Le Maître et les trois Docteurs

Bande-son : les bruits feutrés d'une machine vivante.

Une petite pièce dans le TARDIS du Maître.

« Morgan ! »

Le Maître râle ce mot en le regardant avec une rage impuissante. Dexter l'a attaché à un des lits de l'infirmerie. Des sangles le maintiennent fermement. Il ne tient pas à lui faire plus de mal que nécessaire, alors il a adouci ces liens par du tissu molletonné. Il a attendu qu'il se réveille, afin de lui expliquer pourquoi il le tue, comme il en a l'habitude avec ses victimes.

Il n'a jamais éprouvé aussi peu de plaisir à sa tâche. C'est un meurtre de pure nécessité et qui ne satisfera en rien ses pulsions. S'asseyant sur un siège haut près de son, désormais ex, complice, il commence à parler :

« Je suis désolé, vraiment, vraiment désolé. »

Le Maître écoute le monologue en essayant en vain de bouger. Puis il cesse de s'agiter. Difficile à distinguer sur un visage aussi marqué, mais il donne soudain l'impression de sourire.

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Dans la salle de commande, le Docteur tend une main, paume en avant, vers Martha en mettant un doigt sur sa bouche. Il semble toujours écouter ou sentir quelque chose qu'elle ne peut percevoir.

« Par ici ! » chuchote-t-il, en pénétrant dans le couloir qui quitte la salle de commande vers la gauche.

Ils progressent silencieusement dans le corridor, aux murs de couleur sombre, qui s'éclaire faiblement selon leur avancée et s'éteint derrière eux. Maintenant, elle entend aussi quelque chose. Une voix parle dans le lointain. Au fur et à mesure qu'ils se rapprochent, elle la distingue mieux. C'est une voix masculine, grave, avec l'accent américain. Ils sont suffisamment près pour distinguer quelques mots. Elle sursaute en entendant le mot « Maître ».

À un tournant, ils aperçoivent une porte entrouverte d'où provient une pâle lueur. Le Docteur s'arrête et s'approchant d'un des ronds dans le mur, il l'ouvre et bricole quelque chose dedans. La lumière du couloir s'éteint, les plongeant dans la pénombre. Puis, faisant toujours signe à Martha de se taire et de le suivre, il avance vers l'ouverture.

Le battant tourne silencieusement. Ils sont sur le seuil d'une infirmerie, d'après la façon dont le lieu est aménagé. Un homme, à la chevelure brun-roux, assis sur un tabouret haut, leur tourne le dos. Face à lui, attaché sur un des lits, une autre personne qu'elle distingue mal. L'homme se lève et soupire en conclusion de son discours :

« Tu ne me laisses pas le choix. Et j'en suis, encore une fois, vraiment, vraiment désolé. »

Il se tourne légèrement de profil et Martha voit briller une seringue dans sa main. Le Docteur entre dans la pièce rapidement :

« Non, s'écrie-t-il, ne faites pas ça ! J'ai besoin de lui ! »

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Il y a un instant de confusion et de désordre. Tout le monde parle en même temps.

« Qui êtes-vous ? », « Tu en as mis du temps, Docteur ! », « Qu'as-tu encore inventé, Maître ? », « Maître ? Cette … créature, c'est le … Maître ? »

Finalement, le Docteur force un peu la voix :

« Stop ! Silence ! S'il vous plait ! Merci ! Je crois que nous avons tous besoin d'explications. »

Puis se tournant vers Dexter, il ajoute :

« Je suis le Docteur et voici Martha Jones, docteur également, mais en médecine. À qui avons-nous l'honneur ? »

– Docteur Dexter Morgan, expert scientifique de la police de Miami.

– Trois docteurs, rien que pour moi ! » ironise le Maître, avant d'être pris d'une toux sèche qui semble douloureuse.

Martha le regarde durement.

« Comment a-t-il réussi à s'échapper du bûcher funéraire ? demande-t-elle.

– Quel bûcher ? De quoi parle-t-elle ? grogne-t-il entre deux quintes. Tu les choisis de plus en plus stupides, je vois ! »

Le Docteur attrape Martha par le bras et l'entraîne à l'écart.

« Ce n'est pas le Maître tel que tu l'as connu, lui chuchote-t-il, mais une incarnation précédente. Qui vient de mon passé.

– Oh, répond-elle, si cette créature est le Maitre avant Utopia, autant qu'il disparaisse, cela nous évitera bien des souffrances.

– Tu ne comprends pas. S'il ne peut poursuivre sa ligne temporelle telle que je la connais, la mienne aussi va être changée et celles de milliers d'autres personnes. Qui sait ce qui pourrait en résulter ? Une situation pire peut-être que celle que nous avons vécue. »

Puis il revient vers le Maître.

« Qu'as-tu encore fait pour provoquer ça ?

– Explique-lui, Morgan. » rauque-t-il avec difficulté.

Puis d'une voix entrecoupée d'inspirations douloureuses :

« Au point où nous en sommes ... Je crois que tu peux lui faire confiance ... Et à son toutou humain aussi ... En général, ils sont bien disciplinés … ils font ce que leur dit leur Docteur. »

Il tourne la tête vers sa gauche pour ne plus les voir.

« Allez-vous-en … et laissez-moi tranquille ! » ajoute-t-il, dans un gémissement.