« Et tout à coup cette joie dont je ne peux rien dire sinon qu'elle est insensée. Mais il faut l'accepter comme insensée, admettre que tout bonheur ne peut être qu'insensé mais le vivre intensément. »
IonescoNote de l'auteur : voici donc le dernier chapitre de « Au nom de la Mère ». Je suis désolée, mais c'est pour clôturer donc très peu de Rogue et de Alessa… (frappez pas) et je tiens à remercier ceux qui ont pris la peine de me lire ! (merciii).
Et réponse à ceux à qui je n'ai pas pu répondre par mail :
momo : merci beaucoup ! j'espère que ça continuera à te plaire.
Aulandra17 : Merci beaucoup !
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La haute bâtisse aux allures de château de conte de fée surplombait les nouveaux venus. Le blizzard qui soufflait rageusement semblait une brise sur les murs délavés de grosses pierres.
S'avançant encore, la rousse serra un peu plus fort la main de sa jeune sœur. Enfin, après trois tours complets de l'immense forteresse, elle avait aperçu une porte ; petite, certes, légèrement bancale, mais une entrée qui leur permettrait d'abandonner ce froid saumâtre et ce silence incommode.
Serrant un peu plus contre elle le petit paquet qu'elle portait à son cou, la rousse frappa à la porte. Mais, sans que personne n'ait tourné la poignée, celle-ci s'ouvrit en grinçant.
-… Il y a quelqu'un ?
Mais son souffle trop court et sa nervosité étouffante empêchaient que cette question fut à portée de voix.
Elles avançèrent encore, traversèrent le grand hall. Enfin, des bruissements légers de pas fit se retourner la jeune femme, gardant toujours un œil sur sa sœur.
Une grande femme à l'allure intemporelle et aux longs cheveux dorés s'approchaient d'elle. De son pas silencieux, elle semblait voler sur le sol sombre et immaculé.
-Bonjour, dit-elle d'une voix froide et sans aucune sourire sur son visage pâle.
Réprimant ses frissons, la rousse ancra son regard vert dans les yeux presque transparents de la femme :
-Je suis Alessa James.
Puis, voyant que le silence perdurait :
-… Je vous ai envoyé une lettre…
-Soyez la bienvenue, Miss James, la coupa alors la voix délicate.
Et, se retournant et reprenant sa route, la blonde dit :
-Imaginant l'éreintement devant provenir de votre voyage, je vous propose de vous joindre à nous pour le repas. Nous discuterons des détails de notre marché plus tard.
Déglutissant, Alessa indiqua à Lilith de suivre la femme et jeta un regard au précieux trésor somnolant dans ses bras protecteurs.
-Ne t'inquiète pas, nous sommes en sécurité maintenant. Et jamais je ne laisserai quiconque te toucher. Adam…
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Le cœur au bord de l'estomac, Harry se trouvait dans le couloir du deuxième étage, devant le tableau qui l'avait permis de faire ce voyage, terrible et fantastique.
Sa vie… Sa façon de pensée… Ses sentiments… Tout cela avait été perturbé, bousculé, heurté… Comment allait-il pouvoir recommencer ? Reprendre sa vie d'avant ? Celle où il n'avait pas de parents. Où il ne connaissait pas Alessa James. Celle où il n'estimait pas Rogue.
Il soupira. L'effet du Polynectar commençait à faiblir et il regardait ses doigts légèrement bazanés pâlir, mais garder leur longueur. Vian Matthews lui ressemblait-il même physiquement ?
Enfin, prenant son courage à deux mains, il leva l'une d'entre elles et effleura le tableau sans véritable envie, avec résignation. Et, de façon surprenante, il ne se passa pas la même chose que lors de son arrivée. Le voyage serait-il différent ou avait-il commis une erreur ?
Des lumières fusaient devant ses yeux, du vert, du rouge, comme si, dans la toile elle-même, une vie résidait et se débattait contre autre chose. Pendant ce temps, Harry comptait une nouvelle fois les dates et se répétait que, décidément, il ne s'était pas trompé, que c'était bien aujourd'hui qu'il devait partir. Il réfléchissait à quelque chose qu'il n'aurait peut-être pas dû faire lorsque, finalement, il lui sembla que la peinture s'ouvrit et qu'il eut l'impression de tomber durant de longues minutes en une chute infernale.
-Bonjour, Harry, entendit-il alors que ses pieds touchaient le sol avec délicatesse.
Il se tourna violemment, se brisant presque la nuque :
-Alessa ?
La rousse le regardait, un faible sourire aux lèvres et un petit paquet rond dans ses bras. Il ne savait ni comment ni pourquoi elle se trouvait là, mais, de toute évidence, elle ne s'attendait pas à la réaction qu'il s'était promis d'avoir lorsqu'il la reverrait – s'il la revoyait et, apparemment, la chance lui souriait.
-Tu dois revenir immédiatement à Poudlard !
Sa colère fit reculer la jeune fille d'un pas. D'ailleurs, lui-même ne s'était pas attendu à être autant rageur. S'était-il senti autant trahi que l'avait été Rogue ? Avait-il pu comprendre à quel point être abandonné était douloureux ?
Dans un regard triste, elle s'approcha de lui et il vit ce qu'elle tenait entre ses bras enlacés : un jeune enfant, de quelques jours à peine d'après ce que Harry pouvait en savoir.
-Que… fut la seule parole censée qu'il parvint à dire.
-Je ne pouvais pas risquer deux vies ; celle de Lilith et la sienne, acheva-t-elle en indiquant le nouveau-né. Il m'a fallu trouver un endroit sûr et, même s'il m'a fallu fuir pour y arriver, je n'ai pas de regrets, juste des remords.
-Mais…
-Rogue portait toujours la Marque des Ténèbres, fardeau que, grâce à vous deux et à Sanguinis Vitae, je n'ai plus le désespoir de devoir porter. Il représentait un trop grand danger pour nous, pour Eternity, pour Adam.
-Si tu avais remis Eternity à Dumbledore, tu n'aurais pas eu à tout abandonner.
Tous deux savait que lorsqu'il disait tout abandonner, il voulait dire l'abandonner. Cependant, ils se complurent dans ce silence.
-Mais j'ai agi comme mon père aurait voulu. Il souhaitait que je prenne soin de Eternity et, même s'il serait facile de me juger, j'ai suivi ma conscience.
Puis, après un silence et les premières larmes coulant sur le visage de Alessa :
-Penses-tu réellement que je me suis jouée de lui ?
Harry ne répondit rien, sachant bien que, au fond, la jeune fille avait été sincère dans ses sentiments. Cependant, pour lui, la lâcheté de sa fuite et les mauvaises raisons qui l'y avaient poussées n'étaient pas excusables. Pour l'instant, du moins…
-Il ne s'en remettra jamais…murmura-t-il alors, ancrant encore plus profondément son regard vert dans la marée lui répondant.
Après un silence :
-Prends bien soin de lui alors…
Le visage en larmes de Alessa James fut la dernière image que Harry eut d'elle.
Enfin, il arriva à destination et après quelques minutes, il sentit que la transformation prenait fin. Il était de nouveau chez lui. Alors pourquoi ce vide régnait-il dans sa poitrine ?
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Le blond redevenu brun se redressa, mais resta assis à même le sol, le dos contre le mur sur lequel siégeait le tableau qui l'avait amené dans le passé – don ou malédiction ?
Il soupira, souhaitant reprendre ses esprits avant d'aller retrouver ses amis qu'il n'avait, finalement, pas si hâte que cela de revoir – était-il réellement prêt à tout raconter ?
Il se dit que, de toute façon, Dumbledore ne lui permettrait peut-être pas, mais qu'il faudrait tout de même aller voir le vieil homme et lui avouer son échec. Après tout, il n'avait rien changé. Si sa mission, comme l'avait dit son directeur, concernait Rogue, en quoi la situation du garçon avait-elle été améliorée depuis son arrivée dans le passé ?
Le brun passa une main énervée dans sa masse de cheveux ébouriffée et…
-Potter, je peux savoir ce que vous faites avachi dans le couloir alors que votre disparition suscite des hordes d'inquiétude tous les jours depuis deux mois ?
La voix froide, sarcastique, sèche et revêche. Severus Rogue tel qu'il l'avait quitté se trouvait, debout et roide, devant lui, le regard assassin. Mais derrière ce masque, il semblait tout de même étonné. C'était d'ailleurs peut-être pour cette raison que la question n'avait pas été du niveau le plus impitoyable que l'homme pouvait faire. Il était vrai que le Survivant qui disparaissait deux mois était relativement … suspect… Il n'y avait pas pensé, croyant que le directeur ferait ce qu'il fallait.
-Professeur…
La murmure de Harry aurait pu passé pour un gémissement – pourquoi fallait-il qu'il soit le premier qu'il rencontre ? – mais l'homme ne le remarqua pas, trop cruellement réjoui de pouvoir amoindrir le jeune garçon.
-Je vois que votre arrogance vous permet toutes sortes de choses. S'il n'en tenait qu'à moi, vous seriez depuis longtemps renvoyé de Poudlard sans chance de retour.
La voix était chuchotante et le brun se retint de répondre qu'il n'en tenait, heureusement, pas qu'à lui et que, jamais, ce ne serait le cas – la pensée que personne n'oserait nommer un tel homme comme directeur l'effleura, mais il s'en voulut s'en pouvoir se contrôler.
Les choses risquaient d'être encore plus compliquées désormais.
Un instant et alors que l'homme s'acharnaient à trouver des répliques toujours plus cruelles, Harry se demanda s'il avait oublié avoir un jour rencontré le sosie de James Potter, une cicatrice en forme d'éclair sur le front, dans l'enceinte de Poudlard. Mais, de toute évidence et comme il l'avait déjà pensé, la trahison de Alessa avait laissé place à un vide et à un refus de se souvenir de cette période chez cet homme amer et aigri.
-Et je suppose que L'Elu – Merlin que c'était ironique – ne ressent pas le besoin de répondre, trop convaincu de sa bonne foi, grogna l'homme dont le ton montait en flèche. Cependant, Potter, n'oubliez pas à qui vous avez à faire et que, si vous pensez ne pas souhaiter parler, vous le ferez.
Il approcha légèrement son visage, menaçant, de celui du Survivant qui s'était relevé :
-Car une personne aussi impudente que vous ne tient pas à garder un secret, elle s'en vante et le raconte. Alors, Potter ? Où étiez-vous ? Racontez-moi que je puisse vous féliciter… Ou bien avez-vous honte ? Etait-ce un voyage interdit ? Quitter le château alors que vous êtes mineur et – peut-être les journaux ne vous l'ont-ils pas assez répétés – relativement célèbre n'est-il pas déjà suffisant pour ne pas désobéîr ? Vous êtes un effronté complètement puéril et égoiste… Le poids de la gloire vous pèse-t-il trop pour que vous vous permettiez de fuir tel un lâche ? Il est vrai que vous ne faites jamais assez parler de vous…
Harry en avait assez et souhaitait qu'il stoppe cette litanie.
-La gloire n'est certainement pas votre problème étant donné vos grandes compétences et votre capacité de la mettre en bouteille – selon vos propres mots.
Rogue fronça les sourcils et le brun sauta sur l'occasion.
-Oh, oui ! dit-il ironiquement. J'avais oublié de vous dire que, au début, j'écoutais au cours.
Il tenta de calmer son comportement effronté pour ne pas enrager Rogue plus qu'il ne l'était, mais lui-même avait du mal à se contenir.
-Changez de ton, Potter, menaça l'homme, l'air condescendant.
-Et, je trouve que vous avez la mémoire un peu courte, poursuivit pourtant le Survivant, lorsque vous m'accusez d'être capable de fuir comme un lâche…
Harry avait murmuré en s'étant lui aussi approché de l'homme qui le fixait de son air hautain, mais dont les sourcils étaient trop froncés pour que ce soit naturel. En réalité, le brun parlait de la nuit où Sirius avait bien failli tué Rogue en l'amenant dans la cabane hurlante, cependant, immédiatement, le remords le prit. Il ne devait pas laisser planer de doutes et Rogue était trop intelligent pour qu'il puisse se permettre de jouer à ça avec lui. Heureusement, avec ce qu'il venait de dire et s'il ne se laissait plus prendre à ce jeu, le professeur ne pourrait rien deviner…
Il soupira, détourna ses émeraudes du regard onyx et dit, d'une voix froide, ni cruelle, ni douce :
-Il va falloir m'excuser, professeur. Je dois aller voir le professeur Dumbledore, je crois qu'il attend un rapport de ma part.
Rogue le regardait toujours et semblait sur le point d'exploser.
Le brun se mit alors rapidement en route vers le bureau du directeur, sentant le regard de Rogue dans son dos. Il préférait éviter les provocations jusqu'à ce qu'il sache comment se comporter face à Rogue.
L'année risquait d'être longue. Malgré son énervement de l'instant, le Griffondor savait qu'il serait plus difficile que jamais de détester cet homme après tout ce qu'il avait vu ces dernières semaines…
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-Je suis très fier de toi. Même si je ne doutais pas que tu réussisses.
Fronçant les sourcils, le brun répéta, en résumé, ce qu'il avait fait et acheva en disant que, justement, il n'était parvenu à rien qui puisse aider Rogue.
-C'est là où tu fais erreur, Harry, dit doucement le directeur, les yeux pétillants derrière ses lunettes en demi-lune.
Le brun attendit.
-Si tu n'avais pas aidé le professeur Rogue à réalisé Sanguinis Vitae, Miss James serait morte à l'heure qu'il est.
Il réfléchit.
-Mais alors… s'il fallait juste que je la sauve, comment se fait-il qu'elle soit partie ?
-On ne peut contrôler les actions des autres, même si l'on essaie toujours, soupira le vieil homme. Mais, maintenant que tu l'as sauvée – et tu peux me croire, il aurait été beaucoup plus difficile pour le professeur Rogue qu'elle meure – il va falloir la retrouver car, comme tu me l'as si bien fait remarqué, Eternity ne sera en sécurité qu'une fois détruite.
-La dernière fois que j'ai parlé à Alessa, elle ne semblait pas de cet avis… soupira le brun.
Hochant gravement la tête, le professeur Dumbledore dit qu'il fallait faire chaque chose en son temps et que, pour commencer, la retrouver ne serait pas chose facile vu qu'elle avait su se cacher durant toutes ses années.
-Mais Voldemort n'a pas tenté de la chercher ?
-Je pense qu'il la croie morte… répondit le directeur, songeur.
Un silence retentit durant lequel Harry se souvint de quelque chose et se vit contraint d'en parler au directeur – mais, au fond, voulait-il savoir ?
-Professeur…
-Oui, Harry ? sourit l'homme avec indulgence.
-Lorsque je me suis retrouvé dans le passé, j'ai dû boire du Polynectar.
L'homme ne dit rien, le laissant poursuivre.
-Et je me suis transformé en un garçon qui étudiait à Poudlard longtemps avant mes parents.
Le vieil homme attendait toujours, mais sembla comprendre quelque chose que Harry ne saisit pas.
-Il s'agissait de Vian Matthews, vous souvenez-vous de lui ?
-J'ai la chance d'avoir une impressionnante mémoire. Donc, oui, Harry, je me souviens de ce jeune homme.
Pourquoi la voix du vieil homme semblait-elle si… désabusée ?
-Lorsque j'étais lui… Je faisais des rêves étranges.
Le directeur fronça les sourcils.
-Je sais que ça semble impossible. Que le Polynectar ne permet de prendre que l'apparence des gens et que, de plus, il était mort depuis longtemps, mais… parfois, alors même que j'étais éveillé, je me retrouvais à être ailleurs et à ressentir des choses – souvent de la colère – qui n'étaient pas les miennes. Je crois que c'était les sentiments de Vian Matthews.
Un silence retentit encore, mais plus tendu.
-Tu as vu des parties de la vie de ce garçon ? demanda doucement l'homme.
Harry se contenta de hocher la tête.
-Qu'as-tu vu ?
-… Il vous criait dessus, vous suppliant de le laisser quitter Poudlard. Il hurlait de douleur dans la cheminée de la Salle sur Demande… Celle qu'il aimait, Emily – pourquoi ressentait-il le besoin de dire son prénom ? – se faisait violenter par le frère de Vian… Ce genre de choses, tenta d'atténuer le garçon.
Le directeur se taisait et son silence pesait au jeune garçon plus qu'il ne l'aurait cru.
-Pourquoi avoir refusé de l'écouter ? murmura-t-il à son encontre et Dumbledore sembla plus vieux qu'il ne l'avait jamais été.
-…J'ai commis une erreur, une terrible, irréparable, erreur.
Harry attendit la suite.
-J'étais un jeune professeur. Le directeur avait dû s'absenter et j'avais sous ma responsabilité Poudlard et la sécurité de ses élèves. J'ai été pris de court lorsque ce garçon m'a demandé de sortir de l'enceinte du château. J'avais peur des conséquences…
Un silence retentit à nouveau. Harry ne savait quoi dire. Comment imaginer qu'un jour Dumbledore ait pu être aussi… irresponsable de par sa jeunesse ? Et comment le lui reprocher à la fois ?
-Et que s'est-il passé ? Je veux dire… Pourquoi cette cheminée l'a-t-elle … brûlé vif ?
-Je savais qu'il était déterminé et je l'avais prévenu que des mesures de sécurité avaient été prises partout dans le château. J'avais chargé les elfes de s'occuper des cheminées. Je ne savais pas et, j'aurais dû y prendre garde, de quelle manière ils s'étaient acquittés de leur tâche. Mettre un sort d'auto-inflammation sur les cheminées étaient une très mauvaise idée que, même alors, je n'aurais pas eu. J'aurais dû m'en charger moi-même… soupira-t-il, sa voix pleine de regrets.
Et il était mort. Harry ne pouvait se résoudre à prononcer cette phrase. Dumbledore avait la mort d'un innoncent sur la conscience. Et il aurait pu en avoir deux si Emily était morte. D'ailleurs, elle avait dû être traumatisée, à la fois par l'attaque, mais aussi par l'abandon de Vian – en tous cas, c'est ce qu'elle avait dû penser et ce avec quoi elle avait dû vivre…
Le brun ne savait plus quoi dire et préféra le silence.
-Je ne suis guère étonné d'avoir choisi ses cheveux lorsque je devais te donner le Polynectar. Mais je ne pensais pas que tu l'apprendrais ainsi.
-Comment alors ?
-Peut-être ta curiosité t'aurait-elle poussé à faire des recherches.
-Et en quoi cela aurait-il été utile ? ne sut retenir le garçon.
Le vieil homme soupira. Harry s'en voulut et révéla alors qu'il y avait bien une utilité.
-Emily est toujours en vie. Et je crois que Vian voulait que quelqu'un lui dise qu'il ne l'avait pas abandonnée. Qu'elle sache, avant de mourir, qu'il l'avait toujours aimée et qu'il avait tout mis en œuvre pour la rejoindre.
Le regard, qui ne pétillait plus, de Dumbledore fixait Harry comme s'il ne le voyait pas. La culpabilité s'y lisait, mais le brun ne pouvait se résoudre à l'accabler.
-Je vais aller la voir, dit-il enfin et Dumbledore eut un bref sourire entendu.
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Arrivé devant la petite demeure modeste, Harry inspira et cogna deux fois à la porte grisâtre. Une femme, à la fois très âgée et très agile, lui ouvrit avec un air étonné. Comme il connaissait son histoire, le garçon reconnut immédiatemment la lueur de tristesse qui résidait dans son regard, ancrée et certainement permanente.
-Vous êtes bien Emily ? Emily Adams ?
La question était inutile, il la reconnaissait. Mais le brun ne voulait pas l'effrayer.
-Touché, répondit la vieille femme en souriant, toujours légèrement surprise, mais le regard résigné. Se connaît-on ?
-Pas vraiment, répondit le jeune homme en souriant contritement. Puis-je entrer ?
Elle hésita, mais accepta finalement, un air méfiant étant passé sur son visage. La maison était celle d'une femme seule et trop petite pour qu'on ne comprenne pas la solitude qui y régnait. Le cœur de Harry se serra. La vieille femme s'installait à sa table et l'invitait à faire de même.
-Madame Adams… - il hésita – puis-je vous appeler Emily ?
Elle acquiesça, mais semblait de plus en plus étonnée et de plus en plus méfiante.
-Je suis Harry, Harry Potter.
-Je sais qui vous êtes. Je suis peut-être vieille, mais pas sénile. Ni aveugle. Cette cicatrice est plus voyante qu'on ne me l'avait décrite.
Le ton était aimable, mais légèrement distant.
-Pourtant, vous êtes moldue. Je croyais que…
-Je m'intéresse au monde de la Magie depuis toujours et si vous êtes là aujourd'hui, c'est que vous ne l'ignorez pas vraiment.
-En effet… Je sais que ça va être difficile à croire, mais… - il prit son souffle – j'ai des nouvelles de Vian.
Un silence résonna tel une bombe.
-… Que voulez-vous dire ? murmura-t-elle, des sanglots déjà présents dans sa voix.
-Je veux dire… qu'il est venu me parler…
-Ne peut-il pas venir lui-même ? dit-elle, une légère colère reprenant le dessus.
-Quoi ? Mais…
Il comprit qu'elle ignorait même sa mort.
-Emily…dit-il doucement. Vian est décédé. Il y a très longtemps.
Elle se tendit, mais ne répondit rien.
-D'ailleurs, vous devez vous souvenir de la date mieux que moi, dit-il alors, inspiré. Il est mort le jour même de la visite de son frère chez vous.
Silence pesant de souvenirs repoussés jusqu'alors.
-Que voulez-vous dire ? chuchota-t-elle.
-Il ne vous a jamais abandonné, dit Harry, plus sûr de lui. Malheureusement, il est mort alors qu'il tentait de respecter sa promesse et de vous rejoindre.
-Comment… ?commença-t-elle, ne sachant de toute évidence plus très bien ni quoi dire ni quoi penser.
Et Harry entama le récit de son aventure – après tout, à qui irait-elle raconter cela et cette femme faisait bien partie des personnes qui avaient le droit à un peu de vérité. Du début à la fin, elle ne l'interrompit pas. Les larmes commencèrent à couler une dizaine de minutes après le début de son monologue et ne s'arrétèrent plus, même lorsqu'il dit qu'il devait partir.
Les dernières paroles qu'elle prononça furent des remerciements chaleureux et elle parvint même à lui soutirer une promesse d'un retour prochain de sa part. Après tout, Harry s'était mis à apprécier cette femme avant même de l'avoir rencontrer. Pourquoi ne pas revenir la voir ?
Alors qu'il allait tourner à l'angle de la rue, Harry l'aperçut, à travers sa fenêtre, pleurant sur une vieille photo vétuste, un sourire aux lèvres.
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Il était arrivé à la fin de son aventure. Enfin… Il était toujours entier, avait, d'après le directeur, rempli sa mission, avait exécuté les dernières volontés de Vian Matthews. Tout allait pour le mieux. Même s'il en voulait toujours à Alessa. D'ailleurs, c'est à cet instant qu'il se fit le serment de la retrouver, coûte que coûte.
Il leva son regard vers le ciel, bleu pâle en cette journée d'avril. Harry ne s'était même pas rendu compte qu'il était sorti dans le parc. D'un instant à l'autre, il lui faudrait faire face aux nombreuses questions de ses amis, compagnons de classe et professeurs. Mais, encore une minute… il voulait encore profiter un peu de ce calme qui l'habitait… De cette résignation qu'il fallait avoir avant de commencer de nouvelles aventures… Avant de tenir ses promesses…
Il respira profondément et entendit des bruits de pas derrière lui. Comment a-t-il deviné, à cet instant, que c'était lui et personne d'autre qui le fixait impatiemment ?
Sans se retourner, il dit :
-Professeur Rogue.
-Vous n'êtes pas encore auprès de vos admirateurs ? A vanter vos mérites et conter vos aventures…
La voix était cruelle et sarcastique.
-Ou peut-être avez-vous des choses à dissimuler qui font que vous préférez vous terrer ici ?
Harry se dit que « se terrer » était un bien grand mot alors qu'il se trouvait à la vue de tous, dans le parc et en plein jour. Cependant, il n'ajouta rien.
Il savait que si Rogue était là, à supporter cette présence qui l'incommodait et qu'il fuyait habituellement, c'était qu'il voulait à tous prix savoir ce qu'il avait fait durant ces deux mois. Pourtant, le directeur lui avait bien fait comprendre que cet homme en particulier n'était pas encore prêt à apprendre ce qu'ils avaient fait pour lui. D'ailleurs, Harry lui-même ne voyait pas très bien ce qu'ils avaient fait. Après tout, rien n'avait changé. Il était toujours aussi revêche et amer. Ou alors était-ce sa destinée ?
Il ne sourit même pas à cette note d'humour intérieure. Rogue le jaugeait, semblant attendre qu'il réponde, paraissant sur le point de recommencer une litanie cruelle. Mais Harry fit quelque chose qui sembla le désarmer une seconde – rien qu'une seconde car cette homme avait la capacité première de reprendre contenance dans n'importe quelles circonstances : il sourit. D'un sourire franc, mais las. D'un sourire sincère, mais désabusé.
Et il dit, d'une voix fatiguée, après avoir fait quelques pas pour se rapprocher de cet homme qu'il avait fréquenté et appris, bien malgré lui, à apprécier :
-Je reviens d'un autre monde. D'un monde qui m'empêchera à tout jamais de répondre à vos affronts.
Puis, dans un sourire, il rejoignit la porte et pénétra dans Poudlard sous les hurlements dédaigneux de Rogue – « votre arrogance vous perdra ! …vous n'êtes qu'un avorton stupide, un gamin médiocre et chanceux… ».
Puis, revenant sur ses pas et souriant de façon plus espiègle, Harry dit :
-Si vous voulez savoir, demandez à Dumbledore ! Il se fera un plaisir de vous recevoir.
Et il s'en alla sous les foudres encore plus violentes de l'homme et après avoir fait perdre plus de cinquante points à sa maison. Qui lui en voudrait ?
Voilà, c'est fini. Désolée pour cette fin médiocre, mais je suis nulle pour les fins (si tant est qu'on puisse dire que je suis douée pour les débuts…)
En espérant quand même vous avoir fait passé un bon moment… merci à vous de m'avoir suivi jusqu'ici…
°°Samarachna°
