Chapitre 14 : Sara
Sara était en train d'analyser une pièce à conviction. En réalité, elle n'était pas très concentrée sur son travail. Elle repensait à la réaction de Grissom… qui aurait été tout à fait compréhensible s'il avait attaché de l'importance à leur nuit. Elle ne l'avait jamais entendu parler comme ça, l'agressivité qu'elle avait pu constater chez lui avait dépassé ce à quoi elle s'attendait. Il avait l'air de souffrir… de beaucoup souffrir et d'être en colère contre elle à cause de ça. Elle ferma les yeux en y pensant, elle ne comprenait pas. Elle aurait réagi de cette façon si les rôles avaient été inversés, mais elle, elle l'aimait… qu'elle réagisse ainsi aurait été légitime. Il lui était impensable qu'il puisse l'aimer, c'était inimaginable ! Il ne l'aurait pas fait souffrir toutes ces années sinon. Ça n'avait aucun sens, il aurait dû être soulagé qu'elle ait pris la décision de partir. En faisant ça elle lui avait retiré une épine du pied, elle lui avait épargné les explications désagréables du lendemain : « J'étais saoul, je ne savais plus ce que je faisais… » Sara posa la pièce à conviction sur la table, prit sa tête dans ses mains et soupira. A qui voulait-elle faire croire ça ? Si elle était partie, c'était surtout pour éviter d'entendre ces explications-là justement ! Elle n'avait pas voulu risquer d'entendre que c'était une erreur, qu'il regrettait, qu'il n'aurait jamais fait ça en temps normal… ou même, à la limite, qu'elle n'aurait pas dû en profiter ! Elle était partie pour garder dans sa mémoire le meilleur d'eux, le plus beau et le plus inattendu aussi : Grissom qui lui faisait l'amour. A cette pensée, elle le revoyait, les yeux brillants plongés dans les siens, des yeux qui lui disaient « je t'aime » à ce moment-là. L'expression sérieuse et en même temps très douce de son visage ainsi que ses traits fins laissaient penser qu'il était serein et qu'il était sincère. Sara ouvrit alors les yeux comme si elle était d'un seul coup frappé par le doute : et s'il avait vraiment été sincère ?
A ce moment-là, un de ses collègues frappa à la porte du labo et la fit sortir de ses pensées.
« Ça avance ?
-Euh… oui, j'ai trouvé une empreinte sur la bouteille… »
Elle fit part de ce qu'elle avait trouvé et ainsi se concentra à nouveau sur son travail.
Elle releva l'empreinte avec de la poudre et un adhésif, l'examina – elle était partielle mais semblait suffisamment grande pour espérer pouvoir identifier son criminel, si tant est qu'il avait déjà commis un délit et était dans la base de donnée. Elle démarra l'AFIS –le programme pour la comparaison d'empreintes digitales – la scanna et entama une recherche, elle espérait trouver une correspondance. Comme ça risquait de prendre du temps, elle alla se chercher un café.
Elle resta toute la nuit à côté de l'ordinateur qui travaillait tout seul. Pendant ce temps, elle cherchait d'autres preuves sur les vêtements de la victime… Elle ne trouva aucune autre preuve et était fatiguée quand l'ordinateur afficha une correspondance, un homme de 40 ans, qui avait été condamné pour vol à l'étalage. Cette fois il y avait eu meurtre. Elle contacta l'inspecteur avec qui elle travaillait en étroite collaboration, comme elle le faisait avant avec Brass. Il fallait faire venir cet homme afin de l'interroger et ce n'était plus dans ses compétences.
Lorsqu'elle raccrocha, elle regarda sa montre : six heures déjà, son quart était terminé. Elle décida pourtant de prolonger ses heures, afin d'écouter ce que son suspect avait à dire, derrière la vitre sans tain… Le travail était toujours ce qu'elle avait trouvé de mieux pour ne pas avoir à trop s'en faire pour sa vie privée.
L'homme prétendait être passé voir la victime. L'ayant trouvé morte dans sa cuisine, il avait fait un pas en arrière et avait renversé une bouteille. Pris de panique, il l'avait ramassée, remise à sa place et s'était enfui sans contacter les flics, du fait de son casier judiciaire. L'inspecteur lui demandait ce qu'il faisait pendant l'heure où la victime avait été tuée, celui-ci répondit qu'il était allé dans un bar voir le match de foot tout en buvant quelques bières avec d'autres habitués. Il ne leur restait plus qu'à vérifier cet alibi… « Pouf, cette affaire n'est pas prête d'être résolue » soupira Sara. Il n'y avait pas beaucoup d'indices et elle devrait ré-éplucher tout le dossier, à la recherche de la moindre piste…
Son affaire traina encore quelques semaines. La Saint-Valentin permit de résoudre l'enquête, dû au comportement suspect du petit-ami de la victime, qui était déjà avec quelqu'un et avait fait les demandes pour toucher l'assurance vie de son ancienne partenaire… en cherchant un peu, il s'était rendu compte que, bien que celui-ci avait un alibi et paraissait effondré à la perte de sa chérie, celui-ci avait demandé à un copain de se charger du sale boulot et en contrepartie, il oubliait la dette que celui-ci lui devait. Le crime était presque parfait, jusqu'à temps qu'ils aient retrouvé la trace du meurtrier, à cause des traces de pneus découverts devant chez la victime et que celui-ci décide de balancer son copain pendant la garde à vue, sous la pression de l'inspecteur, bien décidé à faire tomber le Dom Juan… L'affaire était classée.
