Après le mariage de Marcus Flint avec Lisbeth Edgecombe, les évènements semblèrent s'accélérer, confinant la communauté sorcière à la peur et à la suspicion. Chaque jour, on entendait ou lisait des récits rapportant les derniers crimes commis par les mangemorts, quand il ne s'agissait pas du Seigneur des Ténèbres lui-même. Pour garantir notre sécurité, Père nous confina dans le manoir, avec une interdiction formelle de communiquer avec l'extérieur, alors que les attaques se multipliaient. Si jusqu'à présent, je n'avais pas vraiment pris conscience de la guerre, les mesures coercitives de Père et la panique qui gagnait petit à petit tout un chacun, me firent voir la réalité en face. Rufus Scrimgeour, notre nouveau ministre de la magie, faisait publier dans la Gazette du Sorcier chaque jour, un communiqué indiquant les disparitions inexpliquées et les victimes des mangemorts. Partout, des sorciers se claquemuraient chez eux, priant Merlin pour ne pas être les suivants.
Quand il nous emmena sur le Chemin de traverse pour acheter nos livres, Père ne nous lâcha pas d'une semelle. Theophilius tenant fermement Daphnée par la main, tous deux nous suivirent partout prêt à transplaner au moindre mouvement suspect. Certes, en tant que Sang-Pur, nous n'avions rien n'à craindre à proprement parler, mais Père craignait que le Seigneur des Ténèbres tente de le rallier à sa cause de force plutôt que de grée, en s'attaquant à nous. Il resta tendu, comme à l'affût, durant toutes nos courses. Daphnée et moi échangeâmes un regard désolé en voyant le triste spectacle qu'offrait la rue commerçante, pratiquement déserte à présent. Beaucoup d'enseignes avaient fermé leurs portes, par crainte des mangemorts. Pire encore, on avait appris récemment, que les Détraqueurs s'étaient alliés aux forces du mal et qu''Azkaban n'était plus gardé par les terribles créatures. Partout les ombres semblaient s'étendre sans que rien ne parvienne à les en empêcher de croître…
- Vous croyez que les choses vont changer cette année ? Interrogea Susie la tête appuyée sur la vitre de notre compartiment dans le Poudlard Express.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Demandai-je incrédule.
- Eh bien…est-ce qu'on va avoir des mesures de protection supplémentaire…comme des aurors ou je ne sais quoi, expliqua-t-elle inquiète.
- C'est prévu, déclara Lucy, Screamgeour a assuré à la Gazette que l'école serait protégée coûte que coûte, alors il faut s'attendre à côtoyer des aurors pour cette année.
- Parce que tu penses que cette mesure est exceptionnelle ? S'étonna Matilda.
- J'en suis sûr, décréta Lucy, Dumbledore est le plus grand sorcier de tous les temps, si Vous-savez-qui se pointe, il en sera pour ses frais, je suis certaine que sous ses allures de vieux gâteux totalement sénile, papy Dumby est tout à fait capable de botter les fesses de n'importe qui ! Et surtout les siennes !
A défaut de nous convaincre, Lucy eût au moins le mérite de réussir à nous faire sourire. Dans d'autres circonstances, on aurait peut-être même pu rire de cette boutade extravagante, mais les choses étaient trop graves, trop oppressantes, pour qu'on les prenne avec légèreté. Regardant Susie en face de moi, je ne pouvais m'empêcher d'avoir un pincement au cœur, en repensant à toutes ses choses que ma mère m'avait révélé. Fallait-il qu'elle est aimée Lysander pour éprouver une rancune aussi tenace ! Devais-je en parler à Susie ? Après tout, parmi les propos de Mère, il n'y avait rien qui puisse concrètement l'aider à avoir un ascendant sur son oncle. De plus, était-ce une bonne chose que de lui avouer que ma propre mère avait un jour été promise à son père qu'elle n'avait jamais connue ? Au mieux cela risquait de jeter un froid entre nous, surtout si je lui parlais de la rancœur qui animait encore ma mère vis-à-vis de Lysander. S'interrogeant sur la signification de mon observation prolongée, Susie me demanda si tout allait bien. Confuse d'avoir été si rapidement découverte, je baragouinais une excuse acceptable et bénit intérieurement Matilda quand elle vola à mon secours.
- Au fait Susie tu ne nous a rien dit de tes vacances ! S'empressa d'énoncer ma meilleure amie en dardant sur moi ses prunelles sombres qui scintillaient de malice, alors raconte qu'est-ce qu'il s'est passé après que le professeur Lupin est venu te chercher à la gare ?
- Oh et bien…nous sommes partis rejoindre maman qui nous attendait dans la voiture avec une jeune auror très sympa, Tonks si je me souviens bien. On est allé dans notre nouvelle maison et le professeur Lupin en a fait le tour avec l'auror pour mettre en place toute une batterie de protections et de sortilèges de sécurité. Maman était un peu effrayée mais il lui a tout expliqué calmement et elle a fini par se faire une raison…enfin je crois, dit-elle avec une inquiétude perceptible.
- Et…à propos de ton père, vous en avez parlé ? Risqua Lucy d'une voix hésitante.
- Oui, murmura-t-elle avec peine, elle m'a raconté…comment ils s'étaient rencontrés et quand je lui ai montré les articles que Tory m'avait donné, elle a beaucoup pleuré…mais elle m'a expliqué ce qu'il s'était passé entre eux.
Durant le temps qui suivit, Susie nous raconta la triste histoire de ses parents. Sa mère avait à peine vingt ans et travaillait dans un café quand un soir, un jeune homme sale et affamé fit brusquement irruption dans la salle qu'elle nettoyait pour la supplier de lui donner à manger. Lysander vivait apparemment dans les rues du Londres Moldu sans la moindre ressource. Il devait déjà souffrir de la faim depuis plusieurs jours quand il osa franchir le seuil du café pour demander de l'aide.
- Elle l'a pris en pitié et l'a amené dans son petit appartement, raconta Susie d'une voix tendre, je vous dis pas le choc quand elle a découvert qu'il était un sorcier. Il a sorti sa baguette magique alors qu'elle venait juste d'ouvrir la porte et a lancé un sortilège pour savoir si les lieux n'étaient pas piégés ! Ma mère a cru qu'elle avait affaire à un dingue ! Sur le coup elle a eût envie d'appeler la police, l'équivalent des aurors pour les Moldus, précisa-t-elle pour Matilda et moi, mais papa aurait passé la nuit entière à lui expliquer qu'il était un sorcier. Il avait fui sa famille qui vouait un culte à Vous-savez-qui et qui cherchait à le faire rejoindre les mangemorts, comme son frère Octavius. Devant leur insistance il n'a pas vraiment eu d'autres choix que de prendre la fuite et d'errer dans le monde moldu en utilisant le moins possible la magie, sauf en cas de danger. Lui et maman avait le même âge apparemment et elle m'a dit qu'elle l'avait trouvé très brave. Elle n'a pas su trop m'expliquer comment…mais quoiqu'il en soit papa est vite devenu son colocataire avant qu'ils ne tombent amoureux. Il lui racontait des choses extraordinaires sur le monde de la magie, et était passionné passionnée par les dragons et la métamorphose. Il lui a aussi expliqué les règles du Quidditch, mais elle n'y comprenait rien ! Ils sont mariés peu de temps après ça. Le jour où elle lui a appris qu'elle était enceinte, elle m'a affirmé qu'il était fou de joie, énonça mon amie les yeux brillants d'émotion.
- Mais pourquoi elle ne t'a pas dit tout ça avant ? S'étonna Lucy.
- Parce qu'elle pensait qu'il nous avait abandonné. Elle était enceinte de six mois quand elle a trouvé l'appartement vide un soir en rentrant du travail. Papa lui avait laissé une lettre qu'elle a gardée.
A notre plus grande surprise, nous vîmes Susie sortir de l'une de ses poches un morceau de papier jaunie qu'elle me tendit. Matilda se leva pour s'asseoir à mes côtés tandis que Lucy se penchait sur mon épaule pour lire la lettre d'adieu de Lysander Whitehorn.
Sara,
Ma douce et merveilleuse Sara. Je sais que tu ne comprendras sans doute pas pourquoi je suis parti, mais s'il te plaît crois-moi quand je t'écris que je le devais. J'ai passé auprès de toi les plus extraordinaires années de ma courte vie et si je devais définir le bonheur, Sara, je dirais que je ne l'ai connu qu'avec toi. Mais je ne peux pas rester.
Nous n'appartenons pas au même monde et tôt ou tard, cela finira par nous détruire, d'une manière ou d'une autre. Je suis désolé mais on a essayé et ça ne peut pas marcher. Tu sais qu'au fond de toi j'ai raison. Je ne peux pas t'obliger à vivre dans un monde qui n'est pas le tien et j'en ai assez moi-même assez de jouer la comédie en me faisant passer pour ce que je ne suis pas.
Je suis sûre que notre petite fille à naître sera tout ton portrait. J'ignore si je la rencontrerai un jour, sans doute pas et je le regrette, je le regrette sincèrement. Dans un sens il vaudrait sans doute mieux pour elle, j'espère du fond du coeur qu'elle tienne de toi bien plus que de , non, il ne faut pas qu'elle me ressemble, ce serait trop terrible pour elle. Mieux vaut qu'elle ne sache rien de moi, après tout cela n'a été qu'une erreur. Une magnifique et enivrante erreur. Je suis désolé, mais il y a des choses contre lesquelles je dois me battre et qui passe avant tout le reste, même avant toi et le bébé. Puisses-tu me pardonner un jour.
Lysander.
Nous levâmes toutes la tête vers notre amie avec émotion. Susie nous observa avec tristesse avant de soupirer. J'essayais de m'imaginer le déchirement qu'avait dû représenter cette séparation pour les parents de mon amie, sans vraiment la réaliser. Le courage de Lysander était impressionnant, admirable, et il fallait certainement avoir une force de caractère hors du commun pour être en mesure d'accomplir un tel acte, en sachant qu'il n'y avait aucune chance, par la suite de pouvoir se racheter. Je comprenais la démarche du jeune homme. Il avait aiguillé la mère de Susie sur une fausse piste, en lui faisant croire qu'il la quittait pour une toute autre raison, que celle qu'il le motivait en espérant qu'elle lui en veuille suffisamment pour qu'elle ne tente pas de le retrouver. Il était parti affronter son frère seul, en sachant qu'il ne reviendrait probablement pas.
- Comment est-ce qu'elle a réagi quand tu lui as expliqué pourquoi ton père était parti ? Demanda Matilda avec douceur.
- Elle a pleuré, répondit Susie, vous comprenez...elle n'était pas certaine qu'il soit mort, elle pensait qu'il était toujours vivant quelque part...mais elle m'a dit avoir toujours su au fond d'elle que papa avait eu une bonne raison de nous quitter. Elle a combattu cette idée pendant toutes ces années, mais je crois qu'elle était soulagée d'apprendre la vérité. Elle a décidé d'aller sur sa tombe pour les prochaines vacances. Je sais que ça n'a pas l'air très joyeux dit comme ça…mais je pense que ça nous fera du bien, je veux dire, je suis heureuse d'avoir un endroit où nous pouvons le retrouver…malgré tout.
Le train ralenti sa course en vue de Poudlard alors que Susie finissait sa phrase. La regardant avec bienveillance, j'hochais la tête en silence, incapable de trouver les mots justes. Nous finîmes de revêtir nos robes de sorcières à toute allure, alors qu'une légère secousse nous indiqua que le train était définitivement arrêté. Bien vite nous nous précipitâmes or de notre compartiment et nous engageâmes dans le corridor, qui menait à la sortie du wagon, quand une bande de Serpentards passa devant nous, les yeux rougies. En retenant à grand-peine un fou rire, je vis Pansy Parkinson passer devant moi les yeux enflés, comme si elle venait de contracter la conjonctivite. Daphnée m'adressa un petit signe de la main en marmonnant " poudre d'obscurité instantanée du Pérou" avant de la traîner par le bras à toute allure pour l'amener à Mrs Pomfresh.
- Le voile se lève, déclara Lucy en suivant la course de ma sœur des yeux, Pansy aurait donc un lien de parenté avec les lapins…
- Lucy ! S'exclama Matilda faussement outrée, tu pourrais au moins attendre d'être dans le château avant de t'en prendre à cette pauvre Pansy !
- Bien dit ma jolie !
Le commentaire de Blaise fit rougir Matilda jusqu'à la racine des cheveux alors qu'elle se tournait lentement vers lui. La couvant d'un regard amusé, Blaise se tourna vers Theodore Nott avec qui il échangea un sourire satisfait.
- Bonjour mes petites Serdaigles ! Lança-t-il à la cantonade alors que Lucy et Susie contemplaient avec attention le quai en lui tournant résolument le dos.
- Bonjour Blaise, dis-je dans un demi-sourire, furieuse de la grossiereté de mes amies.
- Astoria me salua Theodore avec un sourire auquel je répondis.
- Alors Matilda on a passé de bonnes vacances ? J'espère qu'elles ont été bien remplies, déclara Zabini sur un ton charmeur en se penchant vers ma meilleure amie qui manqua de faire une crise d'hyperventilation tant elle suffoquait, personnellement les miennes ont été maussades, sans la vie trépidante de Poudlard et de la si charmante compagnie qu'elle procure, je me suis senti seul et je dois avouer que le château a fini par me manquer.
J'ignorais qu'il fût possible de rougir autant en si peu de temps. Matilda regarda Zabini avec une telle adoration que j'en eus le vertige. Bigre depuis l'année dernière elle n'avait toujours pas renoncé ? Merlin m'en voulait je ne voyais pas comment l'expliquer autrement. Je regardais le numéro de charme de Blaise en me demandant au juste pourquoi il se donnait autant de mal. Après tout il savait pertinemment que la pauvre Matilda était déjà folle de lui ! Me souvenant de la conversation que nous avions eu un jour dans l'un des couloirs du château, je décidais d'intervenir pour éviter à ma meilleure amie un malaise cardiaque.
- Blaise, le coupai-je alors qu'il éblouissait Matilda sous le regard amusé de Nott, tu te rappelles de la conversation qu'on a eu à propos de Tu-sais-quoi où tu m'as garantis que tu ne profiterais pas de Tu-sais-qui ? Et bien c'est le moment de tenir ta promesse ! Lançai-je d'un ton sec.
- Et l'énigme du soir vous a été gracieusement offerte par little Greengrass, commenta une voix traînante particulièrement désagréable.
Nous pivotâmes tous en même temps pour observer la mine agacée de Drago Malefoy à l'autre bout du wagon. Il nous rejoignit d'une démarche nerveuse et rapide que je ne lui connaissais pas et se planta devant son meilleur ami qu'il regarda avec colère ? Avec Malefoy difficile à dire…
- Je vois, constata-t-il après avoir balayé notre groupe en revue, de toute évidence mon cher Blaise tu as l'air de raffoler des fruits verts, lança-t-il d'une voix acerbe en fixant Matilda d'un air mauvais.
- Ne sois pas jaloux Malefoy, répondit Zabini avec un sourire franc comme s'il venait d'entendre une bonne blague, un jour toi aussi tu trouveras une douce et tendre qui aura la patience de te supporter. Si du moins une telle fille existe...
- Ça n'est pas encore au programme pour l'instant, répliqua le Serpentard les dents serrées, en tout cas pour ça comme pour le reste, je vois que tu fais les mauvais choix.
- Question de points de vues mon ami, question de points de vues, musa Zabini sans se départir de son sourire énigmatique.
Ils nous plantèrent là et s'empressèrent de quitter le train. Nous attendîmes quelques secondes avant de descendre à notre tour pour monter dans une calèche, en débattant de l'échange auquel nous venions d'assister. Bien sûr Matilda était furieuse, d'une part parce que j'avais interrompu l'instant de grâce avec son bien-aimé, d'autre part parce que Malefoy sous-entendait qu'elle était à la fois trop laide et trop jeune pour Zabini. Elle râlait encore quand nous prîmes nos places dans la Grande Salle.
- Matilda, la raisonnai-je sur un ton patient, tu sais bien que Malefoy est une vermine suffisante dont la méchanceté n'a d'égale que la bêtise, allons n'y pense plus ! S'il y a bien une chose dont il ne faut jamais tenir compte dans cette école, c'est bien les paroles de Drago Malefoy.
- Je n'aurai pas trouvé mieux Tory, approuva Lucy, et puis franchement pourquoi continues-tu de t'accrocher comme ça à Zabini ? D'accord il est beau, mais il y a bien mieux que lui à l'école ! Et puis…c'est un Serpentard ! S'exclama-t-elle avec un dégoût manifeste qui me déplut.
- N'empêche, interrompit Susie en observant la table des verts et argents, ça voulait dire quoi cette joute oratoire entre eux dans le train. Qu'est-ce qu'il voulait dire Malefoy par « pour ça comme pour le reste » ? Interrogea-t-elle perplexe.
- Je ne sais pas trop, commentai-je en regardant Zabini discuter avec ma sœur, je crois que Blaise est un peu fâché avec lui depuis cet été.
- Et comment tu sais ça ? Pépia Lucy d'une voix aigüe.
- Eh bien, quand je l'ai vu au mariage de Marcus Flint il avait vraiment l'air…contrarié. Je crois qu'il s'est passé quelque chose entre eux cet été mais il ne m'a pas dit quoi.
- Parce que tu fais des sorties mondaines avec toute la maison Serpentard maintenant ? Ironisa Lucy avant de se taire sous l'effet combiné des deux regards réfrigérants de Susie et Matilda.
A l'évidence, elle m'en voulait toujours pour l'AD. Je soupirais en détournant les yeux de sa mine renfrognée. A quoi bon expliquer à Lucy les obligations que l'aristocratie imposait ? Un silence pesant s'établit entre nous qui fut rompu par l'intervention du directeur, que je bénis intérieurement, de me donner un bon prétexte de me détourner de l'interrogatoire en règle que mourait d'envie de me faire subir la petite rouquine. Je m'appliquais à faire semblant d'écouter la chanson du Choixpeau magique qui nous exhorta à la solidarité et au courage dans l'adversité, ce qui fit râler Susie « facile à dire c'est un chapeau ! Ça ne l'engage pas à grand-chose de dire ça » avant que la Répartition ne commence. Sur la trentaine d'enfants présents, Serdaigle n'en gagna que sept, Poufsouffle trois et les reste se répartit de manière égale entre Gryffondor et Serpentard. « Ça promet » bougonnai-je sous le rire silencieux de Matilda. Nous commençâmes notre repas en parlant de tout et de rien, et je fus déçue pour Matilda d'apprendre que finalement, ses parents avaient décidé de ne pas recevoir les filles pour quelques jours durant l'été.
- Avec tout ce qu'il se passe, ils n'étaient pas tranquilles, expliqua-t-elle maussade, je comprends bien sûr, mais…j'aurai aimé vous avoir près de moi toutes les trois cet été.
- Tes parents ont eu raison Matie, expliqua Susie, c'est vrai que ça m'aurai plu à moi aussi, mais d'un autre côté…vous avez vu ce qu'il s'est passé avec le pont de Brockdale ? Ma mère était folle d'inquiétude ! Elle a immédiatement envoyé le portrait de Gladys Lupin chercher son arriè voulait que le professeur Lupin vienne vérifier les protections magiques autour de la maison.
- Et c'est comme ça partout ! S'exclama Lucy, tous les jours on rapporte des attaques de géants et de Détraqueurs, papa dit que le Ministère est dépassé, pour lui, ce n'est qu'une question de temps avant que Vous-savez-qui ne prenne le pouvoir.
- Non c'est impossible ! Dis-je.
- Je crois que Lucy a raison Tory, me corrigea Susie avec douceur, il faut que tu l'admettes, bientôt nous ne serons plus en sécurité nulle part.
- Mais et Poudlard alors ? Demanda Matilda.
- Tu as vu les aurors à l'entrée ? Voilà qui devrait répondre à ta question ! Répliqua Lucy d'un ton cassant. Enfin tant que Dumbledore est là, je persiste à croire que nous sommes en sécurité.
C'est alors que les portes s'ouvrirent pour laisser entrer Harry Potter le visage couvert de sang. Des rires s'élevèrent à la table des Serpentards, alors que Malefoy mimait une personne en train de se faire casser le nez. Me tournant subitement vers les Gryffondors, je regardais l'Elu fusiller cette tête à claque de Malefoy avant de prendre place auprès de ses amis.
- Vous avez vu tout ce sang ! S'écria Lucy vous croyez qu'il souffre ? Qui a osé le mettre dans un état pareil ?
Nous échangeâmes un regard surpris et amusé devant l'inquiétude exagérée de Lucy. Matilda tenta de la rassurer, en lui rappelant qu'il ne lui manquait visiblement aucun membre, tandis que Susie me fit un discret clin d'œil en souriant avec malice. Se penchant vers Lucy qui était dans tous ses états, elle plissa légèrement les yeux en susurrant d'une voix douce :
- Dis donc ma grande, on en pincerait pas un petit peu pour « Mister-j'ai-des-lunettes-rondes-des-balafres-et-un-don-particulier-pour-m'attirer-des-problèmes-insurmontables » ?
- Mais…mais pas du tout, pérora l'intéressée en rougissant violemment, je me soucie de lui c'est tout ! Tenta-t-elle vainement de se justifier, c'est de la gratitude…pour les cours qu'il nous a donné l'année dernière.
- Sans blague ! Commenta Susie, et les Veracrasses ils fabriquent des Bulbaveuses aussi ?
- Susie…je…je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! S'offusqua-t-elle.
- Bah tiens ! Mais détends-toi Lucy, ton petit coup de cœur pour Le Gryffondor le plus célèbre du Cosmos est en sûreté avec nous !
- Et ça dure depuis combien de temps « cette gratitude » ? Demanda Matilda sur un ton badin.
- Depuis l'année dernière, au moment où on a commencé à aller à l'AD.
- Je me disais bien aussi, que ta Gryffondorite chronique devait bien venir de quelque part, lançai-je narquoise, au moins maintenant je comprends mieux pourquoi tu me fais toutes ces remarques désagréables sur mon Sang-Pur ! Persiflai-je acide.
- Tory ! S'exclama-t-elle choquée, je t'a…
- Laisse tomber la coupai-je en lui tournant le dos alors que Dumbledore s'avançait sur l'estrade pour reprendre la parole.
Oui c'était certainement immérité, mais d'un autre côté j'en avais assez de l'entendre déblatérer ses sarcasmes sur mon compte. Oui j'étais de Sang-Pur et j'avais des relations amicales avec un élève de Serpentard et alors ? De quel droit pouvait-elle me juger aussi négativement ? J'étais déçue et amère que Lucy, que je savais être une fille intelligente, se laisse aller à de tels préjugés. Elle me connaissait pourtant, depuis quatre ans ! Vexée d'être ainsi rabrouée, elle me fusilla de ses prunelles noisette avant de reporter son attention sur Dumbledore, qui répétait ses habituelles mises en gardes ainsi que les recommandations de Rusard. Entre nous, Matilda et Susie échangèrent des regards déçus qui me touchèrent, mais je ne pouvais m'empêcher d'en vouloir à Lucy, pour sa mauvaise foi et ses accusations scabreuses. Ce fût la voix du directeur qui me tira de mes pensées quand il annonça :
- Et je vous demande d'accueillir chaleureusement notre nouveau professeur, Horace Slughorn qui a accepté de reprendre son poste à Poudlard, annonça-t-il de son habituel ton joyeux avant d'applaudir bientôt suivi par toute la salle. Le professeur Slughorn est un de mes vieux collègues qui vous enseignera les potions.
- Les potions ?
- Les potions ?
Partout dans la salle j'entendis des élèves reprendre les mots de Dumbledore avec effarement, en se demandant s'ils avaient bien entendus. J'échangeais un regard surpris avec Susie et Matilda qui ne savaient pas comment considérer la nouvelle. Même les Serpentards se figèrent de stupéfaction, à l'exception de Malefoy, qui sembla totalement absorbé dans ses pensées. Le nouveau maître des potions, ce vieillard boudiné et ventripotent vraiment ? Eh bien voilà qui nous changera de Rogue, pensai-je étonnée. C'est alors que je retins mon souffle. Si Slughorn prenait le cours de potions, qu'allait-il devenir du détestable locataire des cachots ? Redoutant le pire, je m'accrochais fébrilement aux lèvres du directeur, tandis qu'un mauvais pressentiment me nouait le ventre.
- Le professeur Rogue, quant à lui, poursuivit Dumbledore en élevant la voix, se chargera des cours de défenses contre les forces du Mal.
J'entendis distinctement un « non ! » rageur venant de la table de Gryffondor avant que toute celle de Serpentard n'applaudisse chaleureusement la nomination de leur directeur à ce poste, qui arborait un triomphe modeste.
- Papy Dumby a perdu la boule, cette fois c'est officiel, déclara Lucy sur un ton sinistre.
- Comment est-ce qu'il a pu nommer Rogue comme prof de défenses contre les forces du Mal ? M'étonnai-je en regardant successivement Matilda et Susie.
- Comment a-t-il pu garder Rogue tout court me semble plus approprié comme questionnement, intervînt Edward Hitchens sarcastique le visage fermée.
- C'est une catastrophe, murmura Matilda.
- Oui, concéda Susie déçue, je pense que Lucy a raison, on est dans la bouse d'hyppogriffes jusqu'au cou.
