Après une autre trèèèèèès longue absence, voici enfin le quatorzième chapitre ! J'essaierais vraiment de faire sortir le prochain bientôt mais avec les cours et les révisions du bac... Bref.
Encore désolée pour mes lecteurs qui ont attendus avec impatience, j'espère que vous allez l'aimer !


- Miss Watson ?

Elle ferma les yeux.

1.

- Miss Watson ?!

2.

- Miss Watson !

3.

Elle soupira longuement par le nez. Se faire tirer de sa lecture, pour sans doute pas grand chose, fit grogner Kay. Enfilant rapidement son masque de sociabilité - elle commençait à être experte en cela -, elle se tourna vers son interlocuteur et eu un faible sourire :

- Oui ?

- Allez me faire des photocopies, ordonna son nouveau patron - un cinquantenaire bedonnant aigri et acariâtre et qui commençait à développer une sérieuse calvitie précoce - en tournant les talons dès qu'il lâcha une pile de documents sur son bureau. Et un café. Vite !

Avoir vécu avec Jonathan, puis avec LUI, avait donné une certaine résistance à Kay contre l'impolitesse, mais se faire traiter telle une esclave des temps modernes par un vieux publicitaire toujours présent dans la boîte juste parce qu'il en est le doyen était beaucoup moins supportable et la faisait doucement rire. S'il voulait se venger parce qu'en quelques semaines elle l'avait égalé là où il avait mis des années à s'imposer, grand bien lui fasse.
Les déboires d'un vieil homme fraîchement divorcé - d'après le mince bandeau de chair plus pâle qui ce remarquait sur son auriculaire droit - ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle se leva lentement et, traînant des pieds sur le parquet grinçant ('' Levez les pieds, bon sang !) et s'arrêta exagérément à la photocopieuse et à la machine à café. Après avoir presque balancé les documents et le café sur le bureau de son patron (" Oh, excusez moi, boss ! Je suis désolée de vous avoir renversé le café sur les genoux... Qu'elle maladroite !"), elle s'assit devant son ordinateur et fixa l'article qu'elle lisait lorsque le vieux l'avait dérangée.
Ses sourcils se froncèrent de nouveau en relisant le titre.

Le détective au chapeau à encore triomphé !

Nous avons plus besoin de vous présenter le détective Sherlock, rendu célèbre il y a presque trois lors de cette incroyable affaire contre James Moriarty, affaire qui a fait trembler toute la Grande Bretagne. Depuis qu'il est littéralement revenu des morts, notre détective préféré n'a pas chômé ! Et il nous montre une fois de plus sa légendaire "science de la déduction" en (...).

L'article était accompagné d'une photo LE montrant accompagné d'un John Watson au visage enjoué, comme presque à chaque fin d'enquête, visiblement ils sortaient de la scène de crimes et étaient satisfaits. Les affaires avaient l'air de rouler sans elle. C'était bien. Très bien même. Tant mieux pour John, son salaire n'en serait que plus élevé. Kay fixa longuement l'écran, observant les deux hommes - enfin, un en particulier mais elle ne voulait pas se l'avouer - et se perdit dans les yeux bleus qui fixait l'objectif de l'appareil photo et semblait l'observer elle. Lorsque son nez commença à piquer et que des petites larmes s'accumulèrent devant ses yeux, menaçant de brouiller sa vue, elle éteint l'écran. C'était assez pour aujourd'hui. Prenant quelques minutes pour refouler son émoi, elle finit par se concentrer sur un croquis pour une pub, désirant se noyer dans l'oubli qu'offrait son travail.

.

Quelques heures plus tard, lorsqu'elle pu enfin fuir cet endroit qu'elle exécrait tant et qu'elle se retrouva dans la rue, un visage dans la foule l'a fit se figer. Sa respiration se coupa. C'était lui. Et dire qu'elle pensait ne plus jamais le revoir. Ça faisait près d'un mois qu'elle ne l'avait plus vu, pourquoi aurait-elle pensé qu'il viendrait la rejoindre juste devant son lieu de travail ?

Elle força son rythme cardiaque à ralentir, s'efforçant d'oublier la dernière conversation qu'ils avaient eu, et calma sa respiration. Peut-être qu'il n'était pas là pour elle, peut-être qu'il avait quelque chose à voir avec son patron, après tout son travail pouvait l'amener un peu n'importe où. Malgré cette hypothèse tout à fait acceptable, Kelly-Ann savait qu'elle se voilait la face. Rien de ce que cet homme faisait ne semblait être dû au hasard. Cela se confirma lorsqu'elle vit qu'il l'a fixait et qu'il avançait vers elle.

- Bonjour, Kelly-Ann, dit-il en l'atteignant, le ton et le regard sombre.

Elle songea qu'elle pourrait faire comme si elle ne l'avait pas vu, même si ce serait vraiment peu crédible du point de vu de l'autre, mais en même temps la discrétion n'était pas son fort. Puis, Kay se dit qu'elle n'avait aucune raison de le fuir, et que s'était plutôt à lui de ne plus jamais l'approcher. Alors, elle prit la décision que cette fois elle lui ferait bien comprendre qu'elle ne voulait pas de lui dans sa vie. Mais avant, une approche plus polie était de mise.

Elle inspira profondément avant de répondre.

- Que puis-je faire pour toi, Gareth ?

.

- Je ne suis pas en colère, Sherlock ! grogna pour le cinquième fois John.

- Si tu ne l'es réellement pas, alors arrête de parcourir l'appartement en long et large. Ça m'empêche de réfléchir.

Evidemment qu'il était en colère. Et qui ne le serait pas ! Sherlock avait ENCORE était insupportable avec l'une de ses conquêtes, qui venait de le larguer à l'instant.

- L'enquête est finie, tu peux m'être ton putain de cerveau sur pause maintenant.

Le détective leva les yeux de son microscope et regarda John comme si celui-ci n'était qu'un tout petit enfant.

- John, cher John. Si il fallait que je mette mon cerveau sur pause, comme tu le dis si bien, à chaque fin d'enquête, je ne vaudrais pas mieux que tout ces imbéciles qui m'entoure.

John marmonna dans sa barbe :

- Je ne vais pas demander qui tu inclus dans ''ces imbéciles qui t'entourent'', je connais déjà la réponse...

- Bien. Maintenant, laisse moi tranquille.

Serrant les poings pour s'empêcher de sauter sur son ''ami'', le docteur préféra s'isoler dans sa chambre plutôt que supporter la mauvaise humeur du génie. Cela faisait seulement trois jours depuis leurs dernières enquêtes et le détective s'ennuyait déjà comme un rat mort. Étrangement, lorsque Kay était là, John avait remarqué que Sherlock était de meilleure humeur en attendant une nouvelle enquête.
En même temps, qui avait le temps de s'ennuyer avec Kelly-Ann ?

Il admettait volontiers que son avis était - franchement - biaisé, mais il savait aussi que la présence de sa cousine avait été bénéfique pour le détective même si celui-ci n'en avait pas conscience. John s'accouda en soupirant à la fenêtre de sa chambre. De là, il vit son amante d'un soir attendre un taxi, l'air furieux. Lui aussi serait furieux si on avait révélé devant son flirt qu'il était un homme avant. Il dériva un moment en pensant à ce qui l'amènerait à devenir une femme, puis il repensa à Kay.
A lui, en tout cas, elle manquait. Pendant des années, ses années en Afghanistan et celles qui avaient suivies depuis, la seule chose qu'il regrettait de son ancienne vie était la maison voisine à la sienne où, en regardant par dessus la clôture, il pouvait apercevoir le visage souriant de sa cousine.

Il était extatique lorsqu'elle avait pris part à sa nouvelle vie mais ça n'avait pas duré aussi longtemps qu'il l'aurait voulu. Evidemment, vivre avec Sherlock était toujours - enfin la plupart du temps - satisfaisant, mais un peu de compagnie lorsque le détective se faisait encore plus sociopathe qu'il ne l'était avait ses avantages.

Un léger tintement marqua l'arrivée d'un texto, le tirant de ses pensées. Il attrapa son téléphone et lu le message, souriant de plus en plus au fur et à mesure des mots. Lestrade lui proposait une soirée entre hommes à son appartement et ils avaient tout deux bien besoin de plusieurs bières, d'un bon vieux match de foot et de bras virils pour se plaindre et ensuite oublier la dîtes soirée pour ménager un peu leur ego froissé.

.

John coula un regard vers son collègue, étendu de toute sa longue carcasse sur le sofa, visiblement en pleine réflexion. Il était ainsi depuis qu'ils avaient fini leur dernière enquête. Même si John lui tenait toujours rigueur pour Kay - elle était comme sa sœur, bon sang ! - mais il était tout simplement incapable de rester fâché longtemps avec son ami. Surtout que c'était un conflit seulement de son côté, vu que Sherlock s'en foutait royalement. L'appartement était silencieux, on entendait seulement Mrs. Hudson chantonner au rez-de-chaussée. Si son torse ne se soulevait pas doucement, John aurait pu le croire mort. Finalement, lassé de ne rien faire, John se leva pour atteindre son ordinateur.

- Chut.

Le docteur Watson haussa un sourcil en empoignant l'appareil.

- Pardon ?

- Chut.

Sherlock disait "chut". Bien. Sherlock utilisait un mot digne d'un enfant de cinq ans ou d'une bibliothécaire aigrie. Soit. Ne relevant pas, John se réinstalla sur son fauteuil. Il n'était plus à ça près après tout.

- Chut.

Il leva les yeux ciel.

- Je ne suis pas en train de penser, Sherlock, je t'assure !

L'autre ne répondit pas cette fois.
Le docteur alla sur sa boîte mail. Ça faisait un moment qu'il n'avait pas eu de nouvelles de Kay et il commençait à s'inquiéter. Après tout elle était presque lâché dans la nature vu qu'elle ne vivait plus ni chez eux ni chez son frère, et en plus elle n'avait pas répondu à son dernier texto. Il avait tendance à oublier qu'elle était majeure et vaccinée, et non plus une petite fille aux couettes rousses haute comme trois pommes. Ne voulant pas paraître trop protecteur, il préféra envoyer un mail plutôt qu'un sms cette fois. Il tapa rapidement un message à sa cousine et alors qu'il allait l'envoyer, un grondement s'échappa de la cage thoracique de Sherlock. Il soupira et se tourna vers son ami :

- Un problème, Sherlock ?

- Arrête.

- Arrêter de faire quoi ? demanda John sans vraiment faire attention à la mauvaise humeur de son ami.

- D'envoyer un message larmoyant à Kelly-Ann Watson pour te plaindre.

- Comment sai...! Non, laisse tomber en fait. Et je ne me plains pas.

- Ah oui ?

Il se leva prestement, plus vite que John l'aurait cru capable après près de trois heures sans bouger, et se jeta presque sur le docteur pour lui dérober son ordinateur.

- Hé ! protesta John.

- " Bonjour, Kay ! Comment vas tu ? J'espère que tu te plais là où tu es. On s'ennuie au 221 depuis que tu n'es plus là. Sherlock est comme à son habitude, mais ça ne veut rien dire : c'est un excellent menteur. Es-tu bien installée ? Tu sais que si tu as un quelconque problème, la porte du 221 te sera toujours ouverte. J'espère qu'on pourra se voir bientôt se voir. Ton cousin bien aimé bla bla bla ", Sherlock se tourna vers son ami. Tu n'appelle pas ça te plaindre ?

John récupéra rageusement son appareil.

- Tu es impossible, Sherlock ! Un vrai gamin !

Il le balança presque sur la table tandis que le détective s'affalait de nouveau sur le sofa et faisait encore le mort. Alors qu'il allait claquer le porte pour rejoindre Grégoire, et vraiment se plaindre cette fois, il cria à la volée :

- Et ne fais pas comme si elle ne te manquait pas aussi ! Saleté de sociopathe, ajouta-t-il en grommelant avant de sortir.

- Elle ne me manque pas.

Il avait à peine murmurer sa réponse. C'était vrai après tout.

Elle ne lui manquait pas.

Pas du tout.

Voir cette tignasse rousse si emmêlé qu'il paraissait improbable qu'elle soit lisse un jour, sentir cette odeur de peinture à l'huile mêlée à celle de la térébenthine qui semblait la suivre partout, entendre cette voix un peu plus grave que ce à quoi on s'attendrait en voyant une si petite jeune femme et le toucher si surprenant rêche de ses mains - surtout sur les coussinets des doigts - lorsqu'elle le touchait en lui tendant quelque chose.

Rien de tout ceci ne lui manquait.

La présence de son écharpe préférée - la verte foncée, celle avec des dizaines d'accrocs et une tâche de café mais qu'elle gardait quand même - sur le dos du fauteuil de John non plus.

Quant à son gros carnet de dessin qui traînait toujours dans les endroits les plus incongrus de l'appartement, n'en parlons pas.

Non, Kay ne lui manquait pas.

Il parcouru la pièce du regard, s'arrêtant sur chaque objets lui rappelant la jeune fille, se surprenant à sourire à l'évocation de certains et à soupirer pour d'autres. Il avait raison après tout, comme d'habitude. Il pouvait très bien vivre sans elle. Cette pensée lui serra la poitrine pendant un bref instant. Sans elle. Oui bien sûr qu'il pouvait le faire. John n'avait-il pas dis d'ailleurs qu'il survivrait à Dieu pour avoir le dernier mot ? Mais cela ne voulait pas dire qu'il ne se sentait légèrement mélancolique en pensant à l'absence de Kay. Heureusement qu'il avait son fidèle blogger !
Que ferait-il sans John ?
Il préférait ne pas y penser, un peu honteux mais surtout conscient que son cher ami comptait pour lui. D'ailleurs, il faudrait qu'il pense à s'excuser autrement Joh allait continuer à bouder, et quant John boudait, le thé devenait infect au 221B Baker Street.