Samedi matin, trois jours après le vol de la fourgonnette…
C'est le grand jour ! Le jour de la Japan Expo ! Mes amies étaient venues à la maison ce matin pour qu'on puisse passer du temps ensemble avant d'y aller. La convention sur les Légendaires devait avoir lieu cet après-midi. Plus le temps passait et plus nous étions impatientes ; on ne se le cachait pas. Heureusement, il y avait toujours les albums des Légendaires pour nous divertir en attendant. Sam en avait également profité pour passer un peu de temps avec Alice. Ils étaient si mignons tous les deux, surtout quand ils rougissaient.
Une heure avant de partir, ça laissait juste le temps à mes amies d'enfiler leur cosplay et d'ajouter une dernière touche de maquillage. Ça y est, nous voilas prêtes. Prêtes et pressées.
« Eh ben dis donc. Vous allez vraiment y aller comme ça ? » Demanda mon père.
« Ne vous inquiétez pas, monsieur. On ne sera pas les seules. » Lui répondit Zoé.
« Passez une bonne après-midi, les filles ! Et faîtes attention à vous. » Dit ma mère.
« On sera prudentes, maman. Promis. »
« Amusez-vous bien ! » Dit Sam.
Sur ce, après avoir dit au revoir à tout le monde, nous partions à notre arrêt de bus habituel.
« Quand je pense qu'il y a deux semaines, je songeais à me déguiser en Ténébris. » Ai-je dit.
« À la place, tu as eu quelque chose de bien meilleur. » Répondit Nora. Ce qui nous fit toutes rigoler en chœur.
En route pour la Japan Expo !
Plus loin
Hors du point de vue de Vanessa :
La bande à Nelson terminait leurs derniers préparatifs. Ils étaient quasiment prêts, à part qu'il leur manquait encore un ou deux petits trucs. Clément était parti chercher Antoine, celui qui les avait aidés à voler la fourgonnette. Lorsqu'ils arrivèrent tous les deux dans le parking sous-terrain, les autres voyous furent surpris par l'arrivée de cet inconnu.
« C'est qui celui-là ?! » Dit Yohann, s'apprêtant à l'attaquer avec son ballon.
« Calmos, Yohann ! C'est un nouveau. Il est avec nous. Ok ? » Lui dit Clément.
« La vache ! Il est malade ce mec ? » Demanda Antoine.
« Fais pas attention à Yohann ; il est comme ça, c'est tout. »
Après cet incident évité de justesse, ils continuèrent leur chemin dans le parking. Antoine avait beau passé beaucoup de temps dans un garage durant ces derniers jours, celui-ci lui plaisait, principalement parce que c'était un repère de vauriens comme lui. Difficile d'y croire, mais Antoine se sentait chez lui ici.
« Vous avez votre propre QG ? Trop classe. » Dit Antoine.
« On fait avec ce qu'on a, mec. »
Ils finirent par tomber sur Nelson, qui semblait un poil nerveux.
« Yo Nelson ! J'ai ramené notre généreux concessionnaire automobile. Alors ? Tout est prêt ? »
« Nan. Ainesse n'est pas encore là. Qu'est-ce qu'il peut bien trafiquer ? »
« C'est bon, c'est bon, j'suis ici ! » Dit Ainesse, essoufflé.
« Où t'étais ? » Lui demanda Nelson, d'un ton sec.
« Excuses, vieux. Juste le temps de piquer du chloroforme dans la droguerie la plus proche. »
« Bon. Et les armes ? »
« Viens, je vais te les montrer. Les gars et moi avons réussi à voler des trucs dans des magasins, par-ci, par-là. »
« M'en fous de vos armes. J'garde mon ballon. » Dit Yohann.
« On ne t'as rien demandé, toi ! » Lui dit tout le monde en même temps.
Bref. Ainesse emmena le chef délinquant dans le hangar A113 et ouvrit une grosse caisse remplie d'objets dangereux.
« Alors, on a ici : des couteaux de boucher, des pistolets à clous, des pics à barbecue, des marteaux, une tronçonneuse… »
« Mais- »
« …des pioches, des battes de base-balls, des gros sécateurs, des haches, ou encore- »
« MAIS C'EST QUOI CES TRUCS POURRIS ?! T'APPELLE ÇA DES ARMES, TOI ? MOI CE QUE JE VEUX C'EST DES VRAIS GUNS ! J'VEUX DES FLINGUES, DES FUSILS, DES… ENFIN DES TRUCS À FEU QUOI ! » Hurla Nelson.
Ainesse, qui regardait Nelson comme un authentique demeuré (ce qui est son cas), marqua une pause avant de lui répondre :
« Allô Nelson. Regarde-nous bien. Est-ce qu'on a la tête de gars avec les poches pleines de fric ? Vois-tu marqué Picsou sur mon front ? Non. Acheter des armes à feu et autre machins militaires ça coûte du pognon ; et ce n'est pas dans notre budget. Entre un peu dans la réalité ! »
« T'avais dit que tu ferais tout ton possible pour en trouver ! »
« Oui, ben moi et les autres, on a fait ce qu'on a pu. C'est à prendre ou à laisser. »
Déçu et ne sachant plus quoi répondre, Nelson se mit contre le mur et se frappa plusieurs fois la tête dessus. Encore une fois, lui et ses complices ne s'était pas compris. En même temps, il rêvait un peu trop.
« Euh… si ça t'intéresse par contre, j'ai piqué un katana dans une brocante. » Dit Ainesse.
Plus tard, à la Japan Expo
Point de vue de Vanessa :
Le trajet fut long (presque une heure). Après le bus, un tramway, un RER, puis un autre bus, nous étions enfin arrivées devant la grande entrée de la Japan Expo. Quel soulagement. Nous nous glissions au milieu de la foule immense dont les trois quarts étaient déguisés. Ça nous fait tout drôle à chaque fois. À l'intérieur, c'était bondé de monde. Les cosplays à l'effigie de célèbres personnages envahissaient l'endroit. Des tas de légenfans nous ont pris en photo. S'ils savaient qu'une vraie jaguarianne se baladait parmi eux, je ne saurai imaginer la tête qu'ils feraient. Mais bon, ça nous faisait du bien d'être ici. On a pu discuter avec d'autres légenfans et faire des rencontres sympas.
Un peu plus tard, nous atteignons la grande salle où doit avoir lieu la convention des Légendaires. On a eu du mal à trouver des places. Après un moment d'attente, un présentateur monta sur scène, le micro en main.
« Bonjour et bienvenue à toutes et à tous pour cette nouvelle convention de la Japan Expo. Cette année est exceptionnelle puisque nous allons parler d'un dessin animé français, chose rare ici. C'est à l'occasion de la nouvelle saison des Légendaires que nous accueillons l'auteur de la bande dessinée originale : Patrick Sobral ! »
Le voilà ! Toute la salle acclama le Maître Pamplemousse dès son arrivée sur scène. Il fit coucou à tous ses fans en allant prendre place au milieu de la grande table où vont s'asseoir respectueusement les invités à une convention.
« Et voici les Légendaires en personnes : Julien Crampon, Danaël ; Adeline Chetail, Jadina ; Henry-David Cohen, Gryf ; Anaïs Delva, Shimy ; et Antoine Gouy, Razzia ! »
Pendant une demi-heure, Sobral et la troupe d'acteurs nous ont parlé de la saison 2 du dessin animé, de ses nouveautés, etc. Ensuite, les lumières de la salle se sont éteintes et une bande-annonce fut diffusée sur le grand écran. La musique de fond qui nous faisait plonger dans l'ambiance, accompagnée de toutes ces images inédites, ça avait de quoi faire monter l'adrénaline. Sur le dernier plan, tout le monde a hurlé d'excitation lorsque l'œil d'Amy s'est ouvert par surprise.
Pendant ce temps…
Hors du point de vue de Vanessa :
Sam s'occupait dans sa chambre à s'entraîner au bruitage pendant que ses parents étaient dans le salon. À l'extérieur, une fourgonnette était garée sur le trottoir d'en face. À bord du véhicule, les sbires de Nelson surveillaient la maison et ses alentours, attendant le bon moment pour frapper.
Sam entendit la sonnette. Mais tout de suite après, il fut surpris par un énorme bruit suivi d'un hurlement. Notre apprenti-bruiteur devenu inquiet, cessa son activité pour aller voir ce qui se passait. Arrivé en bas des escaliers, tout était silencieux. La porte d'entrée était ouverte et ses parents avaient disparu. Sam jeta un œil dehors, mais à peine était-il sorti que deux jeunes beaucoup plus forts s'emparèrent de lui et couvrirent sa bouche avec un mouchoir trempé de chloroforme. Sam perdit connaissance. Les voyous le transportèrent ensuite à l'arrière de la fourgonnette où ils l'enfermèrent avec ses parents, capturés de la même manière, eux aussi. Les voyous se félicitèrent de leur coup et repartirent aussitôt, ni vu ni connu, direction la planque.
Japan Expo
Point de vue de Vanessa :
C'était maintenant l'heure de la séance de dédicace. Nous faisions la queue avec tous les autres légenfans pour avoir un selfie avec Patrick Sobral et les acteurs de la série, plus repartir avec un poster dédicacé par chacun d'eux. Les vigiles qui les entouraient n'avaient pas l'air commode. Plus on avançait, plus j'avais le trac. Ça va probablement être ma seule chance de demander de l'aide à la seule personne capable de me redonner ma forme originelle. Mais qu'arrivera-t-il si rien ne se passe comme prévu ? J'angoisse complètement là. Mes amies ont insisté pour que je passe en premier, sauf que je ne voulais pas.
Ça y est, c'est à mon tour.
« Personne suivante ! » Dit l'un des vigiles.
« Ah, les voilas. Eh, messieurs les vigiles ! Laissez passer ces jeunes filles, s'il vous plaît ! » Dit Antoine Gouy.
« Tu les connais, Antoine ? » Lui demande Adeline Chetail, la voix de Jadina.
« Ce sont les fans dont je vous ai parlé ; celles que j'ai rencontré à Argenteuil et que j'ai tiré d'affaire. »
Toute la troupe nous a saluées chaleureusement. Patrick Sobral lui, me regardait avec stupéfaction.
« Incroyable… » Dit-il, presque en chuchotant.
« Regardez-moi ces cosplays. Ils sont magnifiques. » Dit Anaïs Delva, la voix de Shimy.
« Énorme ! Shun-Day, Jadina, Sheibah et Samaël W.W. version fille ! C'est le top du top ! » Dit Henry-David Cohen, la voix de Gryf.
Après ça, on s'est tous regroupés pour le selfie, et j'en passe. Une fois qu'on nous avait offert des posters dédicacés, Patrick Sobral est venu vers moi, le regard toujours aussi stupéfait.
« Comment t'appelles-tu ? » Me demanda-t-il.
« Vanessa. »
« Vanessa, mes félicitations pour ton cosplay. Tu ressembles à une vraie jaguarianne, tel que je les ai toujours imaginées. »
« Merci. » Lui dis-je en souriant.
J'avais l'intention de lui dire la vérité, mais je me suis arrêtée net lorsqu'il vit remuer ma queue de félin. Son regard changea. Il n'en croyait pas ses yeux.
« C'est… c'est bien un cosplay, n'est-ce pas ? »
Au vu de ses soupçons, il a deviné, ça ne faisait plus aucun doute. Allez Vanessa, c'est le moment de te lancer. Ne laisse pas passer cette occasion.
« M. Sobral, je sais que ça va vous paraître dingue, mais oui, je suis bel et bien une ja- »
« Ça suffit. Vous avez eu votre dédicace et votre selfie, maintenant laissez la place aux autres. Personne suivante ! » M'interrompit l'un des vigiles en m'éloignant.
« Attendez. Je dois parler à M. Sobral. Il n'y a que lui qui peut m'aider. »
Ce sale gorille ne voulait rien entendre, alors je me suis débattue… peut-être un peu trop d'ailleurs. Cela n'a fait qu'empirer les choses. Les autres vigiles sont passés à l'action et se sont jetés sur moi pour m'éloigner.
« Eh ! Ôtez vos sales pattes de notre amie ! » Dit Nora.
Mes amies sont directement venues m'aider, sans succès. Les vigiles étaient beaucoup plus nombreux et beaucoup plus forts surtout. Croyez-moi, ces grosses brutes n'avaient rien à voir avec ceux que j'ai affronté auparavant.
« Non, attendez ! Laisser cette fille tranquille ! » Dit Sobral.
Lui et les acteurs ont voulu venir à notre secours, mais le reste des vigiles les ont retenus. On fut traîné jusqu'à une sortie de secours, puis zou ! Ils nous ont flanquées dehors avant de refermer les portes brusquement.
« Rien de cassé ? » Demanda Nora.
« Non non, je crois que ça va. À part qu'ils ont bousillé nos posters dédicacés. » Dit Alice.
« Quelle bande de malotrus. Si j'avais des pouvoirs de jade, je leur aurais fait leur fête à ces espèces de dragonites ! » Dit Zoé.
J'avais honte de moi. Patrick Sobral a dû me trouver ridicule. Et tout ce que j'ai réussi à faire au final c'est d'avoir gâcher cette séance de dédicace et attirer des problèmes à mes amies. Je suis restée assise par terre pendant un moment, tête baissée, ne disant rien.
« Vanessa ? Est-ce que ça va ? » Me demanda Alice.
Ma bouche s'entrouvrit, mais aucune réponse n'en sortit. Que pouvais-je bien dire ? Je n'ai fait que me relever et regarder tristement mes amies avant de baisser la tête à nouveau. Zoé est venue me réconforter.
« Viens. On ferait mieux de rentrer. » Me dit-elle en posant sa main sur mon épaule.
Déçues de cet échec, mais toujours unies, nous sommes retournées à Argenteuil. Si on avait été encore là deux minutes avant, nous aurions croisé Patrick Sobral et Antoine Gouy qui s'étaient précipités dehors pour nous retrouver. Aucune d'entre nous n'aurait pu l'imaginer. Le chemin de retour à Argenteuil fut tout aussi long qu'à l'aller, avec beaucoup moins d'enthousiasme. Personne n'a dit quoi que ce soit. Alice décida de rompre ce silence gênant.
« Ne t'en fais pas, Vanessa. Un de ses quatre, l'occasion de revoir Patrick Sobral se représentera. C'est juste une question de temps. »
Là non plus, je n'ai rien répondu, hormis un léger acquiescement. Beaucoup plus tard, une fois revenues à la gare d'Argenteuil, nous nous sommes séparées ici. La nuit était déjà tombée. J'avais besoin d'être seule un moment. J'ai donc continué à pied le chemin jusqu'à chez moi, au lieu de prendre le bus.
Hors du point de vue de Vanessa :
Alice, Nora et Zoé se sont séparées un peu après, lorsqu'elles ne furent plus très loin de leur quartier. À ce moment-là, les sbires de Nelson, qui se tenaient déjà en position d'attaque, avaient enfin le champ libre pour les enlever. À trois endroits différents, non loin les uns des autres, ce fut le même scénario qui se produisit : trois voyous se jetèrent sur les amies de Vanessa et les endormirent au chloroforme avant de les ramener dans la fourgonnette. Leur tâche accomplie, ils les emmenèrent ensuite jusqu'à l'endroit où était retenue prisonnière la famille de Vanessa.
De son côté, notre jaguarianne ignorait complètement ce qui venait d'arriver à ses amies, ni ce qu'elle allait découvrir en rentrant chez elle.
À suivre…
