Chap. 14; Confessions d'un mégalomane


- Enlève tes lunettes Tony.

C'est un ordre, un ultimatum, une nécessité. Loki suit son amant dans les belles rues de New-York, parce que quand il a rejoint Tony au coin de la rue ce matin, il a immédiatement vu que ça n'allait pas.

- Ça va Lo, je te jure. J'ai juste mal aux yeux.

- Tony, tu enlèves immédiatement ces lunettes ou je te promet que je te saute dessus pour te les enlever de force.

Tony soupire, prend Loki par le bras et l'entraîne dans une petite rue, plus loin, plus intime, plus secrète. Loki a soudain le pressentiment que ce moment est important, parce que ça fait cinq mois qu'ils sont ensembles et que les trompeuses Ray Ban se montrent de moins en moins.

Tony porte sa main à son visage et descend ce qui est sa carapace et sa plus grande faiblesse en même temps, ses lunettes. Ses yeux sont rouges, et Loki sait exactement pourquoi.

- Qu'est-ce qu'il a fait encore ?

- Rien !

- Tony.

- C'est juste que... C'est un salaud Loki, tu peux pas savoir à quel point.

Howard Stark est un tyran et un père manipulateur. Obnubilé par l'argent, le pouvoir et le contrôle, le dragon assis sur son tas d'or et de richesse infinies. Howard détruit son fils unique de l'intérieur, mais Tony lui reste fidèle. Il pourrait se détacher de ce père mais il reste planté là, il le hait mais pourtant il l'adule.

Vomis moi tes ambitions au visage, écris tes regrets sur mes poumons et grave moi tes confessions de mégalomane sur le coeur, papa, je t'écoute.

Tony est impuissant face à lui, crache des mots mais s'étouffe avec son admiration malsaine, je t'aime papa, regarde-moi s'il te plaît.

Ne suis-je pas assez bien pour être ton fils ?

Et tout ce que Loki peut faire c'est enlacer son copain, et lui chuchoter que tout va bien se passer même s'il sait que Howard ne va pas s'arrêter car c'est ce qu'un tyran est.

...

- Qu'est-ce que tu fais ?

Loki pose son pinceau et observe Tony qui tourne sur une chaise pivotante.

- Je dessine Tony. Si je t'ai permis de rester ce soir, ce n'est pas pour que tu me tournes autour en bavardant, j'ai du travail.

Tony soupire et se replonge dans l'observation du mur. Blanc, bien sûr, le mur, c'est tellement intéressant. Puis, parce que c'est sa nature, Tony se lève et vient fureter du côté de son petit ami.

Sur le Grand Carnet de Croquis s'étale des esquisses de vêtements tous droit sortis du Pays des Rêves et des Fantasmes.

Les robes y défient la gravité en flottant vers le haut, les écharpes y sont plus brillantes que de la poudre d'étoiles et les chaussures cirées vous y font s'envoler en un claquement de doigts.

Tony ne comprend pas Loki; il ne pourra jamais. Son esprit à lui est occupé par de fabuleux plans mécaniques et des lasers d'une technologie supérieure, même si son père voudrait y trouver les hausses de la Bourse Économique et beaucoup, beaucoup d'argent. Mais Tony aime voir les longs doigts de Loki s'agiter sur le papier, ses beaux yeux se froncer en cherchant une couleur adéquate, et ses mèches noires tomber devant son visage concentré.

Alors que l'étudiant d'Asgard s'apprête à tremper son pinceau dans une aquarelle mauve, Tony arrête son geste en pleine action.

- Qu'est-ce qu... Quoi encore ?

L'héritier Stark capture les lèvres de Loki, vole quelques précieux instants de contact avec cet homme si spécial. Des sourires naissent sous ce baiser, des dents s'entrechoquent et des respirations se mêlent.

Tony fait lever son amant, le bouffe des yeux, c'est du pur désir sauvage. Oh bébé, si je respire c'est pour toi.

Des battements de coeur sautent, des boutons de chemises aussi.

Cette nuit, les draps glissent du lit et les gémissements réveillent le voisin d'en-dessous.

Le pied de Loki qui se contracte heurte la commode et fait tomber les Ray Ban sous le lit, mais hé, tant pis.

Peut-être que maintenant, il n'y en a plus besoin.

...

Le soleil se lève à peine sur Manhattan, ressurgi au-dessus des immeubles comme il y avait disparu, l'autre soir. Tous les soirs de ton existence, en fait.

Loki porte un drap Ikea et ose une coupe de cheveux effet décoiffé-décoiffé. Il accueille l'aurore en dessinant une chemise aux boutons en forme de soleil.

Il jette un rapide coup d'œil vers son lit, détaille son amant qui dort toujours étalé de tout son long, et pose le regard sur son carnet.

Depuis ces cinq mois avec Tony, il a rempli des pages et des pages de vêtements.

Être amoureux développe la créativité, hein. Dans un mois, le Salon de l'avenir se tiendra dans la grande salle d'Asgard. Seule porte de sortie future, ce Salon sera son Salut, il le sait.

Leur projet est parfait, il attirera les grandes branches de la Mode. C'est ce qu'Heimdall cherche. C'est ce que le Monde veut; de la créativité, mais pas trop quand même, on est pas cinglé.

Loki a envie de s'arracher les cheveux, parce qu'il va finir dans un grand bureau blanc et chic, devant une palette graphique et des consignes à respecter. Le Monde ne veut pas de tous ces froufrous et cette dentelle, range ton originalité et tes rêves au dressing, pauvre fou.

Pauvre fou. Loki se prend la tête entre les mains et chasse ces pensées. Il signera le premier contrat qu'on lui propose, parce qu'il veut pas mourir sans avoir rien fait de sa vie, pas comme Thor, non, pas comme son frère, il vivra pour lui.

Il ravale le feu qui lui brûle la gorge et ses pensées volent vers un monde meilleur, où la dentelle aurait sa place et où Tony Stark pourrait vivre sans avoir les confessions d'un mégalomane gravées sur le cœur.


On se rapproche de la fin, plus quatre chapitres... J'espère que ça vous plaît toujours, merci à ceux/celles qui me laissent des coms !

Zombiscornu