Titre : Outcast
Auteur : Hitto-sama
Correction : Shirenai
Base : Naruto
Genre : Hitto-sama, AR
Disclamer : Les personnages et l'univers du manga "Naruto" ne m'appartiennent pas.
Note : Hum … Le titre du chapitre … Euh … un indice : échecs.

-¤ Outcast ¤-
Chapitre 12 : Les cavaliers sans maître

Un bon bain chaud après trois jours de marche, d'escalade, de pluie, de nuits blanches, d'endroits douteux, de fatigue musculaire, de malédiction, de tension nerveuse, de moustiques et de Naruto, pouvait ramollir le plus braqué des shinobi et Sasuke ne faisait pas exception à la règle. Il était enfin au calme dans un endroit sûr selon le jinchûriki. Ce n'était pas le paradis mais ça y ressemblait fortement. A côté de Sasuke, Naruto se glissa dans l'eau après s'être lavé et plongea la tête sous la surface pour s'immerger quelques secondes. Il ne remonta que la tête jusqu'au nez pour pouvoir respirer puis resta à buller dans un silence confortable. La salle de bains de leur hôte valait bien celles des belles auberges du Pays du Feu. Un large bassin taillé dans la roche faisait office de baignoire aux allures de piscine. Une petite cascade avait été aménagée dans un coin, chantant continuellement un hymne au bien-être. De larges poteaux soutenaient l'imposant toit des bains qui surplombaient la vallée, offrant une vue imprenable sur le torrent serpentant entre les rochers les mûriers, alimentant par la même occasion les terrasses aménagées pour les plantations de riz verdoyant à cette époque de l'année. Le spectacle était saisissant.

Du moins, c'était ce qu'on lui avait dit mais Sasuke n'avait pas eu l'occasion d'admirer le panorama. Naruto avait demandé à ce que le bain en plein air soit fermé et leur hôte avait consenti à sacrifier sa maison pour le plaisir de ses invités. La salle était entièrement opaque à la lumière extérieure, il n'y avait que quelques bougies par-ci par-là, menaçant de mourir à cause de l'humidité ambiante, qui donnaient un peu de luminosité. Sasuke se fichait de sa nudité, il avait appris bien longtemps auparavant à s'en moquer, et encore plus de celle de son camarade, mais cette ambiance intimiste le dérangeait un peu. Soulevant son bras droit de l'eau, Sasuke y vit la marque d'un beau violet tirant par endroits sur le rouge et à d'autres vers le noir. Naruto n'avait plus ses bandages non plus, ressemblant assez à un cheval pie.

"Naruto ?"

Le jinchûriki tourna la tête vers son coéquipier, toujours barbotant. Il tenait son œil droit, celui que Sasuke avait vu rouge trois jours plus tôt, fermé et quelques-uns uns de ses cheveux blonds avaient pris une teinte blanche là où la peau de son crâne avait été touchée par la malédiction.

"Quand on était dans ce village de fous, tu as refusé qu'on prenne un bain, alors pourquoi maintenant ?
- A cause de la lumière des astres, répondit Naruto en relevant un peu le menton pour pouvoir parler. Si on doit garder les bandes, c'est avant tout pour ça. La malédiction s'étend à la lumière naturelle. Enfin, c'est ce que j'ai constaté.
- Ce qui fait qu'on ne peut profiter de la vue.
- Hum …"

Naruto replongea sous l'eau pour ensuite s'asseoir convenablement, s'ébouriffant les cheveux pour leur redonner un peu de naturel mais ils restaient tout de même très aplatis. Sasuke n'osait même pas penser à sa propre tête.

"Il faut que je te parle de Deidara, avertit le jinchûriki. C'n'est pas quelqu'un de facilement cernable, j'ai moi-même du mal avec lui, parfois.
- C'est un shinobi ?
- Un nukenin d'Iwa. Quelqu'un de fort, rajouta-t-il en baissant un peu la voix."

Naruto s'arrêta pour écouter attentivement ce qui se passait aux alentours. Lorsqu'il jugea que rien ne viendrait les déranger, il poursuivit.

"Il préfère se qualifier d'artiste mais son travail est plutôt … particulier.
- C'est la manière diplomatique pour dire moche, c'est ça ? railla Sasuke.
- Oui, pouffa Naruto, si on veut. Il va forcément te demander si ses œuvres te plaisent. Il serait préférable que tu dises que tu n'y connais rien mais que ça te passionnerait d'apprendre à mieux connaître ce domaine, il te foutra la paix après t'avoir bassiné un moment avec les différences subtiles entre divers courants artistiques. Avec un peu de chance, il arrivera même à te supporter.
- Génial, soupira Sasuke. Je vais passer les prochains jours en compagnie de deux tarés.
- Deidara n'est pas net, c'est vrai, alors reste prudent. Tu es avec moi, ça ne devrait pas poser de problème, mais on ne sait jamais.
- Il a quelle force, ce nukenin ? demanda évasivement Sasuke."

N'ayant pas de réponse immédiate, Sasuke sut que ce qu'il allait entendre ne lui plairait pas. Plus Naruto réfléchissait à sa réponse, moins il pouvait être détendu.

"On ne s'est affrontés qu'une fois, finit par déclarer Naruto, et on a tablé sur un match nul après deux jours de combat."

Sasuke ouvrit de grands yeux et se redressa pour se mettre au niveau de Naruto qui recula un peu, restant sur ses gardes.

"Deux jours ! Tu plaisantes ?
- J'aimerais bien, marmonna Naruto.
- Juste à titre indicatif, combien de temps tu arrives à tenir contre Kakashi ?
- Il faudrait plutôt dire « combien de temps Kakashi arrive à tenir contre moi », crâna le jinchûriki. Mais en fait, j'en sais rien. La dernière fois qu'on s'est battus, j'avais six ans et on s'est arrêtés après trois ou quatre minutes.
- Kakashi refuse de combattre ? insista Sasuke. Même pour un entraînement ?
- C'est plutôt moi qui ne veux pas."

Sasuke jugea préférable de ne pas continuer sur cette pente glissante. Il avait compris que Kakashi et Naruto étaient proches et il était presque normal que Naruto ne voulût plus combattre face à quelqu'un qu'il considérait plus comme un grand frère, voire un père de substitution. Ils profitèrent de l'eau chaude encore un moment avant de se décider à s'en séparer. Sasuke passa une bonne demi-heure à remettre les bandages de Naruto en place car ce qu'il faisait ne convenait jamais au jinchûriki qui lui arracha les bandes des mains une dizaine de fois. Leurs vêtements avaient été mis au lavage, ce que Sasuke appréciait grandement, aussi leur hôte leur avait-il laissé des kimono soigneusement pliés dans le vestibule. Sasuke fut heureux de constater qu'ils étaient très sobres : le col et la ceinture étaient d'un rouge Bismarck, s'alliant à merveille avec la teinte brun cachou de la soie. Une fois habillés, les deux adolescents déambulèrent un peu au hasard des couloirs pour finalement arriver dans un vaste salon où Deidara les attendait en lisant, allongé sur le dos et visiblement pas très concerné par son livre. Le renégat s'était entre temps attaché les cheveux d'une manière que Naruto reconnaissait : de longues mèches tombaient sur son œil gauche, lui cachant la moitié du visage, et d'autres étaient regroupées en une sorte de demi-queue de cheval assez haute, la plus importante partie restait libre.

Deidara les invita à petit déjeuner en montrant d'un geste mou une table basse sur laquelle des tasses de thé fumaient déjà. Sasuke laissa Naruto s'installer en face de Deidara puis prit place face au jardin, à la droite de Naruto. Celui-ci apprécia que son coéquipier se plaçât dans l'angle mort de sa vision partielle. Un shôji coulissa aussitôt, faisant sursauter Naruto et Sasuke. Un jeune homme se tenait dans le couloir, un lourd plateau en équilibre sur ses bras. Il n'était pas très âgé, peut-être douze ou treize ans, l'air plutôt chétif et terne. Ses cheveux bruns s'arrêtaient un peu au-dessus de ses épaules, encadrant un visage assez inexpressif. Il portait un kimono d'un beige sale avec, pour motifs, des losanges pourpres s'entrecroisant sur l'épaule gauche. Sasuke le regarda d'un mauvais œil alors qu'il déposait différents plats de légumes, de nouilles et de poissons sur la table basse. Le jeune garçon ne dit pas un mot, n'adressa pas même un regard aux invités et se retira aussi soudainement qu'il était arrivé.

"C'est pas la politesse qui l'étouffe, marmonna Naruto."

Sasuke était bien d'accord mais il n'osa rien dire face au ninja qu'il ne connaissait pas. Deidara sourit largement.

"C'est mon apprenti, il s'appelle Shôetsu. Pas très bavard mais ce n'est de toute façon pas ce que je recherche chez un élève. T'en penses quoi ?"

Naruto resta silencieux quelques instants, soufflant distraitement sur sa tasse de thé tout en jugeant le pour et le contre, avant de se tourner vers Sasuke. Uchiha se tendit aussitôt, pas spécialement heureux de devoir se manifester avant son coéquipier.

"Il est froid et trop discret à mon goût, lâcha Sasuke sans trop réfléchir.
- Je suis aussi de cet avis, fit Naruto sans plus se poser de questions. Je veux bien croire que son professeur soit un ninja et qu'il ait appris certaines choses élémentaires mais il semble trop sur ses gardes."

Deidara ricana derrière sa tasse de thé.

"Hn, c'est un chûnin d'Iwa.
- Il est là pour t'espionner ? demanda Naruto.
- Rassure-toi, aucun de ses rapports n'arrive au Tsuchikage. J'y veille, hn."

Le regard bleu de Deidara se tourna négligemment vers Sasuke qui sentit ses muscles se contracter une nouvelle fois.

"J't'ai jamais vu, toi.
- C'est Sasuke, répondit Naruto. On avait une mission commune et il a été décidé que nous deux partirions chercher des informations sur Iwa.
- Sasuke … Comme dans « saasukecchi » ?
- Non, Sasuke tout court, marmonna le concerné, du clan …
- Je m'en fous, coupa Deidara. Tu pourrais être le fils d'un dieu, je m'en moquerais tout autant."

Sasuke se renfrogna un peu et préféra reporter son attention sur Naruto. Celui-ci ne les avait pas attendus pour commencer à manger et piochait allègrement dans les plats destinés à Sasuke. Ils s'échangèrent des regards lourds de sous-entendus avant que Deidara ne reprenne la parole.

"Vous avez voyagé trois jours, c'est ça ?
- Trois et demi, précisa Naruto. On est partis de Suna un peu avant midi pour arriver au gouffre de Akueki au couchant.
- Wow, ça c'est de la traversée, s'étonna Deidara. Pourquoi un tel empressement ?
- De fausses informations.
- Hn, je vois … T'as encore couru tête baissée vers le mur, hein ?"

Naruto fronça un peu les sourcils mais ne répondit pas. Il piocha à nouveau dans les légumes de Sasuke qui ne tenta même pas de l'arrêter, sachant pertinemment qu'il ne ferait qu'accroître sa convoitise.

"Je suppose que vous êtes fatigués, reprit Deidara, il est donc inutile de discuter aujourd'hui. Shô est allé vous préparer une chambre. Reposez-vous, le reste peut attendre.
- Iwa est bien engagée sur le chemin de la guerre, alors, risqua Naruto.
- Se limiter à Iwa serait une erreur, mon cher petit. Mais pour l'instant, fais-moi le plaisir de manger puis va te coucher. Les mômes doivent obéir aux grandes personnes, hn !"

Naruto se tassa un peu avant de reprendre son bol de légumes. Il existait donc une personne au monde capable de le faire plier, c'était une excellente nouvelle pour Sasuke qui soupira discrètement. Il se tendit brusquement dès que Deidara se tourna vers lui, un sourire tordu aux lèvres.

"Ça vaut aussi pour toi."


L'été au Pays du Feu était caractérisé par un manque cruel de nuages dans le ciel, ce qui faisait que c'était la pire saison de l'année pour Shikamaru. Les nuages le reposaient et lui apportaient également de l'ombre. Qui disait ombre disait relative fraîcheur, ce dont il rêvait depuis trois jours. Pas un nuage n'était venu le secourir dans sa pénible tâche de charpentier improvisé. Ce temple était décidemment trop grand et trop décati à son goût. Il avait trouvé à l'endroit un certain charme, les premières secondes. A présent qu'il était affairé sur cette immense superficie de toiture, il détestait ce temple et ses habitants. Arrêtant de ressacer ses idées noires, Shikamaru attrapa l'extrémité de la planche que Shino soutenait pour la coincer contre sa voisine. Il cloua rapidement l'ensemble et préféra se concentrer sur son travail plutôt que de penser à comment faire regretter au bonze sa demande. Dans la grande cour, Kiba, torse nu, s'occupait avec Akamaru du bois. Ils choisissaient les arbres à la tombée de la nuit, les mettaient à terre au petit matin puis sciaient des planches avec une dextérité incroyable. Le maître chien profitait sans honte de son molosse, le transformant parfois en une réplique humaine pour l'aider à la scie ou bien en usant du terrible « gatsûga » pour faire tomber les arbres. Les insectes de Shino s'occupaient du transport des planches du sol jusqu'au toit où leur maître clouait du matin jusqu'au soir en compagnie de Shikamaru. Le chef d'équipe refusait d'utiliser un quelconque ninjutsu pour ce travail, c'était trop ridicule à ses yeux.

Le vieux bonze arriva dans la cour, portant un large chapeau de paille contre le soleil. Shikamaru le surveilla du coin de l'œil tandis qu'il parlait avec Kiba. La conversation dura quelques minutes, les deux riant certainement d'une blague douteuse inventée par le moine puis le vieux se tourna vers le toit, faisant signe à Shikamaru de descendre. Shino lui assura qu'il pouvait se débrouiller seul un moment aussi Nara descendit-il de son perchoir pour rejoindre le bonze en traînant des pieds. Le vieux ne lui demanda que de le suivre et le conduisit à un puits secondaire du temple où Hidan était en train de s'asperger d'eau après s'être manifestement entraîné, vu le terrain alentour. Shikamaru déglutit. Il avait rapidement compris que cet Hidan n'était pas l'un de ces déserteurs de bas-étage. Bien que grande gueule, il semblait être un excellent combattant avec ce qu'il fallait de vice et de ruse. Shikamaru n'avait pas décelé une seule ouverture dans sa garde en plus de trois jours, ce qui ne lui plaisait pas du tout. Il était habile pour trouver le point faible de ses adversaires mais Hidan semblait ne pas en avoir. Le déserteur s'essuya le visage avec un linge propre que Shikamaru reconnut comme appartenant à Tobi alors que le bonze repartait tranquillement de son côté. Hidan soupira, passa une main dans ses cheveux pour les plaquer en arrière et jeta ensuite la serviette dans le puits.

"Je pars ce soir."

Shikamaru haussa un sourcil tout en restant sur ses gardes. Hidan le regarda droit dans les yeux avant de pouffer sans aucune discrétion.

"Ne fais pas cette tête, railla-t-il.
- Vous n'allez pas me manquer, lâcha Shikamaru en se détournant. Sur ce, j'ai du travail.
- Ola, attends !"

Hidan fut devant Shikamaru avant que celui-ci ne s'en rende compte. Nara recula prudemment sans pour autant paraître prêt au combat, passant sa main sur son étui à kunai par habitude. Hidan n'en rit que plus.

"Je veux te proposer quelque chose, petit merdeux.
- Quoi ? grogna Shikamaru plus qu'il ne le demanda."

Le déserteur sourit en coin tout en se rapprochant calmement du chûnin qui resta à sa place cette fois-ci. Les yeux un peu fous de Hidan se plantèrent dans les noirs de Shikamaru, mettant le cadet assez mal à l'aise.

"Viens avec moi."

Shikamaru réussit de justesse à contenir son expression de surprise. Il ne comprenait pas cette soudaine demande bien que ses neurones tournassent à plein régime. Avant qu'il n'ait pu tirer des conclusions trop hâtives, Hidan lui posa la main sur l'épaule, un sourire en coin.

"Tu es venu pour les yeux d'Uchiha, non ? Je peux t'en apprendre de bonnes sur le sujet mais il faut pour ça que tu acceptes de venir avec moi.
- Shino et Kiba …
- Je me fiche d'eux, déclara théâtralement Hidan. Toi, tu m'intéresses, tu as plus de potentiel que ces deux-là, et tu sembles avoir les idées plus claires."

Hidan s'approcha un peu plus de Shikamaru jusqu'à lui parler tout bas dans l'oreille.

"Je ne suis pas un idiot et j'ai aussi mes sources, merdeux. Votre soi-disant désertion est risible, ce n'est pas comme ça que tu obtiendras ce que tu veux. Crois-moi, je suis ta seule chance de réussite."

Avant que Shikamaru n'ait pu dire quoi que ce soit, Hidan se redressa et lui tapota l'épaule, grand sourire à l'appui.

"Bien, alors retrouvons-nous à deux heures du mat' devant la porte principale. Prends le strict minimum et n'avertis pas tes petits potes, bien entendu."

Hidan lui fit un dernier signe de la main avant de rentrer au frais, récupérant au passage sa haori qu'il avait laissée sur une vieille lanterne en pierre. Shikamaru resta planté là quelques instants, se demandant ce qu'il devait faire. Partir avec Hidan le mettrait certainement dans de beaux draps mais il pourrait se rapprocher de son objectif. C'était cela qui comptait le plus, après tout, puisque ses camarades seraient en sûreté. Shikamaru inspira un grand coup avant de lever la tête vers le ciel. En restant près de Fuyumi, il avait aussi l'occasion de se renseigner mais on se méfierait de lui comme de Shino et Kiba. Ils n'étaient pas dans le milieu depuis suffisamment longtemps pour espérer avoir des contacts rapidement. Hidan s'offrait en tant que parrain, ce que Shikamaru avait espéré au début. Tout irait beaucoup plus vite, il n'y avait pas à hésiter. Pourtant, le jeune homme avait un mauvais pressentiment. Si les choses tournaient mal entre lui et Hidan, il ne serait certainement pas de taille à l'affronter. Après tout, il ne connaissait rien de cet homme. Shikamaru se gratta la tête et préféra retourner à son travail temporaire de charpentier, assurant à Shino que tout allait bien une fois sur le toit.

Le soleil se coucha lentement, prenant son temps pour inonder le ciel une dernière fois de sa lumière. Il fut temps de dîner en compagnie du vieux bonze et d'un Tobi très en verve pour une fois. Kiba et l'homme au masque échangèrent blague sur blague, manquant de faire mourir le vieil homme de ses rires se transformant rapidement en quintes de toux douloureuses, alors que Shino et Shikamaru gardaient le silence, resservant à l'occasion un squatteur. Shikamaru ne dit rien lorsque Tobi s'étonna de l'absence de Hidan et ne répondit pas plus au regard silencieux de Shino. Les cinq hommes veillèrent tard, tant qu'ils n'y voyaient presque plus lorsqu'ils se séparèrent. Kiba, Akamaru, Shino et Shikamaru se glissèrent sans bruit dans la chambre qui leur avait été dédiée et se couchèrent sans rien rajouter. La deuxième heure du matin arriva bien trop vite au goût de Nara qui était resté éveillé, les bras croisés derrière la tête et fixant le plafond troué qui laissait apparaître la charpente du toit. Sans faire de bruit, il se redressa sur son postérieur, jetant un coup d'œil à Shino à côté de lui. Shikamaru préféra finalement tourner la tête. Mieux valait se dépêcher. Il se releva d'un mouvement souple, récupéra son balluchon et sortit de la chambre.

L'air était frais, bien plus respirable que celui de la journée. Shikamaru étudia le ciel quelques instants avant de se décider à aller au portail principal. Il y trouva Hidan ainsi que le bonze, le second avec une petite lanterne en papier éclairant à peine les visages. Hidan avait à la main une longue triple faux rouge et acier ainsi qu'un pendentif en forme de triangle équilatéral entouré d'un cercle. Shikamaru ne dit rien à propos, se contentant de lancer un regard ennuyé à son nouveau partenaire. Le vieux les salua poliment et s'en retourna au temple, éteignant sa lanterne. Hidan se mit immédiatement en route, marchant d'un bon pas. Shikamaru eut tout le loisir de détailler son équipement durant les cinq kilomètres de chemins qui les ramenaient dans la vallée. Le nukenin n'avait emporté que le strict minimum avec lui : sa faux, le pendentif et plusieurs mètres de corde enroulés qu'il gardait sous sa haori blanche. Aucun mot ne fut prononcé et l'allure ralentissait peu à peu. Shikamaru gardait constamment un œil sur l'homme le précédant de trois bons mètres.

Soudain, un kunai sortit des buissons bordant le chemin. Shikamaru l'évita en se baissant et fut obligé de partir en arrière l'instant d'après pour esquiver les trois lames de la faux qui s'étaient plantées à quelques centimètres de son entrejambe. D'une roulade arrière, il se retrouva à nouveau sur pieds, kunai en main et attentif au moindre mouvement. Hidan renifla tout en mettant sa faux sur son épaule, regardant de haut l'adolescent.

"Et bien, on ne m'attaque pas ? railla-t-il.
- J'vois pas pourquoi, grogna Shikamaru en se reculant un peu.
- Allons, Nara Shikamaru, capitaine de l'équipe d'investigation sur le meurtre d'Uchiha Gôrô, ne me fais pas croire que ta réputation n'est pas méritée ! Même si tu n'es que chûnin, t'es connu parmi nous, disciple de Sarutobi Asuma."

Il était donc tombé dans un piège. Génial, pensa Shikamaru. Il avait sur lui en tout et pour tout vingt shuriken, dix kunai, deux rouleaux de papier vierge, quatre mètres de filin d'acier, une couverture, des provisions –barres de céréales, pilules– pour une petite semaine et deux shorts plus ou moins propres. La lune n'en était qu'à son premier croissant, n'éclairant pas assez le chemin pour utiliser ses techniques héréditaires. De toute façon, Hidan semblait suffisamment renseigné sur lui, il devait certainement connaître ses capacités et avoir prévu autre chose. Shikamaru préféra positiver : la situation ne pouvait pas empirer. Cette impression fut confirmée lorsque Hidan se mit à sourire, signe évident de sa confiance.

"En panne de moyens, monsieur le génie ? Il faut avouer que c'est un peu con de me suivre en pleine nuit sans savoir qui je suis et comment je peux te tuer."

Shikamaru préféra éviter de répondre à la provocation. Il s'était planté, et en beauté, mais ce n'était pas grave. Enfin, il paraissait. Son père lui avait souvent répété qu'on apprenait beaucoup des erreurs que l'on pouvait commettre. Shikamaru espérait juste vivre suffisamment longtemps pour tirer des enseignements de sa connerie. Voyant que l'adolescent n'avait pas l'intention d'entrer dans son jeu, Hidan renifla et abaissa sa faux. Il avait espéré pouvoir combattre un peu mais c'était visiblement trop demander.

"Je ne t'ai pas menti, lâcha-t-il d'un air ennuyé. Puisque tu es venu avec moi, je vais te dire qui a récupéré les yeux de cet Uchiha."

Hidan prit le temps d'observer son adversaire. Le gamin ne baissait pas sa garde et commençait certainement à trouver quelques moyens de lui nuire. Il ne devait pas jouer les fanfarons trop longtemps.

"Avant tout, nous ne sommes pas loin du temple mais je veux ta promesse : quand je te l'aurai dit, tu viendras quand même avec moi.
- Pourquoi tenez-vous tant à m'embarquer dans vos embrouilles ? demanda Shikamaru en faisant mine de se détendre."

Le nukenin grimaça un peu tout en plantant son arme dans le sol. Il croisa les bras sur son torse et toisa de son regard violet Shikamaru.

"Je suis Hidan l'immortel, disciple de Jashin-sama, dieu parmi les dieux ! clama-t-il en accrochant le regard de l'adolescent. Mon maître m'attend en son domaine, je dois m'y rendre au plus vite."

Shikamaru oublia de tenir sa garde sous l'effet de la surprise et resta à fixer cet hurluberlu scintillant quelques instants. Qu'est-ce que c'était que cette histoire de dieu et de domaine ? Hidan était ninja, il ne devait pas croire en une quelconque religion puisqu'il utilisait normalement les croyances populaires pour s'assurer la réussite en cas d'infiltration. Shikamaru n'eut pas le temps d'approfondir ses réflexions, le déserteur se trouvait à nouveau tout près de lui, se baissant un peu pour être à sa hauteur.

"Tu es de Konoha, non ? demanda Hidan en levant les sourcils."

Shikamaru hocha la tête, ne comprenant pas l'importance de son appartenance. Hidan sourit assurément.

"Alors tu vas pouvoir me conduire au jinchûriki Naruto.
- Le jinchûriki …, tenta le chûnin.
- Et maintenant, coupa Hidan en écartant les bras dans un geste théâtral, la réponse à la question que tout le monde se pose : qui a bien pu buter cet Uchiha de mes deux ?"

Nara trouva là l'occasion de se reculer de quelques pas, son kunai toujours en main. Quelque chose n'allait pas. Il ne savait pas ce qu'était un jinchûriki et il n'avait jamais entendu parler d'un quelconque Naruto à Konoha – ce prénom était d'ailleurs très bizarre. Qu'est-ce que ce type pouvait bien avoir avec le domaine d'un soi-disant dieu, en prime ? Shikamaru se tendit un peu plus alors que Hidan prenait une longue inspiration, la tête tournée vers le ciel.

"La réponse, répéta-t-il plus fort, la réponse : c'est moi qui l'ai buté ! Moi !!"

Shikamaru en lâcha presque son kunai, déstabilisé par le rire de dément de Hidan au beau milieu de la nuit.


Le début de matinée avait été agréable. Il s'était d'abord occupé de la classe des petits, leur apprenant à tracer correctement le kanji «UN», le destin, puis ils avaient compté ensemble les graines que les grands planteraient après la pause dans le jardin qu'il avait aménagé spécialement pour ses cours. Tout s'était merveilleusement bien passé, même Jôtaro s'était tenu tranquille pour une fois. Le soleil n'avait pas tapé trop fort, personne n'était tombé dans le puits, on avait à peine une égratignure à déplorer. Tout s'était merveilleusement bien passé, en effet, jusqu'à ce que la petite Akane ne se tourne vers le chemin menant à sa demeure et n'ouvre la bouche.

"Il y a des ninja, lâcha-t-elle en pointant du doigt les intrus."

Aussitôt, le professeur se tendit et se maudit d'avoir été aussi négligent. Il ne pouvait pas exposer les mômes à un quelconque combat, ni même leur montrer ce dont il était capable. Ils savaient que leur professeur n'était pas n'importe qui, et pas quelqu'un de très bien à fréquenter dans ce métier, mais il ne pouvait tout simplement pas les impliquer. Le géant était près à demander à ses agresseurs d'attendre la fin de la classe, quitte à mourir à ce moment là. Il s'en fichait tant que ses élèves n'avaient rien. Préparant discrètement un kunai dans la manche de son kimono sombre, le professeur se releva de son potager, se tournant calmement vers l'entrée de son petit domaine.

A une vingtaine de mètres, trois hommes se dressaient à côté du panneau indiquant l'école. Ils étaient vêtus de noir et vert, l'uniforme de Konoha. Le professeur tiqua légèrement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu ce genre de types par ici et ça ne lui plut pas vraiment : le niveau global des ninja de Konoha n'avait cessé d'augmenter ces dernières années, à ce qu'on racontait. Le professeur s'avança de quelques pas, fronçant les sourcils dans l'espoir d'adapter un tant soit peu sa vue. La surprise lui fit hausser très hauts les sourcils, l'amenant même à s'arrêter. A quelques mètres de là, le plus petit des trois hommes leva la main en un bref salut.

"Ça faisait longtemps, Kisame-san.
- Itachi-san …"

Il ne fallut pas longtemps pour que le professeur ne renvoie ses élèves chez eux, leur promettant la suite du cours pour le lendemain. Kisame s'empressa de faire rentrer ses trois invités inopinés dans sa maison, bien qu'il ne connût en vérité qu'Itachi, et de les installer dans une pièce du fond qu'il savait sûre. Kisame vérifia tout de même que personne ne rôdait avant de s'autoriser un bref coup d'œil vers son cadet.

"J'avais dit « pas d'arrivée à l'improviste », Itachi-san, maugréa-t-il en refermant soigneusement le shôji, et surtout pas en plein jour !
- Je t'ai envoyé quelque chose il y a quatre jours, répliqua Itachi en déposant son sac à dos. C'était un avertissement, non ?
- Si on parle ton langage de sourd, peut-être, admit Kisame en regardant d'un mauvais œil Aoba qui pouffait. C'est qui ? demanda-t-il sur un ton moins neutre.
- Aoba et Ebisu, on bosse ensemble sur cette mission, lâcha le cadet.
- Merci de me ramener des types qui peuvent potentiellement me tuer …
- C'est un plaisir, assura Itachi."

Kisame secoua la tête, désespéré, et se fit un devoir de faire du thé. Il sortit de la pièce en s'excusant poliment tandis qu'Itachi s'étirait. Cela faisait trois jours qu'ils « dormaient » un peu n'importe où, il n'était pas contre une sieste dans un futon, ou même directement sur les tatami. Ebisu et Aoba n'avaient pas encore décroché un mot mais Itachi savait que les questions ne manqueraient pas de fuser d'ici peu. Il préféra prendre les devants alors que Kisame revenait avec son plateau de victuailles.

"Aoba, Ebisu, je vous présente Kisame. Déserteur notoire de Kiri pour tentative de coup d'Etat, possédant …
- Hé là ! coupa Kisame. Je ne veux pas d'ennuis alors tiens ta langue.
- Hoshigaki Kisame ? demanda Aoba. L'un des sept sabres de Kiri ? Vous êtes …
- Recherché dans les cinq grandes nations et votre tête est mise à prix pour quelque quatre millions, poursuivit Ebisu en remontant ses lunettes.
- Quatre millions seulement ? s'étonna Kisame. Ma cote a baissé.
- Les temps sont durs pour tout le monde, se moqua Itachi derrière sa tasse de thé."

Ebisu regarda d'un mauvais œil son capitaine agir avec tant de désinvolture. Le registre se trouvait entre les mains de cet homme, un ennemi, et ça ne lui plaisait pas. Voyant qu'Itachi laissait sa paranoïa de côté, Ebisu se permit une gorgée de thé tout en étudiant la pièce. La décoration était très sobre, on sentait le peu de moyens dont disposaient les gens dans cette région. Il faisait frais et sombre, une des caractéristiques des maisons à l'Ouest du Pays du Feu. Ebisu jeta distraitement un œil au plafond et constata qu'il n'y avait pas de lumière électrique. C'était vraiment le trou du cul du monde.

"Jusqu'à quand comptes-tu rester ? demanda innocemment Kisame.
- Demain, répondit Itachi. J'aimerais passer la nuit avec toi."

Ebisu s'étouffa dans son thé et les lunettes d'Aoba glissèrent effrontément. Itachi ne releva pas, se contentant de regarder Kisame droit dans les yeux. Le nukenin soupira lourdement.

"Toujours aussi direct … Bah, on ne change pas une équipe qui gagne, je crois."

La discussion prit rapidement le tournant des rumeurs et des nouvelles extérieures, Itachi se faisant une joie de nommer les derniers renégats qu'il avait tués et dans quelles circonstances. Kisame se contentait d'écouter et rajoutait à l'occasion une anecdote sur untel qu'il avait croisé du temps où il parcourait les routes ou bien sur un autre qui était passé par-là. Aoba et Ebisu furent bercés tout l'après-midi par le flot incessant de paroles, bâillant plus qu'ils n'écoutaient. Le soir tomba peu à peu, apportant avec lui ses moustiques et sa douceur. Le dîner se déroula de la même façon et Ebisu renonça à poursuivre la soirée avec eux. Il partit se coucher sans demander son reste, laissant à Aoba l'étrange sentiment de déranger. L'aîné de l'équipe d'investigation trouva une excuse quelconque pour rejoindre Ebisu dans la chambre, laissant Itachi et Kisame seuls dans la petite pièce fermée. Les deux hommes échangèrent un sourire, relâchant un peu la pression

"J'ai cru qu'ils ne nous lâcheraient jamais, soupira Itachi. Je suis capitaine de l'équipe mais je ne peux pas les congédier comme ça, j'aurais droit au conseil de discipline en rentrant.
- Allons, nous savons tous les deux que tu es un masochiste convainquant et convaincu, se moqua Kisame. Subir les remontrances du Quatrième Hokage est un plaisir pour un type comme toi.
- Pour n'importe quel shinobi de Konoha, te diront les textes."

Kisame sourit en coin. Il savait qu'Itachi préférait les sarcasmes, c'était bien plus simple à formuler qu'une phrase normale capable de montrer son état d'âme. Il ne le blâmait pas, cela faisait trop longtemps qu'il y était habitué. Kisame allongea ses jambes sur les tatami, se relâchant un peu alors que les autres n'étaient pas là pour le voir. Itachi restait tendu malgré les apparences, ce qui fit tiquer le déserteur.

"Je prépare le bain ?

- Pas le temps pour ça, répondit Itachi en se massant la nuque. Je ne l'ai pas dit aux deux autres mais on a été suivis.
- Et c'est sur moi que ça retombe … Tu veux que je monte la garde, c'est ça ?
- Je n'ai pas l'intention de dormir, ronchonna le ninja de Konoha en comprenant le sous-entendu. On ne sera pas trop de deux.
- Qui c'est ? demanda Kisame.
- Yugido, ça te dit quelque chose ?"

Kisame ouvrit de grands yeux, pâlissant légèrement.

"Tu plaisantes ?
- J'aimerais bien.
- Itachi-san, c'est un jinchûriki … !
- Oui, ma mission tourne autour de ça, justement.
- Je ne t'aiderai pas si tu ne me dis pas tout, menaça Kisame.
- J'allais t'en parler, marmonna Itachi."

Le jeune homme soupira lourdement, se grattant la tête. Il avait terriblement envie de se prélasser dans un bon bain chaud et surtout de se laver les cheveux mais ces considérations purement humaines n'avaient pas lieu d'être à l'heure actuelle. Itachi fit un résumé des douze derniers jours à Kisame qui écoutait attentivement. Il n'omit rien de son affaire puis présenta ensuite ses hypothèses avec argumentation détaillée à l'appui. Lorsqu'il finit de parler, la nuit était déjà bien entamée. Exposer calmement ses idées lui avait permis de faire de nouvelles déductions tout en écoutant parfois l'avis de Kisame et son point de vue extérieur. Le géant à la dentition acérée s'était peu à peu affalé sur les tatami, soutenant sa tête dans la paume de sa main, son kimono défraîchi. Toute cette histoire n'était pas des plus réjouissantes. S'il avait bien compris, ce n'était rien de moins qu'une guerre contre Konoha qui se préparait. Ce genre de réjouissances n'était pas un mal en soi pour quelqu'un de sa condition mais l'idée d'un nouveau conflit entre les ninja du continent ne lui plaisait pas. Kisame aimait sa tranquillité, son patelin paumé et donner des cours aux mômes du coin. Il n'avait pas l'intention d'être une nouvelle fois une arme entre des mains soi-disant plus puissantes. Même Itachi n'aurait pas son aide, quoi qu'il fasse.

"J'n'y connais pas grand-chose en démon et compagnie, admit Kisame en se grattant le ventre. Je sais que ce môme … Naruto, c'est bien ça ? Il est fort à ce qu'on dit, j'en entends régulièrement parler bien que son existence ne soit pas officielle. Quant à Yugido, elle est surtout connue pour être une garce à éviter. Concernant le reste, je ne m'avancerai pas dans la polémique."

Itachi se permit enfin de se détendre. Ses épaules s'affaissèrent de cinq bons centimètres et son dos se voûta quelque peu. Kisame trouva la situation mignonne, contre toute attente. Il n'avait vu Itachi aussi négligé qu'une seule fois et cela remontait à sept ans maintenant. Pas encore parfait, pensa distraitement Kisame en regardant Itachi se détacher les cheveux dans un mouvement pas tout à fait réfléchi. Il était plus fatigué qu'il ne l'admettait. C'était une erreur. Un shinobi devait pouvoir juger son état à tout moment et agir en conséquence. Même les meilleurs avaient besoin de sommeil. Kisame ne pouvait pas se permettre d'exposer Itachi à un potentiel combat, pas cette nuit. Il ne pourrait cependant jamais trouver un quelconque argument qui puisse faire admettre à cette tête de mule que son état n'était pas admissible. Kisame rit sous cape : depuis quand consultait-il Itachi pour les affaires qui ne le concernaient pas ?

"Je t'aiderai, assura Kisame. Je ne peux pas faire autrement, de toute façon, puisque tu squattes chez moi. Mais essaye de te souvenir la prochaine fois que je ne suis pas un shooté à l'adrénaline comme certains de ma connaissance et que, par conséquence, j'aime le calme."

Itachi renifla à peine en entendant la réflexion. Il soupira lourdement, fermant un instant les yeux.

"Je ne peux pas …
- Pas de ça entre nous, coupa Kisame en se relevant. Je veille cette nuit, toi tu vas dormir.
- Les deux autres croient qu'on est ensemble, marmonna Itachi.
- Ils ne sauront pas que cette conversation a eu lieu, Itachi-san. Mais si tu ne veux pas aller dormir là-bas, tu peux prendre ma chambre.
- Je …
- Fais-le gentiment ou je t'y force."

Itachi fronça les sourcils mais ne put qu'accepter l'offre de Kisame. Il était de toute façon trop fatigué pour tenter quoi que ce soit contre ce nukenin. Au mieux de sa forme, il ne pouvait espérer qu'un match nul s'il combattait sérieusement. Itachi suivit docilement son hôte jusqu'à sa chambre et le laissa ensuite préparer le fûton où il s'affala avec plaisir. Il s'endormit alors que Kisame refermait sans bruit le shôji. Le renégat soupira tout en se dirigeant vers sa cuisine. Toute cette affaire ne lui plaisait pas. Si le poursuivant –en espérant qu'il était seul- passait à l'attaque cette nuit, les choses tourneraient mal. Seul contre le jinchûriki Yugido, il ne tiendrait pas longtemps, quelle que soit sa force. Prenant son courage à deux mains, Kisame entama le lavage de toute la vaisselle accumulée dans la journée tout en écoutant les grillons à l'extérieur. La nuit était calme, un peu trop à son goût. Le nukenin fronça les sourcils : il ne devait pas le prendre comme ça. Son manque de confiance en lui trahissait le manque d'entraînement des dernières semaines. Depuis quand n'avait-il pas combattu sérieusement ? Kisame se rappela vaguement d'un groupe d'une demi-douzaine de brigands qui était passé dans le courant du mois de mai mais ça n'avait pas vraiment été un combat sérieux. Cela avait été distrayant, tout au plus. Fouillant sa mémoire, Kisame se rappela avoir vu ce gamin de Zabuza à la fin de l'hiver, début mars, suivi de son protégé. Ou bien disciple ? Kisame n'avait jamais vraiment saisi ce qui se passait entre ces deux-là, ça ne le regardait pas. Là encore la joute n'avait pas été très encourageante.

La dernière fois qu'il avait vraiment mis sa vie en jeu datait de sa rencontre avec ce blondinet complètement allumé et masochiste. Ça s'était passé en janvier, soit presque neuf mois plus tôt. Kisame déglutit. L'ennemi ne le savait pas, c'était l'essentiel. Il n'avait qu'à bluffer, ce n'était pas spécialement difficile pour un ninja. Après tout, mentir était une seconde nature chez ces hommes et ces femmes, c'était dans l'ordre naturel des choses pour eux. Et Kisame faisait encore partie des ninja, jusqu'à preuve du contraire. Il n'avait rien à craindre. Sortant de ses tergiversations, il se sécha les mains dans un torchon et sortit dans le jardin par la porte de la cuisine, regardant les alentours. On voyait les toits du village à quelques centaines de mètres, taches claires parmi les arbres. Il n'y avait pas de vent, à peine le bruit des grillons. Un chien aboya mais Kisame n'y fit pas attention. Cela venait de la ferme du vieux Mataemon, bien plus loin de l'autre côté du village, près de la rivière. Ce devait être à nouveau un renard ou un blaireau rôdant aux alentours du poulailler.

Kisame s'assit sans douceur sur le plancher de la galerie, regardant avec attention les buissons entourant sa propriété. On ne pouvait pas passer à travers impunément, Kisame y avait scrupuleusement veillé lorsqu'il s'était installé ici. Pour avoir la paix, prépare la guerre, disait-on, et il avait appliqué avec zèle ce prétexte. Six années plus tôt, il avait tout simplement éradiqué toute personne susceptible de venir l'ennuyer dans un rayon de cinquante kilomètres. La rumeur s'était vite répandue qu'il ne fallait pas s'approcher du village de Ansei et Kisame n'avait eu qu'à s'occuper des aventureux en quête de gloire par la suite, tout en assurant la sécurité de la région. C'était assez courant qu'un nukenin s'établisse ainsi, protégeant les alentours pour son compte et celui des villageois. Il avait alors le droit de vivre pas trop loin du village jusqu'à ce qu'il se fasse tuer par plus fort que lui. Kisame s'était installé assez près du mont Myoboku pour jouir d'une tranquillité très recherchée. Jetant un coup d'œil vers les montagnes, le renégat sourit en coin. Il devrait penser à aller les voir, un de ces jours. Après tout, c'était grâce à eux qu'il n'avait jamais eu d'ennuis avec Konoha.

"Bah, peut-être à la fin de l'été, soupira-t-il en contemplant la voûte étoilée."

A suivre …

Notes

# Pie : c'est une robe chez un cheval, la couleur de ses poils si vous préférez. Je ne vous prends pas pour des débiles, il y a des gens qui ne s'intéressent pas à l'équitation (et j'ai une certaine sympatie pour eux). En gros, un cheval pie a deux couleurs par larges plaques. Ça peut être blanc et noir, blanc et feu, etc ... C'est souvent blanc et quelque chose, en fait.# Nekunin : ninja déserteur, renégat.
# さあスケッチ(saasukecchi) : jeu de mot ... hum ... Euh ... Je dois traduire ? Bon ... sukecchi : croquis, esquisse (de l'anglais sketch). Mais «ecchi» correspond aussi à "pervers" et «suke» à "aide". Le «saa» (ou sâ) est comme notre "alors", "bon" ou "donc" qui commence une phrase, il n'a pas vraiment d'importance. C'est bon, le sous-entendu est compris ? XD
# Kanji «UN» : 運 qui se traduit par destin, sort, chance, transport à la lecture onyomi et «hako(bu)» en kunyomi. On le traduit alors par transporter.
# Ansei : 安静 repos, tranquillité