Coucou ! Et voilà, Sirius doit maintenant s'expliquer ;) J'ai juste une petite rectification à faire, je place l'histoire pendant la septième année de nos chers protagonistes ;) (avant, ils étaient dans leur sixième année) ! Merci pour les commentaires encore une fois et bonne lecture :) !
-Désolé, j'ai déjà une cavalière.
Ses paroles frappèrent Lucy comme une gifle lancée avec force. Sa respiration se coupa pendant un court instant. Ses genoux tremblèrent légèrement. Ah. Alors c'était comme ca. Finalement, elle avait sa réponse. Sirius n'a fait que s'amuser avec elle. Les larmes lui vinrent aux yeux.
Mais bientôt elle se reprit. Elle n'était pas faible, n'est-ce pas ? Ça ne lui faisait rien que Sirius préfère aller au bal avec une autre fille, sûrement plus belle et plus intéressante. Ça ne lui faisait rien... N'est-ce pas ? Alors pourquoi cette tristesse avait envahi son corps ?
-Ah bon ? Demanda la fille à Sirius. Et c'est qui ?
-Ca changerait quoi que je te le dise ?
Elle détourna son regard de Sirius. Elle n'avait plus rien à faire ici.
-Je t'ai connu plus gentil, Sirius. Plus... Tendre avec les filles.
Coup de poignard planté dans le dos de Lucy, qui s'éloignait pour vaguement rejoindre Lily. Le sous-entendu était clair. Très clair, même. Elle se força à mettre de cote ce qu'elle avait dit dans son esprit. Elle y arriva plus ou moins bien. Plutôt moins que plus, à vrai dire.
-Maintenant en te voyant, je dirai presque que je regrette. Je t'ai dit que je n'irai pas au bal avec toi. Pourquoi t'es encore là ?
Sifflement de vipère, plein de rancœur contenue.
-Ne reviens pas vers moi dans deux jours. J'en ai marre de tes caprices. Je crois que les autres aussi. Tu ne traines plus avec nous, alors je crois que tu vas avoir du mal à te retrouver des copines, lâcha-t-elle avec un rire qu'elle voulait supérieur. Quoique... Peut-être les petites intellos de Serdaigle ? Et encore !
Et sur ces mots, elle se retourna et repartit vers le château de ses longues jambes, fière de son effet. Un sourire était appliqué sur son visage, mais il se fana légèrement lorsqu'elle entendit Sirius aboyer un rire dans son dos. Définitivement con, ce mec. Elle ne mentait pas quand elle avait que sa popularité avait baissé, même si elle avait peut être un peu exagéré sur la chose.
Sirius, toujours planté au même endroit, arrêta de rire et se passa la main dans ses longs cheveux.
-Et si je ne voulais plus qu'une seule fille maintenant, tu dirais quoi, stupide guenon ?
Mais seul le vent lui répondit, et s'amusa avec ses cheveux, comme une douce caresse. Il soupira et regarda la silhouette de Lucy s'éloignait doucement.
-Allez mon gars, faudrait pas qu'elle ait mal compris.
Et il se mit à traverser le parc en courant d'une foulée souple et coulée. Il la rattrapa bien vite et observa ses longs cheveux blonds qui se balançaient dans son dos, son pull ample qui cachait ses formes et son pantalon qui moulait ses jambes ni très fines, ni très grosses. De dos, il se fit la remarque qu'elle était terriblement attirante.
-Lucy ! Attends, attends moi !
Elle s'arrêta brusquement mais ne lui fit pas face.
-Qu'est-ce qui a ? Lança-t-elle d'une voix qu'il interpréta comme triste, mais sèche à la fois.
-Lucy.
Un seul mot. Un seul prénom. Qui pourtant transmettait tout ce qu'il ne pouvait pas, tout ce qu'il ne voulait pas dire. Lentement, il la contourna pour venir se planter face à elle, et détailla son visage, où se reflétaient la tristesse, l'indignation et une sorte d'attente.
Elle croisa les bras, enfouissant ses mains dans ses manches, comme elle aimait le faire quand elle ne savait pas comment agir, quoi faire. Sirius ne put s'empêcher de se faire la réflexion que cette posture soulignait sa poitrine, mais s'asséna une claque mentale. Ce n'était pas le moment pour ca.
-Lucy, regarde moi.
Elle leva enfin les yeux vers lui, et il vit qu'ils brillaient. Il faillit soupirer. Si, elle avait mal compris. Qu'est-ce que les filles étaient compliquées parfois !
-Lucy... Je ne sais pas trop comment dire ça.
-C'est bon, j'ai compris. Tu t'es bien amuse au moins j'espère ? Ne put-elle pas s'empêcher de rajouter avec une ironie amère.
-Non, tu n'as rien compris du tout.
Il se passa une main dans ses cheveux, mi-agacé, mi-content d'en être arrivé là et de ce qu'il s'apprêtait a lui dire.
-La cavalière que j'ai, enfin que j'aimerais, c'est toi. Si tu veux bien, rajouta-t-il.
Silence. Gros yeux de la part de la blonde.
-Moi ?
-Oui, tu connais peut-être une autre blonde qui s'appelle Lucy et qui est au passage un peu bouchée ? Dit-il avec son insolence habituelle, preuve qu'il voulait que la tension entre eux disparaisse.
Elle ouvrit la bouche, indignée.
-Je ne suis pas bouchée. D'où tu oses me dire ça ?
Elle s'approcha de lui et le frappa sur l'épaule de ses poings.
-C'est sûr que moi, je ne traine pas avec tous les mecs qui passent ! Pardon d'être comme ça !
Il rit, même s'il savait qu'elle avait touché un point sensible. Il avait toujours été frivole, recherchant simplement de l'amusement, pour oublier, simplement oublier. Et peut-être pour panser ses blessures, mais ça n'avait jamais marché. Ou pour rechercher l'attention dont il avait toujours manqué. Et il comprenait qu'aux yeux des autres, il était toujours paru comme quelqu'un qui s'en foutait de tout, sauf des autres Maraudeurs. Ca ne l'avait jamais dérangé. Jusqu'à cet instant. Il avait l'étrange envie de lui prouver qu'il ne jouait pas avec elle, que d'une certaine façon, elle était entré dans sa vie et qu'il tenait à elle. Elle était un vent frais dans sa vie, un vent dont il avait eu désespérément besoin toute sa vie.
Il attrapa dans ses grandes mains ses petits poings et arrêta ses mouvements en plongeant son regard dans le sien.
-Je sais ce que tu dois te dire, et je ne peux pas nier. Je ne peux pas te mentir. Mais ces derniers temps, ces filles me font ni chaud ni froid. Et puis, je t'ai jamais demandé de changer, Lucy. Reste comme t'es, c'est très bien. Reste la fille que j'ai appris à connaitre et dont la compagnie m'amuse étonnamment, alors que à la base, on peut pas dire que t'es le genre de fille avec qui j'ai toujours traîné.
Un sourire, toujours arrogant, toujours, puis :
-Bon alors, c'est oui ou c'est non ?
Pour se laisser le temps de se remettre de toutes ces émotions qui tourbillonnaient en elle, elle lança:
-Bon pour quoi ?
Il lui jeta seulement un regard amusé, lui signifiant qu'il comprenait très bien son manège.
-C'est bien parce que j'ai personne d'autre encore ! Tu te rends compte de ta chance, en ce moment ?
Il rit de bon coeur, très content qu'elle ait accepté. Il n'en avait pas douté jusqu'à ce petit moment où elle avait paru considérer la chose. Il avait pour un infime instant peur qu'elle ne dise non.
-Je pourrais te dire la même chose ! Tu ne devrais pas être en train de t'evanouir de joie d'aller avec le célèbre Sirius Black ?
Elle recula, croisa les bras et le détailla exagérément de haut en bas. Elle eut une mine pensive. -Hum, c'est bizarre, tes chevilles devraient commencer à bien enfler, en ce moment...
Il la regarda un instant, n'ayant pas compris, puis un fin sourire se dessina sur ses lèvres.
-Peut-être juste parce que c'est la vérité.
Elle pouffa.
-Quoiqu'il en soit, je t'attendrai dans la Grande Salle à 20h d'accord ? Essaie de me reconnaître, lui lança-t-il avec un clin d'oeil. Et puis, t'as intérêt à être belle mais à faire peur, ajouta-il, déjà en s'éloignant. Bon, tu me diras, t'as pas besoin de te forcer pour ça.
Et il partit rejoindre James, qui avait lâché Lily, et lui prit les épaules en rigolant.
"On dirait vraiment qu'il aboie quand il rigole..." se dit Lucy, qui n'avait pas bougé.
Elle repensa à la vitesse où sa colère et sa déception s'était transformés en ravissement. Et que Sirius en soit la cause à lui seul l'inquiéta légèrement. Et si elle devenait totalement dépendante de lui, et qu'elle se trouvait comme un pantin qu'il pourrait manipuler au gré de ses envies ? Elle observa le garçon qui rentrait vers le château avec ses amis, souriant comme à son habitude, et se dit pourtant que ça n'arriverait pas. Elle l'espérait de tout son coeur.
Lucy commença lentement à marcher vers Lily et ses amies, en se passant une main sur le visage. Elle n'y croyait toujours pas. Sirius lui avait demandé de l'accompagner au bal ! Elle ne put empêcher un petit sourire, bien peu par rapport à sa joie intérieure, de se dessiner sur ses lèvres. Elle se reprit, presque malgré elle, à espérer.
Et la dernière phrase qu'il avait dit ne l'aidait pas à s'en empêcher. Comment interpréter ses mots ? Est-ce que c'était sa manière à lui pour lui dire qu'il la trouvait mignonne ?
Elle secoua la tête. Encore une fois, elle allait sûrement trop loin. Mais ça ne la dérangeait pas.
XxX
Il savait que c'était pour bientôt. Mais il ne s'attendait pas à ce que ce "bientôt" soit aussi proche.
Il avait l'impression que depuis que la voix lui avait susurré les mots, elle ne l'avait pas quitté. Un coin de son esprit était continuellement occupé, comme si on lui arrachait cette liberté. Sa liberté personnelle, celle de penser.
Il avait l'habitude que ses actes soient conditionnés. Conditionnés par ce qu'il appelait, par défaut d'un autre nom, ses "amis", par ses parents, par Lui. Puissance effroyable, qu'il ne pouvait contrer. Qu'il n'essayait même pas de contrer. Mais il avait toujours pu penser ce qu'il voulait. Jusqu'à l'instant où cette voix qui le rendait fou s'était infiltré dans sa tête.
Il savait qu'il n'était pas le seul. Les autres ne l'avaient pas dit, parce qu'on ne dit pas ces choses là, mais il avait lu dans leurs yeux. Il avait lu la peur, il avait lu l'attente, il avait lu le plaisir de faire souffrir. Pourtant, ce plaisir ne se retrouvait pas chez lui. Il y avait chez lui cette plaie béante, jamais refermée, qui ouvrait un vide en lui, une faille, et qui l'empêchait de prendre ce plaisir d'infliger le mal. Une plaie à laquelle on avait jamais accordé le soin nécessaire pour la soigner, une plaie qui, il s'en doutait, ne se refermerait jamais.
Il rejeta la tête en arrière, avec un fantôme de sourire amer sur les lèvres. Il y a des choses contre lesquelles on ne lutte pas. La puissance. Le destin. La nature humaine.
S'il restait une ombre d'espoir en lui, elle était ensevelie sous un énorme poids. Mais ça ne le dérangeait pas.
Mieux valait qu'il ne cherche plus l'espoir, dans le monde où il vivait. Parce qu'il chercherait longtemps. Très longtemps. Et il préférait ne pas se poser de questions. Aucune question. Jamais.
Sinon, il tomberait pour plus ne jamais se relever.
XxX
-Eh bien, ça à l'air d'aller mieux, dit Alice à l'attention de Lucy qui s'était rapprochée.
Elle eut un petit sourire et se contenta d'un simple « oui ».
Sarah lui passa un bras autour des épaules, toute excitée.
-Alors, qu'est-ce qu'il t'as dit, qu'est-ce qu'il t'a dit ? C'était super classe sa façon de te rejoindre ! Et même si on était loin, on voyait qu'à la fin, il a obtenu ce qu'il voulait ! Je pense que tu ne dois pas être mécontente non plus. Ah, qu'est-ce qu'il est beau, Sirius...
Elle continua son monologue pendant un petit moment, perdue dans son monde. A la fin, Alice lui mit finalement une main sur le bras pour lui signifier d'arrêter de parler et de respirer, puisque Lucy ne pouvait absolument pas placer un mot. Elle faisait preuve de son calme habituel, mais on voyait bien que la petite brunette était curieuse elle aussi de savoir ce que Sirius avait dit à Lucy.
-Eh bien... Je vais au bal avec Sirius, dit la blonde avec toute la décontraction qu'elle réussit mettre dans ses paroles, pour que ce fait paraisse anodin.
Un sourire se peignit sur les lèvres d'Alice, qui hocha la tête de manière entendue. Lucy et elle se comprenaient étonnamment bien sans utiliser de mots. Alice avait comme saisi le vacarme qui régnait dans la tête de la blonde.
Ce qui n'était pas le cas de Sarah, qui reprenait ses exclamations bruyantes sur la chance que Lucy avait d'être accompagnée du célèbre Sirius pour le bal d'Halloween, que son déguisement allait à coup sûr être magnifique, mettant en valeur son corps de dieu. Amusée, Lucy l'arrêta tout de même.
-Et Lily ? Demanda-t-elle, avant tout inquiète pour son amie.
Alice désigna derrière elle l'arbre contre lequel elles étaient toutes les quatre installées en début d'après-midi. Lucy y vit une tête rousse et s'approcha de sa meilleure amie. Lily regardait le lac avec un regard vague, mais ce qui rassura Lucy, ce fut ses joues sèches. Lily ne pleurait plus. La blonde s'assit elle aussi contre l'arbre, sans dire un mot. Elle savait que quand son amie se sentait mal, ça ne servait à rien de la presser de questions. Elle n'y répondrait pas. Mais elle se déciderait seule de quand parler, si elle le voulait.
Les mots ne tardèrent pas à s'élever, leur douce mélodie teintée de tristesse bravant la petite brise qui s'était levée, pour se perdre à la surface du lac.
-Il n'est plus celui que j'ai connu.
Lucy ne trouva aucune réponse à donner à la rousse, alors elle ne dit rien. Mais cela ne dérangea pas Lily, qui ne voulait pas s'encombrer de jolis mensonges qui ne servaient à rien.
-Je n'ai plus retrouvé dans ses yeux l'ami qui m'avait toujours épaulé, et dont la compagnie m'avait toujours fait plaisir. Il n'est plus le même, souffla-t-elle.
Une feuille tomba sur la cuisse de la blonde, qui leva son regard sur les branches de l'arbre. Bientôt, elles se dégarniraient.
-L'automne va arriver, et les arbres vont perdre leur feuillage. Tu vois, Lily, même la nature change.
-Pourquoi ? Murmura la rousse, qui ne voulait pas que les choses qu'elles aimaient changent.
-Même si une étoile meurt dans la nuit, il y en aura toujours d'autres pour la remplacer. Elles seront des milliards.
Lucy s'arracha à la contemplation de l'arbre et du ciel à travers le vert qui se teintait d'orange des feuilles, pour regarder son amie. Elle se colla un peu plus contre elle, comme pour lui prodiguer sa chaleur.
-Rogue était peut-être une étoile dans ta vie, il y a des moments où il faut les laisser s'éteindre. D'autres personnes combleront ce vide qui s'est fait dans ton cœur, crois-moi.
Lily posa sa tête sur l'épaule de la blonde, reconnaissante de son attention et de ses paroles.
Une larme solitaire roula sur sa joue. Comme un adieu.
XxX
4 avril 1972
Punaise, c'est vraiment trop dur ! Ça fait tellement mal ! Qu'est-ce qui leur a pris de vouloir faire ça tout à coup ?
D'accord, c'est bien d'aider ses amis, mais est-ce qu'on avait vraiment besoin d'aller jusque là ? En plus, c'est tellement chiant, on doit faire plein de recherches, parce qu'il veulent faire un truc, mais ils savent pas comment. Super ! En plus, la bibliothécaire s'acharne sur moi, alors que j'ai rien fait, elle est vraiment chiante...
Bon, finalement, je crois qu'ils sont allés dans la Réserve et qu'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient. Il faut dire que j'étais pas très motivé pour les aider à chercher.
Mais maintenant, on a commencé. Ils ont dit qu'il fallait une volonté forte pour y arriver. Est-ce que ça va être possible pour moi ?
XxX
C'est dans un climat d'excitation, d'attente et de préparation que le temps est vite passé. Lucy avait toujours trouvé étrange la façon dont le temps pouvait s'étirer pour qu'on ait l'impression que des minutes duraient des heures, ou le contraire. Et c'est donc dans une atmosphère joyeuse et décontractée que le bal se trouvait déjà être le lendemain soir.
Leurs costumes étaient prêts, les cavaliers trouvés, et les filles n'avaient pas de soucis à se faire pour l'organisation de la soirée. Alors quel était ce mauvais pressentiment qui avait envahi Lucy dans la soirée, l'obligeant à garder les yeux ouverts, à contempler la nuit à travers la fenêtre, alors que les autres filles dormaient ?
Elle ne comprenait pas son esprit. Elle était maintenant en vacances pour deux semaines, des vacances qu'elle jugeait méritées. Elle n'avait plus beaucoup revu Sirius depuis l'après-midi dans le parc, mais elle savait que son intention d'aller avec elle au bal tenait toujours. Elle avait réussi à convaincre Lily de ne pas choisir une robe encore plus courte. Alors pourquoi avait-elle l'impression qu'un sentiment d'urgence habitait tout son être, toutes les cellules de son corps ? Un sentiment qui lui donnait envie de crier jusqu'à n'en plus pouvoir, un sentiment qui chassait le sommeil loin, très loin d'elle.
Elle se leva et se nicha sur le rebord de la fenêtre. La pierre avait beau être froide, elle adorait se mettre là, et regarder le parc à travers les carreaux. Elle voyait même le lac, qui parfois frémissait. Est-ce que c'était le calamar qui remontait brièvement à la surface, ou une autre créature, cachée dans les profondeurs de l'eau ? Peut-être une sirène... Elle eut un bref sourire en se disant qu'elle aurait aimé voir une sirène, et savoir si elles étaient vraiment aussi envoûtantes qu'on le racontait. Elle reporta son regard sur les arbres qui parsemaient l'herbe du parc. Ils semblaient l'attirer, l'enjoignant de rejoindre l'extérieur, rejoindre la nature pour se fondre en elle. Ne faire qu'un avec cette nature si belle, si apaisante.
Mais elle ne pouvait pas. Avec un sourire triste, elle se dit que vraiment, si elle ne dormait pas,elle n'allait pas avoir besoin de maquillage pour son déguisement. Son visage fatigué suffirait à faire fuir les gens. Elle regarda encore quelques minutes l'extérieur et s'imprégna de son calme pour atténuer l'impression d'urgence qui pulsait en elle. Il ne pouvait rien lui arriver, alors s'affoler n'avait pas de sens.
Elle parvint finalement à trouver le sommeil, qui l'accueillit presque à regret dans ses bras. Comme pour se venger de son intrusion, elle ne dormit pas bien, taraudée par des cauchemars qu'elle n'arrivait pas à se rappeler à son réveil, mais donc l'impression était marqué dans son corps. Une seule phrase lui resta à l'esprit. Étrange écho aux paroles de Rosier, lorsqu'il l'avait menacée. Peut-être plus qu'un hasard.
Vous allez souffrir.
XxX
23 juin 1972
On y est enfin arrivé ! Et c'était vachement dur !
Ils avaient finalement trouvé une incantation, dans un vieux livre tout poussiéreux. Au début, on y croyait pas trop. Comment est-ce qu'une simple incantation pourrait nous permettre de devenir ce qu'on voulait ? Enfin, moi je n'y croyait pas.
Mais ça va valait le coup d'essayer. D'abord, c'était Cornedrue. On lui a donné ce surnom parce qu'il s'est transformé en un cerf. Un cerf ! Il est trop classe ! En plus, ça avait l'air tellement facile pour lui ! Il s'est juste planté à son endroit préféré, le bord du lac dans la Forêt Interdite, il n'a pas bougé pendant longtemps et puis il s'est mis à réciter l'incantation. C'était trop bizarre, on aurait dit qu'il était possédé. Il a été entouré d'un rond de lumière blanche (en plein milieu de la nuit, oui) et puis après, il y avait un cerf à la place !
Il s'est retransformé et nous a dit que c'était super facile, fallait juste s'imprégner de l'endroit que l'on préfère et essayer de ne faire qu'un avec ce qui nous entoure. Et quand je lui ai demandé pourquoi un cerf, il m'a juste répondu que c'était comme ça, qu'il l'avait senti comme ça au plus profond de lui.
Après, c'était le tour de Patmol. Faut dire que j'avais pas très envie moi. On est allé dans une petite clairière de la Forêt. Encore la Forêt ! Pourquoi est-ce qu'ils adorent cet endroit ? Moi, il me fait peur, on ne sait jamais ce qui se cache derrière les arbres...
Pour lui, c'était la même chose, mais peut-être même en plus rapide, parce qu'il avait vu Cornedrue le faire. Il est devenu un gros chien noir et a gambadé gaiement pendant un long moment. Je crois qu'il est celui qui apprécie le plus sa transformation.
Et puis, c'était finalement à moi. J'avais tellement peur. Et si je n'y arrivais pas ? Parce que ça voudrait dire que ma volonté d'aider mon ami n'était pas assez forte ! Les autres me rejetteraient ! Mais ils m'ont rassuré, et m'ont dit qu'ils ne voyaient pas pourquoi ça n'irait pas. Quand il a fallu aller à mon endroit préféré, je ne savais pas. Ce n'est pas comme si j'apprécie énormément le château. Mais bon, je me suis mis à l'orée de la Forêt, parce qu'en même temps, il fallait que personne ne me voie.
J'ai fermé les yeux et j'ai essayé d'écouter autour de moi, comme me l'avait dit Patmol. J'ai essayé pendant longtemps, mais je n'arrivais pas ! Je ne voyais pas ce qu'ils voulaient que je fasse. AU bout d'un long moment, Cornedrue m'a juste dit de penser à Lunard, qu'il fallait l'aider. Alors quand même, je me suis senti prêt, après peut-être une heure. J'ai récité l'incantation mais la lumière autour de moi était moins forte que celle des autres je crois. Et puis d'un coup, j'ai le nez, ou plutôt le museau, au ras du sol. J'avais une queue et des poils. Je n'ai pas compris tout de suite ce que j'étais. En bougeant mes petites pattes, j'ai entendu Patmol dire que j'étais un rat. Je crois que sous le choc, je me suis retransformé. Un rat ! C'est tellement nul par rapport à un cerf ou un énorme chien ! Je croyais qu'on décidait la forme qu'on prenait ! Alors pourquoi personne ne m'a demandé, pourquoi je suis un rat ?
J'ai vu comme Cornedrue et Patmol m'ont regardé pendant une seconde. Mais ils se sont vite repris. En même temps, comment un rat peut aider son ami ?
Quoi qu'il en soit, c'est fait maintenant. On est enfin des Animagi.
XxX
Patmol... Elle avait déjà entendu ce nom quelque part... Oui, plus elle y réfléchissait, plus Lucy était sûr de ça. Quelqu'un qu'elle connaissait avait ce surnom, puisque Patmol, Cornedrue et Lunard ne pouvaient bien sûr pas être des noms. Mais qui étaient ces personnes ? Et puis des Animagi ! Elle savait ce que c'était grâce à un cours là-dessus en métamorphose. Elle savait de plus que McGonagall en était un, un chat. Mais que des élèves deviennent des Animagi ! C'était trop bien !
Elle réfléchit. La personne qui avait écrit ce carnet était en deuxième année, en 72, il l'avait dit à un moment. Ça voulait dire que... Oui, en 72, elle était aussi en deuxième année, alors le mystérieux écrivain était dans son année ! Restait juste à savoir dans quelle maison il se trouvait et surtout, qui il était...
Mais il a parlé d'aider son ami. Dans quels problèmes était cet ami pour qu'il nécessite la transformation de trois personnes en Animagi ? Ça devait être grave. Très grave, puisqu'elle s'imaginait bien qu'ils n'étaient pas des Animagi déclarés. Pourtant, une décharge d'adrénaline traversa son corps. Toute cette histoire était tellement excitante ! Même si encore de nouvelles questions s'ajoutèrent à la pile déjà conséquente. Est-ce qu'elle trouverait un jour les réponses à toutes ces questions ? Elle l'espérait. Mais elle ne se doutait pas qu'elle était sur le point de percer un secret si bien gardé, qui pouvait même s'avérer dangereux...
XxX
L'effervescence avait atteint son comble. Dans tous le château résonnaient des murmures excités, même repris par les nombreux tableaux. Un sentiment de bien-être et de bonheur flottait dans l'air, au milieu des odeurs de parfums plus fortes que d'habitude. En même temps, c'était normal. Au bal, rien n'était comme d'habitude.
-Et... Voilà, c'est fini !
Sarah rajouta la dernière touche de fard à paupières avec un sourire fier.
-Je crois que je me suis plutôt bien débrouillée !
Lucy se leva du lit sur lequel Sarah l'avait installée de force pour se rapprocher du miroir de la salle de bains. Elle posa une main sur le lavabo et contempla son reflet. Son visage était entièrement blanc, mais seuls ses yeux ressortaient. Soulignés par un épais trait de crayon, un mascara qui rendait ses cils trois fois plus gros et beaucoup plus longs et un trait d'eye-liner qui surmontait son œil et qui se perdait presque sur ses tempes, ils attiraient tout de suite le regard. Son bouche était également rehaussée d'un rouge à lèvres rouge foncé qui tirait vers le noir. Elle vit même dans ses cheveux des mèches blanches-argentées, qui donnaient une aura électrique à sa chevelure. Un peu de magie avait été à l'œuvre, mais surtout une bonne dose de maquillage. Sarah s'était surpassée.
Elle remit en place son foulard autour du cou, et sa robe en même temps. Elle était un peu gênée par la taille de la robe noire, trop courte à son goût, puisqu'elle s'arrêtait à mi-cuisse. Mais elle avait cette peur que si elle se penchait, elle remonterait inévitablement. Mais bon, elle faisait un effort, ce n'était pas comme si elle s'habillait comme ça tous les jours. En plus, elle pouvait peut-être un peu râler, mais Lily avait vraiment de très bon goût, parce que son costume était très beau. Le foulard gris, très long, faisait le tour de son corps par plusieurs endroits. Il prenait naissance dans le jupon de tulle, remontait enserrer sa taille, ce qui mettait en valeur sa finesse, puis passait au dessus de sa poitrine pour venir entourer son cou. Il se prolongeait ensuite pour s'enrouler autour de son bras droit. Le tissu gris donnait l'impression que le fil avait été tissé par une araignée, tellement il était fin, et au vu de la couleur. D'ailleurs, ses collants en forme de toile d'araignée rappelait cette idée.
Lucy se voyait elle, mais en même temps, ce n'était pas tout à fait elle. Étonnant, mais pas tellement dérangeant. Contrairement à cette sensation qui subsistait toujours dans son corps, même si elle avait pour le moment oublié ses cauchemars de la nuit.
-Tu es magnifique.
Elle vit Lily s'approcher derrière elle avec un grand sourire.
-Dans le genre beauté effrayante, tu es magnifique, rit la rousse doucement.
-Tu n'es pas mal non plus, taquina la blonde.
Elle se retourna pour regarder son amie et la trouva vraiment belle. Lily avait de toute façon toujours plu aux garçons, question physique. Côté caractère, peut-être un peu moins, mais ce n'était pas ce qui comptait pour le moment.
Elle portait une petite robe blanche, assez courte, qui moulait bien son corps. Le bas était comme prévu déchiré et quelques lambeaux pendaient par endroits, tandis que le haut était un genre de corset, avec des lacets qui formaient un joli nœud. Des taches rouges prenaient naissance sur son ventre et s'amplifiaient en descendant, si bien qu'on avait l'impression que le bas de la robe avait baigné dans le sang. Lucy remarqua aussi les deux petites ailes dans le dos de Lily, qu'elle savait que d'un coup de baguette elle pouvait enlever, si elles devenaient gênantes. Elles frémissaient par moments et si elles étaient belles à la base, plus on baissait le regard, plus on s'apercevait que des plumes avaient été arrachées par endroits, ou cassées. Lily avait juste maquillé ses yeux très noirs, et orné sa bouche d'un rouge à lèvres rouge mat, en dessinant une goutte de sang qui perlait de ses lèvres.
-Un vrai bel ange déchu.
-Parce que tu en as déjà rencontré un toi ? S'amusa la rousse.
-Hmm... Oui bien sûr, pas toi ?
-Bon les filles, faudrait penser à... Wouah, on est vraiment toutes trop belles, s'écria Sarah, qui s'était arrêtée devant la salle de bains.
Lucy et Lily retournèrent dans la chambre et virent avec amusement Sarah qui trépignait d'impatience en commentant leurs costumes. Elle était habillée en uniforme d'écolière lacéré par endroits en plein de sang. Lucy trouva que c'était presque à la limite du vulgaire, mais elle avait l'habitude avec son amie. Elle posa le regard sur Alice qui se tenait tranquillement debout à côté de son lit, mais ses vêtements rendaient son aura impressionnante et elle eut l'impression qu'elle remplissait la pièce de sa présence, ce qui était inhabituel pour la jeune fille discrète et souvent penchée sur ses livres.
-Wah, t'en jette, pour un vampire, lui lança Lily, sincère.
Alice s'amusa à sourire à pleines dents, et les deux filles reculèrent d'un pas en voyant les longues canines effilées qui ornaient sa bouche.
-Bon, on devrait vraiment y aller, si on veut pas faire attendre les garçons !
-Oui, Sarah, lancèrent-elles toutes en même temps.
Elles s'élancèrent dans les escaliers, heureuses, tout simplement, d'être ensemble et d'être sur le point de passer une bonne soirée.
Alors, vous pensez qu'il va se passer quoi pendant ce bal ? Et puis vous savez maintenant qui est l'auteur du carnet ;) Vous verrez, dans le prochain chapitre, je vous réserve plein d'action, mais il faudra s'accrocher... Niark niark niark
