Comme l'a remarqué un lecteur, et comme je viens de le remarquer également, j'ai complètement négligé le passage sur les "gros seins" de Solaris dans le chapitre précédent... xD Sur le moment, j'ai dû penser que ce n'était pas très approprié (et ça ne l'est toujours pas, avouons-le). En ce qui concerne les dialogues, je les ai pêchés à la fois dans le manga et dans l'anime, parfois en mélangeant les deux, parfois en rajoutant ou au contraire en enlevant quelques petites choses, si je me souviens bien. Je vais me répéter, mais merci à vous tous, et je vous mets la suite dès que je peux. :)

Forever, Recovery Begins - Fireflight.


« Ce n'est pas vrai ! »

Riza refusait catégoriquement d'admettre la mort de son supérieur. Cette réalité était inconcevable, inacceptable. Le Roy Mustang qu'elle connaissait ne pouvait tout simplement pas disparaître de sa vie. Telle une conséquence inéluctable qui découlerait d'un fait, s'il n'était plus de ce monde, alors cela signifiait qu'elle n'y appartenait pas non plus.

Et pourtant, une blessure déchirante venait de s'ouvrir dans sa poitrine. Jamais elle n'eût cru qu'une semblable douleur fût possible. C'était comme si quelqu'un avait plongé sa main dans son torse et broyé sa chair de part en part. Les lambeaux de son corps étaient arrachés, lacérés, compressés puis réduits à néant. Une souffrance lancinante s'ajoutait à cela et cognait dans son crâne. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser.

Elle n'eût pas conçu une sensation différente si quelqu'un lui avait enfoncé une lame dans le corps ; perçant sa fine peau claire, traversant muscles et organes visqueux, atteignant une surface plus dure et s'enfonçant avec une lenteur cruelle dans le blanc de l'os. Tout en provoquant une douleur dépassant l'imagination.

Sa réaction délirante se répercuta tant et si bien de manière physique qu'elle crut mourir sur le coup. Son cœur était oppressé, ses poumons manquaient cruellement d'air, et elle s'agitait telle une noyée cherchant à cadencer sa respiration.

La première chose qu'elle perçut lorsqu'elle émergea à la surface fut une haine poussée à son paroxysme. Sans réfléchir, elle agrippa cette main qu'on lui tendait et se laissa remonter brutalement à l'air nu. Le souffle de la réalité cinglait ses joues glacées.

Contre toute attente, au lieu de laisser l'oxygène pénétrer ses poumons, elle se mit à hurler. Montant du plus profond de sa gorge, cette plainte térébrante d'affliction se prolongea tandis qu'elle braquait son arme sur l'ennemi et vidait sa cartouche.

Chaque balle était imprégnée de la haine véhémente qui l'animait toute entière. Elle venait se planter dans l'organisme de la créature qu'elle haïssait plus que tout. Elle aurait voulu la plaquer à terre et lui arracher ses membres un à un pour lui faire comprendre ce qu'elle ressentait. Elle aurait voulu sentir son sang jaillir et dégouliner sur ses doigts palpitants de frénésie.

Quand elle fut à court de munitions, elle remplaça sa recharge par une autre et tira une nouvelle rafale de projectiles. Hurlant et hurlant de déchaînement. Pour éliminer cette abomination. La faire disparaître à tout jamais.

Effacer son existence, l'effacer de sa vue. Effacer cette haine qui grandissait à une vitesse fulgurante. Effacer cette terreur qui prenait le pas sur elle. Et effacer cette douleur. L'anéantir complètement. Cette douleur de l'avoir effacé, lui...

Hawkeye enfonça la gâchette à plusieurs reprises. Le pistolet produisait un cliquetis sonore, indiquant que l'arme était définitivement vide. Les innombrables balles qu'elle avait tirées avaient laissé sur leur passage une fumée blanchâtre qui se dissipa peu à peu. La chair de l'homonculus se reconstituait comme si de rien n'était. Le monstre ne semblait même pas sensible aux blessures qu'elle avait subies sans broncher.

Désespérée, Riza desserra sa prise autour de l'arme qui vint s'écraser au sol. Elle baissa les yeux et céda. Tout était fini. Elle n'avait plus qu'à s'offrir au néant. Des larmes brûlantes se mirent à couler sur son visage. Des affres de la haine, Riza passa au supplice d'une souffrance totale. Elle tomba à genoux. Il ne lui restait plus qu'à mourir.

« Relevez-vous, lieutenant. Et partez. »

Alphonse Elric se planta devant Hawkeye. Dressé dans son armure massive, il s'était interposé entre les deux ennemies, prêt à tout pour arrêter un possible massacre. Il ne fit pas de commentaire quant à l'abandon du lieutenant. Au point où ils en étaient, l'heure n'était plus à la passivité. Témoin de la scène, il ne pouvait tout simplement pas rester là sans réagir.

Il ignorait si le colonel Mustang était réellement mort comme l'avait prétendu implicitement l'homonculus qui leur faisait face. Dans tous les cas, le jeune garçon ne pouvait se résoudre à laisser mourir le lieutenant. C'était peut-être son souhait malgré tout. Mais il préférait ne pas y penser.

« Fuis, Alphonse. Ne te mêle pas de cela... » parvint à prononcer Hawkeye en ravalant le sanglot qui montait de sa gorge en feu.

Le cadet Elric ne bougea pas et maintint sa position, faisant de son corps un énorme bouclier de métal. Les ongles acérés de Lust découpèrent l'air et transpercèrent sans difficulté son plastron. Dans un crissement ferreux, une partie de son armure se détacha et tomba au sol.

À défaut d'atteindre sa victime, la créature surhumaine préféra viser Riza qui, toute à sa prostration, n'effectuait aucun mouvement. Une nouvelle fois, Alphonse s'interposa, bloquant de son bras les griffes monstrueuses qui cherchaient à le cribler de toutes parts. Lust lâcha un feulement d'irritation.

« Je t'ai dit de partir, Alphonse ! » cria Riza dans un dernier soubresaut de lucidité.

« C'est absolument hors de question ! » s'insurgea ce dernier.

Il se défit brusquement du contact de l'ennemi, s'extirpant de ses ongles tranchants, et recula près du lieutenant pour constituer de lui-même un rempart à toute menace.

« Plus jamais... Je ne laisserai plus jamais mourir quelqu'un sous mes yeux... Quel qu'en soit le prix, je vous protégerai ! » promit-il, acharné.

« Bien parlé, Alphonse Elric. »

Les yeux de Riza s'écarquillèrent de surprise. Son cœur s'arrêta de battre.

En quelques secondes, sans qu'elle ne comprît rien à ce qu'il se passait, Alphonse claqua dans ses mains et érigea un muret destiné à les protéger tous les deux. Aussitôt après, une déflagration alchimique résonna, faisant vibrer toute la pièce.

Assourdie par le bruit, muette de saisissement, Riza se cramponna au bras de métal d'Alphonse qui l'empêchait presque de respirer. Elle entendit les clameurs aigües de l'homonculus, sans doute aussi stupéfaite qu'elle, et puis soudain, sa voix. Sa voix qui vint s'implanter dans son cœur.

« En temps de guerre, c'est important d'avoir l'initiative pour priver l'ennemi de sa force d'action. L'attaque surprise est une solution... Tu aurais mieux fait de t'en souvenir. »

Était-ce un nouveau mirage insensé ? Elle ne parvenait pas à le croire.

Il était en vie. En vie.

Elle entendait ses pulsations effrénées battre ses tempes, comme si, tout à coup, le monde autour d'elle avait repris toutes ses couleurs perdues. Elle devait le voir pour s'en persuader.

À peine quelques instants plus tôt, elle avait déjà accepté l'idée de tout abandonner et de trépasser. Cette issue s'était imprimée dans son esprit, telle une résolution inexorable du destin auquel elle devait se soumettre. Alors, se pouvait-il que...

« Tu es enfin à ma merci... Homonculus ! »

Son timbre profond vibra de nouveau. Une explosion tout en flammes retentit, accompagnée d'un hurlement d'agonie. De là où elle était, Hawkeye ne pouvait que se fier à son ouïe. Alphonse la retenait et elle ne percevait que les voix des combattants.

« Comment as-tu survécu ? » rugit Lust, vraisemblablement prisonnière du feu et de la fumée.

« J'ai failli perdre conscience à plusieurs reprises, mais... J'ai cicatrisé ma blessure en la brûlant. » dévoila Roy, haletant d'éreintement.

L'effort même de se tenir debout lui semblait démesuré. Pourtant, contre toute attente, sa détermination ne s'en trouvait que renforcée.

« Toi qui ne peux mourir... Je vais te réduire en cendres ! » tonna-t-il.

Riza réussit à se dégager de l'emprise du jeune alchimiste et contourna l'abri du mur pour suivre la scène de ses propres yeux. Elle eut à peine le temps d'apercevoir la silhouette de Mustang. Néanmoins, Alphonse ne perdit pas de temps et la ramena assez brusquement auprès de lui, tandis qu'elle criait de tous ses poumons le grade de son supérieur.

Le soulagement de le savoir en vie l'avait submergée, mais elle savait que tout n'était pas encore fini. S'il lui arrivait quelque chose... À lui ou à n'importe qui d'autre... Ils étaient tous au bord du gouffre. Dans cette situation, la peur de le perdre l'emportait largement sur la confiance qu'elle lui vouait.

Les déflagrations se succédèrent les unes après les autres, suivies des plaintes déchirantes de la créature torturée. Riza ne comptait plus chaque détonation. Au bout d'un moment, les explosions cessèrent, et elle entendit Lust prononcer ses derniers mots. Elle avait reconnu sa défaite.

« J'espère voir un jour... Ces yeux déformés par une douleur indescriptible... » susurra-t-elle alors que son corps se décomposait lentement.

Le silence accueillit cette déclaration.

« Ce jour... viendra... bientôt... »

L'homonculus tomba en cendres. Noyau de son existence, la Pierre philosophale heurta le sol dans un bruissement ténu et disparut aussitôt en poussières.

Étouffant un gémissement de douleur, Roy s'effondra à son tour. Riza et Alphonse se précipitèrent à ses côtés. S'appuyant sur l'épaule de son lieutenant, le colonel tenta de se redresser, mais se laissa finalement choir et s'allongea à même le sol, sa main ensanglantée plaquée sur la plaie qui déformait son flanc.

« Êtes-vous blessée...? » parvint-il à prononcer.

« Occupez-vous plutôt de vos blessures ! »

« Il faut aller chercher un médecin. » pressa Alphonse, écartant les remerciements que l'alchimiste de flamme adressait à son égard.

Roy formula le nom de Havoc, indiquant qu'il était blessé et qu'il fallait lui porter secours au plus tôt. Le cadet Elric se releva d'un bond et déclara qu'il allait chercher le sous-lieutenant le plus rapidement possible. Ensuite, ils devraient se dépêcher de quitter le laboratoire pour se rendre à l'hôpital.

Riza hocha la tête et, tandis que l'adolescent courait à toutes jambes afin de retrouver l'invalide, elle passa le bras dans le dos de son supérieur et l'aida à se relever. Difficilement, Mustang se tint debout, soutenu par sa subalterne. Il dut perdre momentanément son équilibre, car Riza fléchit légèrement avant de se remettre droite.

Le poids de son corps ralentit considérablement leur progression, mais ils avancèrent patiemment avec l'endurance qu'il leur restait. À mesure qu'ils parcouraient les couloirs en sens inverse, Hawkeye sentait Roy s'affaisser de plus en plus sur elle. Ils durent s'arrêter à plusieurs reprises, l'alchimiste devant reprendre correctement sa respiration.

La douleur tiraillait son flanc roussi par la cautère. Il serrait les dents pour éviter de manifester sa souffrance physique. Déglutissant, il fit signe à son lieutenant de poursuivre la marche et tous deux repartirent. Enfin, ils rejoignirent à l'entrée du sous-sol Alphonse qui portait dans ses bras puissants le sous lieutenant-Havoc, inerte.

Riza eut un haut-le-corps en apercevant son collègue dans cet état. Le jeune garçon lui expliqua qu'il était encore vivant, mais qu'ils devaient faire vite. Rassurée, elle resserra sa prise autour de la taille du colonel et ils se dépêchèrent autant qu'ils le purent, abandonnant derrière eux les sinistres lieux où s'étaient déroulées tant de péripéties.


« Sincèrement, je ne sais pas ce qui me retient de vous mettre une claque, Hawkeye. »

Riza demeura muette. Voyant qu'elle n'osait pas émettre d'objection, Roy poussa un long soupir et passa machinalement sa main sur sa hanche gauche. La blessure étant encore sensible, il esquissa une grimace de douleur. Puis il croisa les bras et chercha le regard de son lieutenant qui baissait les yeux en signe de culpabilité.

« Un blessé vaut mieux que deux, j'imagine. » dit-il en plaisantant à moitié.

Écoutant ses propos mais consciente qu'elle s'obstinait à ne pas répliquer, Hawkeye se dirigea vers la table où étaient posés un certain nombre de documents. Elle attrapa celui dont elle avait besoin et revint s'asseoir auprès du colonel, à l'autre bout du canapé.

Préférant se concentrer sur leur affaire, elle relut une énième fois les lignes qui restaient en partie incompréhensibles malgré tout. Les évènements de ces dernières semaines tourbillonnaient dans sa tête. Le nœud du problème semblait inextricable.

« Ou plutôt trois. » se rectifia Mustang.

Riza interrompit sa lecture et se tourna vers lui. Son visage pâle exprimait très bien ce qu'il pensait. Ou plutôt, habituée à surprendre cette expression maussade, elle sut tout de suite ce qu'il sous-entendait.

Au moment où ils se trouvaient dans l'appartement du colonel pour que celui-ci reprît des forces, le sous-lieutenant Havoc devait organiser tous les préparatifs pour son voyage en direction de l'Est. Il était devenu paraplégique suite à ses blessures. Incapable de se déplacer seul, il n'avait eu d'autre choix que de se retirer de l'armée.

Et Roy se sentait coupable. Son sous-lieutenant fidèle, mais aussi son ami, était à présent sur la touche par sa faute. Il avait bien pensé à utiliser des moyens particuliers pour le soigner – entre autre, la Pierre philosophale – mais leur intervention avait été tardive. Il n'avait pu mettre la main sur l'artefact légendaire.

Hawkeye, quant à elle, hésitait toujours sur la conduite à prendre. Elle aurait dû réprimander le colonel sur son empressement : évidemment, il avait voulu sortir le plus vite possible de l'hôpital et voilà où cela les avait menés. Ils avaient été obligés de rentrer chez lui afin qu'il se reposât dans les formes.

Trop souffrant pour se déplacer de son propre chef, Roy pestait contre sa propre inefficacité. Son état lui importait peu mais il l'astreignait en même temps à ne pas en faire trop. L'affaire était tellement considérable qu'ils devaient s'en occuper au plus tôt.

Le lieutenant feuilletait les dossiers un à un, cherchant méthodiquement l'indice qui leur faisait défaut. Elle s'était montrée d'une droiture exemplaire depuis qu'il l'avait tancée lorsqu'il était encore alité à l'hôpital.

Mustang devait avouer qu'il n'avait pas mâché ses mots. Lui reprochant d'avoir cru les paroles de l'ennemi, il lui avait intimé de faire preuve de plus de fermeté en temps que son bras droit mais aussi soldat de l'armée. Et surtout, de ne jamais abandonner son envie de vivre. Si l'un des deux flanchait devant l'adversité, ils ne parviendraient jamais à leur objectif. Il n'avait certainement pas le loisir de s'attarder ou de se détourner de son but principal s'il voulait atteindre le sommet. Cela impliquait nécessairement une dextérité irréprochable. Au moins d'un point de vue professionnel.

Du coup, Riza avait fait du mieux qu'elle avait pu pour reprendre contenance. Elle était plus humble que d'habitude, plus retenue, mais cela ne l'empêchait pas de réaliser son travail à la perfection. Si ce n'était qu'ils bloquaient tous les deux devant le problème. Il ne pouvait néanmoins pas affirmer que ce fut la faute de l'un ou de l'autre.

« Faites voir. » demanda-t-il, se penchant vers elle pour jeter un œil au dossier.

Riza lui tendit le document en secouant la tête de droite à gauche d'un air résigné.

« Ça ne donne rien. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils nous laissent le champ libre, alors qu'ils auraient pu nous tuer à tout moment. »

« Hm... » fit Mustang, sceptique.

Il se laissa retomber contre le dossier du canapé et lui rendit son rapport. Posant le document sur ses genoux, Riza l'imita. Elle n'avait pas le courage de le relire à nouveau ; sans information supplémentaire, cela ne servait strictement à rien. Le silence s'installa plusieurs minutes durant.

« Je m'ennuie ferme, déclara soudain Roy, et le pire, c'est que je ne peux rien faire à cause de ça... »

Il désignait son flanc gauche. Ne sachant que répondre, Hawkeye se leva et commença à s'éloigner. Mustang la retint par le poignet.

« Où allez-vous ? » s'enquit-il, plissant le front de perplexité.

Riza afficha une mine surprise.

« Reposer ça. » annonça-t-elle en levant le dossier à hauteur de ses yeux.

Roy resta quelques secondes sans rien dire.

« Ah. » lâcha-t-il simplement.

Il libéra son poignet. Interloquée, Riza ouvrit la bouche pour parler mais se ravisa. Elle repartit poser son document sur la table parmi les autres et en profita pour les empiler en ordre. Mustang tenta de se relever. Cependant, un élancement de douleur lui arracha une nouvelle grimace et il dut se rasseoir, déconfit.

« Vous ne devriez pas faire trop d'efforts... » avertit Hawkeye en se dirigeant vers lui.

« Je sais bien. » râla-t-il.

Cette blessure n'était décidément pas la bienvenue. Des heures qu'il tournait en rond sans le moindre résultat. Il avait beau être sorti de l'hôpital plus tôt que prévu, sa condition l'empêchait de mener à bien ses investigations.

Roy s'enfonça dans le divan, silencieusement en quête d'un délassement qui pourrait se substituer à son impatience. Hélas, son occupation principale revenait à chaque fois qu'il s'efforçait de la ranger dans un coin de son esprit. Ce n'était pas la première fois qu'il restait enfermé plusieurs jours durant, mais il détestait surtout ne rien faire, planté là alors que ses ennemis ourdissaient peut-être des machinations dans l'ombre. Il se retint de pousser un nouveau grognement inutile et leva les yeux vers Hawkeye.

S'éterniser ici ne semblait pas la ravir davantage. Son froncement de sourcils indiquait qu'elle était plongée dans une intense réflexion. Il s'étonna de la voir persister à explorer mentalement l'affaire pour en découdre les énigmes. Son opiniâtreté légendaire l'amusant, il s'adoucit et esquissa un sourire.

Finalement, elle laissa tomber ses spéculations et s'approcha de lui. Roy glissa sa main dans la sienne et la fit s'asseoir sur ses genoux. Hésitant une fraction de seconde, il se raidit, mais après un instant de délibération intérieure sembla changer d'avis et se mit à jouer tranquillement avec la main du lieutenant. Elle aussi paraissait indécise quant à l'attitude décente à adopter.

« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. » conclut-elle.

Elle ne bougea pas pour autant, ce qui étira davantage le sourire de Roy sur ses lèvres.

« Vous avez raison, et je suis sûr que ce n'en est pas une. »

Ses gestes, néanmoins, démentaient son affirmation. Son comportement aurait pu être vu comme de la nonchalance, mais son expression placide prouvait le contraire : il était tout à fait sérieux. Absorbé par ses conjectures, puis indisposé par l'ennui, il était à présent d'humeur songeuse.

« Au point où nous en sommes, ça n'a pas tellement d'importance... » ajouta-t-il pour se justifier.

Il joignit ses mains autour des hanches de Riza et l'attira contre lui en douceur. Puis il posa son menton sur son épaule. Ses cheveux dénoués lui chatouillaient les joues. Dos à lui, elle ne pouvait apercevoir son visage, mais elle trouva du confort en laissant reposer sa tête contre la sienne.

Oublier n'était pas la chose la plus aisée qu'elle sût faire. Cela faisait longtemps qu'elle avait cessé de fournir en vain des efforts qui ne seraient jamais récompensés.

Ce qu'elle avait fait par le passé, ce qu'elle ferait encore... Si elle parvenait à garder tous ces souvenirs précieusement en elle, sans chercher à les réprimer, alors un jour, elle arriverait peut-être à vivre avec. Même si chaque pas qu'elle faisait la ramenait en arrière, elle continuerait de mettre un pied devant l'autre sans rechigner. C'était ainsi qu'elle concevait sa voie.

Fermant les yeux dans sa somnolence, la tireuse retint un sursaut lorsqu'elle sentit les mains de Roy se faufiler sous son haut. Elle ne dit rien, mais commença à s'agiter lorsqu'il remonta jusqu'à sa poitrine. Écartant légèrement son tee-shirt pour atteindre son épaule, il rebroussa chemin et préféra utiliser ses deux mains pour retirer directement son vêtement incommode. Cela fait, il reprit sa route en remontant tout le long de son bras pour palper la rondeur de son épaule.

Sa peau était étonnamment veloutée sous ses doigts. Il suivit l'os de la clavicule et termina son voyage en faisant glisser la première bretelle de son soutien-gorge, puis l'autre. Riza tentait de résister à ses caresses ; néanmoins, comme toutes les fois, cela s'avéra impossible. Elle retint son souffle lorsqu'il fit courir ses lèvres sur sa nuque et laissa échapper un gémissement de plaisir lorsque ses mains descendirent plus bas, sous son pantalon.

Étrangement, Roy se demandait jusqu'à quel point sa sensibilité pouvait être accrue à son contact. Détendue puis crispée d'une seconde à l'autre, incapable de modérer ses ardeurs ou de calmer sa respiration dont la fréquence avait doublé, Riza se sentait à la fois brûlante et à sa merci. Stimulée par un désir croissant, elle s'écarta de lui et s'attaqua sans plus tarder aux vêtements de Roy pour faire en sorte de se retrouver à nouveau contre son corps nu, mêlé au sien, entrant ainsi dans une danse enflammée.

À plusieurs reprises, Mustang dut interrompre leur étreinte à cause de sa lésion avivée par leurs mouvements conjoints. Hawkeye prit dont le temps de ralentir leur rythme et de donner plus de tendresse et de temps à leur amour. Ils s'embrassèrent longuement, et partout, comme une dernière fois, comme s'ils ne savaient si l'aube ferait apparaître un nouveau jour le lendemain.

Sans penser que si ce jour poignait effectivement, il les éloignerait peut-être l'un de l'autre, à une distance inimaginable.


« Cette porte peut nous mener au panthéon, mais aussi en enfer. »

Tels étaient les mots que le colonel Mustang avait prononcés, planté devant l'immense quartier général de Central City qui lui faisait face. Il n'envisageait pas que ses mots pussent se révéler aussi véridiques.

Se repassant en boucle la scène dans sa tête, pour essayer de comprendre comment avait pu se produire l'inadmissible, il jugeait que sa perspicacité n'avait pas été assez grande – contrairement à son défunt ami qui avait démasqué les coupables depuis le départ.

Ainsi le panel complet des hauts gradés de l'armée était souillé par la corruption. Quant à ses ennemis, difficile d'omettre leur réelle nature : un groupuscule d'êtres artificiels au sommet de militaires dépravés. En d'autres termes, les homonculus. Découverte par découverte, les frères Elric, des inconnus venus du royaume de Xing, et enfin son équipe et lui-même avaient exhibé tous les secrets de cette organisation.

Mais il n'avait pas imaginé à quel point les conséquences de ces révélations seraient graves. Falman au Nord. Breda à l'Ouest. Fuery au Sud. Havoc à l'Est.

Et Hawkeye à Central... Sous les ordres directs du généralissime King Bradley, chef présumé de la nation, et homonculus à l'insu du peuple amestrien.

Privé de ses subordonnés, Roy se trouvait plus démuni que jamais. Si le Führer n'avait pas hésité à étaler son inhumanité ainsi que son cruel passé devant lui, il avait consciemment pris la décision de laisser le colonel en vie. Mis à l'épreuve, Mustang pouvait considérer cette expérience comme une épreuve à comprendre et à encaisser.

Mais le coût, cette fois-ci, était trop important. Le moindre geste déplacé pouvait précipiter en un rien de temps le lieutenant Hawkeye à la mort. En outre, il avait perdu la possibilité de surveiller ses autres subalternes, livrés aux frontières explosives du pays. Sa défaite était totale. Malgré tous ses efforts, il venait seulement de réaliser que les homonculus tiraient les ficelles d'Amestris dans l'ombre depuis des siècles.

Et, paradoxalement, pour la seconde fois de sa vie, Roy sentit grandir en lui une irrépressible sensation qu'il n'eût pu qualifier en bien ou en mal : la sensation d'être humain.

Étiqueté sans cesse du surnom « monstre » ou « arme humaine » depuis le génocide d'Ishbal, Mustang avait fini par croire que cette dénomination était véridique. De toute manière, en quoi était-elle fausse ? Y avait-il un seul élément qui pût contredire le fait qu'il était devenu un chien obéissant de l'armée, prêt à tuer un innocent si on le lui imposait ?

En dépit de tout cela, il restait un être humain. Un être humain misérable et insignifiant, certes, mais il n'était pas une créature sanguinaire en temps de paix. Peut-être que la différence entre ces deux aspects était si infime qu'elle avait, en toute logique, disparu. Ses camarades les plus proches le considéraient encore comme un homme, mais il sentait bien que l'arme humaine était privilégiée dans les bouches de la majorité des soldats.

Pourtant, cette fois-ci, alors qu'il se dressait face à des immortels dénués de toute humanité, il se sentait aussi insipide et banal que n'importe qui d'autre. Terminés, les surnoms impitoyables et le titre glorifiant de héros. Il se retrouvait au pied du mur devant sa propre faiblesse.

Et cette même impuissance avait entraîné la perte de toutes ses personnes de confiance. Plus que cela, il avait infligé une souffrance non négligeable à ses compagnons. S'il stagnait à Central sous la surveillance implacable des homonculus, eux allaient affronter la mort de manière plus radicale. Les tensions avec les pays voisins ne s'étaient pas le moins du monde atténuées : ses subalternes en auraient la preuve physique.

Toutefois, Roy était loin d'avoir dit son dernier mot. Ce n'était pas en larmoyant qu'il allait arranger les affaires. Il était poussé dans ses derniers retranchements, acculé dans la solitude, et c'était justement cette position d'infériorité qui inciterait l'alchimiste de flamme à se battre de toutes ses forces.

Humilité, vaincu, écrasé par des puissances supérieures, il ne trouvait à sa faiblesse que le synonyme d'humain. Et s'il était humain, cela signifiait au moins une chose indubitable : il n'abandonnerait pas.


Cette détermination se vit renforcée le lendemain lorsqu'il put s'entretenir avec son lieutenant. Riza avait oublié de récupérer certains de ses effets personnels dans le bureau du colonel. Peu crédule au hasard de cette visite, Roy doutait de ses excuses. Cependant, comme c'était une justification suffisante en apparence, il préféra ne pas faire de remarque sur ce point-là.

Seul dans son bureau, il était en train de signer sans conviction quelques papiers lorsqu'elle avait fait irruption dans la pièce en s'excusant de le déranger. Dans un premier temps, un silence pesant s'était mis en place tandis qu'elle récupérait dans l'armoire ses affaires. Puis elle l'avait rompu en lui informant des vagabondages d'un criminel qui avait autrefois tenté d'atteindre à sa vie, et à celles de nombreux alchimistes d'État par la même occasion. Roy s'était borné à répondre d'une voix morne :

« Il faudra que je fasse attention si je me promène... Maintenant que je n'ai plus de garde du corps. »

« S'il vous plaît... » avait-elle dit dans un souffle.

Mustang n'avait pu s'empêcher de mentionner sa situation. Il aurait dû se contenter de pouvoir échanger quelques paroles avec sa subordonnée, puisqu'il n'allait sans doute pas la revoir durant les jours qui suivraient. Néanmoins, son pessimisme avait pris le dessus et Riza dut se retenir pour ne pas le lui reprocher.

« Et ne mourez pas. » ajouta-t-elle d'un ton dur.

« À vos ordres... » fit-il, un léger sourire flottant sur ses lèvres.

Roy marqua une pause, indécis. Il continuait de plaisanter mais son expression en disait long sur le découragement contre lequel il luttait. Puis, après une inspiration, il décida de se lancer une fois pour toutes avant que sa subalterne ne fût partie :

« Je suis désolé de vous infliger tout cela, lieutenant. »

Hawkeye, étonnée par la franchise de ses excuses, se retourna et lui rendit son étrange sourire. Elle se demanda si le colonel lui avait déjà fait part de son sentiment de culpabilité envers elle de façon aussi directe. Quelque part, elle l'avait déjà pressenti, mais elle savait que son supérieur n'eût pas osé lui annoncer de but en blanc.

« J'ai certainement fait une erreur le jour où j'ai décidé de vous protéger à tout prix. » se gaussa-t-elle gentiment.

Roy détourna les yeux et passa une main dans ses cheveux, riant de sa propre stupidité. Dire qu'elle faisait confiance à quelqu'un comme lui... Il ne savait plus comment se comporter face au sentiment d'espérance qu'elle continuait de nourrir en leur objectif et en lui malgré les évènements.

« En tout cas, reprit-il sérieusement, n'oubliez pas que vous devez me tuer le jour où je m'écarterai du droit chemin. Vous m'en avez fait la promesse. »

« Ne vous inquiétez pas, vous avez encore de la marge... » assura-t-elle.

Était-ce une demande dissimulée de suicide, ou était-il tellement désorienté qu'il en avait perdu ses repères et ses convictions ? Il n'aurait su le dire. Mais si elle faisait preuve d'une telle tolérance, alors il devait s'en montrer digne.

« Colonel. »

Riza se tint droite et fit à son supérieur le salut militaire.

« Au revoir. » dit-elle en le regardant droit dans les yeux.

Le message qu'elle exprimait tacitement rentra clairement dans l'esprit de Roy.

Quelles que fussent les difficultés et les circonstances, ils n'avaient pas le droit de fléchir. À partir de cet instant, tout s'enchaînerait selon les caprices du destin. Ils suivraient la bataille avec persévérance, sans cesser de lutter pour changer les choses.

Depuis toujours, cela constituait les termes de leur contrat et celui-ci fut avivé d'autant plus que la douleur d'être prisonniers de leurs ennemis était grande. Roy rendit à sa camarade son salut et répondit d'une voix ferme :

« Au revoir. »

Leurs adieux prononcés, Riza quitta la pièce, laissant le colonel seul dans l'immense pièce.