Dîner

La chambre portait l'odeur des pièces inutilisées, et dans l'air, sur mes vêtements, flottait encore le parfum de Loki.

Je saisis maladroitement le bord de mon T-shirt avec mes moignons de doigts et le remontais à mon nez.

Malgré sa cruauté, Loki était élégant et sentait bon.

Je m'endormis en respirant sa douce odeur de glace et de cuir.

En me réveillant j'eus la drôle de surprise de constater mes chevilles guéries. Mes gencives et mes doigts étaient toujours dans un sale état, mais je ne saignais plus.

Je me redressais, me mis debout. Incroyable : il m'avait brisé les jambes la veille et un sommeil plus tard mes os étaient comme neufs.

M'avait-il injecté un quelconque produit pour me guérir ? J'étais dubitative quant à son comportement.

Un coup méchant, un coup gentil. Tentait-il l'affection ou le syndrome de Stockholm pour avoir ses renseignements ?

Ou bien avait-il trop regardé « La Belle et la bête » ?

Cela me fit rire. Loki regarder un Disney, impossible ! Je ne savais même pas si il savait utiliser un lecteur DVD.

C'est ce moment là que choisit le géant des glaces pour entrer.

Il me regarda d'un air surpris, puis sourit. J'en fus étonnée : c'était un sourire doux, presque affectueux.

Il s'avança vers moi et je soutins son regard profond. Il fit une sorte de courbette puis eut un sourire charmant, comme un enfant un peu timide :

« Il est dix-huit heures Nihal. Je... Souhaites tu dîner avec moi ? »

J'allais lui cracher une bordée d'injures bien senties à la figure, mais son regard inquiet m'en empêcha.

Il sembla s'en rendre compte, car il reprit un visage fermé, froid et distant.

Je hochais doucement la tête pour accepter sa proposition car je mourrais de faim et il se fendit d'un sourire heureux qu'il réprima aussitôt.

C'était dommage, il avait un si joli sourire, qui lui donnait des paillettes dans les yeux. Je lui demandais du bout de lèvres : « Où puis-je me laver ? »

Il sembla revenir à la réalité :

« La salle de bain est au fond, tu trouveras des vêtements dans la penderie. Je viendrais te chercher dans une heure. »

Il sortit et verrouilla la porte. En me tournant je vis en effet un accès sur une salle d'eau.

Je me déshabillais et mis mon pyjama dans le bac à cet effet, puis entrait avec précaution dans la baignoire, de peur de me briser les chevilles en glissant bêtement.

J'allumais l'eau tiède, et soupirais de contentement. Après ces évènements l'eau faisait un bien fou, et chaque muscle de mon corps se détendait enfin. Je profitais de l'eau pour changer mes bandages et laver mes cheveux.

Je restais un instant à regarder la saleté et le sang séché s'évader par la bonde, formant un tourbillon noir et compact.

Une fois entièrement propre je saisis une serviette douce, propre et sèche, et ouvris la fameuse penderie. J'eus un hoquet de surprise : elle regorgeait de robes luxueuses, en plus de quantité de vêtements midgardiens ! Loki avait-il acheté/volé tout cela ?

Apparemment oui, car je reconnu le tissu typique d'Asgard, souple et très solide.

C'était vraiment charmant, tout comme sa décision de me loger ici et non pas dans la cellule, et malgré le mal qu'il m'avait fait et dont je portais encore les stigmates, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il souhaitait se faire pardonner et recommencer de zéro.

Les bons vieux jeans me faisaient de l'œil, mais je voulu faire un effort pour Loki. J'enfilais donc les sous-vêtements à disposition, puis passais une robe bustier blanche brodée de fleurs en perles bleues, avec des ballerines assorties.

Je séchais mes cheveux, m'étonnant de la présence d'appareils humains ici, puis me fit une tresse, attachée par un élastique évidemment bleu.

Je me dévisageais, puis fit une grimace à mon reflet. Ma gencive était criblée de trous assez répugnants, mais mes dents avaient été épargnées. Loki avait un certain sens de l'esthétique.

A l'heure prévue il vint me chercher et tiqua un peu en me regardant.

J'avais pris soin de m'habiller aux couleurs de Steve malgré les nombreuses robes vertes et noires qu'il y avait dans la penderie.

Il eut finalement un sourire ravi et m'offrit son bras comme un parfait gentleman, pour m'entraîner dans des couloirs plus éclairés, plus accueillants, jusqu'à une salle à manger.

L'air un peu anxieux, il me demanda :

« Ta... Tes chevilles vont mieux ? »

Je retins le « non, tu crois ? » qui me montait aux lèvres et lui répondis simplement :

« Oui, merci de t'en soucier. »

J'avais peut être dosé le sarcasme un peu trop fort, car il resta silencieux.

La pièce où nous entrâmes n'était pas dépourvue d'âme et de charme contrairement à ce que je pensais. Elle était tapissée de bois, la table était plutôt petite –pour un prince d'Asgard s'entend–, conviviale, quelques tableaux étaient accrochés aux murs, et il régnait ici une douce chaleur.

Loki m'installa sur une chaise moelleuse puis disparu dans une salle adjacente, et revint avec le plat. Je ne connaissais pas cette viande, elle devait venir d'Asgard.

La cuisson était un peu ratée mais cela restait délicieux. Je me doutais que c'était Loki qui avait fait la cuisine, alors je lui confiais que j'adorais. Il eut un bref instant un sourire de gamin heureux qu'il effaça aussitôt. C'était dommage, il était vraiment mignon quand il cessait de faire semblant.

« Tu es vraiment adorable quand tu es toi-même. »

Il leva la tête brusquement, me fixant avec surprise. Je rougis violemment et plaquais mes mains sur ma bouche. Bordel, pourquoi ça ne m'arrive que dans ce genre de situation ?!

Je remarquais qu'il semblait aussi gêné que moi, sinon plus.

Prenant mon courage à deux mains, je décidais de tenter ma chance. Doucement, pour ne pas l'effrayer ou le brusquer, je lui demandais :

« Pourquoi m'as-tu torturé pour être aussi gentil avec moi après ? »

Il se mordit la lèvre inférieure, le rendant très sexy. Ses yeux fuyaient, glissaient sur la pièce sans s'arrêter, évitant mon regard.

Il passa une main dans ses cheveux à peine plus foncés que les miens, les ébouriffant quelque peu, et soupira. Ses pupilles revinrent sur moi, tandis qu'il se frottait la nuque, l'air embarrassé : « C'est...secret. Tu es trop précieuse et...je te le dirais en temps voulu. »

Je hochais la tête, malgré un tiraillement au ventre. Ne pas connaître ses raisons me mettait mal à l'aise. Nous finîmes de manger en silence, puis il me reconduit à ma chambre.

Avant de fermer la porte, il se tourna vers moi : « As-tu...apprécié la soirée ? »

Je considérais la question un instant, puis le gratifiait d'un sourire : « Plutôt, oui. Le repas était très bon et la compagnie agréable. »

Il hocha la tête et s'en alla sans verrouiller ma chambre.

Je pris cela pour une marque de confiance et allais simplement me coucher.

Je m'endormis en songeant que finalement Loki était peut être bien la Bête.

Monstrueux aux yeux des autres, timide, maladroit, parfois violent mais cachant un cœur d'or.