Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.


« Et il n'a pas quitté Camus depuis ce jour ? »

Milo se recula légèrement, contemplant le ciel bleu au dessus d'eux. Il cligna légèrement des yeux lorsque les feuilles de l'arbres près duquel ils étaient assis se dérobèrent dans une légère brise, laissant les rayons du soleil l'aveugler un instant. Il réfléchit quelques secondes alors que Saga attendait patiemment une réponse, sa tasse de café glacé dans ses mains. Milo lui avait proposé plus tôt dans la journée de déjeuner ensemble, n'y voyant pas d'inconvénient, il accepta. Après tout, le voyant avait toujours était d'agréable compagnie si l'on oublié la haine qu'il lui voyait lorsqu'il était haut comme trois pommes. Saga suspectait une légère jalousie de la part du petit scorpion qui ne supportait pas de voir son meilleur ami ailleurs qu'à ses côtés.

« Non, je ne crois pas. »

Milo garda sa tête en arrière, observant avec lassitude le feuillage foncé du chêne au dessus d'eux. Le regard de Saga s'accrocha sur un coureur, un reflexe, avant qu'il ne tourne de nouveau la tête vers Milo. Le parc dans lequel ils se trouvaient n'était pas particulièrement fréquenté, malgré sa position stratégique. Il se situait non loin de la rue piétonne et même si ce n'était pas le plus grand parc de la ville, il n'en restait pas moins des plus agréable, particulièrement pour une pause déjeuner. Milo attrapa mollement son milkshake, sans même relever la tête. Saga l'observait tranquillement perdu dans ses pensées, prenant une longue gorgée de sa boisson glacée au chocolat. Le scorpion n'avait pas particulièrement changé d'année en année. En faite, son visage gardait quelque chose d'enfantin. En tout cas pour lui il avait un côté juvénile. Peut être était-ce ses grands yeux ? Saga ignorait ce qui lui rappelait tant le gamin qui le haïssait il y a des années, mais ça le fit doucement sourire.

« Il ne suit pas Camus partout mais il ne l'a pas vraiment laissé non plus. C'est un peu comme un colocataire. »

Milo reprit une longue gorgée de son milkshake, manquant d'en renverser quelques gouttes sucrée sur son uniforme jaune. Une chemise aux manches courtes, orné du logo de la boutique en blanc sur son torse à gauche. Il n'était pas particulièrement fan de ce haut cependant il savait pertinemment que son patron lui ferait payer à coût sûr le nettoyage de sa tenue si il venait à le tâcher. L'homme n'était pas un mauvais bougre mais avait déjà vu défiler tant de hauts endommagés par les divers animaux avec lesquels ils travaillaient.

« Enfin, je crois.

- Tu crois ? » répéta Saga en levant un sourcil, amusé.

Le scorpion prit une grande inspiration avant de soupirer dramatiquement. Le soleil éclairait toujours ses yeux par moment mais il semblait ne plus vouloir décrocher les yeux de ce qu'il fixait. Dans l'air chaud de l'été flottait une légère odeur de fleur, sucré comme le miel. Cette senteur apportait un peu de douceur à cette journée déjà bien trop longue à son goût. Lentement, il posa sa main libre sur le bois du banc, savourant sa fraîcheur.

« Je n'ai aucune idée du genre de relation qu'ils ont exactement. Hadès est à ses côtés pratiquement tout le temps, c'est vrai mais...

- Mais ? »

Le voyant redressa soudainement sa tête vers le grec, les yeux perdus dans ses propres pensées. Mais quoi ? Il l'ignorait. Il n'arrivait pas à se concentrer, il dérivait sans cesse vers d'autres pensées, d'autre inquiétude. Ses yeux glissèrent sur sa main toujours posé sur le banc, puis il tourna la tête, regardant droit devant lui. Absent, il reprit lentement une gorgée de sa boisson sucrée sans même en savourer le goût.

Camus semblait plus heureux depuis qu'Hadès était apparu dans sa vie, il semblait plus vivant qu'il y a quelques mois et Milo était content pour lui. Seulement, depuis qu'Hadès était apparu, Camus avait été mis en danger tant de fois. Agressé dans sa propre boutique, enfermé dans un domaine et menacé, à quoi tout ça rimait ? Était-ce vraiment la présence du créateur qui était à l'origine de ces problèmes ou était-ce tout simple Camus ? Il ne voulait pas penser comme Shaka, que son meilleur ami était quelque peu suicidaire car ça lui donnait l'impression de le trahir, seulement il ne pouvait parfois pas s'en empêcher. Il adorait Camus, il était comme son frère, mais il lui avait fait vivre un enfer et ce plus d'une fois. Il avait déjà eut envie de le prendre par les épaules et de le secouer, de lui crier dessus pour qu'il réagisse seulement. Milo sursauta en sentant une soudaine fraîcheur sur sa main. Il fixa de ses grands yeux le bout des doigts de Saga posés sur les siens.

« Milo... Oublie... »

Il y avait quelque chose de désolé dans la voix de Saga, comme si il regrettait de seulement lui avoir posé la question. Il n'avait pas à l'être, ce n'était pas de sa faute si le scorpion ce raccrochait à des bribes de reproches et de colère. Oublié ça il ne pouvait, il le savait : il avait essayé. Il n'était même pas sûr de si le gémeaux avait de près ou de loin une idée des pensées qui l'effleurait, mais même si c'était le cas, Saga ne voudrait pas qu'il garde pour lui tant de chose. Milo bue le fond de son milkshake au chocolat, mâchonnant sa paille rouge pas la même occasion. Saga le regardait fixement. Attendait-il une réponse de sa part ?

Le grec savait pertinemment à quoi pensait son jeune ami, il le connaissait par cœur après tout. S'il avait bien apprit quelque chose au fil des ans, c'était bien le regard que prenait Milo lorsqu'il s'inquiétait pour Camus. Le même que celui qu'il avait lorsque Saga le trouvait, dans la chambre d'hôpital, à prier silencieusement que Camus se réveille. À 15 ans, voir son meilleur ami attaché à de grosses machines ronronnant par des tubes et des aiguilles n'était peut être pas la meilleure chose. Ils avaient été incapable de le sortir de là, que ce soit lui, son frère ou même Shion lui-même, alors Saga décida de seulement rester à ses côtés. C'était d'ailleurs à partir de ce moment que la haine qu'avait Milo pour lui se transforma en affection et respect. Il avait après tout attendu avec le jeune homme que Camus ouvre de nouveau les yeux. Il avait été autant là pour le scorpion que pour le verseau.

« J'ai juste peur..., reprit Milo en soupirant, j'ai juste peur que si Hadès s'en aille, que ça détruise Camus.

- Pourquoi s'en irait-il ? »

Milo soupira une fois de plus, comme pour exprimer son exaspération. Il y avait une centaine de raison pour que le créateur parte et si peu pour qu'il reste. Après tout, qu'était un simple humain aux yeux d'un dieu exactement ? Saga resserra ses doigts autours de la main de son ami, l'obligeant à le regarder droit dans les yeux. Son regard était si sincère, si calme. Il l'invitait sans un mot à se détendre, plongé dans un océan vert opale. Sentant son agacement doucement s'évaporer, il continua de regarder le gémeaux dans les yeux.

« Pourquoi s'en irait-il Milo ?

- Parce que c'est un créateur. »

Ce n'est que lorsque ses mots glissèrent de ses lèvres sans son accord qu'il comprit que Saga venait d'user de son cosmos pour l'aider à se détendre et le faire parler. Il retira vivement sa main de celle de l'homme à côté de lui, gêné par l'emprise qu'on avait sur lui. Le scorpion détourna la tête, regardant avec intensité les brins d'herbes à ses pieds pour ne plus avoir à penser à ce qui venait de se passer.

« Milo, tu n'as pas à me cacher quoi que se soit.

- Je sais, répondit-il les mâchoires serrées.

- Alors pourquoi ne me dis-tu pas tout simplement tout ce qui te tracasse plutôt que de me forcer à me servir de mon cosmos ? »

Le voyant s'étouffa presque en entendant les mots de l'invocateur. Il le regarda, les yeux écarquillés, cherchant sur le visage de son ami la moindre trace de malice. Rien, Saga était totalement sérieux. Il essayait vraiment de le faire culpabilisé, avec son ton blessé et ce léger froncement de sourcils. Ça ne lui suffisait pas de le manipuler ? Certes, le scorpion ne lui en voulait pas mais il ne fallait quand même pas trop pousser. Il ne l'avait en rien 'forcer à se servir de son cosmos' ! Si l'un d'entre eux avait le droit d'être outré, c'était bien lui, et pas Saga. Bah ! De toute manière il n'arrivait pas à lui en vouloir, au contraire. Il était bien trop éprit de l'homme pour simplement se mettre en colère contre lui, et puis, l'invocateur ne lui voulait aucun mal.

« Saga, tu te moques de moi là. »

Un demi sourire se dessina sur les lèvres du gémeaux avant qu'il ne prenne une gorgée de son café. Puis, il secoua la tête de droite à gauche sous le regard toujours outré de son ami. Qu'il était simple de taquiner Milo et qu'il aimait ça. Le scorpion ressemblait à une biche prit dans les phares d'une voiture. Avalant la dernière gorgée de sa boisson, non sans garder son sourire malicieux, Saga mit son gobelet en plastique dans le même sac de papier que le reste de ses détritus.

« On devrait y aller, proposa le plus âgé des deux en se levant, ta pause est bientôt terminée et Kanon va sûrement devenir fou si je le laisse trop longtemps seul à la boutique. »

Milo fronça les sourcils : il n'avait pas envie qu'on lui rappelle qu'il devait reprendre le travail. Les clients avaient tendances à être aussi agaçant que les animaux lorsqu'il faisait trop chaud.


Il regardait par la fenêtre le paysage défiler, sans faire attention à son propre reflet qui se dessinait partiellement dans la vitre de la voiture. Son coude contre l'intérieur de la portière, ses lèvres au creux de sa main, le vide se lisait dans son regard lointain alors que ses longs cheveux glissaient sur ses joues et ses épaules. Les fenêtres à l'avant étaient grande ouverte, le chauffeur de taxi, un petit gringalet et la moustache hirsute, leur ayant expliqué que sa climatisation venait de tomber en panne. Ça n'avait pas vraiment dérangé Camus, bien qu'il ne supporte pas la chaleur il avait d'autre chose à penser.

Il était parti se matin tôt à Athènes pour un vol de trois heures. Trois longues heures durant lesquelles il eut à loisir de réfléchir, d'appréhender cette visite et de regretter tout ce qui n'avait jamais eut lieu. Pratiquement deux heures après être monté dans cette voiture, le temps commençait à lui manquer. Devant ses yeux mi-clos blasé, les cépages de cognac d'un vert tendre lassaient leur place à des champs de melon, parfois de colza dont le jaune innocent l'irritait étrangement. L'air qui s'engouffrait par la fenêtre, pourtant sec, avait quelque chose de moite et déposait un léger goût salé sur les lèvres du jeune homme. Il inspira, profondément, fermant les yeux comme pour se calmer ou s'échapper, loin, de ce qu'il savait était inévitable. Lorsqu'il sentit sur son épaule une singulière chaleur qui glissa le long de son bras. Ses paupières ouvertes, ses yeux se décrochèrent du paysage marin pour se poser sur la peau albâtre de l'être à ses côtés.

Hadès l'observait avec ce calme qui le caractérisait. Son visage doux reflétait une certaine compassion envers l'humain, partageant ses sentiments de craintes seulement pas pour les mêmes raison. Camus inspira par la bouche, se redressant alors que l'air envahit ses poumons, avant de laisser ses épaules et son regard tombé lorsqu'il soupira longuement. Sa tête retomba lourdement, comme si à chaque respiration qu'il prenait le monde l'accablait un peu plus. Au moins le créateur se trouvait à ses côtés, il n'était pas totalement seul. Hadès avait décidé de l'accompagner sans vraiment lui laisser le choix, pas que Camus allait refuser la présence de l'entité. À ce point, il était près à accepter l'aide de n'importe qui si seulement il pouvait échapper à cet enterrement.

Lentement, le taxi ralenti alors qu'il s'engagea dans une allée de gravier qui, plus loin, était barré par un grand portail en fer forgé noir et luisant. Camus inspira de nouveau, sentant son cœur accélérer. Si ça n'avait été pour la présence rassurante à ses côtés, il aurait déjà sauté de la voiture en marche avant de disparaître en courant dans les hautes herbes sèches. Le véhicule marqua un arrêt face au massif portail haut d'au moins trois mètres. Hadès, ayant couvert du regard Camus jusqu'à maintenant, releva la tête pour voir par la fenêtre de l'humain, une petite maison à deux étage ne faisant qu'une avec les grandes murailles de pierres blanches qui entouraient la propriété. La petite habitation au toit bleue semblait d'un autre temps, bien loin des maisonnettes en crépies qu'il avait put voir lors de leurs voyage. Cependant, malgré son côté vieillot, l'endroit était clairement habité et parfaitement entretenu, ce fut d'ailleurs confirmé lorsqu'une dame, un lourd jeu de clé dans la main, en sortie avant de s'approcher du taxi. Le chauffeur baissa sa vitre, adressant un bonjour plein d'entrain à la petit dame aux cheveux frisée derrière la porte. Pour le créateur, il ne faisait aucun doute qu'elle était la gardienne, ouvrant aux personnes en visite sur chez les propriétaires de ce qui devait être un manoir. Est-elle la mère de Camus ? Il en doutait, elle ne lui ressemblait en rien mais sait-on jamais.

« Bonjour », répondit-elle avec hésitation.

Sa voix était quelque peu roque et avant même qu'elle n'ai le temps de continuer, elle fut prit d'une quinte de toux qu'elle étouffa au creux de son coude. Toujours dans ses main, les lourdes clés s'entrechoquèrent dans un fracas métallique, la faisant légèrement grimacé. Son regard se reporta de nouveau sur l'homme derrière le volant.

« Que puis-je faire pour vous ?

- Pour moi ? Pas grand chose. Par contre pour les deux derrières... » fit-il en accompagnant sa suggestion d'un geste de la tête vers Camus.

Confuse, la gardienne suivit du regard la direction indiqué et elle tomba des nues lorsqu'elle reconnu la teinte si particulière des cheveux de l'homme à l'arrière. S'agitant soudainement, elle chercha frénétiquement parmi ses clés celle qui ouvrait le portail. La main contre l'une des barre de métal chauffé par les rayons du soleil, elle déverrouilla les lourdes portes qu'elle ouvrit en grand. Aucun mot ne fut prononcer alors qu'elle se décala pour laisser passer le véhicule, non, seulement ses yeux accroché au visage partiellement caché de Camus. Juste cette incrédulité qui se lisait clairement sur ses traits. Le chauffeur la remercia d'un sourire agréable et d'un geste de la tête, pas qu'elle y ai fait attention, avant de s'avancer sur l'allée de graviers. Lentement, la voiture s'engouffra dans la voute émeraude formée par les arbres alors que la figure frêle de la gardienne disparu derrière la dense végétation.

Hadès, qui n'avait rien perdu de cette scène, regarda Camus qui n'avait pas bougé, sa tête toujours baissé. Il avait refusé de seulement adresser un regard à cette dame, préférant son mutisme à la moindre interaction. La femme l'avait reconnu, elle devait travailler ici depuis un certain temps et son choc était compréhensible : Camus était un peu un fantôme du passé.

« Ça vous dérange pas si je garde ma fenêtre ouverte juste le temps d'arriver ?, demanda le chauffeur en adressant un regard sympathique à Hadès dans le rétroviseur.

- Non, non. Ne vous en faite pas. »

Camus releva enfin la tête, la tournant vers le créateur alors qu'il répondait à l'homme qui conduisait. Il lui était reconnaissant, il lui était sincèrement reconnaissant. Le créateur n'était pas obligé de l'accompagné, mais il l'avait fait sans qu'il ai besoin de lui demander. Il avait altéré son apparence, très légèrement bien sûr, mais assez pour qu'il en perde cet air divin. Par conséquence, ses si longs cheveux attaché en une vulgaire queue de cheval lui arrivait maintenant au milieu du dos et ses traits étaient devenu quelques peu grossiers. Si son changement de taille et du timbre de sa voix frappait l'humain, c'était bien le bleu devenu bien plus terne et bien plus banal. D'ordinaire, il étaient si purs, si limpides que ça en était surnaturel. Ses yeux glissèrent sur la chemise d'un bleu cobalt que portait l'entité. C'était la première fois que le médium le voyait avec autre chose que ses longues tuniques noires et il devait l'avouer, vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise, le dieu ressemblait effectivement à un humain. Sans grand étonnement, Hadès avait de très claires préférences en matière de vêtement, il était même allé jusqu'à froncer le nez lorsque Camus lui proposa de porter un T-shirt. Il avait alors disparut sous les yeux du médium, probablement dans son domaine, avant d'apparaître après quelques minutes vêtu de cette tenue qui aurait très bien put faire une une de magazine. Il devait l'avouer, Hadès avait bon goût. Ainsi, l'être en face de lui, aussi familier aux yeux était-il au yeux du médium, lui donnait malgré tout l'impression d'être aux côtés d'un étranger, d'un simple humain.

Perdu dans ses pensées, Camus avait presque oublié ce qui l'attendait au bout du chemin. Il fut brutalement ramener à la réalité lorsqu'un cri parvint à ses oreilles, un 'mère !' hurlé d'une voix forte et profonde, sans la moindre trace de peur ou de panique, seulement un avertissement. Camus sursauta, ses yeux se dirigeant instinctivement vers l'autre côté de la fenêtre. Face à eux, un grand manoir se tenait fièrement, la façade blanche du bâtiment reflétant la lumière du soleil. Entouré de graviers légèrement teinté de beige, le manoir s'étendait sur plusieurs étages, cinq si on comptait le grenier, au point de masquer le soleil et de projeter tout autour une ombre qui atteignait les grands arbres verts. Un escalier de pierre lissé par le temps menait jusqu'aux porte double de bois sculpté et peint du même bleu profond que les volets.

« J'ignorais que ta famille était si... si...

- Riche ?, fit Camus en tournant la tête vers le dieu, clairement agacé. Surprise ! »

Hadès haussa un sourcil, étonné par une si soudaine agressivité. Ce n'était pas tous les jours que Camus que l'humain était si courroucé. Sous l'air interdit du créateur, l'homme soupira longuement, envoyant un regard navré.

« Pardonnez-moi...

- Il n'y a rien à te pardonner, continua Hadès d'un ton calme en observant le manoir.

- Ce n'est pas à vous de subir mes humeurs... »

Sur ses mots, la voiture s'arrêta. Le bruit exaspérant du moteur s'éteignit presque directement après que le conducteur se soit tourné vers ses passagers, le même sourire heureux illuminant toujours son visage. Camus soupira avec agacement, les bras croisés sur sa poitrine, avant de lancer un regard noir au grand manoir de style gothique comme s'il le menaçait silencieusement.

« Et voilà ! Vous êtes arrivez ! Ça vous fera 215€ ! »

Avant même que le verseau n'ai le temps de mettre la main sur son portefeuille, Hadès tendit à l'homme deux billet vert ainsi qu'un bleu, sous le regard presque choqué du verseau.

« Comment ?...

- J'ai regardé les prix sur internet avant de partir, répondit le dieu en haussant les épaules. Gardez-la monnaie.

- Merci monsieur ! Besoin d'aide avec les bagages.

- Non, ça ira. Merci. »

Camus défit sa ceinture, lentement et tout aussi lentement, il ouvrit sa porte. Où diable Hadès avait obtenu de l'argent ? C'était un dieu, certes, mais Camus doutait qu'il ai un compte épargne quelques parts. L'humain chassa ses interrogations au plus profond de sa tête, jugeant avoir bien plus important à faire que de réfléchir à ça.

Ses pieds touchèrent un sol qu'il n'avait pas foulé depuis plus de 10 ans, soulevant au passage un peu de poussière blanche issue de la nappe de graviers calcaire qui s'étendait sur le chemin. Ils crissèrent sous son poids dans un bruit aussi distant que familier. L'homme redressa la tête vers le ciel, observant le bleu pur qui le surplombait. La région était connu pour, aux yeux des romains de la Rome Antique, avoir un ciel à la teinte du firmament. L'endroit était comme des milliers d'autres en France mais l'azur qui le berçait était effectivement surréel, particulièrement aux aurores et aux crépuscules où le ciel devenait une véritable une aquarelle de camaïeux aussi brûlants que glacials. Lorsqu'une bourrasque de vent marin emporta ses longs cheveux attachés.

La mer n'était pas loin, il y avait à peine deux kilomètres qui séparait la propriété de la station balnéaire la la plus proche, un endroit qui, dans son enfance, grouillait de monde. Il se rappelait encore le carrousel de bois aux miles et une couleurs qui tournait entre le port et la plage, ainsi que de la ville portuaire qui se dessinait loin à l'horizon, particulièrement les grandes grues qui n'avaient jamais marché et qui dans la brume des matins d'hiver, avaient ces apparences de colossaux dinosaures. Les dinosaures, c'est comme ça que les appelaient son père. Ce souvenir lui arracha un sourire.

« Camus ! »

Lorsqu'une forte douleur le prit au niveau de l'abdomen, puis cette désagréable sensation d'être étouffé dans l'épaule de quelqu'un. Prit au piège, Camus se débâti comme un beau diable, en vain. La tornade brute qui l'enserrait ne semblait pas prête à le lâcher et Hadès, lui, devait être bien plus préoccupé par les valises ou tout autre chose du genre pour ne pas venir l'aider. L'homme réussit enfin à avoir une emprise sur ce qui essayait de le tuer, agrippant ses mains à ses épaules et poussant de toutes ses forces dans l'espoir un peu fou qu'on le lâche. Il avait beau faire de son mieux pour s'extirper de cette situation, plus il semblait se débattre, plus l'emprise qu'on avait sur lui augmentait.

« Basile. »

La voix froide et forte d'une femme résonna dans la grande court, coupant court à la bataille qu'entretenait Camus. Les bras qui l'enserrait quelques secondes auparavant disparurent rapidement alors qu'il put enfin reprendre son souffle. La main posée sur son torse, inspirant profondément, alors que son cœur se calmait enfin, le verseau put enfin prendre conscience de ce qui se passait autour de lui. À un pas devant lui, avec un air contrit sur le visage, se tenait un homme un peu plus âgé que lui, des cheveux bouclé très brun qui retombait sur ses yeux vert olive. Il devait faire une bonne dizaine de centimètre de plus que Camus et sa carrure, aussi forte que carré, lui aurait donné un quelque chose un peu pataud si ça n'avait été pour la noblesse des traits de son visage. L'homme avait l'allure d'un roi. Camus se pencha légèrement, regardant vers les grandes portes caché par l'homme en face de lui. En dessous de l'arche de pierre sculptée de motif de lierre se tenait une femme, droite et fière. Ses longs cheveux bruns reposaient sur sa poitrine qui se soulevait lentement à chacune de ses inspiration, faisant naître des reflets d'ébène dans le noir profond. Ils étaient aussi lisse que ceux de Camus. Ses mains pâles qu'elle tenait au niveau de sa taille semblaient apparaître sous les longues manches jais de sa robe, tranchant avec le blanc de sa peau. Quant à son visage, il était fin, anguleux mais pourtant doux. Ses joues, légèrement teintée de rouge, étaient surplombées de grands yeux bleus. Un bleu pâle, poudré semblable aux eaux d'une source. Apercevant Camus, ses mains se crispèrent un instant avant que la fine ligne de ses lèvres ne se brisent en un sourire désolé. À sa droite se tenait un autre homme, lui aussi plus vieux que Camus mais de très peu. Son teint était bien plus vivant, d'un doré doux comme celui de l'homme face à lui, cependant, malgré leur ressemblance, lui avait des cheveux certes aussi bouclés mais d'un châtain qui rappela au verseau l'écorce du noisetier. Il devait faire la même taille que Camus et sa stature paraissait être un mélange entre celle du médium et celle de l'homme face à lui. Il croisait ses bras, un sourire amusé, alors qu'il était appuyé sur l'une des lourdes portes. Enfin, Camus laissa son regard se perdre sur la troisième silhouette. Au côté gauche de sa mère se tenait silencieusement une jeune femme, bien plus petite que tous ici mais cependant toute aussi belle. Comme son frère, elle avait de long cheveux châtain, mais les mêmes yeux bleu tendre que sa mère. Elle semblait timide, en retrait par rapport aux autres.

« Camus, fit la femme en descendant lentement les marches.

- Mère.

- Tu es venu. »

Le verseau ne répondit rien, appuyant le regard qu'on lui adressait. Basile se décala de quelques pas, donnant l'occasion aux autres de s'approcher de leurs invité, alors que Camus sentit quelque chose sur son épaule. Sursautant, il vit la main d'Hadès, se dernier lui exprimant sans un mot son soutient. Rassuré, il tourna de nouveau la tête vers cette famille qui était la sienne.

Ce n'est que quand sa mère fut à quelques pas de lui qu'il se rendit compte avec étonnement qu'il était désormais plus grand qu'elle. Il s'attendait à ressentir autre chose, peu importe quoi, pas cet insipide rien. Lorsque celle-ci tendit ses mains vers lui, il les attrapa délicatement comme par instinct. C'était sa mère, sa famille, il avait toujours pensé leur retrouvaille bien plus... émotionnelles ? Vivantes ? Pourtant il avait seulement l'impression de lui dire bonjour, comme s'ils s'étaient vu le jour d'avant, et celui d'encore avant. Toute son appréhension, toute la colère qu'il avait entretenu au fil des ans n'était plus au creux des mains de sa chère mère. Elle lui offrit un sourire cordial et de sa voix la plus douce, lui dit :

« Mon fils. Bienvenu chez toi. »

Ça le frappa, avec bien plus de force qu'il n'aurait put l'imaginer. Ce n'était pas douloureux, ni même triste que de l'entendre l'accueillir. La sincérité dont elle avait fait preuve le marqua. Il lui avait manqué, véritablement manqué. Derrière elle, Basile laissa une larme couler, s'appuyant sur son frère et sa sœur qui protestèrent sous le poids du géant.

« Il est rentré ! » souffla l'homme d'une voix nasillarde en sortant un mouchoir blanc.

Camus haussa un sourcil face à la scène qui se déroulait derrière lui. Le plus âgé de la fratrie avait toujours était un tantinet tragédien, abusant sur les expressions de son visage et ses propres émotions. Pourtant, en publique il faisait preuve d'un grand contrôle, se cachant derrière un masque d'indifférence qu'il avait forgé à la perfection avec le temps. Lorsqu'il était enfants, Camus passait tout son temps dans ses jambes et ce dernier était trop heureux de s'amuser avec ses frères pour les envoyer paitre. Maël, son deuxième frère, âgé de deux ans à peine de plus que lui, était dans ses souvenir quelqu'un de doux bien qu'il avait tendance à s'énerver facilement, particulièrement face à Basile. Il avait la particularité de pouvoir être énervé par à peu prêt tout, que ce soit les escaliers, leur frères, les mauvais programmes télés ou même un pauvre pot de fleur à la couleur d'après lui hideuse. Cléo, quant à elle, avait quatre ans lorsque Camus est partie, il ne connaissait donc pas grand chose de sa petite sœur outre qu'elle avait à l'époque une peur panique des papillons et qu'elle était assez précoce pour son âge. Son caractère ? Il n'était plus vraiment sûr... timide peut être, qui sait ?

Rapidement, les yeux de sa mère furent attiré par l'homme qui se tenait derrière son fils. Hadès, sentant qu'on l'observait, tourna la tête vers celle qui le dévisageait depuis de longue seconde. Pendant l'espace d'un instant, dans un silence étouffant, le dieux cru lire quelque chose tel que le choc dans les yeux bleus clairs de la femme. Pourquoi le regarder ainsi ? Avait-il fait quelque chose de mal ? Il soutint son regard, gardant le même silence qu'elle. Peut-être s'était-elle attendu à une femme aux côtés de Camus ? Ça lui paraissait plutôt logique. S'imaginait-elle qu'à cause de sa présence Camus était gay ?

Lentement, elle lâcha les mains de son fils qui fit aussitôt prit d'assaut par ses frères et sœur, avant de s'avancer vers Hadès. Gracieusement, elle abaissa sa tête, ramenant l'un de ses bras sur son autre épaule tout en se courbant sous le regard du dieu. Ses longs cheveux glissèrent sur ses bras, pendant dans le vide avant de se mouvoir dans une légère brise emplie de sel. Puis, elle se redressa et tendit la main vers cet être qui tentait de se faire passer pour un inconnu. Hadès la saisit, faisant bien attention de ne pas lui faire mal.

« Je suis la mère de Camus, Callie, enchantée.

- Théophane, un ami proche de votre fils. Tout le plaisir est pour moi. »


Dans leur poignée de main, Hadès sentit quelque chose. C'était comme une piqure rapide, comme si on tentait de lui rappeler quelque chose. Sous les yeux soudains impassible de la mère et son léger geste de la tête, ce même quelque chose prit les teintes d'une étrange familiarité. Une familiarité turquoise et aqueuse qu'il reconnu enfin, silencieusement.

« Aphrodite a dit qu'il passerait à quelle heure déjà ? »

Kanon attrapa rapidement son portable posé sur le comptoir de chêne brut. L'allumant rapidement, il vit sur le fond d'écran bleu l'heure s'afficher. Il plaça rapidement son téléphone dans la poche arrière de son jean avant de se tourner vers son frère, un balais dans les mains.

« Il devrait plus tarder, c'est une question de minutes. »

Saga hocha de la tête avant de nouveau balayer le vieux parquet de la boutique. La journée était calme dans la boutique, quelques clients étaient passés et même s'ils étaient peu, l'argent dont ils se délestaient une fois la porte passée suffisait largement à maintenir le commerce à flot. Kanon avait finit par se demander si Camus n'avait pas posé un charme qui forçait les gens à dépenser dans sa boutique mais après tout, ses articles étaient d'une grande qualité et certains clients n'hésitaient pas à venir de très loin. Beaucoup de boutiques spécialisées dans l'ésotérisme n'étaient que des attrapes-clients, pour le verseau chaque objet vendu était une œuvre d'art, un outil qui pouvait ouvrir les portes d'un autre monde.

Le cadet des jumeaux s'appuya sur le comptoir, observant le plafond décoré de quelques toiles d'araignée poussiéreuses. Il faisait chaud se jour là, mais par chance la boutique restait à cet éternelle température de 18°C, un charme qu'avait posé Camus dès qu'il avait acheté l'endroit. Il ne supportait pas les températures trop élevée, le pauvre avait déjà été victime d'un bon nombre de coup de chaleur. Distrait, Kanon se gratta légèrement la nuque alors que Saga ramassa la poussière. Il régnait dans la boutique une étrange atmosphère. La lumière qui traversait les grandes vitrines était toujours teintée d'orangé, déposant sur le sol et les murs ce filtre presque nostalgiques. Le cosmos diffus des objets entreposé dans la cave s'échappait du sol, il palpitait, lentement, se mêlant à celui bien plus modeste des objets dans la boutique. Cette énergie sous leurs pieds avaient presque quelque chose de menaçant et c'était en autre pour cette raison que la cave était scellée. Pour l'ouvrir, les présences de Camus et de Shaka était primordiales, auquel cas les sceaux posés ne pouvaient être retiré. Parfois, il ne pouvait pas s'empêcher de se demander ce qui se cachait sous les lattes de la pièce, qu'est-ce qui demandait de telles protections.

Saga revint de l'arrière boutique, enfin libéré de sa corvée de balayage pour voir son frère plongé dans ses pensées. Camus les avaient prévenu du peu de clients pendant la semaine, apparemment, hormis le mercredi et le samedi, il tournait avec une dizaine d'acheteurs par jour. L'ainé s'étira, étendant ses bras vers le plafond avant de poser ses mains sur ses hanches. De ce que le verseau lui avait dit, le plus gros de ses clients de la semaine venait durant le déjeuné et d'après ce que Kanon lui a rapporté, leur ami disait vrai. Alors qu'il était sorti déjeuné avec Milo, cinq ou six personnes avaient fais leur arrivés, repartant les mains remplies de sac. Visiblement, beaucoup d'articles proposés par le médium ne se trouvait nul part à ailleurs.

« Comment va Milo au faite ?

- Bien, Saga haussa les épaules. Inquiet pour Camus bien sûr mais il a l'air d'allé bien. Il est rassuré qu'Hadès ai décidé d'accompagné Camus. »

Kanon se rapprocha de son frère, les bras croisés sur son torse et un sourire narquois. Il préparait quelque chose, Saga pouvait le sentir à des kilomètres.

« Et votre petit rendez-vous ? »

Les y voilà ! Saga lui répondit par un regard totalement vide, ne laissant par le moindre espoir à Kanon de lire quoi que ce soit chez lui.

« Bien. Nous sommes allé dans le parc pas loin manger un sandwich.

- Et c'est tout ? »

Cette fois, il ne put pas s'empêcher de soupirer. Quand est-ce qu'il allait arrêter de s'occuper de ses affaires ? Il était bien au courant de l'affection que lui portait Milo mais tant que ce dernier ne se décidait pas à faire quelque chose de concret, il ne ferait rien non plus. Kanon le savait très bien mais ne pouvait s'empêcher de s'en mêler, faisant tout pour pousser son frère à faire un geste. Kanon, le même homme qui n'avait pas eu la moindre relation depuis des années tant il semblait faire fuir tout le monde autours de lui, hormis peut être son frère et les autres du sanctuaire. En même temps, ils n'avaient pas le choix, pour Saga, Kanon était son frère jumeau et pour les autres, c'était tout comme alors...

Soudain, la porte de la boutique s'ouvrit à la volet, un homme s'approchant à grand pas d'eux.

« Bienvenu, que pouvons-no-

- Il est où ?! »

Saga n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'on l'attrapa violemment par le col de son T-shirt et qu'on le secoua d'avant en arrière. Kanon attrapa le bras de l'homme qui ne cessait de répéter sa question, faisant de son mieux pour le faire lâcher son frère. Il en avait vu des tarés et malheureusement, celui-ci, il le connaissait, avec ses cheveux verts foncés et son accent dans la voix. À peine plus petit qu'eux mais avec une rare puissance dans les bras. Il ne cessait de piaillé et peu importe la force qui mettait Kanon, il n'arrivait pas à décrocher l'espagnol énervé. Jusqu'à ce qu'un autre homme, bien plus grand qu'eux, n'entre à son tour et ne tire d'un coup sec sur les épaules de leur assaillant.

« Shura, calme-toi maintenant. »

Saga s'agrippa d'une main au comptoir rugueux, de l'autre à l'avant bras de son frère alors qu'il essayait de retrouver son équilibre et le fils de ses pensées. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui venait de se passer exactement, pour lui il s'était seulement fait malmener alors qu'on lui crier encore et encore la même phrase. Kanon, une fois sûre que son ainé allait survivre, se tourna vers les deux hommes et lança un regard outré vers le plus petit des deux.

« Mais tu vas vraiment pas bien ! Je savais que t'avais un problème mais là ça devient grave ! »

Le dit Shura répondit seulement par un regard noir, avant de détourné la tête en sifflant entre ses dents de mécontentement. Il venait de faire tout le voyage depuis le Mexique, ce n'était pas pour se perdre dans de tel détail. Lui avait besoin de réponse, pas dans des semaines, pas dans une heure, il voulait des réponses et il les voulait maintenant. Si les deux grands dadais n'en avait pas, bien, il irait voir Milo.

« Aldébaran, c'est quoi son problème ? Le soleil lui a fait fondre la cervelle ou il a enfin pété les plombs à force de secouer des carcasses de poulet et des crânes ?!

- Allons, allons Kanon, ça ne sert à rien de dire tout ça ?

- À rien ? Il vient d'agresser Saga ! Je sais qu'il nous porte pas particulièrement dans son cœur mais là il abuse ! »

Aldébaran, ce brésilien atteignant facilement les deux mètres, était comme Mü un peu le médiateur quand une dispute éclatait. C'était un gentil géant qui avait le cœur sur la main et qui aimait plus que tout prendre soin de ses amis. Même s'il était une véritable force de la nature, à l'image même de son signe qui était le taureau, il était aussi l'un des plus fabuleux guérisseur de sa génération. Shura, lui, magicien de son état, espagnol d'origine mais officiant au Mexique, était quelqu'un de généralement calme et sérieux. Studieux, un tant soit peu arrogant quand ça touchait à la magie, il n'était pourtant pas connu pour être quelqu'un d'agressif. Alors pourquoi diable venait-il de secouer Saga dans tout les sens ?

« Tu cherches Camus ? Il est parti en France assist-

- Pourquoi je chercherai Camus ? Avec tout mon respect pour lui c'est bien la dernière personne qui là maintenant m'intéresserait. »

Kanon ferma la bouche, agacé autant par le ton suffisant qu'on venait d'employer que par le fait qu'on lui coupe la parole. Et dire que cet homme pouvait être sympa quand il se la fermait.

« Alors qu'est-ce que tu viens faire ici, dans la boutique de Camus, en Grèce ? »

Le magicien s'humidifia les lèvres, paraissant clairement impatient et excité. Kanon fronça les sourcils et échangea un regard concerné à Saga. Qu'est-ce qu'il avait derrière la tête encore ? Ses yeux vert sombres semblaient étrangement pétiller alors que derrière lui, Aldébaran soupira de fatigue.

« Je cherche le Diable. »

Les deux frères le regardèrent longuement, faisant de leur mieux pour ne pas perdre patience. Oui, le Diable, ils s'en doutaient. Il cherchait le Diable, comme à peu près tout les sorciers de Catemaco que les jumeaux avaient rencontré.

« Ça fait bientôt 5 ans que tu essaies d'invoquer le Diable Shura, soupira Saga en croisant les bras, pour la dernière fois nous ne t'aiderons pas.

- Non ! Non ! Non ! Je sais qu'il est là ! »

Le plus jeune des gémeaux croisa les bras, soupira longuement et releva la tête. L'après-midi était bien entamée, jusqu'à maintenant tout s'était d'ailleurs très bien passé, entre les rares clients qui étaient venus et l'ambiance de la boutique qui était quand même agréable... si on oubliait l'aura presque menaçante des reliques sous leurs pieds. Toujours était-il que soudainement, Kanon sentait un long mal de crâne commencer à l'assaillir. Un pénible mal de crâne aux cheveux verts foncé, aux yeux foncés et à l'air un peu trop ahurit pour coller à son air habituellement blasé, le grec s'empêchant de penser à « hautain ». Voyant son frère trop excédé pour seulement prêter attention à l'espagnol qui de ses yeux leur lançait des éclairs, Saga, après avoir été malmené, décida d'essayer de calmer le jeu.

« Shura, avec tout mon respect, nous sommes des invocateurs. S'il y avait quelque chose qui ressemble de près ou de loin au Diable dans cette boutique nous le saurions. »

Seulement, l'homme en face d'eux se pinça l'arrête du nez, passablement exaspéré. Le peu de patience et de respect qu'il avait pour Saga était en train de fondre comme neige au soleil alors qu'il ne comprenait pas comment les jumeaux pouvaient se dire 'invocateurs'. Il inspira profondément, posant une main sur sa hanche et d'un regard cette fois qui pouvait être seulement qualifié de hautain, il reprit avec calmement.

« Je sais qu'il est là Saga, Shion m'en a un informé et j'ai bien plus confiance en Shion qu'en quelqu'un qui ne passe pas une journée sans se faire posséder, le regard de l'homme devint bien plus sombre, si c'est bien le cas d'ailleurs. »

Kanon redressa la tête, les yeux grands ouverts, choqué par ce que venait de dire l'homme. Shura pouvait se montrer particulièrement impulsif et blessant lorsqu'il n'avait pas ce qu'il voulait, cependant cette fois il dépassait les bornes. Même Aldébaran qui n'était pas du genre à rentrer dans ce genre de conflit, semblait près à disputer Shura, s'apprêtant à poser une des ses grandes mains sur l'épaule de son ami. Il n'en eu cependant pas le temps. Dans la boutique toujours baignée de cette lumière mordoré qui apportait une certaine chaleur, la température semblait soudainement avoir baissée de plusieurs degrés. Lentement, Saga s'avança d'un pas, puis de deux, son visage d'ordinaire si paisible désormais empreint d'une dureté sans pareil. Shura frémit lorsque face à lui, les yeux de l'homme semblait tranchés d'un gris perle dangereux. Le gémeaux vint se planter juste lui, le dominant de par sa taille autant que par son cosmos clairement chargé de rage. Il pencha son visage menaçant doucement vers le sorcier.

« As-tu quelque chose à dire sorcier ?

- Non... »

La voix faible et tremblante de l'homme lui suffit, il continua cependant à fixer ses yeux fuyant quelques secondes de plus. Shura avait parfois tendance à le sous-estimer et chaque fois qu'il lui rappelait sa place, il ne pouvait s'empêcher de frémir face à son ainé. Saga, lorsqu'il le voulait, pouvait se montrer particulièrement effrayant. D'autant que son âge et le fait qu'il ai était très présent dans l'enfance de beaucoup de personnes du Sanctuaire faisait de lui une figure d'autorité au même ordre que Shura. Satisfait de voir enfin Shura calmer, il alla s'appuyer contre le comptoir, ignorant son frère et Aldébaran qui le regardait avec trouble. Il reprit, malgré l'espagnol qui ignorait son regard.

« Qu'est-ce que Shion t'as dit exactement ? Car j'ai une petit idée de qui tu parles mais je veux en être sûr avant de t'en parler. »

À côté de lui, il entendit Kanon s'exclamer soudainement, abattant son poing dans le creux de sa main. Mais c'est bien sûr ! Ses grands yeux se posèrent sur son frère alors qu'il avait enfin comprit. Avant que Shura n'ai le temps de répondre, il s'écria :

« C'est lui qu'il cherche ? Tu penses que c'est lui ?

- Kanon, répondit son frère sans le regarder, arrête de l'appeler 'lui', il ne va pas apparaître dans un nuage de fumé si tu prononces son nom.

- On sait jamais, bougonna le cadet en tuant du regard les planches sous ses pieds.

- Il est trop occupé avec Camus pour se préoccuper de nous. »

Kanon mit un petit coup de pied sur le parquet, vexé de la réflexion de son frère. Il ne pouvait pas prononcer son nom, il le terrifié. Après leur deuxième rencontre, il n'avait pas dormi pendant au moins trois nuits. Chaque fois qu'il fermait les yeux, c'était pour voir cette silhouette terrifiante s'étendre jusqu'au plafond. Rien que d'y penser, il en avait des frissons. S'il pouvait faire un souhait, ce serait de ne jamais au grand jamais seulement revoir la moindre mèche corbeau du créateur. Comment Camus avait-il fait pour supporter ça ? Ah oui... C'était Camus. Il avait toujours eu une fascination bizarre pour tout ce qui est un peu glauque...

« Shion ne m'a pas dit grand chose, Shura se frotta la nuque, distrait. Il m'a parlé du fait que Camus garde une entité auprès de lui et que cette entité avait un lien avec le monde des morts.

- Et bien sûr en entendant ça, il s'est tout de suite emballé en pensant qu'il s'agissait du diable et qu'il fallait absolument qu'il le voit. »

Le ton réprobateur d'Aldébaran fit d'autant plus prendre conscience à Shura à quel point il était ridicule parfois. Il savait pourtant qu'il ne devait pas s'emballer. À l'image du plus jeune des gémeaux, il était maintenant en train de regarder le parquet avec un air boudeur.

« Oui, c'est bien lui.

- Oui, et je ne suis pas sûr qu'il aimerai qu'on l'appelle le diable, continua Saga après son frère.

- Donc il est bien là ? »

Le soudain espoir dans les yeux de Shura tira un rictus moqueur de la part de Kanon, ce dernier se dépêcha de la cacher derrière son poigné. Est-ce qu'il savait seulement que l'être qui ce rapprochait le plus de ce qu'il essayait d'invoquer depuis des années avait été amené dans leur monde par Seiya. Lui, un des plus grands sorciers reconnu un peu partout dans le monde, battu par un orphelin du Sanctuaire qui n'avait pas encore conscience de ses propres pouvoirs. S'en était risible.

« Oui..., Shura ne put s'empêcher de sentir une certaine excitation, et non. »

Tous les espoirs du sorcier semblèrent voler en éclat. Son visage, illuminé quelques secondes auparavant s'était fermé brusquement, ce qui arracha un léger gloussement du cadet des gémeaux. Shura ne tarda pas à lui envoyer le plus noir de ses regards, ce qui n'eu aucun effet sur lui sinon de le faire d'autant plus rire.

« Et puis, que lui veux-tu exactement ?

- J'aimerai m'entretenir avec lui, obtenir ses faveurs. » répondit Shura sans décrocher son regard de Kanon dont le rire redoubla d'autant plus en entendant sa réponse.

Saga haussa un sourcil, lançant un regard quelque peu soucieux à Aldébaran en espérant que ce ne soit qu'une blague. Obtenir les faveurs d'un dieu ? Avec quoi ? Des sacrifices ?... Est-ce que les dieux aimaient vraiment les sacrifices au moins ? Malheureusement, le géant légèrement en retrait hocha de la tête positivement, un air passablement éreinté sur le visage. Shura l'avait probablement trainé depuis l'Amérique Latine jusqu'en Grèce pour ça, il avait toutes les raisons d'être las.

« Laisse tomber.

- Et pourquoi ?, le ton irrité amusait toujours autant Kanon.

- Nous sommes des insectes à ses yeux, notre vie est insignifiante. La seule chose qui l'importe est Camus, ça et rien d'autre. »

Le visage de l'espagnol se décomposa avant que cette expression dure qui le caractérisait ne reprenne sa place. Qu'en savait-il exactement ? Kanon n'avait pas la science infuse et ce n'est pas parce que le Diable ne s'était pas intéressé à eu qu'il l'ignorait lui. Après tout, il avait passé de longue année à sacrifier, prier cet être si particulier. De plus, contrairement à Camus, il ne vouait pas une haine sans nom à Dieu et au Diable. Il ne doutait pas un instant que toute cette fidélité lui serait récompenser. Après tout, il tirait une grande fierté de cette fidélité qui même au sein de Catemaco ne passait pas inaperçu. Catemaco, ville célèbre du Mexique pour sa forte population de sorcier et ces cultes autours de la figure autour du Diable.

« Shura..., il se tourna vers Saga qui soupira, je sais exactement à quoi tu penses mais ce n'est pas le Diable. Il pourrait être apparenté au Diable, il l'a sûrement inspiré, qui sait ! Mais ce n'est pas le Diable. Kanon a raison, il y a peu de chance qu'il ne t'adresse seulement la parole. Tout ce qui l'importe c'est le sort de Camus.

- Il est avec lui d'ailleurs, non parce que si tu te demande ton ami de longue date Shura, il vient de perdre son père.

- Tsss ! N'essaies pas de me faire culpabiliser Kanon, Camus détestait ses parents.

- Sauf qu'il est actuellement en France pour ses funérailles et devines quoi : il a vécu sa mort. »

Shura fronça légèrement les sourcils, ignorant le sourire presque cruel du grec pour se tourné vers Saga. Disait-il vrai ? Il ferait tout pour avoir raison et mentir n'était pas nouveau chez lui. Cependant, comme Aldébaran il y a peu de temps, l'ainé des jumeaux hocha la tête avec tout son sérieux. Kanon avait réussi, il venait de faire culpabiliser l'espagnol. Posant une main sur son front et la tête soudainement tourné vers le côté n'empêcha pas aux deux grecs de voir le regard profondément choqué de l'homme. Il était ami avec Camus, peut être pas son plus proche mais assez pour se sentir mal d'avoir cru un instant que la mort d'un parent ne l'aurai pas affecter. Le verseau semblait froid à tout sentiment mais il passait son temps à forger un masque des plus neutres pour qu'on ignore sa grande sensibilité.

« Comment est-il mort ? »

Aldébaran avait les bras croisés, préférant regarder ses chaussures noirs plutôt que les frères en face de lui. Sa voix grave était voilé, plus basse que d'habitude : il ressentait la tristesse de leur ami, même à des kilomètres d'eux. C'était son don et sa malédiction : Aldébaran était empathe. Sa vie, il la passait à flotter dans les sentiments des autres, que se soit dans leur joie ou leur tristesse, leur colère ou leur gratitude. C'était un avantage lorsqu'on était guérisseur mais parfois, souvent, c'était un peu trop.

« Crise cardiaque. »


« J'ai chaud. Tellement chaud. »

Hadès sourit légèrement, dépliant une chemise noire qu'il accrocha sur un cintre argenté. Derrière lui, il avait entendu les ressorts du matelas gémir lorsque Camus s'allongea à travers le lit, exténué par le voyage. La mère de Camus, Callie, n'avait pas tardé à les mener vers la chambre qu'ils partageraient. Ils découvrirent à leur grand étonnement lorsqu'elle ouvrit la porte un grand lit double. Camus s'était d'ailleurs directement tourné vers sa mère, les mâchoires serrées alors qu'une grande détresse se lisait sur son visage. Elle ne lui accorda pas un regard, chuchotant avec gène qu'il s'agissait de la seule chambre qui pouvait les accueillir avant de rapidement disparaître. Camus avait soupiré, plusieurs fois, avant de finalement entré très vite suivi du créateur qui ferma la porte derrière eux.

La pièce était grande, plus grande que le salon de Camus et ses murs était d'un bleu tendre qui n'était pas sans rappeler la teinte des yeux du dieu. Le bleu était un peu plus terne, moins pur cependant, la chambre étant situé à l'Est, les rayons du soleil n'avaient pas encore eu l'occasion de venir éveiller la teinte particulière de la peinture. Le parquet qui grinçait légèrement sous leur pieds était fait d'un bois très foncé mais son éclat indiquait qu'on en prenait particulièrement soin. Camus nota de penser à demander aux personnels de ménage leur secret, celui de la boutique faisait pâle figure à côté, même quand il venait juste d'être ciré. Les deux grandes fenêtres était ouverte, laissant une brise d'été jouer dans les rideaux de mousseline blanc opalin. La même teinte que le plafond avec sa grande moulure de lierre et de fleur de laquelle pendait un grand lustre de cristal fin. Il s'agissait aussi de la même couleur que les voilures sur les draps pâles du lit ainsi que des taies d'oreiller. Malgré sa taille, la chambre ne comptait que quelques meubles et peu de décoration, préférant laisser respirer les personnes qui y chercherai le repos. Ainsi, il y avait une grande armoire de bois sombre, un cabinet de style baroque, deux tables de chevet et une large bibliothèque remplit d'ouvrage en tout genre.

Camus avait commencé à ranger le contenu de sa valise lorsque l'envie de s'allonger sur le lit devint bien trop forte pour qu'il l'ignore. Il était fatigué, accablé aussi bien par la chaleur que par sa propre famille. Il avait besoin d'un peu de répit, juste un peu. Fermant les yeux, il ne remarqua pas lorsque Hadès se decida à finir lui même le rangement. Ça ne le dérangeait pas, et puis son humain avait cruellement besoin de repos...

« Il me semble pourtant qu'il fait plus chaud en Grèce. »

Camus posa son bras sur ses yeux et soupira longuement. Hadès n'avait pas tort, et puis il était bien plus près de la mer ici. Sauf qu'en Grèce, il avait sa vie, son train train. Il avait Milo, Hyoga et Isaac, Aphrodite... Ici, il se sentait déjà horriblement enfermé. Lorsque l'on frappa à la porte. Avec un grognement, Camus se roula sur son ventre et attrapa un oreiller avant d'y cacher son visage. Il n'avait pas envie d'être dérangé, il voulait juste se reposer. Il était debout depuis au moins 4h30 de matin. Il n'avait pratiquement pas dormi la nuit d'avant !

« Camus... » fit Hadès d'une voix réprobatrice en pliant un T-shirt qui s'était défait dans la valise.

Camus soupira, pour la centième fois aujourd'hui et se retourna sur le dos. D'une voix trainante, il annonça un 'j'arrive' peu motivé qui fit lever les yeux d'Hadès au ciel. En balançant presque le coussin, il se remit sur ses deux jambes et ouvrit rapidement la porte. Le créateur se releva, s'approchant un peu. Dans l'embrasure se tenait Basile, un demi sourire sur ses lèvres et cette expression penaude qui le caractérisait si bien. Il se frottait légèrement le bras, comme gêné ou ayant peur qu'on le renvoi d'où il venait. Camus haussa un sourcil face au plus vieux de ses frères, la main toujours sur la porte. Il avait beau attendre, ce dernier ne disait rien, comme figé.

« Basile ?... Ça va ?

- Oui ! Oui !, s'empressa-t-il de répondre. C'est juste que... tu vois en faite... je me demandais si tu voulais bien nous rejoindre ?

- Nous ?

- Moi et les autres. Maël et Cléo.

- Oh, Camus se tourna vers Hadès puis de nouveau vers son frère, oui. Je n'y vois aucun inconvénient.

- Génial !, il attrapa le bras de son cadet avant de regarder l'homme mystérieux. Je vous le rends après promis ! »

Hadès se contenta d'un sourire aimable et d'un hochement de tête ce qui suffit à l'homme pour trainer son frère dans les couloirs. Camus n'eut même pas le temps d'adresser un dernier regard à Hadès que ce dernier avait déjà fermé la porte derrière eux. Un peu sonné par la soudaine visite de Basile, l'homme n'eut d'autre choix que de le suivre, manquant de peu une des marches de pierre du grand escalier. Malgré lui, il reconnaissait les pièces du manoir et il savait pertinemment où son frère l'emmenait : dans un des petits salons. Petit salon n'était pas le mot le plus adéquate, après tout la pièce à elle seule devait faire l'entièreté de son appartement, si ce n'est plus. Avant qu'il n'ai le temps d'y réfléchir plus longuement, Basile posa ses deux mains sur ses épaules, l'invitant pour ne pas dire le forçant à s'asseoir dans le canapé de velours rouge aux motifs floraux dorés. Face à lui, sur un canapé identique étaient assit Maël et Cléo, l'un d'un grand calme, l'autre paraissant enchantée. Ce ne fut qu'une question de seconde avant que leur plus grand frère ne s'aillent aux côtés de Camus, en profitant par la même occasion pour prendre un des cafés posés sur la table basse qui les séparait.

« Alors, commença Cléo d'une voix douce, raconte nous tous Camus.

- Tout ?

- Oui, son regard se posa sur Maël, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu après tout.

- C'est vrai, les parents t'ont envoyé au Sanctuaire il y a déjà... poufff... 14 ans ?

- Hm ! Moi je ne me souviens pratiquement pas de toi ! J'étais trop petite ! »

Son regard ne cessait de passer de personne en personne, lui donnant presque le tournis. Il n'avait même plus l'habitude d'entendre autant de français ! Pas qu'il ai oublié un mot de sa langue mais il était tellement habitué au grec désormais... La mains tremblante, légèrement perdu, il accepta la tasse qu'on lui tendait. Il devait clairement avoir une mine étrange car face à lui, les visages de ses frères et de sa sœur reflétaient une soudaine inquiétude. Il sentait l'angoisse le prendre à la gorge, il n'avait jamais été doué pour tout ce qui est interaction social et plus particulièrement lorsqu'il était le centre de l'attention. Ce fut Basile qui détendit l'atmosphère lorsque son rire résonna dans la pièce. Il posa une main sur l'épaule de son frère cadet et le secoua légèrement, faisant bien attention de ne pas lui faire mal.

« Je crois qu'on t'as un peu brusquer ! On est juste tellement heureux de te revoir tu sais. »

Le regard olive de son frère était si sincère, si innocent mais malgré tout, Camus ne put s'empêcher de se dire le contraire. Il regarda Maël qui souriait doucement, illuminant les traits de son visage, puis Cléo qui rayonnait de joie. Tous trois était lumineux, empli d'une vie qu'il ne retrouvait pas dans ses propres yeux. Il posa sa tasse dans la coupelle, sans le moindre mot. Il aurait voulu être heureux de les revoir, une partie de lui l'était au fond, mais la vérité était qu'il les avaient oubliés. Maintenant qu'il était en face de lui, il revoyait leur moment passé ensemble, leur complicité et l'amour qu'il avait porté pour eux cependant avant ça... rien. Encore ce matin, il avait oublié qu'il avait des frères et des sœurs et cette pensée le glaçait.

« Alors, c'est comment la Grèce ? »

Camus redressa les yeux vers Cléo, une mèche caressant son visage mâte. Il semblait que de tous, Camus ai hérité du teint de porcelaine de leur mère plus que celui méditerranéen de leur père.

« Chaud.

- Plus chaud qu'ici ?

- En cette période oui, et de loin. »

Cléo parut satisfaite de la réponse et plongea son nez droit dans une tasse de café non sans avoir au préalable rajouté un nuage de lait. Basile s'affala pratiquement dans la canapé, observant son jeune frère qui n'était toujours pas à l'aise. Ses longs doigts était crispé sur l'anse en porcelaine de la petite tasse. Il tremblait, ses mains tremblaient légèrement et malgré les efforts colossaux qu'il déployait à les cacher, tous trois avaient remarqués. Ils ne disaient rien, sachant bien évidemment le malaise que cela allait créer mais aussi les raisons d'une telle détresse. Peut être auraient-ils dû inviter le mystérieux ami qui l'avait accompagner à les joindre. Seulement ils avaient vraiment envie de parler avec Camus, d'en savoir plus sûr lui. Pour eux, Camus était une partie de leur vie, leur mère avait souvent de ses nouvelles transmises par l'Orphelinat du Sanctuaire mais pour Camus... il avait coupé sa famille de sa vie. Pour lui, ils avaient cessés d'exister il y a longtemps, ils savaient bien. Leurs parents leur avaient dit, ils leurs avaient expliqué. Camus pensait avoir fugué, être parti de lui-même. Tous trois lui en avaient voulus, mais on leur avaient dit que le Diable en avait après son âme, qu'il ne fallait pas lui en vouloir, que c'était de leur faute à eux, leurs parents, et pas celle du petit Camus. Ils n'avaient pas été capable de protéger leur enfant du Malin alors il était mieux pour lui qu'il oublie tous d'eux.

« Tu habites où déjà ?, demanda Maël.

- Rodorio. C'est dans les montagnes. D'après ce qui est dit, la ville était au début un petit village créé par les servants d'un sanctuaire alentours mais comme on a trouvé la trace que de très peu de sanctuaire et de temple ou tout autre endroit sacrée en Grèce, il se peu que ce ne soit qu'une légende. »

Camus but une longue gorgée de son café, n'ayant toujours pas le courage de faire face à sa famille. Maël eut lui envie de lui poser une autre question, si l'orphelinat dans lequel il avait été placé avait été nommé suite à cette légende. La réponse semblait évidente, aussi évidente que le fait que ce soit déplacé de lui poser une telle question. À la place, il prit lui même une gorgée de son café dans lequel il avait plongé deux sucres.

« Bon, je sais qu'on a tous envie de poser la question et que personne va oser et qu'on va juste tous se sentir gêné si on le fait pas mais... Ce Théophène... C'est ton copain ? »

Camus sentit le liquide brûlant tenter d'envahir ses poumons, le faisant recracher aussitôt avec violence. Il toussa, abasourdit par la question qu'on venait de lui poser. La main sur le torse alors qu'il cherchait à reprendre sa respiration, les yeux écarquillé alors qu'il cherchait à savoir si on lui faisait un blague, il regarda son grand frère presque scandalisé.

« Pardon ?! » glapit-il.

Cléo mit son visage dans ses mains, jurant qu'elle aurait préféré mourir que d'assister à cette scène quand Maël, lui, lança son regard le plus noir à Basile. À ce point là, ce n'était même plus manquer de tact. Comment cet idiot pouvait seulement être acclamé par tant de personne ?... Basile tapa légèrement sur le dos de Camus pour l'aider à tousser et lui passa une serviette de l'autre mains que s'empressa l'homme de prendre.

« J'en déduit que non...

- Il s'agit... il s'agit de mon colocataire. Et c'est 'Théophane' ! »

Camus toussa encore un peu dans la serviette, pas vraiment sûr qu'il allait s'en remettre. Il préférait oublier la question, il préférait tout oublier et faire comme si rien ne c'était passé. C'était mal connaître Basile.

« Désolé. Désolé. Il fallait que je pose la question. C'est juste que lorsque mère nous a annoncé que tu venais accompagné, elle n'a pas précisé et on pensait que tu arriverai avec une femme. Alors imagine le choc lorsqu'on a vu un homme descendre de la voiture ! Pas que je sois homophobe, juste que je ne m'y attendait pas et-

- Basile ?, la voix de Camus était quelque peu dangereuse.

- Oui ?

- La ferme.

- Oui. »


Hadès était accoudé à la grande fenêtre, observant le domaine qui s'étendait sur plusieurs hectares. Le bleu du ciel totalement dégagé et le vert émeraude de la canopée tranchaient l'un avec l'autre, créant un tableau qu'il se surprit à aimer observer. Tout le temps qu'il avait passé avec Camus, depuis qu'il était sortit du Néant, il était resté dans la ville où vivait le médium, le plus souvent il restait enfermé à l'appartement. Être enfin en campagne avait quelque chose de revigorant pour lui, il avait après tout toujours apprécié la nature et ses vertus. Il avait d'ailleurs créé dans son monde souterrain de véritable jardins qui en ferait pâlir n'importe quels rois.

Le vent marin caressa son visage, se mêla à ses cheveux tout en lui apportant cette senteur légèrement salé ainsi que celle de pains qui jonchaient la côte plus loin. Il apprécia les senteurs. Il l'ignorait jusque là mais elles lui avaient manqué, il n'y avait pas vraiment réfléchit avant. Lorsqu'il fut tiré de sa paisible méditation par quelqu'un qui frappa à la porte. Curieux, et parce que cela ne se faisait pas d'ignorer lorsque l'on frappait poliment, il se résigna à quitter la tranquillité de la fenêtre.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit la mère de son humain, Callie, se tenir derrière la porte. Elle avait les mains jointes au niveau de sa poitrine et regardait le créateur avec ce qu'il devina être de l'espoir, comme si elle attendait quelque chose de lui.

« Je suis désolé madame, votre fils est avec ses frères et sœur.

- Ce n'est pas mon fils que je viens voir. »

Le créateur releva légèrement le menton et plissa un peu ses yeux avec suspicion.

« C'est avec vous que j'aimerai m'entretenir, seigneur Hadès. »


Le prochain chapitre pour je sais pas vraiment quand. Sûrement quand j'aurai assez de motivation.

Que dire sinon beaucoup de personnages présentés. Beaucoup trop. Et un Shura survolté. Bref, encore des embrouilles !

Hemere : Merci pour ton commentaire ! Perséphone est un personnage que j'ai toujours apprécié, je ne pouvais pas me résoudre à en faire une simple rivale. D'autant plus que je fais parti des gens à qui ont a appris qu'outre une grande amitié, elle n'avait pas de sentiments pour Hadès. Quant à Zeus, il ne devrait pas tarder à faire une entrée à la Kuzco : 'Ah ! Boom bébé !'. Voilà ! Voilà !