14.

Une nouvelle venue, inattendue, vu ses propos, s'était jointe à la petite équipe de sauvetage.

- Je devais venir moi aussi ! Je ne peux plus me battre, mais il fallait que j'amène son père à Alérian. Il devait être là pour le final, quel qu'il soit…

Albator se raccrocha au bras de la Déesse Dorée, pourtant habitué à quelques téléportations, mais celle-là avait vraiment été réalisée dans l'urgence et toutes ses molécules se ressentaient encore de la désintégration et de la reconstruction.

- Alie ! ? jeta néanmoins aussitôt le grand Pirate balafré, affolé comme trop souvent il l'avait été quand la vie de son étrange fils, ou ses morts, étaient en jeu.

- Je ne sais pas… lâcha Maya.

Albator caressa les joues glacées de son fils inerte contre lui, tout juste sorti du cercueil de glace, trempé, sans aucune réaction, les membres d'une angoissante rigidité.

Zunia et Guizol s'avancèrent.

- Nous ne percevons plus rien… Peut-être que pour une fois la médecine Humaine peut plus que nous… Ramène ton fils chez toi, capitaine Albator. C'est la dernière chance qu'il lui reste !

- Mais, si avec tous vos pouvoirs, vous ne pouvez… Ce n'est pas notre faible science qui le pourra…

- Il n'y a plus rien d'autre à tenter, fit Itha. La Grande Dragonne et le Sculpteur ont raison. Nos pouvoirs ont atteint leurs limites. Alérian doit rejoindre son monde. Pour la vie ou pour la mort.

- Bien, obéit Albator.

Mais ce fut avec des larmes coulant sur sa joue balafrée qu'il se saisit de son fils à la crinière de neige, Itha le conduisant alors sur le Firestarter.


Doc Machinar revint dans son cabinet, ses prunelles Mécanoïdes se heurtant à celle quasiment désespérée du capitaine de l'Arcadia.

- Je ne peux te donner aucune réponse, Albator. Ton fils est quasiment figé dans la glace, même si le cercueil n'est plus là. Il ne respire plus, ses cœurs ne battent plus. Mais bien que je sois Mécanoïde je perçois curieusement que quelque chose demeure en lui. Il tombe dans le pire des gouffres, mais il s'accroche, il espère, il t'attend !

- Mais, si je ne peux rien faire… se désola Albator.

- Tu es là, et quelque chose me souffle que la clé est là, comme est là, éternelle, pour tous les êtres Mortels : dans l'amour. Celui de sa mère, le tien, et celui de la famille qu'il a fondée !

- J'aimerais tant pouvoir te croire… Je peux voir mon fils ?

- Oui. Mais cela va te faire un mal infini…

Bousculant presque le Médecin-Chef du Firestarter Albator rentra dans la chambre où son fils était hospitalisé.


Mais manquant presque s'effondrer de douleurs trop insupportables à son cœur, Albator ne sut plus quoi dire face au corps réfrigéré d'Alérian.

- Alie, ton sang est figé dans tes veines, ton épiderme semble martyrisé par ce zéro absolu du cercueil. Es-tu seulement encore là, mon grand amour ?

Et serrant, encore et encore, son fils entre ses bras, Albator hurla tout son désespoir.


Errant dans un univers sans âme, inconnu, Alérian se retrouva à nouveau à genoux, épuisé.

- Il y a cette sorte de puits, là tout au loin… Mais je ne veux pas y tomber… J'ai peut-être encore des choses à faire ? Mais là je ne crois plus en rien. Je ne ressens plus rien… Tout est fini… J'aurais tant donné pour revenir auprès des miens, ma femme, nos enfants, … Mais il semble que cela ne me sera pas accordé… Alors d'accord : je vais courir et plonger dans de puits où mon âme se perdra à jamais…


Beebop entra en roulant droit vers la chambre d'Albator.

- Vous avez défait La Contrebandière. Mais la République Indépendante et l'Alliance Galactique ne vous en sauront jamais gré, officiellement parlant. Warius vous en sera jamais reconnaissant. Mais vous avez droit aussi à votre récompense, capitaine !

- Non, je n'espère plus rien…

- Et pourquoi pas le meilleur ?

- Non, je ne crois pas…

- Ne m'enterre pas trop vite, même si c'est une énième fois de plus, papa ! Je suis de retour et je n'abandonnerai plus jamais les miens !

- Alie ! s'étrangla le grand Pirate borgne et balafré alors qu'Alérian était survenu juste derrière le petit robot rouge et blanc.

Et Albator serra infiniment son fils à la chevelure immaculée entre ses bras, effectivement revenu pour toute la sérénité de leurs avenirs respectifs.

- Alie !

- Papa, se réjouit Alérian.