Pardon pour le retard ! J'avais un peu perdu le fil des posts.


Antonio était sur un petit nuage depuis que Bella était redevenue sa compagne. Il était heureux, il était plein de joie, il voulait le partager avec le monde entier.

Sa main autour de la taille de Bella, il chantonnait des airs espagnols sur l'amour et il informait chaque nation qui passait de leurs retrouvailles.

Bella s'en amusait tout en le traitant d'imbécile.

Antonio aurait bien aimé sécher la conférence sur les denrées illégales dans le domaine de la santé, pour refaire plus ample connaissance avec la peau de sa bien-aimée seulement ils auraient bien du mal à s'esquiver avec cette foule de nations leur souhaitant beaucoup de bonheurs.

Ses deux meilleurs amis le félicitèrent comme il se doit.

Feliciano fut le plus prolifique et leur fit un discours magnifique sur les sentiments. Romano le prit dans ses bras en proférant une insulte digne de ce nom, puis il repartit tout de suite gêné au possible.

Antonio chercha un endroit pour être tranquille avec Bella, mais il se retrouva nez à nez avec Arthur Kirkland, réclamant rétribution pour son acte altruiste.

« Tu me dois un nom, râla Arthur.

- Arthur, je croyais que tu m'aidais par gentillesse, fit outrée Bella. Et excuse-moi, j'ai envie de profiter de mi hombre.

- Je ne pouvais pas croire Antonio sur parole, il est si peu digne de confiance, il fallait que j'enquête, bougonna Arthur. Je ne l'aurais pas fait sinon… »

Antonio soupira, puis il lui murmura le nom de la personne ayant persécuté Francis : Ludwig.

« J'aurais dû m'en douter, grogna Arthur sans desserrer les dents.

- Je sens qu'il va le regretter. En tout cas, je l'espère bien.

- Ne t'inquiète pas, tu seras le premier informé.

- Je peux savoir ce que vous manigancez, demanda Bella.

- On va dire que quelqu'un a été très méchant avec Francis, je ne peux agir par moi-même pour le lui faire regretter, mais Arthur, ici présent, qui est possessif avec son rival bien aimé, a une âme vengeresse des plus exquises.

- Antonio, ce n'est pas mon rival bien aimé.

- Tant que vous ne causez pas de soucis majeurs, je ne dirais rien.

- Ce sera un souci majeur pour la personne en question, ricana sinistrement Arthur, avant de s'en aller en laissant une atmosphère glaciale derrière lui.

- J'ai envie de me réchauffer, pas toi ? », dit Antonio avec une intonation licencieuse.

Bella lui fit un magnifique sourire. Son cœur bondit dans sa poitrine, ça lui avait tellement manqué.

Francis ne savait pas exactement ce qu'avait Arthur depuis qu'il était revenu en salle de réunion. L'Anglais ne cessait de jeter des regards noirs à Ludwig. Regards noirs étaient un euphémisme, on aurait dit qu'Arthur voulait rayer l'Allemagne et tout ce qui avait un rapport avec elle de la surface de la Terre. Il fallait le détendre et le détourner de son objectif meurtrier pour le bien de l'Union européenne.

Francis glissa sa main sur la cuisse d'Arthur.

Celui-ci sursauta de surprise et tapa sur ses doigts avec affolement.

« Je ne te permets pas, stupid frog ! »

Le nombre de fois où il avait sauvé ses confrères et consœurs d'un délicat mouvement de poignée se comptait en centaines. Il se permettait parfois de le faire juste pour faire râler son rival, mais on devrait lui donner quand même une médaille du mérite pour son acte altruiste.

« Pardon, je voulais simplement t'apporter du réconfort.

- Je comprends assez bien le français pour savoir ce que tu peux sous-entendre.

- Merveilleux, nous nous entendons là-dessus !

- Je n'ai pas dit que j'étais d'accord. »

Qu'est-ce qu'il aimait son petit lapin râleur, méfiant et de mauvaise foi ! Beaucoup trop ! Il serait peut-être temps que celui-ci accepte son affection. En plus, une nation qui comprenait aussi bien sa langue et inversement, c'était rare… Bien qu'avec Russie, ils aient fait beaucoup d'efforts de ce côté-là pour s'exciter mutuellement… Les accents étrangers avaient quelque chose de fascinant.

« Je sais, mais je t'en convaincrais. Il n'y a pas que ma main que j'ai envie de glisser entre tes cuisses. »

Arthur gonfla ses joues, avant d'expirer ce trop-plein d'air. Comment ne pouvait-on pas apprécier ce genre d'invites ? Francis avait vraiment du mal à cerner Arthur sur ce point-là. On aurait dit qu'il se retenait, qu'il ne voulait pas se laisser aller, alors que tout son corps transpirait d'envies évidentes. Ça déroutait beaucoup Francis qui pensait qu'il avait toujours une chance même infime de faire tomber la fierté d'Arthur. Oh, peut-être qu'Arthur n'aimait pas ce genre de configuration ?

« On peut inverser si ça ne te plaît pas ! Je suis ouvert à toutes suggestions !

- Quelle que soit la configuration, je t'interdis même d'y penser.

- Oh… Tu ne veux pas me consoler de la perte d'une partie de moi-même », dit-il pour l'apitoyer.

Francis toucha sa mèche de cheveux rebelle pour se rassurer. Il remerciait le ciel de lui avoir épargné l'affreuse douleur d'un raccourcissement de sa boucle fétiche. Il la cachait à tout le monde pour ne pas avoir à subir de déconvenues fâcheuses. Il n'y avait qu'à voir comment celles des Italiens suscitaient la curiosité pour être douché de l'arborer au grand jour. On ne tirait pas dessus pour jouer !

« Je me demande surtout ce qu'elles vont en faire.

- Cymru les a rattrapés ?

- Apparemment, ils sont revenus à la chambre après avoir caché leur trophée quelque part.

- Je cherche dans ma mémoire ce que j'ai bien pu leur faire pour mériter cela.

- Ils sont un peu perturbés en ce moment. Peter serait capable de te maudire grâce à la magie.

- Oh, Peter ne te ressemble pas à ce point !

- Connaissant les jumelles, elles vont certainement séquencer ton ADN… »

Arthur s'arrêta en plein milieu de sa phrase, comme s'il avait eu la révélation du siècle.

« … Oh, c'est pas vrai… »

L'Anglais se mit à pianoter, à toute vitesse, un SMS à l'attention de Cymru et il l'envoya avant que Francis arrive à comprendre le langage SMS anglophone.

Un « I've already known » (Je le savais déjà) accompagné d'un smiley tireur de langue parvint en retour à son voisin qui se mit à devenir tout rouge.

« Il y a de l'insurrection dans l'air !

- Enfin, voyons, Arthur ! Elles voulaient peut-être un souvenir de moi à chérir en Antarctique.

- Non ! Et ce ne sont pas tes affaires !

- Si on séquence mon ADN pour qu'elles aient un clone de leur papa sur la base, oui, ça me concerne.

- Je ne crois pas que la recherche soit aussi avancée, Francis. Je ne pourrais supporter une deuxième version de toi-même. Sache que je veillerai personnellement à ce que ça n'arrive jamais !

- On vous dérange, peut-être ! »

Les deux voisins de table en pleine discussion se retournèrent vers Ludwig qui animait les débats. Avant qu'Arthur ne déverse toute sa colère sur l'Allemand, Francis prit les devants.

« Ne t'inquiète pas Lulu, on discutait sur les nouvelles technologies, le clonage et ses limites et on vous en aurait fait une synthèse !

- On parlait des cornes de rhinocéros réduits en poudre pour la Chine et du braconnage en Afrique.

- J'en déduis que nous sommes hors sujets…

- Bien évidemment ! De plus, vous troublez les discussions avec vos disputes qui montent crescendo en volume ! »

La porte s'ouvrit à ce moment-là dans un bruit caractéristique de couinements pour laisser passer deux retardataires.

Ludwig rougit ainsi que les nations les plus prudes, quand Antonio et Bella regagnèrent leur place, les vêtements à peu près correctement remis en place et les cheveux ébouriffés.

« On parlait de quoi déjà…, fit Ludwig, prêt à tout pour passer sous silence ce moment de gêne collectif.

- Qu'on menaçait la libido des rouges !, dit Alfred, prêt à relancer le sujet sur l'aspect le plus approprié. C'est à prendre très au sérieux pour leur zapper le moral !

- On n'est plus en pleine guerre froide, Alfred !, s'insurgea Yao.

- On m'a volé des cornes dans des musées, dit Francis, histoire d'apporter son grain de sel. C'est inconvenant !

- On s'en fiche des cornes de rhinocéros mort, c'est la survie de l'espèce qui est en jeu ! »

C'était parti pour des discussions sans fin. Francis pouvait se détendre et toucher la jambe de son rival, histoire de le déconcentrer de sa cible fétiche du moment.

Qu'avait donc pu lui faire Ludwig ?

Francis ne s'était pas tenu au courant des dernières nouvelles européennes à cause de ce jeu débile d'Action ou Vérité Arthur avait sûrement une longueur d'avance sur lui en ce qui concernait les décisions allemandes toutes fraîches.

Ce devait être tombé entre midi et deux, donc… Francis sortit son portable pour pianoter dessus en s'intéressant à peine à ces histoires de rhinocéros en voie de disparition. Il ne trouva rien de probant et il se mit à lire les informations concernant l'Angleterre. Pas de quoi faire un drame. Il y avait donc autre chose, mais quoi…

« Je parlerai aux enfants de tout ça, je m'occupe de tout.

- Ils sont perturbés à propos de quoi ? »

Arthur eut son regard : « Cherche pas à savoir, j'en peux plus de mes gosses qui me mène la vie dure, mais que j'adore ». Francis se résigna à être ignorant sur la question. Il aimerait parfois se mêler plus de la vie des enfants Kirkland, mais il n'en avait aucun droit.

Francis s'évertua ensuite à faire semblant de prendre des notes sur les sujets sans intérêts pour sa nation, à déconcentrer Arthur de sa cible du moment avec des gestes plus ou moins licencieux qui l'énervait et à faire son devoir quand il était directement concerné.

Ce fut une longue après-midi de discussions sans fin, puisque Yao ne lâcha pas facilement le morceau sur les vertus des cornes qu'on ne devrait pas empoisonner sur l'animal vivant aux risques des consommateurs et que les autres sujets concernaient quasiment toutes les mêmes nations.

Francis promit des aides qu'il ne pourrait pas assurer d'après Arthur. Un « stupid frog, tu veux faire couler le navire-U.E. et tous nous noyer » lui était resté dans la gorge. Ils s'étaient donc disputés sur le fait qu'Arthur ne s'impliquait pas assez dans l'Union et ainsi de suite.

Arthur déversa toute sa colère et son agressivité sur Francis qui était tout consentant de le laisser évacuer sa soupape sans dégâts pour les autres nations. Francis aurait préféré le faire autrement, mais Arthur n'était pas encore son petit ami.

Il lui restait d'ailleurs combien de temps pour le convaincre d'avoir une relation plus sérieuse. Pas assez à son goût.

Ce n'était pas en venant aux poings qu'ils arriveraient à un consensus, mais ça faisait du bien.

Francis trouvait amusant qu'Arthur se dérobât selon ce qu'il tentait. D'habitude, il se laissait attraper dans leurs luttes, mais pas cette fois-ci. Le Français évitait les coups aux visages que l'Anglais ne pouvait s'empêcher de tenter par réflexe.

Ils finirent par rouler bouler par terre en s'abreuvant d'insultes plus fleuries les unes que les autres qui n'amusaient qu'eux.

« Vous pourriez faire ça, ailleurs ! », se plaint Vash en sortant son fusil.

La menace de se retrouver criblés de trous fit son effet sur les deux énergumènes qui s'arrêtèrent en pleine action.

Francis surplombait Arthur qui n'osait pas le regarder. Le rose sur ses joues était tellement adorable. Ses jambes l'enserraient comme pour le retenir. La prise sur sa cravate était ferme et étranglait un peu Francis.

Le Français prit une grande inspiration pour contenir le désir qui s'immisçait en lui et il se releva sans profiter de l'occasion pour charrier son rival.

Qu'est-ce qu'il ne ferait pas par amour !

Debout, ils s'aperçurent qu'ils avaient parcouru une distance importante depuis leurs sièges officiels qu'ils regagnèrent en essayant de gêner le moins de monde possible.

« Stupid frog !

- Petit lapin ! »

L'incident était enfin clos et ils purent s'ennuyer jusqu'à la fin du meeting.

Francis soupira et s'étira de tout son long quand Ludwig donna enfin le feu vert pour quitter la réunion. L'insistance d'America pour la clôturer avait été agaçante, mais efficace.

« On se rejoint à quelle heure, mon petit lapin ?

- A 20 heures et je ne suis pas ton bloody rabbit !

- On verra si c'est toujours valable demain matin.

- Ne te fais pas trop d'espoirs, stupid frog.

- J'aime qu'on me résiste, mais tu pousses ce plaisir quotidien à ses limites. »

Arthur fit une moue légèrement coupable. Francis se réjouissait que son futur amant puisse éprouver des remords à le faire tourner en bourrique. Il touchait au but, s'il arrivait à l'en rendre conscient. C'était le bon bout !

Après un sourire engageant, il s'échappa de la salle avec bonheur pour se dégourdir les jambes. Il croisa Antonio et Bella qui étaient repartis pour partager leurs microbes buccaux. Au moins l'un d'eux puait le bonheur à plein nez. Gilbert s'esquiva après un rapide encouragement.

Il se retrouva donc seul avec deux heures à tuer. C'était parfait !

Il allait se faire beau pour ce soir et mettre toutes les chances de son côté pendant qu'Arthur allait tirer les oreilles à son petit monde.

Francis se dirigea gaiement vers sa chambre quand il vit un attroupement important de Kirkland. Il saisit : « il faut frapper fort ! » et « j'ai plein de propositions… », avant qu'ils ne se fassent signe de se taire à grand renfort de « chut » sur son passage.

« Qu'est-ce qu'il passe ? Les grands cachottiers ! Oh, quasiment toute la famille est réunie ! Qu'est-ce qu'on fête ?

- None of your business », répondirent les Kirkland, gênés au possible ainsi qu'impatients de continuer leurs messes basses.

Certains regardèrent le plafond, d'autres sifflotèrent des airs de chez eux, les autres trouvèrent leurs pieds intéressants. Francis comprit qu'il était de trop dans une conspiration vengeresse. Oh, tiens !

« Alba, tu t'es rasé la barbe !, s'indigna Francis, ce qui fit rire les autres membres de la famille.

- Ça arrive une fois par siècle, admire le chef-d'œuvre !

- Dis, est-ce que tu as la peau toute douce ?, demanda Francis en s'approchant. Tu utilises quoi, comme crème ?

- Don't touch him ! », s'énerva Arthur au comble de la jalousie. (Ne le touche pas !).

Évidemment, Arthur se prit toutes sortes de commentaires sur son pseudo-attachement à son bloody frog et fut encerclé.

Francis en profita pour questionner Alba sur son changement de look.

« Manque-t-il du poil au menton à Arthur également ?

- Francis…

- C'est juste pour savoir à quoi m'attendre une fois au pieu.

- Tu auras la surprise, si tu arrives jusque-là. Aie l'air surpris, pour notre sauvegarde à tous les deux.

- Oui, je tiens à ma misérable existence.

- À la mienne, aussi. Tu as une chance sur deux de te tromper.

- Qu'est-ce que ce rassemblement ? Je sais que Ludwig va se prendre quelque chose de vilain dans la figure. »

Alba blêmit devant sa perspicacité.

« Comment as-tu deviné ?

- Arthur est tellement transparent.

- None of your business. Va-t'en ! Allez, laisse-nous ! On va décharger son agressivité magique !

- Je le veux en pleine forme !

- C'est bien compris ! Tu vas devoir batailler ! Ne vends pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

- Je sais. »

C'était parti pour aller se faire beau dans sa chambre pour contenter l'homme ou la femme qui se cachait derrière cet insupportable costard britannique. Peu importe ce que les Kirkland projetaient de faire à Ludwig, ce ne devrait pas être très méchant.

Francis ouvrit la porte de sa chambre avec son pass et il se fit agresser avant de pouvoir passer le seuil. Il cria de stupeur ! On s'agrippait à lui avec la force du désespoir.

« Papa, cache-moi !

- Matthieu ?

- Cache-moi vite de Gilbert ! Très, très, très vite !

- OK. »

Francis attrapa Matthew pour le pousser à l'intérieur. L'ours polaire déboula à la suite de son propriétaire. Le Français accrocha un petit écriteau « do not disturb » sur la poignée et referma derrière lui. Les enfants Kirkland avaient décidé de lui provoquer une attaque cardiaque. Ils le voudraient qu'ils ne s'y prendraient pas autrement.

« Gilbert n'est pas à l'intérieur, s'affola ensuite Francis, en ayant eu peur de précipiter son protégé dans les bras de son tourmenteur.

- Non, il me cherche dans les couloirs, répondit Matthew qui s'était avachi dans le canapé avec son ours en peluche près du corps. Je l'ai semé, mais je n'étais pas sûr de le distancer longtemps et je ne savais pas où me cacher… Ma famille était de sortie, apparemment… »

Matthew n'était bavard que lorsqu'il en avait gros sur le cœur et qu'il avait un énorme problème sur les bras.

« Je croyais que tu étais malade, mon petit ange.

- Je suis indisposé », dit Matthew en étranglant presque son ours en le collant contre lui.

Francis se fit un petit récapitulatif de la situation : il n'était normalement pas au courant pour Gilbert et Matthew. Il se rapprocha de son ancienne colonie pour passer un bras sur ses épaules. Le corps de Matthew se tendit avant de se laisser aller, il mit sa tête sur l'épaule de Francis.

« Je me sens en sécurité avec toi.

- Qu'est-ce qui se passe ?, demanda Francis, heureux de compter autant pour Matthew.

- J'ai changé plusieurs fois de chambres à cause de mon état. Je n'étais jamais tranquille avec les vieux. Ils se moquaient de moi tout le temps, alors je suis allé dans celle d'Alfred, mais Gilbert m'a retrouvé. Et depuis, il ne me lâche pas, râla Matthew.

- J'ai l'impression de louper quelques détails, mais ce n'est pas grave, tu peux rester jusqu'à ce que Gilbert vienne se coucher ici.

- Pourquoi n'as-tu pas pris une chambre à part ?

- J'avais envie de passer du bon temps avec mes meilleurs amis. Pourquoi as-tu pris une chambre avec Cuba ? Je t'en pose des questions. »

Les joues de Matthew rosirent, puis il avoua à son « père » :

« Je ne voulais pas la partager avec Gilbert et José est un très bon ami. Papa, Gilbert est mon petit ami, il me poursuit assidument de ses attentions en ce moment même et je n'ai pas envie de lui céder…

- Donc, tu te réfugies dans sa chambre.

- Il ne cherchera jamais ici. T'es pas surpris ?

- On va dire que j'étais au courant depuis quelque temps. »

Matthew était manifestement en colère contre Gilbert.

« Il va le regretter. »

Francis s'empêcha de rire en pensant que Matthew pouvait être aussi grognon qu'Arthur.

« D'après ce que j'en sais, vous n'en êtes pas à votre première fois, alors où est le problème ? »

Matthew vira au rouge écrevisse, avant de râler à nouveau :

« Ce ne sont normalement pas tes affaires.

- Tu viens me demander de l'aide. Il faut que je sois un minimum au courant…

- Daddy m'a interdit de t'en parler. Je suis venu te voir parce que je serai tranquille avec toi et que je pourrai souffler deux minutes. Alfred est insupportable quand il s'y met également. »

Francis regarda plus attentivement Matthew et il se fit la réflexion qu'il était plus féminin que d'habitude. C'était peut-être pour ça.

« Je suis au courant de pas mal de choses sur les Kirkland et, si par hasard, tu es en pleine métamorphose physique, je suis tout ouïe… »

La mâchoire de Matthew se décrocha.

« …J'ai des informations grâce à ton oncle Écosse. Pas d'Arthur. Je n'ose pas aborder le sujet avec lui, il le prendrait mal. Enfin, voilà…

- Tu as tapé en plein dans le mille. J'ai pas envie que Gilbert me tripote, alors que je ne suis pas habitué à ce corps. Lui, ça n'a pas l'air de le préoccuper et il veut me sauter dessus. Si tu pouvais lui dire de me laisser tranquille, quitte à utiliser des menaces…

- Ne touche pas à ma petite Mattie ou sinon je t'égorge, malgré notre grande amitié, dit Francis avec emphase.

- C'est sérieux !

- Je suis sérieux quand je joue mon rôle de papa hyper protecteur. Tu n'as rien dit à Arthur ?

- Il n'est pas au courant et je crois qu'il n'apprécie pas du tout Gilbert. Je voulais garder ça secret, le plus longtemps possible.

- Ça a été très dur de lui tirer les vers du nez. Gilbert est très amoureux de toi.

- Je sais. Seulement, c'est compliqué.

- Non, il n'y a rien de compliqué là-dedans. Par fierté, Gilbert ne te dit rien. Il a aussi peur que tu le quittes…

- Mais jamais !

- Il a vécu des relations difficiles, il faut le comprendre. Vous devriez avoir une conversation là-dessus.

- Gilbert n'est pas très versé conversation en ce moment.

- Je lui ferais la morale. Tu n'aimes pas ce corps ? Ça doit faire bizarre, mais c'est une expérience unique en soi. »

Matthew lâcha son ours ainsi qu'un petit soupir.

« Je n'ai pas le même centre de gravité que d'habitude, alors je me cogne partout. C'est vraiment étrange. Je n'ai pas le même espace personnel, je n'ai pas le même poids, je suis plus petit. En plus, j'ai de la poitrine et tout à fait autre chose entre les jambes. C'est perturbant ! ça amuse les autres Kirkland, mais je ne trouve pas ça drôle du tout. Quand Gilbert essaye de me toucher, ça ne me fait pas pareil. J'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre.

- Ça doit paraître normal aux autres membres de ta famille et il le voit comme un rite de passage à l'âge adulte…

- Je suis adulte. »

Francis n'allait pas discuter sur ce point précis. Matthew faisait dans les dix-sept, dix-huit ans physiques, il avait encore de la marge pour grandir. Il était indépendant et, bien qu'il fût jeune, il avait le comportement d'un adulte, même s'il venait se réfugier dans ses bras. Le Français n'allait pas chipoter sur des détails.

« Oui, bien sûr. Montre-moi quelle jolie fille tu fais ? »

Matthew râla de nouveau, avant de se lever. Francis nota que, contrairement aux autres Kirkland, la transformation de Matthew était franchement évidente au vu de ses courbes magnifiques et moulées par ses vêtements.

« Je n'ai pas de chances.

- Oui, je te le concède. Tu es très beau, quel que soit ton sexe. Gilbert en a de la chance. »

Le Canadien se tapa le front avec sa main. Il avait l'air las de cette histoire.

« Enfin, c'est dommage de cacher tout ça derrière un T-shirt informe, rajouta Francis.

- Je n'ai pas envie d'encourager Gilbert et je ne porterai jamais de robe.

- Comment veux-tu accepter ce cadeau de la nature, si tu ne te soignes pas ?

- Tu m'as vu avec autre chose qu'un jogging sur le dos ?

- Tu portes un costume lors des meetings et tu fais plus attention.

- Seulement, je ne rentre plus dans mes costumes.

- Tu n'as qu'à venir en jogging lors des réunions. Personne ne le remarquera. Certains ne se gênent pas pour porter n'importe quoi. »

Francis pensait particulièrement à Li et à ses pantalons avec des mains qui faisaient vraiment polémiques, mais l'asiatique n'était pas le seul à s'habiller de façon décontractée, insolente ou les deux à la fois.

« Pas faux… En plus, il y avait plein de sujets que je voulais aborder.

- Est-ce qu'il y a ce qu'il faut dans ta valise ?

- Oui, mais elle est restée… Elle est où ?

- Je ne peux pas savoir à ta place.

- Elle est restée dans ma chambre initiale.

- Tu as le pass ? Je vais la chercher.

- Est-ce que tu pourrais rester ici au cas où Gilbert ou Antonio revient ? Je vais appeler José pour qu'il l'amène.

- D'accord. Fais comme chez toi. Je vais prendre une douche et me changer. Si tu veux discuter, on aura tout notre temps jusqu'au repas.

- Ça me va.

- Et je ferai barrière de mon corps pour empêcher Gilbert de revenir. »

Matthew sembla satisfait et il envoya un texto à son ami cubain. Francis eut le temps de se préparer pendant que son fils réceptionnait ses affaires à l'abri derrière la porte et enfilait son jogging infâme qui dissimulait tout. Matthew avait hérité du goût culinaire, alors que celui du vestimentaire lui échappait complètement. Alfred avait tiré la mauvaise pioche pour les deux. Aucun goût, comme Arthur.

Francis ouvrit quelques boutons de sa chemise bleue pour laisser entrevoir sa peau attirante, se mit un peu de parfum et attacha ses cheveux en laissant quelques mèches entourer son visage.

« Oh, ça te va bien. C'est pour qui ?

- Arthur. On a rendez-vous ce soir. »

Matthew eut un petit sourire timide.

« Il ne faut pas rougir parce que tes « parents » se voient, le taquina Francis.

- Est-ce que tu es mon père génétique ?, lui demanda abruptement Matthew.

- Hein ?

- Je n'ai jamais osé te poser la question…

- Non. Je ne savais même pas qu'Arthur était… Enfin… Oh, je ne savais pas. »

Francis imagina Arthur accoucher de jumeaux, de garçons hyperactifs et de jumelles. Pas joli à voir. Il plaignait le père maudit au-delà de l'imaginable sous la douleur. L'Anglais devait être impossible à vivre durant ces périodes de grossesse. Ça expliquait pas mal de ses disparitions soudaines et de ses humeurs étranges.

« Maintenant, tu le sais, se moqua Matthew.

- Qui est votre père ? »

Francis considérait cette personne comme un rival très sérieux aux nombres d'enfants à son actif. Il n'avait peut-être aucune chance face à cet individu. Arthur lui avait toujours semblé très fidèle à ses amants, alors le Français n'imaginait même pas ce qu'il en était pour le père chéri de ses enfants. Ils devaient bien avoir des disputes de couple assez graves, puisqu'Arthur était quand même allé voir ailleurs à certaines périodes. Il lui fallait un nom.

« Arthur ne desserre pas les dents. Je n'en ai aucune idée. La naissance des petits derniers me laisse à penser qu'il est toujours vivant et aussi peu concerné par nous. Seulement, c'est toi qui m'as élevé avec Arthur. Je n'ai jamais vu l'ombre de cet homme-là. Je te considère comme mon véritable père.

- C'est gentil, Matthew. Tu n'es pas obligé de me faire un câlin à ton âge.

- Mon papa à moi qui résout les problèmes, dit Matthew, avec une voix légèrement enfantine pour le faire rire.

- Je serais toujours là pour toi. »

La chaleur de Matthew le réchauffait agréablement. C'était de la tendresse pure et c'était bien agréable.

Ils se figèrent quand ils entendirent quelqu'un frapper à la porte.

« Francis, c'est pas qu'on veut te déranger, mais on aimerait prendre quelques affaires avant d'aller souper !, dit Gilbert.

- Vous ne pourriez pas attendre ! Oh, bande de briseurs de joie !

- J'ai envie de monter direct dans la chambre de Bella et j'ai plus de… moyens de contraception sous forme plastique… »

Francis et Matthew s'empêchèrent de rire sur la façon dont dénommait Antonio les préservatifs.

« Oui et moi aussi… »

Matthew pâlit à toute vitesse. Francis leva le petit doigt et dit à son fils présentement fille :

« Il va y avoir explications de texte. Ça va pleurer dans les chaumières allemandes.

- Il n'a pas à t'en parler.

- J'ai bien compris. Va te cacher dans la salle de bain. Il ne t'arrivera rien. »

Francis prit une grande inspiration, tout en se demandant si Antonio serait un allié ou un ennemi. Tout compte fait, il valait mieux régler ça entre lui et Gilbert. Antonio serait capable d'appuyer Gilbert ou de faire des blagues ridicules là-dessus, tandis que Matthew écouterait. De plus, Antonio n'était pas au courant de la malédiction des Kirkland et ce pourrait être difficile de se prendre le chou avec eux en pesant ses mots.

Francis entrouvrit la porte.

« Antonio, tu files à l'intérieur, tu récupères tes affaires, tu t'en vas fissa rejoindre Bella.

- Mais c'était mon intention !

- Quant à Gilbert, on va prendre le temps de mettre les choses à plat.

- Oh, fit Antonio à Gilbert qui ne comprenait pas. Tu vas t'en prendre des belles dans la gueule.

- Ce n'est pas la peine de l'en avertir, je viens de le faire. Dépêche-toi, Tonio !

- Il est en colère, fit Antonio, avant de passer sous le bras de Francis. Tu vas prendre cher ! »

Gilbert ne savait pas où se mettre, parce qu'il était rare que Francis se fâche de cette manière contre lui.

« Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Tu ne l'as pas encore fait. C'est à titre préventif. Je te conseille de m'écouter, si tu tiens à une certaine personne.

- Enfin, Francis…

- Pas dans le couloir.

- Hop, je repasse, avertit Antonio avant de partir. »

Francis le fit entrer et ne lui laissa pas le temps de se défiler, excuser ou justifier.

« Matthew est venu me voir en catastrophe parce que tu le poursuivais dans les couloirs.

- Tu sais où il est ?

- Ne m'interrompt pas ! », gronda Francis.

Gilbert hocha la tête, comprenant qu'il devait se faire tout petit.

« Je suis au courant de ce qui arrive à Matthew. Tu ne fais preuve d'aucune délicatesse et tu veux l'entraîner là où il n'en a pas du tout envie ! Non, il n'y a pas de « Il me connaît, on l'a déjà fait, il en a envie en fait et tout ce qu'un mec pas awesome peut raconter ! ». Ce n'est pas son corps habituel et c'est comme s'il ne l'avait jamais fait ! Mets-toi ça dans la tronche ! Alors, tu vas t'excuser et le laisser tranquille pendant quelques jours !

- Oui, je veux bien, mais je ne sais pas où le trouver. Il a pris la fuite, dès qu'il m'a vu.

- Pas de ça, avec moi. Tu lui as quand même donné des raisons pour agir ainsi.

- J'ai été un peu caresseur pour tâter le terrain.

- Tu ne devrais même pas lui dire ça !, cria Matthew depuis la salle de bain.

- Et tu ne devrais pas te plaindre à lui !

- C'est toi qui as commencé ! »

Francis lâcha l'affaire et les laissa s'expliquer. Il resta pour rassurer Matthew, tout en surveillant sa montre. Arthur allait le tuer, il serait en retard.