Pov omniscient
Maria était épuisée par sa semaine, les deux compositeurs l'avaient bien remarqué, mais elle s'obstinait à leur taire ses problèmes. Les deux amants avaient tout juste achevé leurs ébats lorsque Salieri entendit la porte d'entrée se refermer. Déduisant qu'il s'agissait de son amie d'enfance, il se rhabilla prestement pour aller à sa rencontre, toujours préoccupé par son état.
Un petit cœur battait calmement contre la poitrine de la chanteuse lyrique. De jolis yeux noisette la fixaient alors qu'elle arborait un sourire émerveillé. Ce qu'elle tenait dans les bras, c'était la plus grande richesse que la Terre avait donné aux mortels après l'amour. Alors qu'elle chantonnait avec tendresse une berceuse de son enfance, l'Italien descendit rapidement les escaliers et s'immobilisa à un mètre d'elle, stupéfait par sa découverte.
_ Bonjour mon chéri, le salua-t-elle mine de rien.
_ C'est une plaisanterie… Un bébé ?
Le petit être couvé par Maria bougea la tête en direction de la voix de l'Italien et lui adressa un gazouillis que sa mère trouva adorable. Maria trouvait qu'il était le juste mélange entre Salieri et Mozart : il avait les yeux fondants de Mozart et ses cheveux s'annonçaient aussi sombres que ceux de Salieri.
_ Oui, un bébé, répondit Maria penaude.
Salieri était perdu, ne sachant pas comment interpréter la situation. Il s'imagina immédiatement les pires scénarios, privilégiant celui dans lequel la frustration de son amie l'avait conduite à enlever l'enfant d'une famille.
_ D'où sort-il ? Où sont ses parents ? Tu réalises que nous allons avoir de gros problèmes si on ne le rend pas à sa famille rapidement ?s'affola l'Italien.
En entendant le ton de la discussion monter, Mozart rejoignit les deux personnes avec lesquelles il partageait son quotidien, bloquant devant l'enfant. Ses yeux le scannèrent pendant de longues minutes avant qu'il devienne aussi gâteux qu'une femme désireuse d'avoir un enfant. Il le substitua avec attention des bras de Maria et le berça en affichant un sourire rayonnant de bonheur.
_ Mais tu sais que t'es mignon toi ?roucoula-t-il à l'attention de l'enfant. D'ailleurs, c'est une fille ou un garçon ?
_ Un garçon, sourit Maria. Il s'appelle Gabriel et il a 11 mois.
Le nom de l'enfant réveilla un doute en Salieri. Il savait que son amie était très croyante, or dans la Bible l'ange Gabriel était celui qui avait annoncé à Marie qu'elle porterait un enfant. Ce nom n'avait rien d'anodin et un regard vers Maria confirma ses craintes.
_ D'où vient cet enfant ?l'interrogea-t-il alors que Mozart poursuivait ses cajoleries.
_ De l'hospice des enfants trouvés.
Même Mozart, pourtant obnubilé par la frêle créature, cessa ses pitreries à sa réponse.
_ Ce qui veut dire que…, hésita l'Autrichien sans pouvoir finir sa phrase.
_ Que cet enfant a été abandonné, et qu'il m'a été permis de l'adopter, poursuivit Maria pour lui.
_ As-tu seulement une petite idée des responsabilités que ça va engendrer ?demanda sévèrement Salieri.
_ Je sais ce que je fais ! Nous sommes trois à vivre ici. Cette maison déborde d'amour mais nous n'avons pas d'enfant à qui le donner. Je ne compte pas avoir d'autres relations et vous ne pouvez pas avoir d'enfants ensemble. Gabriel a été abandonné, il n'a personne qui veuille bien l'aimer, alors pourquoi refuser un tel cadeau ? Je pensais que ça te ferait plaisir d'être père malgré tout, mais même sans toi sache que je garderais Gabriel.
Un silence glacial se fit dans la pièce alors que les deux amis d'enfance s'affrontaient du regard, mais un son du bébé cherchant visiblement à interpeller Salieri déconcentra ce dernier. Il prit le temps d'observer le jeune enfant. En plus d'être vraiment adorable, il brillait une lueur d'intelligence et de malice dans ses yeux qui lui rappela ceux de Mozart. L'Italien s'intéressa d'ailleurs à ce dernier. Le bonheur qu'il éprouvait à avoir cet enfant près de lui était tellement touchant… Qui était-il pour lui refuser ? Ce petit être attachant venait manifestement de se trouver un foyer…
_ Bien, il restera avec nous, soupira Salieri vaincu.
_ Oh, merci mon amour !exulta Mozart en s'approchant de lui pour l'embrasser passionnément.
Le bébé s'interposant entre eux, ils furent interrompus par de petits rires puis l'enfant s'attacha à jouer avec la chemise de l'Italien, s'accrochant à lui comme s'il tentait de l'amadouer. Salieri ne put retenir le petit sourire attendrit qui étira ses lèvres devant l'innocente âme que Mozart avait dans ses bras.
Maria récupéra le petit Gabriel et ordonna aux garçons d'aller acheter un berceau provisoire et quelques vêtements. Salieri planifiait déjà la réalisation d'un nouveau berceau, d'une taille assez grande, qu'il sculpterait lui-même dans le bois comme il l'avait appris quand il était plus jeune. Ceux vendus chez les artisans étaient trop impersonnels. Salieri voulait que le garçon dont il venait de devenir le père puisse s'assoupir en percevant les présences de ses trois parents veillant sur lui. C'était un concept étrange même pour lui-même, mais il voulait y graver un peu de sa personnalité pour que son fils sache qu'il serait toujours là pour lui. Cette pensée le troubla… Comment pouvait-on autant s'attacher à un être en si peu de temps ? Une chose était certaine : Il avait ça en commun avec son autre père…
_ J'espère qu'il aimera la musique, monologuait Mozart. Et même s'il n'aime pas, ce n'est pas grave. Il sera libre de choisir sa voie. Mais je peux toujours lui composer des berceuses, non ? Et s'il n'aime pas, je lui chanterais ce que ma mère me chantait pour m'endormir, ou je lui raconterais des contes et je…
L'Italien n'écoutait que d'une oreille distraite, examinant le berceau qu'il projetait d'acheter pour être certain qu'il ne présentait aucun risque pour sa progéniture. L'affaire fut rapidement entendue, Salieri étant un fin connaisseur, et le berceau fut livré au domicile une heure plus tard. Pendant ce temps, le couple de compositeurs avait eu le temps de voir une boutique spécialisée dans les vêtements pour enfants et de faire quelques courses pour s'assurer de son confort. Maria éclata de rire en les voyant revenir chargés de toutes sortes d'articles pour bébé.
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L'heure du coucher était déjà arrivée pour le petit dernier de la famille de mélomanes. Dans les bras de sa mère, il avait put apprécier depuis une ½ heure les berceuses composées par ses deux pères à son intention. Maria laissa le privilège de coucher l'enfant à Salieri, sachant que c'était une étape importante qu'il avait besoin de faire pour réaliser que cet enfant était le sien autant que celui de son amie et de son amant.
Il le porta avec toute la délicatesse qu'il put, souriant devant les paupières alourdies par le sommeil de ce nourrisson. Lorsqu'il déposa son fils sur la couche du berceau, remontant ensuite la couverture, l'enfant lui attrapa un doigt pour le forcer à rester.
_ Dors mon garçon, chuchota l'Italien avec douceur. Je reste près de toi.
Gabriel bailla bruyamment –pour un bébé- mais garda les yeux grands ouverts, observant le berceau sans lâcher le doigt de son père.
_ Je t'en ferais un autre, lui promit Salieri. Un plus grand, plus beau, plus confortable. Je te graverais ta berceuse dessus, comme ça elle t'accompagnera tout le temps.
L'enfant écoutait religieusement les paroles de son père. L'Italien ne pouvait s'empêcher de le trouver d'une incroyable intelligence.
_ Quand tu seras grand, je t'apprendrais à jouer du piano si tu veux. Tu pourras devenir un grand musicien si c'est là ton souhait. Quoi qu'il arrive, je te soutiendrais. Je sais que… Je sais que ça ne va pas être particulièrement facile pour toi. Tout les enfants ont un papa et une maman, et toi tu auras deux papas et une maman, mais sache que tu auras toujours notre soutient. Les autres pourront toujours se vanter d'avoir une famille « normale », toi tu auras des parents toujours présents pour toi, et bien plus d'amour à recevoir que dans les autres familles.
La prise de l'enfant sur le doigt de l'Italien se fit progressivement moins forte et ses yeux se fermèrent doucement. Salieri sourit, attendrit par le chérubin, et sentit une main se poser sur son épaule. Rapidement après, les bras de son compagnon l'entourèrent et l'Autrichien posa son menton sur l'épaule de son amant, observant sa progéniture assoupie.
_ Tu feras un merveilleux père, chuchota Mozart. Il a déjà entièrement confiance en toi.
_ Je pense que tu seras un bon père aussi, murmura Salieri en se levant doucement. J'espère juste que tu ne lui apprendras pas trop de bêtises.
_ Moi ?fit Mozart faussement outré.
La poitrine de Salieri fut parcourue d'un rire silencieux alors qu'il entrainait son compagnon hors de la chambre de Maria où dormait paisiblement le nourrisson. Leur chanteuse préférée lisait près du feu, souriant avec douceur lorsqu'ils s'assirent avec elle. Ils discutèrent agréablement pendant quelques minutes avant de se souhaiter une bonne nuit et de rejoindre leurs chambres respectives. Mozart était encore surexcité, sautillant partout alors que son amant se préparait à aller se coucher.
Etant fatigué par la journée, Salieri alla directement dans le lit, laissant à Mozart ses enfantillages, mais ce dernier lui sauta dessus pour l'enlacer fermement.
_ Tu vois ? On pouvait très bien devenir papas sans pour autant devoir se séparer !se pavana l'Autrichien.
L'Italien aurait bien volontiers fait remarquer à son aimé qu'il était tard et qu'il ne demandait qu'à dormir, mais le bonheur indescriptible brillant dans les yeux de son compagnon freina son acidité. L'enlaçant en retour, il se détendit dans leur lit et caressa la joue de celui qui partageait sa vie.
_ J'ai vraiment de la chance de t'avoir près de moi, souffla l'Italien.
_ Et on a encore plus de chance d'avoir Maria avec nous, rajouta Mozart.
Salieri lui sourit et l'embrassa doucement. L'Autrichien se glissa sous les draps et s'endormit blottit contre son amant.
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Pov Mozart
Cela faisait déjà une semaine que Gabriel avait intégré notre quotidien. J'avais déjà plusieurs fois surpris mon Tonio chéri lui chantonner quelques berceuses ou lui parler jusqu'à ce qu'il s'endorme, rassuré par la présence de mon aimé.
Cet après-midi, mon aimé travaillait sur le berceau qu'il faisait pour Gabriel –ce qui m'avait permit d'apprendre qu'il était très manuel…- et Maria était en visite chez une amie. Alors j'étais en tête à tête avec mon fils. Le temps étant exceptionnellement beau, je décidai d'aller dans les jardins derrière la propriété pour m'y promener avec mon petit Gabriel. Craignant que le soleil ne l'indispose trop, je nous installais sous l'ombre d'un chêne. Mon fils me regardait de ses magnifiques yeux –d'ailleurs je trouvais qu'il me ressemblait- agitant ses mains pour agripper ma chemise en gazouillant innocemment.
_ Tu sais Gabriel, quand j'ai rencontré ton papa Tonio pour la première fois, il est de suite tombé raide dingue de moi, me vantais-je alors que mon fils buvait mes paroles. Ton papa Wolfgang était bien plus réservé mais ton papa Tonio était si déterminé que je n'ai pas eu beaucoup d'options au final. Ton papa Tonio venait à tous mes opéras, il venait en coulisse à chaque fois pour me voir après, tu sais, comme ses filles qui se jettent à tes pieds jusque parce que tu es célèbre, mais en pire. Parce qu'il faut bien avouer que ton papa Tonio n'a pas vraiment l'air d'un enfant de cœur… et encore, tu ne l'as jamais vu se battre ! Une bête sanguinaire…
Je secouai la tête comme si j'étais affligé par le comportement fictif de mon aimé. Mon Gabriel riait aux éclats, très amusé par mon récit dont il ne devait pas comprendre un mot.
_ Mais plus je m'acharnais à le repousser, plus il s'accrochait à moi. Et puis un soir, l'impensable est arrivé alors que je rentrais assez tard chez moi et que traversai une ruelle déserte… Tu me connais, je n'ai jamais eu l'intention de consommer les plaisirs de la chaire avant le mariage, mais ton papa Tonio a su trouver le moyen de me corrompre et de me détourner du droit chemin sans que je puisse rien faire pour l'en empêcher…
Je compris l'objet de l'hilarité de mon fils lorsque mon Antonio sortit de derrière l'arbre, secouant la tête avec une moue amusée, et récupéra Gabriel dans ses bras.
_ J'espère que tu ne crois pas tout ce que te dis ton papa Wolfgang parce que sinon on n'est pas sortis de l'auberge, rit-il alors que son fils jouait avec le tissu de sa chemise dont les premiers boutons étaient défaits.
_ Ça c'est passé comme ça !soutins-je hilare.
_ Mais bien sûr !me railla mon aimé.
Je m'approchai de lui et l'embrassai pour le faire taire. Mon aimé laissa ma langue rejoindre la sienne mais en profita pour me mordre.
_ Hey !
_ Tu es capable de lui dire que c'est encore moi qui t'ai forcé, se moqua gentiment mon Italien alors que Gabriel riait.
_ Mais c'est le cas !m'obstinais-je. Si tes lèvres n'étaient pas aussi tentantes, je n'aurais pas en permanence envie de t'embrasser.
_ Alors je ferais en sorte d'être défiguré par un animal, pour t'éloigner de la tentation ironisa mon compagnon.
_ Ça ne changerait rien. Je t'aimerais toujours autant même si tu avais une cicatrice qui te traversait le visage.
_ Et si tu venais voir ce que ça donne à la place de dire des bêtises, soupira mon Tonio.
_ Ce ne sont pas des bêtises !m'offusquais-je avant d'ajouter quand il m'adressa un regard noir : mais je te suis.
Mon Tonio hocha la tête et marcha avec Gabriel toujours dans ses bras, se dirigeant vers le fond du jardin. Sous mes yeux ébahis, l'élégante structure d'un majestueux berceau se dessina.
_ Ce n'est qu'une ébauche, m'expliqua modestement mon aimé. Je voulais voir s'il vous plaisait à toi et à Maria avant de commencer les détails.
_ Il est… magnifique ! Je ne sais même pas quel mot utiliser pour le décrire tellement il est beau !m'exclamais-je ahuri.
_ C'est loin d'être finit, minimisa mon amant.
_ Alors je n'imagine même pas ce que ce sera, soufflais-je.
Je pris Gabriel de ses bras et l'asseyais dans le berceau pour qu'il puisse s'y familiariser. Son regard se porta immédiatement sur un détail qui m'avait échappé : une note de musique gravée sur l'entête du berceau. Gabriel se retourna vers nous et improvisa un applaudissement encore mal coordonné. Mon Italien m'adressa un regard accusateur. Oui, c'est vrai, j'avais déjà commencé à apprendre des bêtises à Gabriel, mais celle-ci n'en n'était pas une !
Maria nous rejoignit, prenant notre chérubin dans les bras pour le couvrir de baisers et admira le travail de mon aimé.
_ On dirait que le berceau plait beaucoup à Gabriel, commentais-je en caressant la joue de mon fils.
Gabriel qui jouait jusqu'alors avec le pendentif de Maria se retourna vers son Italien de père et lui tendit les bras. Antonio se fit un plaisir de l'y réceptionner et notre chérubin s'amusa avec la mèche de cheveux qui se trouvait à sa portée.
_ Tu sais que c'est ton grand-père qui m'a appris à travailler le bois ? Je t'apprendrais à le faire si ça t'intéresse, mais plus tard.
L'enfant parut ravi de cette perspective et se blottit contre mon aimé.
_ Vous l'avez épuisé !nous accusa gentiment Maria. Il a fait sa sieste ?
_ Euh…, hésitais-je.
_ Je vois, rit Maria en reprenant Gabriel. Viens mon cœur, tu vas aller dormir un peu.
_ Et le bisou ?m'écriais-je.
Maria s'arrêta, attendit patiemment que je fasse un bisou à mon fils, puis ce dernier exigea d'un regard que mon Antonio en fasse de même, et elle put enfin aller coucher notre chérubin. Quand Maria eut disparut, mon Tonio examina le berceau pour anticiper les rectifications qu'il souhaitait y apporter.
_ Tu veux m'aider ?me proposa-t-il avec un sourire.
_ J'ai trop peur de tout gâcher, grimaçais-je.
_ Ne dis pas de sottises, je suis certain que t'en sortiras très bien. Viens par ici, je vais te montrer comment on fait.
Je m'exécutais docilement. Mon Antonio attrapa un outil pour raboter l'intérieur du berceau, me le fit prendre correctement dans les mains et y superposa les siennes pour me montrer le bon geste. Son odeur envahissait mes sens et m'obligeant à me surpasser pour qu'il soit fier de moi. Nous travaillâmes pendant plusieurs heures jusqu'à ce qu'il se fasse tard. Nous avions bien avancé mais Antonio voulait le rendre toujours plus beau.
Après le dîner, nous nous installâmes tous dans le salon chauffé par un feu de cheminée –dont l'accès était interdit à Gabriel par grille en fer forgé. Mon compagnon jouait du piano, composant de nouvelles mélodies que je soupçonnais être destinées à notre fils, Maria lisait un recueil de poèmes qui lui avait été offert par un de ses admirateurs de la cour, et moi je jouais avec Gabriel, à même le sol –mais sur un épais tapis quand même.
Depuis quelques minutes, Gabriel ne faisait plus vraiment attention à mes pitreries. Son regard se portait sur l'élu de mon cœur, l'admirant pendant qu'il composait. Se produisit alors un merveilleux évènement. Tanguant un peu sur ses frêles jambes, il se mit debout en s'applaudissant lui-même. Après un rapide passage près de moi, il s'en alla tirer sur les plis de la robe de Maria et s'avança avec des pas hésitants vers mon amour qui était concentré sur sa mélodie et ignorait donc ce qui se passait.
_ Mon amour !l'appelais-je. Regarde !
La mélodie cessa lorsque mon aimé posa ses yeux sur notre fils, émerveillé par ses premiers pas. Gabriel s'accrocha à la jambe de mon aimé, lui adressant un sourire rayonnant –pourtant assez peu pourvu en dents. Mon Antonio le prit dans ses bras, ému par son fils, et le félicita d'un baiser.
_ Je suis fier de toi mon fils. Tu apprends si vite, soupira-t-il presque tristement.
_ Il aura bientôt 1 an, lui rappela Maria avec douceur. C'est normal qu'il apprenne à marcher.
_ Je sais, mais un jour il apprendra à parler, plus tard il saura lire et écrire et un jour il quittera la maison.
_ Nous n'en sommes pas encore là, le rassurais-je en me levant pour poser mes mains sur ses épaules. Il grandira à son rythme.
Mon compagnon hocha silencieusement la tête et reporta son attention sur notre fils.
_ Et si nous commencions à apprendre nos gammes ?lui suggéra-t-il.
Son ton fit rire Gabriel et mon aimé l'installa en face du piano.
_ Première gamme, gamme majeure : do - ré - mi - fa - sol - la - si – do, énonça-t-il en appuyant sur les touches de piano concernées. A toi Gabriel.
Amusé par l'étrange instrument, notre petit prodige tapa sur les premières touches à sa portée. Je ris, vraiment attendrit par le premier « court de piano » de notre fils.
_ Mmm, presque, s'amusa Antonio. Passons à la gamme mineure : do - ré - mi - fa - sol - la - si - do - si - la - sol - fa - mi - ré – do.
Regardant les mains de son père, Gabriel tenta cette fois d'appuyer sur plus de touches.
_ On avance, affirma mon amant. Une petite dernière, la gamme chromatique : do - do - ré - ré - mi - fa - fa - sol - sol - la - la - si – do.
Trichant pour celle-là, mon compagnon prit les petites mains de notre petit chéri pour le guider sur les bonnes touches. Gabriel éclata de rire dans les bras de son père.
_ Mais que fais-tu des gammes tempérées ?fis-je faussement outré.
Je m'installais à côté de lui pour en jouer une.
_ Mais saches que Gabriel les maîtrise déjà parfaitement, crâna mon aimé.
Guidant toujours notre garçonnet, mon Italien lui fit jouer une gamme usuelle, suivie d'une gamme tempérée, d'une gamme majeure et il entama une gamme mineure mais Maria le coupa au beau milieu.
_ Assez joué les garçons, nous interrompit Maria en prenant Gabriel dans ses bras. Il est temps d'aller dormir mon petit chéri.
_ Au revoir mon fils, roucoulais-je en me levant pour l'embrasser. Au revoir maman, ris-je en embrassant la joue de Maria.
_ Petit garnement, me châtia Maria.
_ Bonne nuit Maria, lui souhaita gentiment mon aimé en venant lui poser un baiser sur le front. Fais de beaux rêves mon bonhomme, et n'embête pas trop ta mère.
_ Mais pourquoi il ne dort pas avec nous ?m'étonnais-je en réalisant brusquement cette injustice.
_ Parce que vous vous levez tard et que vous faîtes des choses qui supprimerez son innocence. Tu es prêt à renoncer à tout ça pour te lever à des heures impossibles quand il pleure ?
_ Je pense qu'on va garder le même modèle pour le moment.
_ Sage décision, approuva Maria. Bonne nuit.
Je hochai la tête et attendis de voir disparaitre Maria de la pièce. Lorsque nous fûmes à nouveau seuls dans la pièce, je lui lançai un regard plein de défi et, sans échanger un seul mot, nous nous élançâmes dans les escaliers pour parvenir le plus vite possible dans notre chambre.
Maria avait raison : ce qu'il se passa cette nuit –et toutes celles qui la précédèrent ainsi que celles qui la suivraient- entre ces quatre murs ne participerait jamais à conserver l'innocence de notre petit Gabriel…
