Moi, mon frangin, sa femme et nos potes

Chapitre 14 : Moi…Et Hakkai

Quelques jours plus tard, Janis croisa Hakkai au marché. Ils se regardèrent longuement, chacun d'un côté d'un étal de fruits.

Puis la rousse fit le tour et vint se poster à côté du brun. Il lui adressa un fin sourire : « Ca faisait longtemps…

-Mh. » Répondit-elle en hochant la tête et en tâtant des pommes. Il la regarda puis retourna à ses propres pommes.

« Comment tu vas ?

-Bien. Et lui ?

-Plutôt bien aussi. Et Rika ?

-Cool.

-…

-…

-Il…

-Oui ?

-Il m'a demandé de rester.

-…C'est bien, alors.

-Oui.

-Tu vas le faire ? Rester ?

-Oui.

-Tant mieux. »

Hakkai ne répondit pas et détourna les yeux. Elle lui jeta un regard en coin.

« Je suis contente que tu restes.

-Ah ?

-Oui…Je t'apprécie. Et je pense que tu es vraiment ce dont Gojyo a besoin.

-Mh… » Elle se tourna vers le marchand et paya ses pommes. Hakkai fit de même et ils marchèrent le long de la rue. Arrivés au bout, elle se tourna vers lui et le serra dans ses bras.

« Je suis contente que tu ne partes pas. Reste ici. Ça vaut mieux pour tout le monde. »

Il resta soufflé, à la fixer les yeux écarquillés. Elle sourit.

« Je vais rentrer. Rika doit m'attendre. » Et elle s'éloigna d'un pas souple.

Ce qu'elle ne savait évidemment pas, c'est que la blonde, inquiète du temps que prenait Janis pour faire les courses, était sortie à sa recherche. Et elle avait vu Janis serrer le brun dans ses bras.

Le cœur battant, elle s'était réfugiée dans une ruelle, appuyée contre un mur, la main sur la poitrine. C'est bien ce qu'elle pensait. Janis n'était pas insensible au charme du jeune homme. Rika ferma les yeux et tenta de calmer son cœur. Après tout, qu'est-ce que ça pouvait lui faire ?

Elle rouvrit les yeux et se dépêcha de reprendre le chemin de la maison.

Janis ouvrit la porte pour découvrir une Rika toute raide dans le canapé.

« Hey, ça va ?

-Oui…Tout va bien.

-T'es toute pâle.

-Je suis fatiguée. » Répondit la jeune fille avec un faible sourire. La rousse haussa un sourcil et posa ses achats dans la cuisine sans relever. Elle revint dans le salon et annonça, les yeux au plafond : « Je vais aller voir Gojyo. Tu veux venir ? »

Rika n'aimait pas bien être prise entre le frère et la sœur. Trop proches, trop ressemblants. Elle se sentait délaissée. Qui plus est, la présence d'Hakkai n'arrangeait jamais grand chose, les deux tabous étant très proche de lui. Rika secoua doucement la tête : « Non. Je vais dormir un peu. Vas-y toute seule… »

La métisse rabaissa son regard vers elle et fronça les sourcils : « Tu es sûre que tout va bien ?

-Oui. Je te jure.

-Si tu le dis… » Elle attrapa son blouson et se dirigea vers la porte. En ouvrant le battant, elle fut retenue par la voix tremblante de Rika : « Janis… »

Elle se retourna. Rika se tordait les mains.

« Non, rien. Désolée »

Janis hésita à partir, laissant son amie dans un état vraiment déplorable. Puis elle referma doucement la porte derrière elle.

« Gojyo…Debout. Gros paresseux, il est près de midi. » Murmurait Hakkai près de l'oreille du tabou. Celui-ci grogna et se retourna dans le lit. Le brun soupira et se redressa. Il croisa ses bras sur la poitrine et fixa la forme étendue de son ami.

Il posa la main sur l'épaule de Gojyo et le secoua légèrement. « Allez. Lève-toi. Tu comptes rester toute la journée au lit ?

-Et pourquoi pas ? » Lui parvint la réponse étouffée. Hakkai leva les yeux au ciel. Il se pencha et secoua un peu plus fort le métis.

« Debout, marmotte ! »

Soudain, un bras tanné sortit de sous le drap, attrapa le brun par le col et le fit tomber sur le dos, allongé sur le lit.

Gojyo, à moitié au-dessus de lui, souriait légèrement.

« Alors…Lève-moi. »

Hakkai sentit ses joues se transformer en plaques de cuissons. Il détourna les yeux…Et sentit la chaleur augmenter encore un peu dans son visage en voyant Janis sur le pas de la porte.

« Et bien. Et après vous me dites que z'êtes pas ensemble. »

Gojyo tomba (littéralement) du lit.

« Qu'est-ce que tu fous là ? » S'exclama-t-il, à quatre pattes par terre, les cheveux ébouriffés. Elle sourit.

« Je venais te voir. »

Il se leva, tandis qu'Hakkai se redressait derrière lui, rouge comme une tomate. La métisse lui jeta un coup d'œil avant de reporter son attention sur son frère qui s'habillait en maugréant que sa grasse matinée avait été gâchée.

« C'est plus une grasse matinée, là, c'est une matinée obèse ! » Remarqua Janis d'un œil brillant. Hakkai la dépassa furtivement, retournant dans son havre de paix, à entendre la cuisine. Gojyo se rapprocha de sa sœur. Ils se regardèrent une fraction de seconde avant qu'il ne baisse les yeux en marmonnant : « Désolé pour l'autre jour. Je suis souvent con.

-Ça va. » Elle sourit de nouveau et lui tapota l'épaule. Il chercha son paquet de cigarettes et en alluma une.

« Dès le réveil, ça claque. » Observa-t-elle en fronçant le nez. Il haussa les épaules avant de sourire à demi. Elle se pencha en avant.

« Alors, comment ça se passe avec Hakkai ?

-Quoi ? Rien.

-Ah. Et vous étiez en train de faire quoi, juste là ?

-Rien. Il me disait de me lever.

-Avec toi à quatre pattes au-dessus de lui, comme près à le dévorer ? C'est vrai qu'il est appétissant… » Le taquina-t-elle en lui donnant des coups de coudes.

« Je vous entends ! » Résonna la voix du brun depuis la cuisine.

Les deux métis étouffèrent leurs rires dans leurs mains, hilares.

« Tu restes déjeuner ? » Proposa Gojyo en sortant de la chambre. Elle le suivit, l'air songeur. « Je ne sais pas. Rika…Elle est bizarre en ce moment.

-Bizarre comment ? Demanda Hakkai en penchant la tête en arrière. Janis haussa les épaules.

-J'en sais rien. Bizarre, quoi. » Elle se frotta le menton en fronçant les sourcils.

« Ça t'inquiète. » Observa Hakkai. Elle s'immobilisa, le regard dans le vague. Gojyo avait disparu dans la salle de bain.

Janis regarda longuement Hakkai.

« Oui. » Souffla-t-elle. Il haussa un sourcil, abandonnant un temps ses tomates grillées.

« On dirait que ça te surprend.

-Un peu…Tu sais…À part maman et ma tutrice, j'avais pas énormément de personne qui pouvait m'inquiéter…

-Je comprends. » Elle leva les yeux et se frotta la nuque, apparemment de plus en plus inquiète, comme si le fait d'en parler avait réveillé sa peur.

Hakkai sentit un sourire étirer ses lèvres malgré lui. Il s'assit à la table et tapota la place à côté de lui. Janis s'assit sur la chaise et croisa les bras sur le pan de bois. Il fit de même et dit sérieusement, malgré son sourire persistant.

« Je crois que tu es amoureuse de Rika. »

Elle le fixa avec un regard de poisson mort, la bouche entrouverte. Il hocha la tête et lui tapota le dos de la main. « Tu vois, tu t'acharnes à dire que ton frère et moi sommes ensembles, mais tu ne t'occupe même plus de toi. »

Elle secoua la tête.

« Sur quoi tu te bases pour me dire ça ?

-Crois-moi. Je reconnais les symptômes » Dit-il avec un sourire triste. Elle le fixa une seconde.

« Ah oui. » Répondit-elle en hochant la tête. Il se leva et retourna à ses fourneaux au moment où Gojyo sortait de la salle de bain, propre comme un sou neuf. Il regarda tour à tour les deux amis qui échangèrent un coup d'œil complice.

« De quoi avez-vous parlé, vous ? » Demanda-t-il en haussant un sourcil. Janis haussa les épaules.

« De rien, frangin, de rien… » Elle sembla réfléchir à quelque chose dont elle venait de se souvenir. Gojyo la fixa, puis fixa Hakkai qui se détourna en se mordant les lèvres.

Janis bondit soudainement sur ces pieds et remit son blouson d'un geste fluide en s'exclamant : « Désolée, je vais pas rester manger ! Faut que j'aille voir quelqu'un ! » Dit-elle en se précipitant dehors. Juste avant de sortir, elle ralentit et se tourna vers Hakkai pour lancer avec un clin d'œil : « Et peut-être que tu as raison, après tout… » Et elle disparue.

Gojyo se tourna lentement vers son ami, cuillère en bois encore levée.

« De quoi avez-vous parlé ? » Hakkai resta immobile un court moment avant de sourire de nouveau.

« De sentiments. » Gojyo haussa un sourcil, l'air dubitatif. Puis il se coula à la table et demanda avec un sourire en coin : « Et qu'est-ce qu'on mange ? »

À suivre…

Mmmh…Mh.

Mh mhh.

Mmh….Mh.

Z'avez compris ?