillais à l'hôpital en tant que membre du corps médical.
Je passais d'ailleurs mes journées là-bas, à soigner des cas plus légers que la première fois. Les gens venaient soient pour une entorse, un accident en tombant d'une échelle ou bien des maux de ventre. Désormais, je n'avais aucun mal à soigner ça, ayant eu affaire à des cas plus costauds. Il me suffisait de prendre les mains du patient et je sentais alors l'échange d'énergie s'effectuer, soignant rapidement les blessures.
James venait souvent me voir en fin de journée, quand je raccompagnais les enfants à la sortie de l'école. Nous discutions tous les quatre de choses anodines sur le chemin de la maison.
Tifa se méfiait toujours de James, ce qui me déplaisait un peu, car je ne pouvais jamais chasser ses pensées de ma tête. Certes, j'étais aussi prudente par nature, mais son surplus de méfiance m'influençait et j'avais peur de passer pour une paranoïaque aux yeux de mon ami.
Avant le dîner, j'aidais toujours les enfants à faire leurs devoirs puis, avant de manger, je leur parlais de ma vie sur Terre. Ils avaient manifesté de l'intérêt en apprenant que je souhaitais devenir écrivain, poète ou journaliste autrefois, et avaient alors demandé à ce que je leur raconte des histoires. Je m'exécutais alors en leur racontant des films ou des récits de la Terre. Benny et Sarah se joignaient à mon auditoire et adoraient ajouter quelques anecdotes ou détails de leur cru. C'était toujours mon moment préféré de la journée, celui où je racontais une histoire ou bien, si j'étais trop fatiguée après avoir passé la journée à soigner des gens, nous nous installions tous dans le salon et regardions un film acheté au Discount Mart en mangeant du popcorn.
Néanmoins, quand samedi arriva, nous décidâmes de faire tous les quatre une virée au Discount Mart pour acheter des costumes d'Halloween aux enfants.
Ainsi, le matin, après le petit-déjeuner, nous nous rendîmes ensemble au magasin. Là, une belle surprise nous attendait.
La décoration du Discount Mart était finie. Le haut de l'entrée du magasin était couvert de fausses toiles d'araignée.
Des épouvantails avaient été installés près des comptoirs des caissiers, avec des mottes de foin.
Il y avait de tout : des chandeliers couverts de toiles d'araignée et des crânes en plastique posés sur des piles de caisses. On voyait à certains endroits des mannequins en forme de sorcière grimaçante, de sorcier maléfique, de clown enragé ou de fantôme. Des têtes réduites et de grosses toiles d'araignée en plastique, avec de faux insectes dessus, avaient été suspendues au plafond.
Et une musique d'ambiance Halloween, avec des « houhou » lugubres de fantôme et des cris de loup-garou résonnaient à certains moments dans le magasin.
Le rayon TV du magasin diffusait même des extraits de vieux films d'épouvante tels que Dracula et Frankenstein en noir et blanc.
« Waouh ! Ils ont assuré », dit James en regardant autour de lui, impressionné.
Je l'étais autant que lui, tout comme les enfants qui regardaient avec émerveillement autour d'eux. C'était leur premier Halloween, après tout !
Nous les guidâmes jusqu'au rayon déguisement. Là, ils se mirent à fouiller parmi les costumes. J'aperçus Cole et Rachel juste à côté, en train de poser un crâne énorme rempli de bonbons sur un guéridon.
James et moi nous approchâmes d'eux.
« Bravo avec les décorations d'Halloween, les gars ! L'ambiance est formidable », leur dis-je.
« Quoi, cette… poubelle ? Non, non, non ! C'est juste une mise-en-bouche avant le plat principal. Venez voir ce qu'on a mijoté pour les clients ! » dit Rachel.
Curieux, les enfants cessèrent de chercher un costume et nous suivîmes tous les quatre les jumeaux jusque devant une immense tente noire placée au centre du magasin. Quelqu'un avait peint en lettres rouge sang au-dessus de l'entrée : L'Antre de la Terreur — À vos risques et périls.
Une sono avait été cachée quelque part près de la tente, nous faisant entendre un rire diabolique par moment, quand ce n'était pas des couinements de rats ou de chauve-souris.
Un mannequin représentant une Faucheuse était placé à droite de l'entrée, tandis de l'autre côté se dressait un arbre mort avec des chauves-souris en plastique suspendues aux branches. Un chaudron rempli de fausse fumée avait été placé de chaque côté de l'entrée, pour ajouter une touche lugubre.
« Préparez-vous à mourrrrrrir de peurrrrrr ! » dit Cole avec l'accent de Dracula.
En fait, il n'y avait rien à l'intérieur de la tente, mais des téléviseurs à écran plat avaient été suspendus au plafond et contre les murs, diffusant tous un écran de veille avec des courbes colorées qui tournaient en continu.
Déçus, les enfants regardèrent autour d'eux, s'attendant à une super attraction flippante, mais ne voyant rien, ils nous regardèrent sans comprendre. Nous adressâmes le même regard aux jumeaux. Où était l'attraction ?
« On s'est inspiré des expériences que les départements scientifiques et de psychologie appliquée de Hiddenville ont réalisées sur mon frère, Cole », dit Rachel.
« Rien que je refuserais de faire pour des privilèges de Première Génération et un sandwich ! »
« Hum… » dit Rachel.
« Ou… juste un sandwich ! »
Je jetai un regard à James et aux enfants. Ils étaient aussi perdus et curieux que moi face aux explications de Cole et Rachel.
« Il y a un professeur mondialement connu sur Terre, le professeur Schofield, qui est spécialisé dans l'examen du subconscient des débiles mentaux », dit Rachel.
« Oui, et c'est là-dedans qu'il pénètre ! » dit Cole en pointant son crâne du doigt.
« En utilisant mon frère et une autre bande d'imbéciles en tant que cas d'école, il a découvert qu'il y a certaines images qui provoquent la terreur même chez les plus… téméraires. Les plus lunatiques. Allez, frangin, envoie ! »
Cole sortit de derrière son dos une lampe de poche et une télécommande. Un objet dans chaque main, il alluma la lampe pour s'éclairer le visage de manière à faire une grimace effrayante.
Sa voix résonna, amplifiée par un micro.
« Et maintenant, préparez-vous à voir les images les plus effrayantes qui existent au monde ! »
Il appuya sur la télécommande. La musique de Casse-noisettes se mit à jouer autour de nous, puis les écrans se mirent à diffuser la même image : une vieille dame et un vieux monsieur qui souriaient à un appareil photo.
« Des couples de vieux mariés ! » dit Cole.
Attendez un peu… Quoi ?! Une nouvelle image apparut : des hommes à moitié nus qui s'essuyaient avec des serviettes devant des casiers de vestiaire.
« Des douches publiques ! »
C'est quoi, cette histoire ?! dit Tifa, dans ma tête.
Pour être honnête, je n'en savais rien. Et à voir la tête de James et les enfants, ils étaient aussi paumés que moi !
Nouvelle image : un bébé chimpanzé qui faisait un câlin à un bébé tigre blanc.
« Des liens ambigus entre animaux interespèce ! »
Là, James n'y tint plus. Il tendit les mains en avant pour faire signer d'arrêter tout ça.
« Okay, coupez ! Stop ! »
Il saisit la télécommande et éteignit les téléviseurs.
« Je serai franc avec vous. C'est… probablement une des pires choses que j'ai jamais vues ! »
« Pardon ? » s'insurgea Cole.
« Comme ça une des pires ? » demanda Rachel.
« Il a raison ! » intervins-je. « C'est effrayant, mais… dans le sens malsain. Franchement, les gars, si vous continuez avec ça, vous allez faire fuir les clients et le magasin fera faillite en moins d'une semaine. »
Secouant la tête, Rachel saisit la lampe de son frère et prit le chemin de la sortie.
James prit les enfants par la main et les mena à son tour dehors.
« J'ai pas compris ! C'est censé faire peur, ces images ? » demanda Denzel à James.
« Sous un certain angle, oui », dit James.
« Comment ça ? Il fait pas peur, le bébé tigre. Il est tout mignon, et le singe aussi ! » dit Marlène.
J'allais les rejoindre dehors, quand Cole remit la musique et la vidéo. Cette fois, on voyait un bébé déguisé.
« Des bébés en costume ! »
« Ah ouais ? » demandai-je, sidérée.
« Est-ce que c'est un bébé… ou un escargot ? Je sais pas ! »
On s'en va et fissa ! dit Tifa.
Les enfants finirent par trouver des costumes à leur taille et à leur goût. Marlène prit un déguisement de sorcière et Denzel celui de vampire.
Après quoi, nous prîmes le chemin de la maison pour y déposer les costumes.
Halloween aurait lieu après-demain.
« Il paraît qu'il va y avoir une fête foraine à la bordure est de la ville, pour Halloween ! Vous croyez qu'on devrait y aller, ou bien on fera du porte-à-porte pour les bonbons ? » demanda Marlène.
« Moi, je veux faire du porte-à-porte pour les bonbons ! » dit Denzel.
« Oui, mais j'aimerais bien faire un tour de manège, moi… »
J'écoutais leurs discussions avec un sourire attendri. C'était si bon de les voir discuter ainsi de choses normales, comme des enfants ayant une vie heureuse et simple.
Je m'arrêtai devant leur maison en réalisant un changement : une camionnette était garée devant.
En la voyant, James serra les dents.
« Oh non, déjà… ? »
Marlène et Denzel remarquèrent le véhicule et prirent l'air tout excité. Je n'eus pas le temps de leur demander ce qui se passait.
La porte de la maison s'ouvrit et deux personnes en sortirent : Xander et Daniel.
Daniel ! s'écria Tifa. Il est rentré !
Elle était bien réveillée dans ma tête à présent, vibrante de vie.
En me voyant, Daniel s'avança, leva lentement la main et serra le poing, comme s'il voulait me frapper.
Ce geste me serra le cœur. Je ne pouvais même pas déglutir, ma gorge était trop nouée pour ça. J'arrivais à peine à respirer.
Les enfants se précipitèrent pour lui faire un câlin, mais il répondit machinalement à leur geste, tant son regard haineux était focalisé sur moi.
« Qu'est-ce que ça signifie ? » dit-il d'une voix monocorde.
« À ton avis, Daniel ? » dit James en se postant près de moi.
« Amy s'occupe de nous ! » dit Marlène.
« Ouais, elle nous a acheté de super costumes pour Halloween ! »
« Amy ? » répéta Daniel d'une voix grave, presque un feulement.
J'avais envie de disparaître, de retourner dans la maison abandonnée où Sephiroth m'avait amenée dès mon arrivée en ville. Tout plutôt que d'affronter la haine de cet homme pour lequel je ressentais un amour insensé. Les sentiments de Tifa étaient trop forts, je me noyais dedans sans rien pouvoir faire sinon regarder Daniel avec adoration. Pourtant, en même temps, je tremblais comme une feuille et j'avais les mains moites.
« Ça va aller, Amy », me chuchota James.
Xander réagit en le voyant me parler. Il s'approcha pour le tirer par le bras, mais son frère se dégagea brutalement.
« Je t'avais dit de ne pas t'approcher d'elle et de protéger les enfants ! Et au lieu de ça, tu joues à la famille parfaite avec elle ? » explosa son frère aîné.
« Arrête, Xander ! Et toi aussi, Daniel. Elle n'est pas une menace. »
« Ah non ? » dit Daniel.
Impuissante, je le regardai s'approcher lentement, le regard plein d'une haine ardente que même Tifa ne put s'empêcher de remarquer, malgré sa joie de le revoir.
Étonnés, Marlène et Denzel nous lancèrent des regards successifs.
« Daniel, pourquoi tu réagis comme ça ? » demanda Marlène, perdue.
J'aurais aimé leur parler, leur dire de rentrer dans la maison et de nous laisser discuter entre nous, mais je ne pouvais pas parler. L'amour et la peur m'avaient réduite à l'état de pauvre créature tétanisée.
« Je me pose aussi cette question », intervint une voix derrière moi.
Nous nous retournâmes et vîmes Sephiroth. Sa présence nous fit tous sursauter. Il se tenait là comme s'il avait assisté à la discussion depuis le début.
« Vous avez récupéré le nécessaire et tout sera bientôt réglé, alors pourquoi cette attitude agressive, Daniel ? » demanda l'ancien général.
« Pourquoi ? Pourquoi ?! Je vous l'avais dit avant de partir. Je ne veux pas qu'elle s'approche des enfants ni des autres habitants de cette ville ! C'est une ennemie. »
« C'est pas vrai ! » s'écria Marlène.
« C'est notre amie ! Elle est gentille », dit Denzel. « Elle nous raconte des histoires, elle s'occupe bien de nous et elle nous a même aidés à choisir nos costumes pour la fête. »
Je regardai les enfants avec tristesse. J'aurais aimé m'approcher, les réconforter, mais le simple fait que je sois là était la source de tous ces problèmes. Daniel aurait sûrement perdu tout contrôle en me voyant les toucher.
« Elle a même un badge pour accéder à l'hôpital ! » s'écria Xander, incrédule.
Je baissai furtivement les yeux vers mon badge, épinglé à la ceinture de mon jean. Je le portais tous les jours, par habitude, comme beaucoup d'autres habitants de Haven.
« Elle a le don de guérison. Elle a sauvé de nombreuses vies avec ça », dit James.
« Et toi, tu l'as aidé en utilisant ton don ?! Oh non, je rêve ! » dit Xander.
Il me sembla voir quelque chose se produire autour de lui. On aurait dit que l'espace devenait flou, comme quand on allume une plaque de cuisinière et qu'on voit de la chaleur s'élever dans le vide. Mais surtout, je sentais quelque chose émaner de lui, comme une énergie néfaste. Elle me brûlait les joues, comme si je m'étais approchée d'un four.
« Tu oublies que je t'avais filé une mission, frérot ! Tu devais surveiller cette sale traîtresse à distance et nous donner des infos sur elle, pas la protéger ni faire ami-ami avec elle. »
Je regardai James avec stupeur. Il devait me surveiller ? Soudain, je commençais à me demander si Benny et Tifa n'avaient pas eu raison de me méfier de lui. Son attitude amicale, ses sourires… Tout ça n'était qu'une ruse pour me soutirer des informations ? Notre amitié n'était donc qu'un mensonge ?
James me regarda avec l'air peiné, puis fusilla son frère du regard.
« Ça suffit ! Xander, calme-toi », dit Sephiroth.
Sa voix autoritaire et calme eut un effet magique sur l'assistance. Tout le monde se détendit, mais Daniel et Xander continuèrent de me fusiller du regard.
« Amicia a fait ses preuves et fait partie des habitants de Haven. On peut lui faire confiance. De plus, si vous vous attaquez à elle, vous aurez toute la bande de chasseurs de monstres sur le dos, avec Wade à leur tête. »
Cet argument supplémentaire fit baisser les yeux des garçons. J'étais bien d'accord : Wade était un chasseur redoutable et un excellent tireur. J'ignorais quel métier il avait fait sur Terre, il n'en avait jamais parlé, mais je soupçonnais que ce soit en rapport avec le job de garde du corps… ou tueur en série ? En tous cas, il ne fallait pas plaisanter avec lui.
« Maintenant, rentrez chez vous ! Et je ne veux plus que personne ne menace qui que ce soit. Rappelez-vous les règles qui régissent cette ville », dit l'ex-général.
Xander adressa une grimace à son frère, puis prit le bout de la rue pour rentrer chez lui.
Daniel me lança une dernière œillade malveillante avant de s'éloigner avec les enfants. Ces derniers me lancèrent un regard triste et impuissant, puis rentrèrent dans la maison avec lui.
Les pauvres ! Ils souffrent, soupira Tifa.
Ça devait arriver, lui répondis-je avec tristesse.
« Bon, ça s'est plutôt bien passé », dit James sur un ton désabusé.
Je m'écartai légèrement de lui. Ce geste ne passa pas inaperçu à ses yeux. James me regarda avec l'air blessé, presque suppliant.
Je remerciai Sephiroth et lui souhaitai une bonne nuit, puis je pris le chemin de la maison de Sarah et Benny.
Ce soir-là, le dîner se fit dans un silence des plus sinistres. J'étais complètement démoralisée, tout comme Tifa. Elle souffrait de penser que les enfants et Daniel se trouvaient loin d'elle, dans une autre maison. Mais surtout, l'attitude de son amoureux lui faisait mal, tout comme à moi. Et je me sentais trahie par James. Il avait beau m'avoir protégée face aux garçons, je ne pouvais m'empêcher de penser que s'il m'avait approchée dès le départ, c'était sur ordre de son frère, pas parce qu'il m'aimait bien ou se souvenait avoir dansé avec moi au Bal de l'Automne. Je n'étais qu'une cible pour une mission de surveillance, rien de plus.
Le lendemain matin, je n'eus pas à me lever tôt pour emmener les enfants à l'école. Daniel s'en chargerait, maintenant qu'il était de retour.
Et moi, je n'avais pas de travail à l'hôpital, car ce soir, la fête d'Halloween commencerait. Je n'aurai pas à accompagner les enfants pour faire du porte-à-porte. Je n'avais donc qu'une seule option pour éviter de tomber sur Daniel : la fête foraine de la ville.
J'en étais là de mes pensées, en grignotant mon toast, quand Benny entra dans la cuisine. Sa sœur lui apporta son assiette de tartines, mais il y fit à peine attention. Il semblait aux anges.
« J'ai une excellente nouvelle ! Le chien de Myriam est mort. »
Sarah et moi le regardâmes sans comprendre. Myriam était une ancienne résidente du camp comme nous, une jolie fille de notre âge à la peau café au lait et aux cheveux noirs. Benny avait toujours flashé sur elle, mais il n'avait jamais su comment attirer son attention.
« En quoi c'est une bonne nouvelle ? » demanda Sarah.
« Je l'ai croisée hier soir en quittant le Discount Mart. Elle a dit qu'elle regrettait son chien et qu'elle ferait n'importe quoi pour qu'il revienne. N'importe quoi ! »
« Okay… » dit Sarah, toujours perdue.
« Et si, comme par magie, quelqu'un ramenait son chien à la vie ? Imaginez combien elle me serait reconnaissante ! »
« Quoi ? Mais enfin, personne parmi nous n'a le pouvoir de ressusciter les morts, pas même moi malgré mes pouvoirs de guérison », lui rappelai-je.
« Non, mais il existe une matéria particulière : celle du phénix. Et comme vous le savez, les terriens ont un niveau de magie méga plus élevé que les gaïens. Et ce soir, c'est Halloween ! Le monde des esprits et celui des vivants ne font plus qu'un. »
« Mais les matérias d'invocation sont en sécurité chez Sephiroth, il ne les donne aux chasseurs que lorsqu'ils sortent pour nettoyer les alentours de la ville ! »
Soudain, Sarah parut comprendre. Je réalisai aussi le plan de Benny avec dix secondes de retard.
« Non, Benny ! Tu ne peux pas te servir de la magie pour ressusciter un chien. »
« Ça, on ne le saura que lorsque j'aurai essayé. »
« Tu ne peux pas te contenter de lui offrir un bouquet de fleurs ou un bracelet ? J'admets que ressusciter un chien, c'est une idée mortelle, mais… »
« Non Amy, justement c'est pas mortel ! »
Je le regardai sans comprendre.
« Le chien ne sera plus mort si je le ressuscite. Quoi ? » dit-il en voyant nos têtes médusées.
« Tu ne peux pas prendre la matéria de toute façon, Sephiroth ne t'y autorisera pas », dit Sarah.
« Pas besoin de sa permission. Avec ma super-vitesse, je peux chiper n'importe quoi sans qu'on me voie. Bonne journée ! » dit-il avant de sortir de la maison en un éclair.
Sarah regarda la porte de la maison se refermer dans un claquement sec, puis elle leva les yeux au ciel.
« Il va finir par me rendre dingue ! » dit-elle en se dirigeant vers l'évier pour faire la vaisselle.
Je passai la journée dans ma chambre à broyer du noir. J'essayai de noyer mon chagrin dans un livre puis en écoutant de la musique, mais lorsque le soir arriva, j'étais toujours démoralisée. Tifa ne parla quasiment pas de la journée, elle était aussi démoralisée que moi et préférait rester isolée dans ma tête.
Finalement, j'en eus assez. Je me levai et allai à ma penderie pour me changer. J'enfilai une robe bleu sombre toute simple, un gilet en laine, des chaussures puis je m'attachai les cheveux en queue de cheval. Ils étaient plus longs depuis que j'avais fui Hiddenville. Ils m'arrivaient au milieu du dos maintenant. Il faudrait peut-être que je pense à les couper…
J'attrapai mon sac puis je sortis de la maison et me dirigeai vers la bordure est de la ville.
Ce n'était pas une grande fête foraine comme j'en avais connu sur Terre. Il y avait quelques manèges, un stand de tir, un autre de confiseries et deux boutiques d'artisanat tenues par des artistes de Haven.
Il y avait beaucoup d'adultes et d'adolescents, mais aussi quelques rares enfants déguisés qui léchaient des barbes à papa.
« Eh, Amy ! Tu t'amuses bien ? » demanda Heather, depuis le stand de sucreries.
Je m'approchai en essayant de sourire, mais cela devait ressembler à une grimace, car la jeune femme me regarda avec inquiétude.
« Laisse-moi deviner : Daniel et Xander s'en sont pris à toi ? »
« Tout le monde est déjà au courant ? » soupirai-je.
« C'est une petite ville… Tiens ! Cadeau de la maison. »
Elle me tendit une énorme barbe à papa.
« Merci. »
« Ne t'en fais pas, il y a beaucoup de gens qui te soutiennent. Tu as sauvé mon mari, tu as soigné le petit Paul… Tu es quelqu'un de bien qui mérite de s'amuser. Joyeux Halloween ! »
« Merci, toi aussi ! »
Le cœur un peu plus léger, je m'éloignai en savourant ma barbe à papa.
Je venais de la finir quand j'aperçus James près du manège aux chevaux en bois. Il discutait avec Wade et un autre chasseur de monstres.
En me voyant, il cessa de discuter pour me regarder avec l'air grave. Wade et l'autre chasseur parurent comprendre et lui administrèrent une tape amicale sur l'épaule avant de s'éloigner.
Mauvaise idée, dit Tifa, devinant ce que j'allais faire.
Il faut que je sache. Je dois lui parler, même si ça ne m'enchante pas.
Lentement, les mains dans les poches, je m'approchai en scrutant le sol. C'était plus facile que d'affronter son regard.
« Maintenant que ton frère est là, tu n'as plus à me surveiller », lui dis-je en guise de salut.
James poussa un soupir las.
« Dis-moi, lorsque tu rencontres quelqu'un, est-ce que tu le juges selon son apparence ou sa famille ? Crois-tu le connaître en te basant sur ses erreurs les plus flagrantes, ses pires défauts ou ceux de ses proches ? »
Je levai les yeux et l'interrogeai du regard. De quoi parlait-il ?
« Écoute… Quand je vivais sur Terre, mon père dirigeait une grosse entreprise d'immobilier. Il ne se contentait pas de vendre des maisons, il déboisait des forêts entières et détruisait des magasins de petits commerçants, qui les tenaient de père en fils depuis des générations. À la place, il bâtissait des hôtels, des centres commerciaux, et il amassait une quantité de pognon incroyable, sans se soucier des conséquences ou de ce que les autres ressentaient. Résultat, mon frère et moi étions craints ou haïs par beaucoup de gens, même par leurs enfants qui étudiaient dans la même école que nous, puis au collège et au lycée… Xander me protégeait toujours des railleries des autres, parce que j'étais son petit frère, mais moi, je savais qu'ils avaient raison de nous en vouloir. Je ne me plaignais jamais, j'encaissais les insultes et les coups sans broncher, mais je ne faisais jamais rien non plus pour aider les victimes de mon père. Quelques élèves bien friqués étaient sympas avec moi, mais seulement à cause du fait que j'étais le fils d'un milliardaire. Xander s'en fichait, il appréciait ça et en profitait à fond. Mais mon père ne se souciait pas de moi, Xander était son préféré et moi, je ressemblais trop à ma défunte mère, alors…
Puis, quand j'ai chopé un cancer et que j'ai perdu ma place dans l'équipe de football de mon lycée à Seattle, ça a changé ma vie. Tout le monde m'a tourné le dos, mon père m'a emmené voir des tonnes de médecins, mais personne n'a trouvé un bon traitement. Alors, il s'est mis à me le reprocher tous les jours, sans raison. Comme si ma mère mourait une deuxième fois à travers moi. C'est pour ça que mon cher paternel m'a envoyé sur Gaïa. Pour me soigner. Et c'est pour ça que je n'ai pas cru mon frère et Daniel quand ils m'ont parlé de toi, en arrivant à Haven. ils disaient que tu étais une partisane du Noé, une fidèle Première Génération qui n'avait aucun scrupule à voler le corps d'une gaïenne. Mais je n'y ai pas cru, car je t'ai vue te battre à Hiddenville, je t'ai vue tenir tête à Max. Tu ne te contentais pas de subir en silence la tyrannie du Noé, tu te rebellais. Tu brûlais comme une flamme et tu repoussais la terreur qui régissait la ville. C'est pour ça que j'ai désobéi à mon père à mon tour et que je t'ai invitée à danser. C'est pour ça que j'ai ignoré les avertissements de mon frère et de mon meilleur ami, et que j'ai continué de te fréquenter. Je crois sincèrement en toi, Amy ! »
Touchée par ses paroles, je lui offris un regard plein de regrets.
« Je suis désolée. »
« Pas moi ! »
Sa réponse me fit rire. Je relevai la tête et fus soulagée de retrouver le jeune homme qui m'avait mise en confiance dès notre première rencontre au Bal de l'Automne. Son sourire était contagieux. Ses yeux bleus semblaient plus clairs, et pas seulement à cause des lumières de la fête.
« Bon, alors… tu me conseilles quelle attraction ? » lui demandai-je, plus détendue.
James me conduisit jusque devant une rangée de tracteurs, face à la porte d'une attraction d'épouvante.
« J'espère que ce sera mieux que l'Antre de la Terreur de Cole et Rachel », dis-je tandis que le chauffeur, déguisé en vieux fermier barbu aux dents jaunes, mettait le véhicule en marche.
« N'aie pas peur ! » plaisanta James en me tapotant le genou.
Tu vois, Tifa ? C'est un ami, on peut lui faire confiance !
Mouais… Je trouve qu'il t'aime un peu trop.
Comment ça "trop" ?
Elle ne me répondit pas. J'aurais aimé pousser dans son esprit pour découvrir ce qu'elle pensait, mais l'attraction commençait, aussi me concentrai-je dessus.
Le tracteur nous fit franchir une arche en mottes de paille, puis rouler à travers un petit bois obscur. Des haut-parleurs diffusaient un bruit d'ambiance flippant : des hurlements de loup-garou, des croassements de corbeau, des murmures angoissants…
« Ton heure est venue… »
« Prends garde… »
« Approche-toi… »
D'abord, nous passâmes devant un cimetière où de fausses têtes pourries étaient suspendues à des pics.
Soudain, un type déguisé en boucher, armé d'un crochet, bondit devant nous en hurlant, nous arrachant des cris de peur qui se muèrent en des éclats de rire nerveux.
Une scène s'illumina un peu plus loin, révélant un homme caché sous une cagoule, attaché à une chaise électrique.
Ensuite, il y eut un savant fou qui disséquait une femme vivante.
« Les membres du comité de la fête ont hésité entre la dissection et l'écartèlement, pour ce spectacle-là », me révéla James.
Soudain, deux squelettes de pendus tombèrent des branches d'un arbre juste devant nous et se balancèrent au bout de leurs cordes en ricanant.
Toujours secoués d'un rire un peu effrayé, nous les écartâmes de façon à passer sur le tracteur sans les décrocher.
Le tracteur s'arrêta et notre « chauffeur » se tourna vers nous avec un sourire flippant.
« Terminus : les portes de l'enfer. Tout le monde descend ! »
Nous quittâmes le tracteur. Tandis qu'il s'éloignait, des projecteurs nous révélèrent une nouvelle porte.
Celle-là était en bois, avec un corps allongé de chaque côté de l'entrée. À gauche, il y avait une jeune fille blonde en robe bleue, avec un bracelet de fleurs fanées au poignet. À gauche, son amoureux gisait mort lui aussi, en costume du XVIIIe siècle.
Tandis que nous franchissions la porte, je remarquai un panneau sur ma gauche.
« Tu es le prochain sur la liste. »
Ces mots me dégrisèrent un peu, mais je me sentis mieux en restant près de James.
Nous nous engouffrâmes dans un tunnel où des éclairs illuminaient l'espace par intermittence.
Soudain, un zombie armé d'une tronçonneuse surgit derrière nous.
Avec un rire nerveux, nous nous prîmes par la main et courûmes jusqu'à la sortie du tunnel.
Là, nous nous arrêtâmes en soufflant.
« Y' a pas à dire, ils ont fait fort ! » dis-je à James, les mains sur le cœur.
Essoufflé, il me sourit en hochant de la tête, quand des bruits de pas nous parvinrent, comme si des gens arrivaient en courant de plusieurs directions et se précipitaient vers nous.
« C'est quoi, ça ? » demanda mon compagnon, sur le qui-vive.
Je n'eus pas le temps de réfléchir.
Une silhouette sombre sauta sur James et le plaqua au sol, tandis qu'une autre s'approcha pour se mettre à le matraquer de coup de pied et de poings.
Horrifiée, je m'approchai pour les arrêter, quand je sentis deux bras puissants me prendre par la taille et me soulever dans les airs.
Rends-moi le contrôle, Amicia ! Rends-moi mon corps et je nous défendrai !
« J'ESSAIE ! ET TOI, LÂCHE-MOI ! »
J'essayai de me tourner vers mon ravisseur, mais il vit venir le coup et me fit glisser jusqu'à ce que je me retrouve avec les bras coincés dans un étau, mon dos calé contre sa poitrine.
Catastrophée, je regardai la silhouette de James et ses ravisseurs s'éloigner.
Tifa, qu'est-ce que t'attends ? Reprends le contrôle !
J'essaie !
Je sentais ses tentatives dans ma tête, comme une présence qui fouillait avec frénésie dans le noir, à la recherche de la porte qui donnait accès à son corps. Mais il n'y avait rien à faire, elle était prisonnière dans un labyrinthe mental sans issue.
Malgré la peur, je fis un effort pour me détendre, complètement relâcher mon corps. Pourtant, ça ne donnait rien. Tifa ne trouvait toujours pas les commandes, elle n'avait accès à rien et moi, j'étais coincée dans ce corps dont je ne savais pas me servir pour me battre.
Alors, n'y tenant plus, je fis une ultime tentative. Je mis toutes mes forces dans une de mes jambes, la levai… et piétinai le pied de mon ravisseur.
Le fait que je me sois détendue l'instant d'avant avait fait baisser sa garde. Il reçut le coup en gémissant et me lâcha pour se prendre le pied entre les mains.
Je n'attendis pas qu'il s'en remette et courut vers la direction de James et ses agresseurs, quand j'entendis mon kidnappeur crier dans mon dos.
« Cette fois, j'en ai assez ! »
Je reconnus la voix de Xander. Oh non ! Il avait décidé de passer à l'action.
Soudain, je sentis une douleur atroce envahir mon corps. Impuissante, je tombai au sol et criai. C'était horrible ! J'avais l'impression qu'on m'avait enfermée dans une pièce remplie de charbons ardents et que je brûlais vivante. Mes forces me quittaient, ma tête me faisait atrocement mal et des points noirs se mirent à danser devant mes yeux. Mais le pire, c'était mon pouvoir. Je le sentais qui essayait de me guérir, mais à peine commençait-il à soulager ma douleur que je le sentais me quitter, aspiré par la force de Xander.
Alors c'est ça, son pouvoir… Il aspire l'énergie ! pensa Tifa, malgré la douleur qu'elle endurait avec moi.
Quelle ironie ! Le plus gentil des frères donnait de la force, tandis que le méchant l'aspirait comme une sangsue en infligeant une douleur atroce.
« Ça suffit, Xander ! Arrête immédiatement. »
Cette voix ! Elle était comme un baume sur mes plaies. Je n'eus pas besoin de lever les yeux, j'entendis Daniel s'approcher.
La douleur cessa, signe que mon ravisseur avait cessé d'utiliser son pouvoir.
« Retourne là-bas et occupe-toi de ton frère, les autres pourraient perdre le contrôle et salement l'amocher. Je me charge d'elle. »
Je voulus lever la tête pour le regarder, lui parler, mais j'avais trop mal pour bouger ne serait-ce que le petit doigt.
Enfin, mon pouvoir s'activa, libérant un flot d'énergie fraîche et réparatrice qui dissipa la douleur.
Lorsque j'eus la force de lever la tête et prendre appui avec mes mains pour me redresser, je vis que Daniel se tenait à deux mètres de moi et me regardait avec l'air dur et insensible.
Tifa avait beau être contente de le voir, elle avait peur comme moi.
Nous le savions toutes les deux : il nous avait piégées.
Qu'allait-il nous faire ?
Et je m'arrête là ! Allez-y, plaignez-vous, insultez-moi, menacez-moi par reviews ! Je suis prête à encaisser les coups… :-p
