Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours un problème avec les italiques… La mise en forme change quand le chapitre est posté… Du coup, ce n'est plus toujours très cohérent !

Chapitre 14

Sirius quitta le bureau de McGonagall avec l'impression d'avoir été piétiné par un troupeau de centaures. Le professeur avait rejeté en bloc toutes ses justifications, se contentant de donner raison à Remus.

Evidemment, ce pauvre Remus a tellement souffert par ta faute… pensa-t-il, non sans une dose d'ironie.

Il en voulait profondément à Remus. Il aurait préféré mille fois recevoir une bonne raclée, plutôt que de l'écouter l'enfoncer comme il l'avait fait. Au moins, il n'aurait pas caché sa colère derrière les intérêts des Gryffondors ! Il trouvait la démarche profondément hypocrite. McGonagall était-elle dupe ?

Il remonta jusqu'à la salle commune, qu'il traversa sans se soucier des regards hostiles qu'on lui lançait, et monta dans son dortoir pour y poser son sac de cours. Il avait une retenue avec Slughorn avant le dîner, une autre ensuite, avec Rusard. Des heures de travail fastidieux en perspective. Des heures à ressasser ses idées noires, sans rien pour l'en distraire.

La situation est pénible pour Remus, hein… pensa-t-il, le cœur serré. Mais il a le soutien de tout le monde, luiEt il ne passe pas son temps les mains dans la crasse, occupé à d'ignobles tâches dont tout le monde se fiche !

Il quitta la tour des Gryffondors, très las et complètement désabusé, pour prendre le chemin du bureau de Slughorn.

§§§§

« C'est bon, retournez dans votre dortoir, bougonna Rusard. Il est vingt-et-une heure vingt-cinq, vous avez cinq minutes avant le couvre-feu. »

Sirius laissa tomber sa brosse dans son seau et se redressa avec un soupir. Il avait les reins en compote. Il s'essuya les mains sur le chiffon crasseux que lui tendait le concierge et prit la direction de la tour Gryffondor.

Il n'avait vraiment pas envie d'y mettre les pieds. Remus leur avait sans doute annoncé le fiasco de son entrevue avec McGonagall. Et puis, il savait que James était furieusement remonté contre lui, maintenant. Tu le serais aussi, à sa place, si on avait bazardé toutes tes affaires ! Il soupira. Si seulement James avait la bonne idée de l'ignorer, ce soir… Il ne se sentait vraiment pas la force de l'affronter. Tout ce qu'il désirait, c'était s'effondrer dans le canapé de la salle commune et sombrer dans un sommeil sans rêve.

Avec de la chance, il aurait peut-être droit à une heure d'un sommeil à peu près correct… Il dormait si peu, et d'un sommeil si troublé, qu'il se demandait comment il parvenait à ne pas s'endormir en cours. La peur des cauchemars, c'est le meilleur remède, pour se tenir éveillé… se dit-il.

Mais ce soir, la fatigue intellectuelle se doublait d'une véritable fatigue physique. Rusard lui avait fait lessiver à la brosse toute une série de vieux tapis qui n'avaient connu aucun nettoyage depuis une bonne dizaine d'années. Et le concierge s'était bien assuré que le travail avait été effectué avec toute l'huile de coude que Sirius était capable de fournir.

Mais alors qu'il s'engageait dans un couloir déjà désert, quelqu'un l'agrippa et le tira violemment en arrière. Une main ferme se plaqua sur sa bouche, et il sentit la peur le gagner. Il se cabra brusquement, rua pour se dégager, mais la prise se fit seulement plus ferme. On l'entraîna dans une salle de classe toute proche, avant de le lâcher. Il fit face à son agresseur, le cœur battant à ses tempes, prêt à se défendre.

Malefoy le dévisageait de ses yeux gris et froids. Impénétrables. « Encore dans les couloirs, Mr Black ? Ne devriez-vous pas être dans votre dortoir ?
- Je m'y rendais… lâcha Sirius, sur la défensive.
- Ah, vraiment… ? D'après ce que j'ai entendu dire, vous n'êtes pas en odeur de sainteté, chez ces chers émules de Godric…
- Laissez-moi partir, je ne suis pas censé être dehors après le couvre-feu. Moi moins qu'un autre. »

Il espérait encore, il voulait espérer que Malefoy ne l'avait attiré ici que pour l'intimider. Il n'oserait pas le toucher ici, au sein-même de l'école… ? Il serra les poings pour maîtriser le tremblement de ses mains. S'il dominait sa peur, peut-être arriverait-il à tenir le professeur en échec ?

Avec un sourire glacial, Malefoy tira sa baguette des replis de sa robe grise et la brandit devant lui, négligemment. « Parce que vous vous souciez du règlement, Mr Black ? Le vieux Dumbledore est donc parvenu à mater votre esprit rebelle ?
- Laissez-moi partir… répéta Sirius, avec moins d'assurance qu'il le souhaitait.
- Bien sûr… Tout à l'heure… pour le moment… »

Il verrouilla la porte d'un coup de baguette magique et fit quelques pas vers Sirius. Celui-ci jeta un regard autour de lui, à la mince lueur du soleil couchant : la pièce était absolument vide. Il ne pouvait compter que sur sa seule force pour se défendre. C'était bien mince, face à l'adulte armé et en parfaite condition physique qu'était Malefoy. Il recula prudemment, tous les muscles bandés. Cela amena un sourire de prédateur sur les lèvres minces du professeur. « Tu comptes vraiment essayer de me résister, Sirius… ? demanda-t-il, sarcastique.
- Vous n'avez pas le droit de me toucher…
- Non, certes… Tu oublies notre petit accord ? » Sirius se tendit un peu plus. Il aurait aimé se boucher les oreilles, ne pas entendre le chantage ignoble auquel Malefoy voulait le soumettre.

« Remus… soupira Malefoy, se passant la langue sur les lèvres avec indécence. Oh, bien sûr, il n'a pas ta classe, ta distinction… Mais il est plutôt joli garçon… Intelligent et sensé… Dommage qu'il ne soit qu'un monstre !
- Je vous défends de dire ça !
- Ah oui ? Tout monstrueux qu'il soit… Je crois que je n'aurais pas de mal à prendre mon plaisir de lui… avant de le briser, bien sûr… Quelques paroles malheureuses et l'ensemble de la communauté magique pourrait s'émouvoir du laxisme de notre cher directeur, qui laisse les enfants d'honnêtes citoyens côtoyer un pareil danger public… Assez joué ! Viens ici ! »

Non, il ne voulait pas. Il ne voulait pas revivre ça. Il ne laisserait pas Malefoy poser encore les mains sur lui. Toutes les menaces qu'il pouvait faire peser sur Remus n'y changerait rien. Cela le dégoûtait trop. « Je ne veux pas ! répliqua-t-il, d'une voix tremblante.
- Ah non ? Pense aux conséquences, Sirius…
- Pourquoi je devrais me soucier de Remus ?! Il me déteste ! Il complote avec les autres pour me foutre dehors ! Pourquoi je devrais souffrir pour lui ?! »

Un instant, Malefoy parut déconcerté. Un instant, seulement.

« Parce que tout est de ta faute, Sirius ! répondit-il, avec un sourire satisfait. C'est toi, qui a trahi le secret de Remus. C'est toi, qui me l'a livré sur un plateau ! Et tu le sais : s'il lui arrive malheur par ta faute, tu ne pourras plus jamais te regarder dans une glace ! Tu vivras avec ce poids sur ta conscience. »

Il avançait jusqu'à lui, si légèrement qu'il semblait glisser sur le sol. Il était si proche de Sirius, maintenant, que celui-ci pouvait sentir son parfum. Cette odeur capiteuse qui lui donnait la nausée. « Je vais perdre patience, Sirius… » gronda Malefoy, comme il réprimanderait un enfant capricieux.

Sirius recula encore et buta contre la porte close. Il s'était coincé lui-même. En deux pas, Malefoy fut sur lui. Sirius le repoussa aussi violemment qu'il le put, frappant à l'aveuglette. Malefoy pesta et le pressa un peu plus contre la porte, malgré ses coups de pieds désordonnés. « Tu vas te laisser faire, oui… ?! » Pour toute réponse, Sirius mordit la main qui le tenait jusqu'au sang. Le professeur poussa un cri de douleur et le frappa violemment en retour. « Tu veux jouer à ça ?! Très bien ! »

Il lui empoigna les cheveux d'une main et tira brusquement sur le col de sa chemise de l'autre, dénudant son cou, ignorant la grêle de coups que le garçon faisait pleuvoir sur son dos. Il enfonça ses dents dans sa chair si tendre, lui arrachant un hoquet de douleur.

Avec toute la force qui lui restait, Sirius repoussa son agresseur qui recula finalement, lui arrachant au passage une bonne poignée de cheveux.

Blême de rage, Malefoy tira sa baguette de sa poche et la pointa sur lui. « Stupefix ! » Sirius tomba lourdement sur le sol, incapable de bouger. « Je t'avais prévenu, Sirius… soupira Malefoy. Tu ne me laisses pas le choix. »

Du pied, il le fit basculer sur le ventre, avant de le dépouiller de ses vêtements.

Sirius avait beau concentrer toute sa volonté, il ne pouvait pas faire un geste. Il ne put que pleurer silencieusement lorsque Malefoy lui écarta les cuisses. « N'attends pas que je sois gentil avec toi, Sirius… » prévint Malefoy de son ton le plus professoral.

Sirius fit le constat amer que, malgré tout ce par quoi il était déjà passé, c'était toujours aussi douloureux. Malefoy le pénétra avec la même sauvagerie que Rodolphus autrefois. Mais celui-ci ne se contentait pas de le violer. Il frappait, pinçait, griffait, mordait, faisant jaillir le sang de plus d'un endroit.

« Est-ce que tu aimes ça, quand ça fait mal, Sirius ? ricana Malefoy, vaguement essoufflé. Tu aimes te faire défoncer comme ça ?! Peut-être que c'était ça, que tu cherchais, en me défiant stupidement tout-à-l'heure, que je te fasse mal ?! Peut-être que tu y as pris goût, finalement, à force de te faire mettre ! » Le visage enfoui dans la poussière, Sirius ne répondit pas.

Le rythme s'accéléra. Sirius avait l'impression d'être déchiré en deux, mais il ne pouvait s'empêcher de prier pour que Malefoy aille plus vite encore : qu'il parvienne enfin à l'orgasme, et qu'il le libère ! Malefoy accompagna ses derniers coups de reins par une pression encore plus accrue sur ses cuisses et Sirius lâcha un cri de douleur – le seul qu'il ne parvint pas à retenir.

Malefoy se retira et se releva, décoiffé, les joues écarlates et les yeux fous. « Tu n'en as pas fini, avec moi, Sirius… Sais-tu que je rêve de ton petit cul bien serré, la nuit ? Oh oui ! Il suffit que j'y pense pour me mettre à bander comme un fou ! Qui aurait prévu ça, hein ? Tu n'es pourtant pas le premier que je prends… »

Il rajusta ses vêtements avec dignité et contempla le corps souillé devant lui. « Je ne crois pas que j'arriverai à me passer de toi pendant deux longs mois… dit-il, songeur. Non… Je vais aller voir ton père, Sirius… Et l'assurer que tu as bien besoin de cours de rattrapage en DCFM… »

Il brossa sa robe soigneusement, avant de retourner Sirius du pied. « Je ne prendrais pas le risque de te voir raconter notre charmante petite soirée au premier venu… Surtout si ta fidélité envers ton cher loup-garou s'est émoussée… Oubliette ! »

Satisfait, Lucius Malefoy rangea sa baguette dans sa robe et quitta la salle, après s'être assuré que le couloir était désert.

§§§§

Sirius avait l'impression que tout tournait autour de lui, comme s'il était embarqué sur un balai échappant à tout contrôle. Ses pensées étaient si confuses qu'il ne comprenait absolument pas ce qui lui arrivait. Il battit des paupières et ouvrit les yeux. Le soleil s'était couché, et il ne voyait rien d'autre que les points lumineux des étoiles, au travers d'une vitre crasseuse.

« Où suis-je… ? » murmura-t-il. Il ne se souvenait absolument plus de ce qu'il s'était passé. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait affreusement mal. Et qu'il était nu. Il passa une main tremblante entre ses cuisses et la retira subitement, la devinant souillée de sang et de sperme.

Quelqu'un l'avait violé.

Qui ? Combien étaient-ils ? Etait-ce Rabastan ? Rogue ? Malefoy ? Il comprit la cause de son amnésie. Sans doute avait-on jugé plus prudent de lui faire perdre la mémoire…

Il se releva péniblement sur les genoux et chercha ses vêtements à tâtons. Des sanglots irrépressibles lui montèrent dans la gorge et il pleura un long moment, prostré, sa robe de sorcier roulée en boule dans sa main.

Ils avaient recommencé. Ici, à Poudlard. Il n'y avait nulle part où il pouvait être en sécurité. Ses agresseurs pourraient abuser de lui, à volonté, où qu'il soit, en toute impunité. Et ils lui tomberaient dessus à leur guise, sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour l'empêcher. Il se sentait tellement impuissant, tellement misérable…

Il pleura jusqu'à s'en briser la voix, sans pour autant atténuer sa souffrance. Il n'y avait qu'une chose, qui pourrait l'apaiser un peu. Retrouver ses amis. Il avait besoin de leur présence, il avait besoin de leur sympathie. Qu'ils lui montrent qu'il y avait encore quelqu'un qui se souciait de lui, qu'il n'était pas cette chose méprisable qu'il se sentait être maintenant.

Il avait fait face tant bien que mal tout seul, jusqu'à présent, mais c'était fini. Il n'en pouvait plus.

Comme il avait été stupide de s'accrocher à sa fierté ! Il aurait dû présenter ses excuses à Remus aussitôt de retour à Poudlard. Ils ne voulaient plus de lui ? Au lieu de s'entêter à préserver sa dignité, il aurait dû leur montrer à quel point il avait besoin d'eux, et les supplier de ne pas se détourner de lui comme ils le faisaient. Leur dire qu'il n'y avaient qu'eux pour le sauver de l'abîme dans lequel Malefoy et ses acolytes l'avaient jeté en abusant de lui jour après jour.

S'il leur montrait, maintenant, à quel point il souffrait, le condamneraient-ils encore à la solitude ? Auraient-ils vraiment le cœur à le repousser dans l'état où il était ?

Il enfila sa robe à tâtons et prit le reste de ses vêtements sous son bras. Ici, dans le noir, tremblant comme il l'était, il ne pouvait pas faire mieux.

§§§§

Il marchait lentement, s'appuyant sur le mur du couloir. Il sentait la semence de son agresseur couler le long de ses cuisses et il devait lutter pour ne pas pleurer encore. Il devait se laver. Il n'oserait jamais se présenter dans la Tour des Gryffondors dans cet état.

Il s'arrêta dans les toilettes. Il y faisait plus sombre, encore, que dans le couloir. Si au moins il avait eu sa baguette… Un peu de lumière, un peu de chaleur, et peut-être que la situation lui paraîtrait-elle moins horrible… ?

A tâtons, il trouva un lavabo et ouvrit l'eau. Il commença par s'asperger le visage. Ensuite, il défit sa robe et, frissonnant, se lava du mieux qu'il put, frottant son corps endolori encore et encore de ses mains tremblantes.

Il avait froid, maintenant. Il enfila sa chemise sur sa peau mouillée, puis sa robe. Après une hésitation, il remit son slip. Mais pas son pantalon. Il ne supporterait pas le frottement du tissu trop serré sur ses chairs meurtries.

Sans lumière, il était difficile de juger, mais il estima être à peu près présentable.

Présentable, hein ? Et qui ça peut intéresser que tu le sois ?! Tout le monde s'en fiche !

Non, tout le monde ne s'en fichait pas… James et lui avaient été les meilleurs amis du monde, il ne le laisserait pas souffrir comme ça, tout seul, même s'il était furieux contre lui ! Et Remus… Remus était le garçon le plus généreux qu'il connaissait, le moins égoïste… Il allait demander pardon à Remus, il lui dirait pourquoi il avait trahi son secret, pourquoi il avait souhaité la mort de Rogue, et il comprendrait. Il lui suffirait de poser les yeux sur lui pour qu'il comprenne. Il en avait assez, il ne se cacherait plus. Il allait remiser sa fierté et se présenter tel quel devant eux : avec sa douleur et son désespoir. Il allait se comporter comme il aurait dû le faire dès le début. Faire des excuses à Remus, tout expliquer à James.

Il sortit des toilettes et reprit sa marche le long des couloirs déserts.

Et si James et Remus refusaient de lui pardonner ? S'il était vraiment trop tard pour les excuses et les explications ?

Il ne voulait pas y penser. Il avait besoin de se raccrocher à l'idée qu'ils seraient là pour lui pour ne pas s'effondrer.

Il s'arrêta devant le portrait de la grosse dame, en train de dormir à gros ronflements, et murmura le mot de passe, la voix cassée. Elle ouvrit un œil et le referma. Il répéta le mot de passe un peu plus fort.

« Je suis désolée, mon jeune ami, ce n'est pas le bon mot de passe, trancha-t-elle.
- Pas le bon mot de passe ?! s'exclama Sirius, abasourdi.
- Non, mon garçon. Passez votre chemin.
- Mais… ! protesta Sirius, sentant ses jambes se dérober sous lui. Nous n'étions pas censés changer de mot de passe aujourd'hui ! » La grosse dame haussa les épaules. « Ils ont décidé ça juste avant le couvre-feu.
- Qui « ils » ?!
- Les préfets. Ils sont venus me voir tout à l'heure. Je crois qu'ils ne tenaient pas à ce que vous rentriez dans leurs quartiers, jeune homme !
- Ce sont aussi mes quartiers ! lâcha Sirius froidement. Et je veux y retourner ! Tout de suite !
- Crier ne vous servira à rien, je ne vous laisserai pas passer !
- Vous ne pouvez pas me faire ça ! Pas maintenant ! »

Il tremblait comme une feuille, de nouveau au bord des larmes. Derrière ce stupide portrait se trouvait le seul endroit où il pourrait être relativement à l'abri, ainsi que les seules personnes susceptibles de se soucier un peu de lui. Et on lui en refusait l'accès.

« Ecoutez… Cela fait six ans que je vis ici ! Vous pouvez bien me laisser entrer, non ?! insista-t-il.
- Désolée, c'est non.
- Je ne peux pas passer la nuit dans le couloir ! Laissez-moi au moins parler à Antonius ! Ou Remus !
- Ils dorment. Revenez avec le professeur McGonagall, et je vous laisserai entrer. »

McGonagall ? Il était hors de question qu'il aille la trouver ! Il était hors de question qu'elle le voit dans cet état-là !

Sirius se laissa tomber sur le sol, à bout de nerfs. Il était même trop épuisé, trop à bout, pour se rebeller.

C'était fait. Il était exclu de la Tour Gryffondor.

Justement cette nuit, où il avait si désespérément besoin de quelqu'un pour le soutenir.

D'un seul coup, il réalisa à quel point ses illusions avaient été vaines. Lui qui s'était imaginé se réconcilier avec ses amis ! Comme si cela était encore possible ! Il se souvint alors de la façon dont James, et même Remus le regardaient désormais : avec tant de colère et de mépris…

Est-ce que je suis devenu si différent de ce que j'étais, pour qu'ils me méprisent à ce point ?! pensa-t-il douloureusement. Ou notre amitié n'a-t-elle jamais reposé que sur un malentendu ?

Peut-être. Peut-être était-ce cela, en vérité. James et Remus s'étaient trompés sur lui, ils l'avaient accepté par erreur… Et maintenant qu'ils en avaient pris conscience, ils ne ressentaient plus que du dégoût pour lui. Oui, c'est ça… James et Remus ne te voyaient pas tel que tu étais, bien sûr ! Jamais ils n'auraient pensé que tu pouvais les trahir pour ta petite personne ! Misérable petit égoïste ! Comme si ton cul avait plus de valeur que la vie de Remus !

Une flambée de haine le submergea, oblitérant presque sa peine. De la haine contre lui-même. Il s'était cru supérieur à toutes les règles, y compris celles qui avaient scellé leur amitié, il n'avait été qu'arrogance, alors qu'il aurait dû se montrer humble, et avouer ses fautes, il aurait dû affronter les obstacles avec courage, sans chercher à utiliser ses amis… Pousser Remus à commettre un meurtre pour lui éviter une confrontation avec Rogue ! Le compromettre, le livrer à la malveillance d'autrui…

Il se mordit le poing pour contenir un cri de rage et de douleur. A la place, il n'émit qu'une longue plainte étouffée, qui se termina dans un sanglot.

Tous ses remords étaient vains : ils ne le changeraient pas. Et ils ne lui rendraient pas non plus ses amis.

Il se recroquevilla contre le mur et enfouit sa tête dans ses bras.