Il se retrouva dans une pièce désinfectée par tant de produits qu'il faillit vomir alors qu'on le retournait sur le côté. Sur son flanc gauche, il sentit des mains gantés lui compresser fortement sa plaie. Il hurla, surpris par la douleur si vive qui l'attaquait. Il entendit qu'on lui parlait mais ne comprit pas un seul mot. Ce qu'il s'était passé entre le moment où il avait perdu connaissance en sentant toujours la main de Beckett sur lui et ici où il s'était réveillé était complètement flou. Il voulait qu'on arrête de toucher sa plaie et qu'on le laisse juste retomber dans les pommes à nouveau. Ce qu'il ne tarda pas à faire lorsqu'il sentit un masque d'oxygène posé contre son visage.
Lorsqu'il rouvrit doucement les yeux, il sourit bêtement en voyant le visage de sa fille. Il tenta de se relever mais sentit une douleur immense l'envahir sur tout le côté de son corps ainsi que son bras droit. Il sentit quelque chose lui serrer le buste et devina qu'il devait être bandé. Alexis l'aida à se relever et le regarda avec un regard très inquiet. Elle s'assit à côté de lui avant de lui dire ce qu'il avait à cause d'une seule balle.
- Tu as eu beaucoup de chance. La balle est passée entre ton bras et tes côtes. Mais, elle a ouvert une artère principale sur ton bras et a abimé deux côtes. Si Beckett n'avait pas été là rapidement, tu te serais vidé de ton sang. Alors, c'est fini les jeux de rôles avec les policiers et tueurs à gage. Kate m'a tout raconté. Tu as un contrat sur ta tête ! Des pros veulent ta mort.
- Alexis.
- Non. Je ne marche plus là. Tu m'as dit que c'était fini tout ça, puis tu m'as dit que tu devais être là, pour elle mais que cela te rendait heureux, pour l'instant. Mais, là, non. C'est fini, papa.
Elle le regarda si sévèrement avec son regard azur qu'il doutait qui était vraiment l'adulte dans cette discussion. Il vit également qu'elle avait les yeux rougis. Il paraissait évident qu'elle avait pleuré. Combien de temps était-il resté avec les chirurgiens ? Combien de temps s'était écoulé entre le moment où Kate le suppliait de s'accrocher et celui où Alexis lui ordonnait de tout laisser tomber ? Il n'en savait rien mais il voulait la rassurer.
- Tout va bien, ma puce. Regarde. Je suis là. Je te promets que tout ira bien.
Elle refusa de le regarder pour éviter de craquer et elle se leva du lit pour légèrement s'éloigner. Elle se cala contre le mur où se trouvait la fenêtre de la chambre d'hôpital. Castle regarda autour de lui alors que sa vue était moins trouble. Il redressa plus en lâchant un léger cri de douleur. Avant qu'il n'eut le temps de demander où elle se trouvait, Kate entra dans la chambre et ordonna à Alexis de s'éloigner de la fenêtre. La rouquine recula rapidement alors que Beckett tira les rideaux des fenêtres. Martha entra à son tour et remercia silencieusement le seigneur pour avoir laissé vivre son fils. Castle regarda tour à tour les trois femmes présentes dans la pièce. Il esquissa en sourire en pensant que toutes celles qui comptaient pour lui étaient là. Pourtant, il souffrait terriblement au bras droit et son sourire se transforma en rictus douloureux. Kate le remarqua mais ne dit rien. Elle se cala au fond de la pièce alors que Martha vérifia que son fils répondait bien à ses boutades pour s'assurer qu'il allait mieux. Il la rassura naturellement avant qu'une infirmière n'entre. Elle pria à la famille de sortir car elle devait contrôler les points effectués quelques heures plus tôt et changer son pansement. Alexis et Martha s'exécuta et l'infirmière oublia presque la présence de Beckett tellement cette dernière restait silencieuse. Pourtant, elle ajouta quelque chose avant d'aider Castle à retirer sa blouse d'hôpital.
- Vous aussi, détective Beckett.
Castle remarqua que l'infirmière savait parfaitement qui elle était. Il se demanda ce qu'il s'était passé pendant qu'il était inconscient ou encore aux prises des médecins. Kate fit un léger non de la tête avant d'ajouter quelque chose.
- Non, je reste là. Je ne le quitte plus. C'est protection 24h sur 24h maintenant.
Castle masqua un sourire lorsqu'il vit la tête d'infirmière. Visiblement, Kate avait déjà dû la vexer et elle vit que la détective ne plaisantait pas. Puis, il se repassa en tête les mots exacts de sa partenaire. « Je ne le quitte plus ». Un autre sourire naquit alors qu'il était certain qu'elle ne voulait pas que cela sorte dit comme ça. Mais son inconscient avait marché et il sourit à ce lapsus. Elle resta contre le mur et détourna le regard. Elle paraissait réellement distante avec lui mais il s'en préoccuperait plus tard. L'infirmière lui souleva la blouse et découvrit son torse. Un pansement était collé sur ses côtes droites alors qu'un bandage blanc entourait son bras. L'infirmière décolla celui des cotes et Castle ferma les yeux pour tenter de ne pas trop montrer sa douleur. Kate ne put s'empêcher de regarder et tenta de voir ses blessures. L'infirmière s'attela à défaire celui du bras et Castle ouvrit les yeux pour regarder lui aussi l'ampleur des dégâts. Il vit une rangée de points à l'intérieur de son bras et pensa que la cicatrice qui allait en ressortir pouvait être assez sexy, très bad boy. Même en ces circonstances, il arrivait à se faire sourire lui-même. Surtout qu'à une certaine époque il savait que sa partenaire les aimait les mauvais garçons. Il trouve cela moins drôle quand l'infirmière reprit un bandage pour le resserrer autour de son bras. Il se redressa légèrement et resta tendu pour tenter d'atténuer la douleur. En se relevant, il tomba par accident dans les yeux de Kate. Elle ne détourna pas le regard mais se montrait légèrement froide dans son échange. Castle grimaça pour la douleur mais aussi pour le message que Kate voulait lui faire passer. L'infirmière finit rapidement alors que Beckett avait déjà refixé son point imaginaire par la fenêtre. Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent enfin seuls dans la chambre.
Martha était assise sur un banc dans une petite salle d'attente alors qu'Alexis marchait de long en large sans réussir à se calmer. La jeune rouquine voulait laisser éclater sa colère mais savait pertinemment que ce n'était pas l'endroit. Pourtant, sa frustration devait sortir.
- Tout ça à cause d'une femme !
Ses paroles dépassaient ses pensées mais Martha comprit où elle voulait en venir. Elle lui fit un sourire rassurant avant de lui répondre.
- Pas n'importe laquelle. Tu le sais ça.
- Peut-être mais comment peux-tu rester calme ? C'est ton fils qui se met en danger.
- Je le sais. Mais, je sais aussi que depuis qu'il travaille avec elle, il n'a jamais été aussi heureux. Il ne s'enferme plus dans son bureau à tenter de trouver l'inspiration coûte que coûte. Il ne traîne plus avec les mannequins toutes superficielles et ne couchent plus à droite à gauche. Et, tout ça, tu le sais bien mieux que moi. Elle est sans doute la cause de tout son malheur. Les mensonges qu'il a pour la protéger ou encore le fait qu'il l'a vu mourir sous ses yeux et qu'il lui a dit qu'elle l'aimait alors qu'elle ne s'en souvient pas. Il souffre beaucoup plus de ça que de sa balle qui a éclaté entre son bras et ses côtes. Crois-moi. Mais, elle lui a apporté aussi tous ces moments de bonheur. Tu ne peux pas lui retirer ça. Même si pour le moment, on doit juste être spectateur de le regarder souffrir. Il n'y a que Kate qui pourra le sortir de là. Et, je lui fais confiance. Elle tient autant à lui que nous, Alexis.
La rouquine s'assit à côté de sa grand-mère et se calma légèrement. Elle préféra ajouter une phrase.
- J'espère que tu as raison.
Elle n'osa pas le regarder directement et souffla un bon coup alors qu'il hésita à lancer la conversation. Il l'observa pour tenter de décrypter ses gestes. Gestes qu'il connaissait par cœur. Elle semblait tendue en ayant sa main droite posée sur son arme attachée à droite de sa ceinture. Comme ci, elle voulait être prête aux moindres attaques suspectes. Il aurait tellement voulu qu'elle le regarde, qu'elle lui parle. Il tenta de la faire réagir.
- Hey.
Elle mit plusieurs secondes mais le regarda enfin. Il perçut encore beaucoup de colère et froideur dans ses pupilles vertes. Elle se leva et croisa les bras. Position de défense. Elle lui parla.
- Qu'as-tu fait ?
- Comment ça ?
- Pourquoi étais-tu au parking ? C'était quoi cet appel ? Un tueur ? « Peux-tu descendre s'il te plaît que je te descende. » ?
- Ce n'est pas ce que tu crois.
- Ce que je crois ? Je vois juste que tu as pris une balle sous ma protection et celle de centaines de flics. Je t'ai laissé y aller parce que tu m'as convaincue avec ton argument ! Et maintenant tu as reçu une balle dans le bras. Mais, je ne suis pas née de la dernière pluie. Je descends et comme par hasard, j'entends qu'on te tire dessus.
- La balle était réelle tout comme le gars cagoulé.
- Dis-moi ce que tu as fait !
Elle serra des dents. Elle se contenait mais il lisait beaucoup de colère dans ses yeux. Il ne l'avait jamais vu aussi contrariée par sa faute. Même le fait qu'il est fouillé dans le dossier de sa mère ne l'avait pas mise autant en colère. Il imagina alors quand il allait lui dire qu'il lui mentait depuis plusieurs mois à propos de cet homme mystérieux. Sur ce coup-là, il préféra lui dire la vérité.
- J'ai peut-être tenté le diable. Disons que j'ai tenu au courant sur la toile de mes faits et gestes.
Elle écarquilla les yeux. Il ne l'avait pas écouté. Il avait trouvé un moyen de devenir l'appât. Elle eut une envie subite de le gifler. Elle avait beau travailler dans un milieu masculin, elle gardait quelques reflexes typiquement féminin. Elle continua tout de même.
- Cela ne me dit pas pourquoi tu étais au parking.
- L'appel téléphonique, c'était juste le gars qui me disait qu'il avait fini de poser le tapis de réservoir sur ta moto.
Elle ouvrit légèrement la bouche alors que son regard changeait. Il avait retenu ce qu'elle voulait sur sa moto alors qu'il n'y connaissait rien. Encore une fois, il avait pris le temps d'effectuer un geste si attendrissant que sa colère se calma légèrement. Elle baissa les yeux mais ne savait pas trop comment réagir. Elle n'allait pas lui sauter au cou alors qu'il venait de lui avouer qu'il s'était placé dans la ligne de mire. Elle souffla un bon coup avant de le regarder à nouveau. Il lui fit un léger sourire pour s'excuser.
- Je suis vraiment désolé, Kate. Je peux être vraiment immature mais j'ai besoin d'un garde fou et tu es cette personne. Je souhaite tellement mettre la main sur l'assassin de Jane. Pardonne-moi, s'il te plaît.
Il se mordit la lèvre et fit un léger oui de la tête. Comment résister à ces yeux si implorants et si beaux.
- Par contre, fini les jeux de cache-cache avec des tueurs à gage. Je ne veux pas être la personne qui annoncera à ta famille que tu as été tué car tu voulais coincer un méchant.
- Promis. Enfin, sur cette affaire-là.
Elle le fusilla du regard alors qu'il voulut éclater de rire.
- Trop tôt ?
- Ne joue pas avec moi.
Il sourit car il ne pourrait jamais s'arrêter de jouer avec elle.
