Nous avons atteint le pénultième chapitre de cette première année ! Si nous suivons la logique, cela signifie que la solution est donnée ici^^

Je serai curieuse de savoir si certains parmi vous avaient deviné…

Quoi qu'il en soit, ce n'est que le début d'une longue aventure, qui comportera encore beaucoup d'années –et non, pas sept. Je suis plutôt partie pour neuf parties, à vrai dire, certes pas toutes aussi longues que celle-ci.

Je remercie The cat with blue eyes, qui me pousse à continuer à chaque review !

Et si jamais tout n'est pas clair, je suis bien sûr à votre disposition pour répondre aux questions^^

L'examen de Défense contre les forces du Mal comportait une épreuve théorique et une épreuve écrite, et durait toute la journée. Des questions couvraient la plupart des sujets de l'année, puis les premières années durent rédiger vingt centimètres sur la façon dont ils réagiraient face à un mage noir, tout en étant conscients qu'ils venaient à peine de débuter leur scolarité. Arya oublia ses doutes, ses peurs, et toute chose qui n'avait aucun rapport avec la matière sitôt que ses yeux se posèrent sur la feuille d'examen, et ressortit quelques heures plus tard, le poignet et les doigts douloureux. L'après-midi, elle dut faire face à un mannequin magique et montrer qu'elle pouvait utiliser le sortilège du saucisson, de protection, et Federlum. Lorsque son tour s'acheva, Melania et elle s'assirent le long du couloir afin d'attendre Isis et Lizzie qui n'étaient pas encore passées.

-Je pense que c'est la plus lourde des épreuves qu'on ait à passer, soupira Arya. Demain, métamorphose et botanique !

-Tu as révisé la botanique ? demanda Melania, moqueuse.

Arya rougit légèrement.

-Pas vraiment, en fait, je me suis concentrée sur ce que j'étais sûre de réussir.

Son amie éclata de rire, puis redevint tout à coup sérieuse et saisit son poignet bandé. Le monstre le mordillait moins fort qu'avant, mais il tombait dessus, ou se débrouillait pour rouvrir les plaies chaque mois.

-C'est une blessure que tu te fais quand tu te…transformes, n'est ce pas ?

Arya pâlit et s'obligea à se calmer. Elle se doutait que la conversation reviendrait tôt ou tard, et de la part de Melania. Elle acquiesça, peu désireuse de rentrer dans les détails.

-Comment est-ce arrivé ?

-Mel… J'ai promis de tout vous expliquer après les examens.

-Certes. Puisque tu es adoptée, quel est ton vrai nom ?

La jeune lycaon pesta et jura entre ses dents devant la curiosité insatiable de la jeune Black.

-Lupin. Je suis inscrite à Poudlard depuis ma naissance, sous mon vrai nom. Je ne veux pas parler de ça à un endroit où tout le monde pourrait nous entendre, d'accord ? Si jamais les archives du ministère n'avaient pas brûlé, mon existence serait illégale, et je serai arrivée ici avec mon nom d'emprunt –Maybe.

Elle avait enfin réussi à faire taire son amie. Isis ressortit quelques instants plus tard, un peu pâle.

-Je suis sûre d'avoir raté, soupira-t-elle. Je me demande pourquoi ce n'est pas Rathbone qui nous fait passer les épreuves. C'est sans doute stupide, mais ça m'aurait rassurée.

Arya fronça les sourcils et resta silencieuse alors que Lizzie revenait à son tour, et se rappela que l'homme les avait surveillés lors de l'épreuve du matin. Pourquoi, en effet, ne les avait-il pas notés lui-même ? Elle se figea.

-Nous avons vraiment été stupides, confirma-t-elle.

Les trois autres la dévisagèrent, incrédules.

-Tout cela n'était qu'un jeu, nous étions portées par l'excitation et la vengeance, et nous n'avons rien dit parce que nous pensions nous faire renvoyer pour avoir violé à peu près tous les articles du règlement intérieur.

-Nous n'avons rien dit parce que nous n'avions pas assez de preuves pour être crues, la corrigea Lizzie.

-Certes, mais nous aurions au moins dû faire part de nos soupçons à quelqu'un –je suis sûre que Kate Blue nous aurait écoutées !

-Dans ce cas, allons-y maintenant, proposa Isis. Rathbone semble avoir disparu.

Elles se précipitèrent dans leur dortoir, s'emparèrent du carnet noir, et vérifièrent briévement la carte, sans que son nom n'apparaisse, puis allèrent frapper au bureau de la directrice des Gryffondor. Elles restèrent sans réponse, et se concertèrent un instant avant de pousser la porte. La pièce était parfaitement organisée, et sur le bureau, trônaient deux photos, d'un bel homme métisse aux cheveux noirs qui leur adressa un sourire charmeur en les voyant, et d'une petite fille aux boucles dorées, qui rit lorsque ses cheveux se teintèrent de mèches roses. Au mur, un calendrier indiquait la date du jour, annoté d'une inscription Anniversaire de Véga.

-C'est sa fille, commenta Melania.

-Elle est rentrée chez elle pour le week-end, murmura Arya, sous le choc.

La seule personne disposée à les écouter avait quitté les lieux. Elle songea à Regan, mais il était trop proche du mage noir pour les croire.Dolowhood aurait sans doute fait attention à elles s'ils n'avaient pas été en pleine période d'examen.

-On n'a pas le choix, lança Lizzie. On retourne dans le bureau de Rathbone, on cherche des preuves, et on va voir la directrice. Arya, il n'est toujours pas revenu ?

La sorcière blonde consulta de nouveau la carte, mais il n'apparaissait nulle part. Elle secoua la tête, et elles déambulèrent de nouveau dans les couloirs à toute vitesse. Elles bousculèrent deux élèves qui les incendièrent. Confuse, Arya s'excusa rapidement avant de repartir, la trachée en feu.

-La porte n'est pas fermée ! haleta Lizzie.

-Tant mieux, on n'avait pas vraiment le temps de s'amuser à la crocheter, fit remarquer Melania.

-Tu réfléchis parfois ? Ca veut dire qu'il n'a pas pris le temps de le faire, et qu'il se fiche bien des conséquences si quelqu'un découvre ce qu'il fabrique. Autrement dit… Il va agir ce soir !

Ne prenant pas le temps d'écouter une nouvelle joute verbale, Arya se glissa entre elles et retourna s'acharner sur le tiroir aux figurines.

-Regardez ! s'exclama Isis.

Un papier blanc de la taille de la Carte du Maraudeur avait été déplié sur le bureau. Les deux autres cessèrent de se disputer et la rejoignirent, intriguées.

-Et si les papiers avaient reçu le même sort que la carte ? demanda Melania.

-Dans ce cas nous ne pourrons jamais les déchiffrer, commenta sombrement Lizzie.

Sans répondre, la jeune Black sortit sa baguette, et se mit à marmonner tout un tas de phrases incongrues, meurtrières, mystérieuses. Isis se mit à l'imiter dans un espagnol hésitant. Arya réfléchit. Elle avait cerné la personnalité de Rathbone. Malheureusement, elles ne connaissaient que peu de sa vie personnelle, mais elle doutait qu'il ait commis l'erreur de protéger ses manigances avec une formule sentimentale.

-Attendez, dit Lizzie, je viens de me rappeler… Mater ad mater,MaledictiCellarium.

L'encre noire commença à s'écouler sur le parchemin devenu vieux et racorni. Elles se penchèrent dessus en fronçant les sourcils. Des cercles concentriques portaient des noms de villes, dates, et d'autres noms qui ne leur étaient pas inconnus.

-C'est un organigramme, murmura Arya. Un schéma des différents meurtres, chacun se rapprochant un peu plus de l'Europe, de l'Ecosse…

Le dernier cercle, contenait seulement un lieu et une date. Poudlard, 10 Juin 2171.

-Oh non… souffla Isis.

-On y va. Maintenant, décréta Melania.

Arya secoua la tête.

-Bon sang ! On n'a pas le temps de réfléchir, hurla Lizzie.

S'arrachant enfin à sa torpeur, Arya s'élança à la suite de ses amies jusque dans le couloir de sortilèges. Elles entrèrent dans la salle de classe déserte, et s'arrêtèrent à quelques pas du tableau, qui crachait furieusement des étincelles brûlantes.

-Ensemble, dirent-elles.

Elles avancèrent sous une pluie de feu liquide, et passèrent leur doigt dans l'encoche faite, avant de déchirer entièrement la toile.

Un couloir de pierre s'étendait devant à elle à l'infini, glacial, effrayant.

-Lumos, murmurèrent-elles en cœur.

Il y faisait aussi humide que dans la salle commune des Serpentards. Des torches s'enflammèrent sur leur passage, illuminant les pierres d'une lueur rougeoyante. Elles avaient cessé de courir et avançaient aussi prudemment que possible, sans connaître la longueur du corridor, ni ce qu'elles allaient trouver au bout. Peu à peu, la désagréable sensation qu'Arya éprouvait dans le couloir s'infiltra de nouveau en elle, jusqu'à devenir plus intense lorsqu'elles pressèrent le pas. Elle jeta un coup d'œil à Lizzie. Elle était livide et se mordait la lèvre, les poings serrés et les yeux vitreux. Après un long moment, elles tournèrent enfin, et sentirent le dénivelé se former plus nettement sous leurs pieds. Elles s'enfonçaient un peu plus sous terre, plus profondément même que sous le lac. Lizzie trébucha, et Isis et Melania la rattrapèrent tant bien que mal. Face à leur inquiétude, la jeune fille rousse serra les dents et ordonna de continuer à avancer. Arya sentit la nausée l'envahir, et pressa un poing devant sa bouche.

-Je ne peux pas, balbutia leur amie.

Elle avait les yeux brillants de larmes et tremblait de tout son corps. Les trois autres échangèrent un regard dans la pénombre. Doucement, elles soutinrent la jeune Potter et l'aidèrent à avancer. Arya éclairait la voie, pensive. Soudain, Lizzie poussa un cri et tomba à terre. Elles s'agenouillèrent à son chevet, mais il leur apparut aussitôt qu'elle avait perdu conscience. Les yeux révulsés, elle était prise de violentes convulsions.

-Lizzie !

Elles échangèrent un nouveau regard, plein d'angoisse et de résignation.

-Je vais rester ici, décréta Isis. J'ai beaucoup appris de ma mère. Il faut que l'une d'entre vous aille chercher du secours, et que l'autre avance. D'une même voix, elles répondirent :

-Mel.

-Arya.

Elles se regardèrent sans savoir si elles devaient éclater se rire ou s'agacer.

-Mel, dit doucement Arya, tu es plus forte que moi, plus courageuse, et tu as connaissance de la magie noire.

Sans relever ce dernier point insultant, la jeune fille rétorqua :

-Tu es capable de te perdre, et Lizzie a besoin d'aide le plus rapidement possible…

-Et tu crois que c'est mieux de m'envoyer dans un endroit que je ne connais pas ?

Elle maudit la peur gémissante présente dans sa voix. Melania quitta le chevet de Lizzie pour venir se placer devant elle, plus sérieuse que jamais. Elle plongea ses yeux argentés dans les siens, et s'expliqua avec un calme inhabituel.

-Tu es un loup-garou, Arya. Il y a une part animale en toi, tu l'as dit hier. Elle sentira le mal, le bien, l'endroit ou se rendre. Nous ne sommes que des enfants, des sorcières qui viennent de débuter leur apprentissage. Toi, tu as une férocité qui te sauvera la vie.

Arya recula violemment. Elle refusait d'accepter le monstre, d'accepter de se fier à son jugement malsain. Il ne faisait pas partie d'elle, il n'avait pas à empiéter sur sa vie tant qu'elle était humaine, et sûrement pas alors que le cycle venait de recommencer. Melania la dévisageait, impitoyable, impartiale, et impossible à raisonner. Elle ferma les yeux. La nausée la tenaillait toujours, la sensation la dérangeait, mais il y avait autre chose. Une force, qui la poussait à continuer. Elle réalisa qu'elle ignorait s'il s'agissait de la part humaine ou animale de sa personne. Les larmes coulaient sur ses joues. Elle s'efforça de se calmer, et de reprendre une respiration normale, avant de hocher la tête en signe de reddition.

-Vas-y, Arya. Cours. Je ne serais pas longue à atteindre l'infirmerie, mais il faudra que je m'explique.

Elles se relevèrent, et s'élancèrent dans des chemins opposés sans se retourner, tandis qu'Isis avait couché Lizzie sur le côté, replié l'une de ses jambes, allongé un bras, et s'efforçait de dégager ses voies respiratoires.

.

Arya ignorait combien de temps il lui faudrait pour trouver Rathbone. Chaque pas qu'elle faisait la rapprochait des puissances maléfiques et l'éloignait un peu plus de la surface du château. Elle craignait que le meurtre d'un élève –ou d'un enseignant, et cette idée la glaça lorsqu'elle l'effleura- n'ait été commis, et priait pour arriver à temps. Elle serrait sa baguette à s'en faire mal, consciente qu'une enfant de 11 ans n'était pas de taille à affronter un mage noir seule, mais espérant le retarder. Les couloirs souterrains formaient un dédale impressionnant, et elle devait sans cesse s'arrêter pour écouter ce que lui disait son corps avant de prendre la direction où la sensation de mal-être se faisait la plus forte. Elle courait le plus vite possible, la trachée et les poumons en feu, la gorge sèche et le cœur battant. Le dénivelé se faisait un peu plus rapide. La nausée revint soudainement, plus forte que jamais, l'obligeant à ralentir et à reprendre son souffle. Elle s'adossa contre la pierre humide et plaqua une main devant sa bouche. Ses yeux accoutumés à l'obscurité discernaient une vague lumière au fond, lui indiquant qu'elle touchait au but. Se mordant la lèvre, elle décida de s'approcher silencieusement et d'éteindre sa baguette.

-Nox, souffla-t-elle.

Sa principale source d'éclairage disparut, et elle dut se fier à la lueur verdâtre qui émanait du fond. La peur comprimait sa poitrine, et le sang battait furieusement à ses tempes. Les poils de ses bras s'étaient hérissés, et une partie d'elle lui hurlait de faire demi tour. Elle discernait à présent une porte aussi noire que les obsidiennes qui ornaient la salle commune des Serpentards, d'où émanait une forte lumière verte. Un hurlement de femme retentit, glaçant son sang dans ses veines. Elle rassembla son courage, et parcouru les derniers mètres à une vitesse impressionnante, dopée par l'adrénaline. Elle poussa la porte et se retrouva dans une cavité baignant dans la même lumière verte que la salle commune qu'elle avait visitée contre son gré quelques jours plus tôt. Des dizaines d'étagères avaient été accrochées sur les murs qui paraissaient faits de terre. Des crânes de marbre, de cristal, ornaient le bois noir. Des bocaux étiquetés où scintillaient une lueur douloureuse à regarder et indescriptible étaient protégés par une vitrine. Une bibliothèque contenait des titres effrayants et des livres à l'aspect terrifiant ou simplement peu encourageant. De nombreuses baguettes étaient entreposées sur la première des étagères, des épées, revolvers, lasers, tasers et autres armes moldues étaient accrochées au mur où entreposés aux côtés d'artefacts magiques en tout genre. Les murs suintaient la magie noire. A gauche, un pentagone inversé illuminait la pièce, lui donnant cette couleur si particulière. Au centre de la figure géométrique était posée un autel de marbre noir, d'où pendaient des chaînes. Arya s'arrêta net et tressaillit. Rathbone se tenait près de la bibliothèque, en face du pentagone les mains crispées sur sa baguette. Il se retourna en l'entendant arriver.

-Arya !

Ses yeux bleu nuit étaient écarquillés par la peur, il transpirait.

-Qu'est-ce que… Va-t-en immédiatement ! Pars !

Désormais, elle n'avait plus peur. Elles avaient eu raison depuis le début il était coupable. Son repère témoignait des forces maléfiques qui l'habitaient. Elle pensa au père de Lizzie, qui avait faillit sombrer dans la folie, aux traitements infligés aux disparus, aux meurtres de familles innocentes, moldues et sorcières, et au jeu que cela avait été, pour lui et sa complice. Elle tremblait de rage. Rathbone s'approcha d'elle, jetant des regards inquiets aux alentours. Elle pointa sa baguette en avant pour l'empêcher d'avancer. Les sortilèges qu'il leur avait appris en cours d'année allaient se révéler utiles, mais elle devrait frapper la première.

-Arya, écoute moi. Tu dois t'enfuir, maintenant !

L'enfant eut un instant de doute. Elle se souvint des quelques détails qui l'avaient dérangée lors de leur enquête, et pensa à la façon dont la bête prenait sa place à la pleine lune, annihilant toute pensée cohérente. L'homme était-il sujet à une possession de la sorte ? Elle serra les dents. De ce qu'elle avait lu, pour ne plus répondre de ces actes d'une telle manière, il fallait la plupart du temps s'être adonné aux sciences occultes. Un nouveau hurlement retentit, suivit d'un sanglot.

-Qui est-ce ? demanda-t-elle, le dégoût perçant dans sa voix.

L'expression de Rathbone se durcit. Elle raffermit sa prise sur sa baguette, et s'exhorta de cesser de trembler. Des bruits de pas se firent entendre, et une voix masculine parvint à leurs oreilles.

-Voyons Reyna, tu n'as tout de même pas cru que je tenais plus à toi qu'au pouvoir.

Elle ressemblait à celle de Rathbone, mais d'une intonation qu'il n'avait jamais employée. Les bruits de pas se firent entendre, et un homme entra dans la pièce. Arya se mordit la langue pour ne pas réagir. L'homme était le double parfait de leur professeur de Défense Contre les Forces du mal, jusqu'aux yeux bleu nuit. Rathbone se tendit, s'éloigna légèrement de son élève et pointa sa baguette sur le nouveau venu. Il se stoppa en les voyants, puis éclata de rire.

-Eh bien, mon cher frère, tu es enfin venu te joindre à la fête. Qui est cette humaine, ton sacrifice ?

-Bonjour Ethan, répondit Rathbone comme si la situation était parfaitement normale.

-Tu m'as donné bien du fil à retordre, Ewan. Il est temps que tu rentres au bercail.

-Tu sembles bien sûr de toi.

Ethan éclata d'un rire maniaque et renversa la tête en arrière.

-Allons, Ewan, tu es fait comme nous, comme moi plus particulièrement. La même source de pouvoir coule dans tes veines, et tu la sens. Tu ne peux pas la nier, elle te force à rechercher la connaissance, la puissance. Tu en connaissais bien plus que nous sur la magie noire, à une époque, ce n'est plus le cas, je le crains.

Il s'immobilisa soudain, et ses yeux se révulsèrent.

-Attends moi un instant, veux-tu. Vas-y, prends place… Souhaites-tu boire quelque chose ? Tu sais de quelles bouteilles il s'agit, sers toi. Après tout, ceci est également ton refuge.

Rathbone était devenu livide. Il serrait les poings, et son expression semblait étrangement familière à Arya. Melania avait la même, lorsque les autres lui parlaient des Black et de leurs tendances pour la magie noire, tout comme Lizzie lorsqu'on lui parlait de son père ou de son nom. L'enfant se maudit intérieurement, alors que l'élément qui lui manquait lui parut tout à coup évident. Les paroles de Rathbone, lors de leur entrevue au début de l'année lui revinrent en mémoire. C'est étrange, n'est ce pas ? De sentir quelques chose de puissant et incontrôlable au fond de soi. D'entendre ceux qui savent la vérité sur vous dire que ce n'est rien, alors qu'ils ignorent la sensation, et que vous savez que ce n'est pas une fois par mois, mais constamment ? L'homme savait de quoi il parlait, pas seulement grâce à ses voyages et à ses connaissances, mais parce qu'il le vivait. Il avait une puissance maléfique enfouie au fond de lui et luttait.

-Il est le coupable, n'est ce pas ? Vous êtes jumeaux.

Rathbone la regarda, bienveillant, comme si elle avait été en classe et répondu presque correctement. Une lueur triste brillait dans son regard.

-En quelque sorte. Arya, comment êtes vous venue jusqu'ici ?

-Nous avions remarqué que vous étiez absents, répondit elle honnêtement. Melania Black, Lizzie Potter, Isis Pettigrow et moi.

Elle ne voyait pas l'intérêt de mentir, à présent. Elle lui exposa le plus rapidement possible leurs soupçons et découvertes de l'année écoulée, jusqu'aux fouilles de son bureau. Rathbone pâlissait un peu plus à chaque mot.

-Je savais que vous étiez impliquée, je l'ai compris dès que j'ai vu les cloques sur vos mains, mais j'ignorais à quel point.

Il se passa une main tremblante sur le visage.

-Je vous dois des éclaircissements, il me semble. Je sais que mon frère est coupable depuis bien longtemps, mais j'ai refusé de le livrer au ministère. Ils ne comprendraient pas plus que vous ne l'avez fait. Il n'est pas seulement un puissant sorcier maléfique, nous sommes… L'apogée du mal, si vous voulez. Ensemble, nous somme plus puissants que quiconque, ou presque. Moi seul pouvais le stopper, je l'ai cherché, nous nous sommes entrecroisés, avons mutuellement tenté de nous détruire, de nous menacer.

Ethan revint, l'air satisfait.

-Encore en train de te justifier ? Allons, amène ton sacrifice, et tue la. Ce sera ensuite mon tour. A moins que tu n'ais oublié comment faire ?

Il perçait dans sa voix les intonations moqueuses d'un frère aîné. Rathbone plaça doucement Arya derrière lui, et intercepta une boule de flamme du bout des doigts.

-Je suis venu ici pour t'arrêter et non pour accomplir tes desseins.

Ethan fit venir un poignard d'une simple ondulation de la main. Il le lança à son frère, qui l'attrapa avant qu'il n'aille se planter sur les parois de la caverne.

-Mais tu es là, et il y a une fille à tes côtés. Le destin te force à t'accomplir.

-Je lutterai contre mon destin.

Ils avaient sortis leurs baguettes, à présent, et lançaient des sortilèges informulés à l'aide de leurs mains nues.

-Tu crois pouvoir m'arrêter Ewan ? Tu es bien naïf ! Nous sommes peut-être de puissance égale, mais dès que j'aurais sacrifié Reyna, je pourrais te réduire en poussière d'un claquement de doigts.

-Une formule du livre que tu as dérobé, je suppose ?

Ethan éclata de nouveau d'un rire machiavélique, sans cesser de parer et de lancer des sorts.

-Nous avons un grand avenir, et je ne te le laisserai pas le gâcher.

Arya comprenait peu de ce qu'elle entendait, mais fini par discerner que les meurtres n'étaient pas le sujet de leur discorde. Il y avait autre chose en jeu, bien plus ancien et puissant. Elle ne parvenait pas à comprendre la raison pour laquelle il s'était adonné à de telles pratiques alors qu'il avait tant à perdre.

-Pourquoi ? demanda-t-elle.

Elle vint se placer devant son professeur, et regarda son jumeau. Il haussa les sourcils, la folie allumant une lueur dangereuse dans ses yeux.

-Pourquoi avoir tué ces sorciers et moldus, pourquoi vous être allié avec une moldue, au risque de tout détruire, de révéler votre pouvoir aux yeux de tous ? Pourquoi avoir agi seul, si vous tenez à accomplir votre destin en compagnie de votre frère ?

L'envie de savoir mélangée à l'adrénaline lui faisait oublier toute prudence. La démonstration d'une forme de magie qu'elle ne connaissait pas la rendait curieuse. Peu à peu, la salle était envahie par des brumes noires, obstruant sa vue. Elle avait cru sentir les puissances maléfiques s'infiltrer dans sa peau quelques temps plus tôt elle comprenait à présent qu'il n'en était rien. La fumée se répandait dans son sang, dans ses voies respiratoires, à l'odeur putride de mort, et à la sensation de feu. Ses yeux la brûlaient, elle voulait hurler mais ses sens la quittaient tour à tour. Un bras musclé la saisit et l'enserra fermement, l'empêchant de se dégager. Lorsque enfin, tout se dissipa, la lumière émeraude avait redoublé d'intensité, et une femme était enchaînée sur l'autel de marbre noir. Rathbone relâcha son emprise sur elle pour tenter de barrer la route à son jumeau. Celui-ci le repoussa sans peine.

-Pourquoi ? Dis leur, Reyna, pourquoi. Par jeu, tout simplement. Avec autant de pouvoir qui coule dans mes veines, l'ennui est mon pire ennemi. J'ai rencontré Reyna Edelweiss alors qu'elle souhaitait se venger de sa sœur, qui avait épousé l'homme qu'elle aimait. Sais tu que la jalousie peut être un pire motivateur que la haine ? Je l'y ai aidé –un simple Avada Kedavra, et il lui a suffit de jouer les éplorées et de quelques sortilèges d'amnésies pour la faire écarter de tous soupçons. Puis nous avons découvert que nous étions l'opposé l'un de l'autre, et…

Arya connaissait déjà les explications qui suivirent, et sentit une once de fierté l'envahir pour l'avoir deviné avec l'aide de ses amies.

-Nous nous sommes laissé griser par le succès et le pouvoir, hoqueta soudain la femme. Nous voulions savoir quel serait le génie qui comprendrait –des gamines de onze ans, comme c'est vexant ! Malheureusement, le ministère s'en est mêlé et nous avons du suspendre notre jeu… Mais Ewan est une bonne cible, également.

Elle avait la peau diaphane et de longs cheveux bruns. Son visage tuméfié devait avoir été magnifique. Elle dévorait Ethan des yeux, fous et amoureux, et parlait de ses meurtres avec passion et jouissance. Ils s'étaient menés l'un et l'autre vers la folie meurtrière, l'appel du sang et de l'adrénaline. A présent, elle se trouvait de nouveau trahie par l'homme qu'elle aimait, qui s'apprêtait à la sacrifier sur l'autel du pouvoir. En dépit de son dégoût pour la meurtrière, l'enfant se sentait haineuse contre le sorcier.

-Tu crois pouvoir m'échapper, enfant ? Mon frère te sacrifiera, ou je te sacrifierai pour lui, et il aura beau lutter, sa vraie nature reprendra le dessus.

-Arya, ordonna Rathbone, reviens près de moi.

Son ton était doux mais ferme. Il avait retrouvé sa détermination et ressemblait à l'homme qu'il avait été au début de l'année. Elle se sentait de nouveau parfaitement en confiance à ses côtés, et charmée par sa douceur. Avant qu'elle n'ait pu esquisser un geste, de nouvelles brumes envahirent la pièce, faisant hurler Reyna. Puis les jumeaux réapparurent, vêtus des mêmes robes de sorciers vertes. Ils avaient le même regard affolé.

-Arya ! Viens près de moi ! dit l'un des deux.

-Ne l'écoute pas ! hurla le second.

L'enfant blonde resta un moment interloqué. Elle ne les connaissait pas assez pour pouvoir les reconnaître, ni ensemble, ni séparément. Ils avaient exactement la même expression, douce et affolée. Pourtant, son choix mènerait à la salvation ou la déchéance du monde des sorciers et du bien. La raison pour laquelle Melania l'avait envoyée –des semaines plus tôt lui semblait-il- lui revint en mémoire. Elle avait une partie animale, plus instinctive que les humains, apte à discerner le mal. Pour la première fois depuis qu'elle avait été mordue, elle accepta qu'elle devrait désormais vivre avec le loup, et qu'il empiéterai sur sa vie, parce qu'il faisait partie d'elle. Sans lui, elle n'était plus la même. Fermant les yeux, elle s'efforça de retrouver la sensation qu'elle avait parfois, en dépit du fait que ce soit le milieu du cycle. Elle n'eut pas besoin de réveiller la bête tapie, le loup avait senti le mal, lui aussi. Il grognait, il l'avertissait. Elle inspira profondément, et attendit le résultat, puis, sans hésiter, se dirigea vers l'homme le plus proche de l'autel. Il l'attrapa au poignet et l'amena d'un bond vers la bibliothèque, sa baguette à terre et sa main brandie, prête à ériger un bouclier.

-Tu as perdu quoi qu'il arrive, Ewan !

Ethan prit un poignard orné d'une obsidienne, s'entailla le poignet, lécha le sang, puis fit de même avec les poignets, les cheville, la tête de Reyna, qui hurlait face à la douleur, les yeux révulsés. Il semblait ailleurs, concentré sur un rituel inconnu. La nausée frappa de nouveau l'enfant-loup, qui crut s'évanouir. Rathbone sortit un poignard de sa botte, orné de marbre blanc cette fois.

-Je suis navré, murmura Arya. De vous avoir cru coupable. Je regrette de ne pas avoir suivi vos cours avec attention, ils étaient la plupart du temps passionnants.

Ewan lui adressa un pâle sourire.

-Merci, Arya. J'aurais bien aimé assister à votre épreuve pratique, malheureusement… Je suis sûr que vous aurez une excellente note.

Pendant que son jumeau psalmodiait en latin, espagnol et portugais, il parcourait les étagères à toute vitesses, ouvrant des flacons, inspectant les étranges objets magiques.

-Reculez, Arya, ordonna-t-il.

Elle obéit, le suivant du regard, intriguée.

-Puis-je vous aider ?

Il la dévisagea un instant, et lui fit signe d'approcher d'un signe de tête. Il enroula une ficelle autour de trois de ses doigts, et accrocha le poignard à l'extrémité. Il le reprit ensuite précautionneusement, et appliqua dessus tout un tas de substance en marmonnant également dans une langue étrangère. Ethan se redressa soudainement, les yeux devenus d'un noir d'encre. Il jura dans une langue latine qu'elle ne put reconnaître, et sortit du pentagramme. Elle attira l'attention de son professeur, et il se retourna à temps pour maintenir son jumeau à distance. Lorsqu'ils engagèrent un nouveau duel, elle l'observa lutter comme elle luttait contre son corps qui se métamorphosait en loup, et quand il tomba à terre, son premier réflexe fut de se ruer à ses côtés. En voyant les yeux d'Ethan braqués sur elle, elle comprit que ce n'était pas la chose à faire, et se rappela qu'elle n'était qu'une enfant de onze ans. Elle ignorait depuis combien de temps Melania était partie chercher du secours, mais elle avait du se perdre dans le dédale, sans quoi les professeurs l'auraient rejointe, à présent. Ethan l'attrapa violemment par le poignet et l'approcha du pentagramme. Un voile rouge tombait sur ses yeux, et elle crut s'évanouir. Son corps s'arqua pour résister.

-Impero.

Elle sentit sa volonté lui échapper, puis Ethan la relâcha à quelques centimètres de la figure géométrique.

-Entre dans le cercle, Arya.

La rage perçait de sa voix, il se faisait menaçant, et déterminé à l'obliger à entrer de sa propre volonté. Il pointa sa baguette sur la jeune sorcière, qui réagit instinctivement et planta profondément ses dents dans sa main, en attrapant sa baguette. Pendant que l'homme reculait dans le pentagramme, elle lança :

-Federlum !

Il ne s'y attendait pas, et se retrouva immobilisé. Elle recula prestement, et se heurta à Ewan, qui lui sourit, le visage rayonnant de fierté. Il reprit son poignard orné de marbre, et agita sa baguette.

-Incendio !

Les flammes jaillirent dans le cercle. Comme son jumeau, il s'entailla le poignet et recueillit son sang avec sa lame.

-Je n'ai pas beaucoup de temps, Arya.

Il s'agenouilla à sa hauteur, et elle put voir les larmes couler sur ses joues. Toute sa tristesse, sa détermination et sa fierté étincelaient dans ses yeux de nuit.

-Il y a tant de choses… J'aurais voulu que tu ne sois jamais impliquée dedans, tu auras suffisamment à faire avec… Mais à présent… Toi et tes amies…vous devrez apprendre à vous connaître, intérieurement. Lis le livre que je t'ai donné, il te sera utile. Et prends garde, nous ne sommes pas seuls…

Il s'emmêlait dans ses explications, voulant lui dévoiler tout ce qu'il savait.

-Le loup, qui est en toi, il faut que tu apprennes à l'accepter. Il t'a sauvé la vie ce soir, il recommencera.

Il jeta un regard en arrière. Ses flammes empêchaient Ethan de passer, mais il ne tarderait pas à les contrer. Arya sentait les larmes glisser sur ses joues également.

-Dévoile la vérité… Et dis à Alexei… Dis lui…Il le sait déjà… J'aurais aimé pouvoir lui dire en face, et je… Merci, Arya. En me permettant de contrer mon frère, tu as accompli une grande action.

Il se releva, l'embrassa sur le front, puis serra son poignard dans sa main droite et plongea dans les flammes. Elles prirent une teinte émeraude, blanche, puis noires et enfin rouge tandis qu'une sensation de brûlure et de mort dévorait l'enfant-loup de l'intérieur. Elle vit des brumes écarlate envahir la caverne puis perdit enfin conscience.