Disclaimer : Shaman King et ses personnages appartiennent à Hiroyuki Takei.
Ça faisait longtemps, hein ? Ça vous avait manqué ? Eh bien si la réponse est non, TANT PIS POUR VOUS ! NIARK NIARK
Hum. Désolée. Sinon, vous avez vu ? C'est un chapitre court !
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XIV
Les Amazones
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En apparence, Horo Horo affectait le détachement. Comme lorsque Pino lui sortait ses photos achetées à prix d'or aux rebelles de la classe des grands. Mais au fond, ça l'intéressait. Il voulait voir à quoi elles ressemblaient, ces filles de l'académie Ozoresan-Fumbari. Et il y était allé avec la même curiosité que n'importe quel autre de ses camarades.
Des filles pourtant, il en avait déjà vu. Comme tout le monde, il avait une mère. Et une sœur, aussi. Après sa naissance, ses parents avaient été un peu déçus mais, le second enfant étant une fille, la lignée était assurée. Justement, elle était à Fumbari. Peut-être qu'il la verrait demain. Autrefois ils étaient proches mais désormais, ils ne se voyaient quasiment plus et Pirika, devenue femme, avait acquis cette sévérité maternelle imposante qui lui faisait un peu peur.
Il n'était pas le seul à feindre l'indifférence. Reoseb, Nichrom et Achille, les plus jeunes de la classe, avaient soutenu mordicus que cela ne les intéressait pas du tout, tout en commentant l'événement la soirée entière. Quant à Ren, il s'était contenté de hausser les épaules mais la rougeur de ses oreilles l'avait trahi. Seul Ryû avait paru crédible en affirmant que ce n'était pas le plus grand moment de l'année. Pourtant, même lui avait décidé de descendre voir ce qui se passait.
Ils s'étaient donc tous postés à des endroits stratégiques pour admirer le cortège. Certains directement massés autour des grilles, d'autres dissimulés aléatoirement dans le parc, qui derrière un tronc d'arbre, qui sur un banc, rougissant derrière une revue. D'autres encore s'entassaient aux fenêtres des chambres, comme la foule lors des exécutions publiques.
Quelques grands étaient présents, ainsi qu'une bande de troisième année qui chuchotaient furieusement entre eux. Bounster rôdait autour de la guérite du gardien, le visage fermé et empli de suspicion.
La classe de Horo Horo faisait partie de ceux qui s'étaient regroupés non loin des grilles.
– On va rester longtemps, plantés là comme des piquets ? demanda soudain Nichrom.
Le jeune garçon paraissait de mauvaise humeur.
– Tu n'as qu'à t'en aller, personne ne te retient, lui décocha Ren.
Nichrom lui adressa un pied-de-nez dès qu'il se fut retourné pour scruter la route. Cela n'amusa pas Reoseb, qui détourna les yeux, mais Achille, en revanche, étouffa un petit rire dans la paume de sa main.
– Vous êtes sûrs que c'est aujourd'hui ? soupira Ryû. J'avais du travail, moi.
– Namari se trompe rarement, intervint Pino.
– Il a peut-être menti pour se payer notre tête… ce serait bien son genre !
– Dans ce cas, il ne serait venu perdre son temps avec vous, fit tranquillement remarquer la voix de Namari.
Les garçons se retournèrent d'un bloc. Le principal intéressé s'était faufilé jusqu'à eux sans qu'ils l'entendent. Derrière le fringant jeune Pache, arrivaient Mohammed, Midori, Khâfre, Silva, un autre septième année, Amidamaru, un grand blond dont le ravissant visage exprimait un profond ennui, et (au grand embarras de Horo Horo et de Pino), Boris et Lee.
Namari indiqua les élèves agglutinés aux fenêtres du menton :
– Elles arrivent. Les gens de là-haut disent qu'ils les voient approcher.
Un frémissement parcourut l'assemblée. Bientôt, les chuchotis s'élevèrent et la foule s'électrisa.
– Du calme, tenta Bounster.
Peine perdue. Ce fut la ruée aux grilles de l'école.
– Héé ! Ma place !
– Mais poussez-vous !
– Tu me marches sur les pieds !
– Aah, non, ne me décoiffe pas, espèce de…
– Stop, vous voyez bien que je ne peux pas me coller plus à la grille !
– Oh la la, pitié, dis-moi que tu as pris ton fard.
– Moi aussi, s'il te plaît !
– Bande d'imbéciles, elles ne vous regarderont même pas !
– Oh toi, ça va, mauvaise langue !
– Chut ! Faisons comme si nous étions là par hasard !
Horo Horo resta légèrement à l'écart, embarrassé par cette agitation. Voyant que Ren avait fait de même et s'était posté à deux mètres de la foule, sur une petite butte naturelle, il le rejoignit, suivi de Nichrom et de quelques autres. Au bout d'un moment, l'agitation se calma et une nouvelle attente se créa. Pleine de suspense. Puis les filles arrivèrent.
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Horo Horo avait appris par Namari qu'elles revenaient d'une sorte de test, une épreuve en extérieur qu'on passait dans leur école. On entendit d'abord le pas des chevaux résonner sur la route, de plus en plus fort, puis des voix claires, des protestations, des interpellations, des rires. Les filles montaient de superbes bêtes. Les robes allaient de l'alezan brûlé au noir, en passant par bai, et laissaient voir des traces de transpiration, signe que les chevaux venaient de galoper.
Les cavalières étaient vêtues de tenues d'équitation comportant culottes brunes souples, bottes en cuir, chemises blanches à jabot, gants et casques. La plupart portaient leurs cheveux courts ou noués en chignon bas sur la nuque, mais quelques rebelles arboraient des nattes lâches sous leurs couvre-chefs.
Durant les parades de cour ou les tournois, on les voyait en tenue plus stricte mais en ce lieu, la plupart avait tombé la veste. La chaleur de l'exercice les avait poussées à défaire légèrement leurs cols et à remonter leurs manches sur leurs bras. Des fontes de leurs selles dépassaient les manches de leurs armes de prédilection. À Nichrom qui posait la question, Ren répondit que c'était parce que chaque étudiante de Fumbari choisissait une arme de spécialité qu'elle travaillait davantage que les autres et qui l'accompagnait partout. Horo Horo jeta un regard à son camarade et vit au lustre de son regard doré qu'il était fasciné par ce qu'il voyait.
Horo Horo ne savait pas ce qu'il ressentait à la vue de ces filles droites et altières, aux épaules musculeuses et aux voix pleines d'assurance. On avait du mal à distinguer si elles étaient belles ou non, à cause de leurs casques. Devant, il en voyait chuchoter avec un air rêveur qui laissait présager que certaines ne devaient pas être désagréables à regarder. Lui-même ne pouvait se défendre d'admirer leur prestance, la souplesse juvénile de leur monte et la force tranquille qui se dégageait de chacun de leurs mouvements. Il se sentait soudain aussi fragile que gauche auprès de ces créatures qui avançaient sans peur, juchées sur leurs montures comme si le monde leur appartenait.
Il jeta un nouveau coup d'œil à Ren. Toute l'ambiguïté de son expression avide résidait dans le fait qu'on ne savait pas si c'était les chevaux qu'il regardait ou les jeunes femmes. Ni s'il ne les regardait pas tout simplement parce qu'il les enviait.
Ce n'était pas aussi passionnant qu'il l'aurait cru. Exotique et excitant, sans doute, et il n'aurait raté ça pour rien au monde, mais il était un peu déçu par ses propres réactions. Dans tous les romans qu'il avait pu lire, des grandes œuvres de la littérature aux plus niaiseux feuilletons, on parlait de jambes de coton, de chaleur, de faiblesse, d'évanouissement, d'émoi. Il savait que les autrices avaient tendance à exagérer, voire même à raconter des choses assez étranges sur la psychologie masculine, mais il s'attendait néanmoins à quelque chose du genre. Un frisson. Des papillons dans l'estomac. Un frémissement d'hormones.
Il serait malhonnête de prétendre que les photos de Pino ne lui faisaient aucun effet. Mais pourquoi alors n'était-il pas fébrile, comme son meilleur ami, qu'il voyait frétiller un peu plus loin devant lui ? Les cavalières d'Ozoresan lui paraissaient trop abstraites, trop lointaines pour l'émouvoir.
– J'aimerais bien sortir, moi aussi, remarqua alors Reoseb.
– Tu rêves, petit, ricana Namari.
Sa voix fut couverte par les chuchotements frénétiques de deux troisième année :
– Elle m'a regardé ! Elle m'a regardé !
– Mais non abruti, c'est moi !
– Comment peux-tu en être sûr, nous sommes à côté !
– Et toi, alors !
– Elle m'a rendu mon clin d'œil ! Et là, elle me regarde encore, elle s'est retournée ! Tu as vu ! Tiens, si je lui fais un geste, comme ça…
Horo Horo suivit la trajectoire de son regard et aperçut une fille, qui se contorsionnait pour regarder en arrière et qui rendit son salut au jeune garçon. Lequel faillit en tomber de pâmoison :
– Tu as vu !
Amusé autant qu'embarrassé, Horo Horo fouilla les rangées de cavalières qui défilaient derrière la grille, se rappelant soudain qu'il avait une chance d'y apercevoir sa petite sœur. Mais à la place, il croisa le regard de deux filles qui chevauchaient côte à côté et ne le lâchaient pas des yeux. L'une d'elles lui envoya un baiser qui le fit rougir jusqu'à la racine des cheveux. Il détourna la tête et l'entendit éclater de rire. Pas besoin de vérifier pour savoir que c'était elle. Son embarras augmenta lorsqu'il s'aperçut que Ren, sourire en coin, n'avait rien perdu de ce qui venait de se passer.
– Ce n'est pas drôle, souffla Horo Horo, vexé.
– Je n'ai rien dit, répliqua son camarade.
Horo Horo baissa le nez sur ses chaussures, heureux que l'incident n'ait pas eu plus de témoins.
Comme les dernières filles paradaient en faisant caracoler leurs montures devant les petits mignons de Hoshigumi, Pino rejoignit soudain Horo Horo, les yeux brillants.
– Oh la la, s'écria-t-il. Elles sont incroyables, pas vrai ? Ce port d'uniforme ! Et cette allure, à cheval !
Il soupira d'aise et Ren lui jeta un regard aigu.
– Tu vas t'en remettre ?
– Oh ça va, monsieur rabat-joie. Qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, si ça ne t'intéresse pas ?
– Mais ça m'intéresse, rétorqua posément Ren, les bras croisés.
– Parce que tu aimerais bien être à leur place, glissa subtilement Nichrom. Pas vrai ?
À son sourire malicieux, Horo Horo devina qu'il y avait là davantage de taquinerie maladroite que de réelle moquerie. Mais Ren le prit autrement.
– Et quand bien même ? cracha-t-il, vipérin. Tu n'aimerais pas sortir, galoper dans les bois en toute liberté, toi ?
Il avait parlé si fort qu'il y eut un silence légèrement surpris. Le cortège s'étant éloigné, le pas des chevaux se faisait lointain et les regards se reportèrent vers le centre de l'agitation. Horo Horo, pressentant le drame, voulut l'arrêter mais n'y parvint pas.
– Et vous tous ? poursuivit Ren. Au lieu de bêtifier comme des moutons ! « Oh ouii, elle me regarde ! » Vous vous rendez compte à quel point vous êtes ridicules ? Si vous voulez n'être que des bouts de viande tout juste bons à braire, libres à vous ! Moi j'ai d'autres ambitions !
Le néant accueillit ses paroles. Horo Horo aperçut Manta, Yoh et Ryû qui fixaient la scène mais avant qu'ils aient pu parler…
– Toi alors, lança Midori Tamurazaki, goguenard. Tu es un drôle de numéro.
Quelques gloussements fusèrent. Des chuchotis dont Horo Horo perçut immédiatement la malveillance.
– Il est en quatrième année ? Il va finir dans la gueule de Hao, entendit-on.
– Penses-tu ! Une fille manquée comme ça !
– C'est vrai, il n'a aucune chance d'être choisi.
– On est sûr que c'est pas une fille infiltrée chez nous pour nous reluquer au vestiaire ?
– Pff, toi alors !
Ren fixait Midori avec haine. Comme les ricanements et réflexions fusaient, il s'empourpra, ce qui tira un sourire ironique à son vis-à-vis.
– Fais gaffe, si tu continues, tu vas avoir des seins qui vont te pousser… si ce n'est pas déjà le cas.
– Répète, grinça Ren.
Midori pouffa de rire.
– C'est qu'il en a, ma parole. C'est quoi, ce regard ? Tu ne vas quand même pas me frapper ?
– Midori, intervint Mohammed, le visage fermé.
Mais le blond à lunettes l'ignora. Horo Horo, qui voyait la tension s'installer chez Ren, sentait que tout cela allait mal finir.
– Faudrait vérifier !
– Ouais !
– Bon, ça suffit, décréta alors Namari.
Mais avant qu'il ait pu intervenir, Midori eut un regard vicieux et susurra :
– Y a qu'un moyen de savoir…
Bondissant sur Ren, il se mit à lui palper la poitrine, tout en l'emprisonnant dans ses longs bras. Il y eut une exclamation. Ren poussa un cri de rage et se débattit. Mohammed bondit mais fut retenu par d'autres sixième année, rigolards.
Horo Horo cilla. Il n'arrivait pas à croire à ce qu'il venait de voir. L'image des longues mains pâles de Midori fouillant la poitrine de Ren, glissant sous son gilet, et de son visage cruel par-dessus son épaule, resta longuement imprimée sur sa rétine. Même après que Ren l'eût repoussé et fait tomber au sol. Même après qu'il se soit jeté sur lui pour le bombarder de coups.
Il s'en voudrait pendant longtemps, de n'avoir pas bougé, de n'avoir pas su intervenir, alors même qu'il pressentait ce qui allait arriver. Il s'en voudrait aussi de ne pas avoir fait partie de ceux qui, comme Ryû, Pino, Manta et Yoh, s'étaient précipités pour séparer les belligérants. Il s'en voudrait de ne pas avoir imité Reoseb qui avait choisi de flanquer un coup de pied dans le tibia de l'un des sixième année qui retenaient Mohammed, permettant à celui-ci de se ruer dans la mêlée et de profiter de sa carrure pour empêcher les autres de se battre. Il s'en voudrait aussi d'avoir regardé arriver Bounster bêtement, sans prévenir. Il n'avait rien fait. Il ne faisait toujours rien lorsque le concierge rétablit l'ordre et sépara Midori et Ren. Le premier avait la lèvre inférieure fendue et les lunettes de travers, tandis que le second avait la chemise déchirée – sans doute à coups d'ongles, que Midori avaient très longs.
Ce dernier n'attendit pas pour gémir et montrer ses marques :
– M'sieur, regardez, ce qu'il m'a fait.
– Je ne veux pas savoir qui a commencé, trancha Bounster. Vous serez tous les deux punis. Quelle honte !
– Mais c'est injuste, c'est lui qui m'a attaqué, tout le monde est témoin ! Et puis, je suis blessé, moi, regardez, je saigne ! Et comment je vais faire pour les auditions du ballet !
– Espèce de sale menteur, s'écria alors Manta, furieux. C'est toi qui l'a cherché ! Monsieur, c'est vrai, il l'a insulté, je n'oserais même pas vous répéter ce qu'il a dit !
– Oui, c'est dégoûtant ! approuva Reoseb.
Il y eut un mouvement d'assentiment dans leur promotion et parmi quelques autres, aussi.
Bounster soupira.
– Ren, ce n'est pas la première fois. Je ne peux pas fermer les yeux là-dessus.
– Eh bien, ne les fermez pas, siffla l'intéressé en remettant de l'ordre dans sa tenue. Ça m'est égal.
Puis, avec ironie, il ajouta :
– D'ailleurs, Tamurazaki est bien trop fragile pour supporter une retenue.
Son regard disait : pauvre chose pathétique.
– J'ai bien peur que la retenue ne suffise pas pour cette fois, soupira Bounster. Mais ce n'est pas à moi d'en décider. Vous allez me suivre chez M. le directeur, tous les deux.
– Mais, protesta Midori.
– Tous les deux !
Ren haussa les épaules avec fatalisme, tandis que Midori suivait le concierge à contrecœur. Au geste de son camarade, étrangement fanfaron, Horo Horo eut un vague pincement de cœur.
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