Le docteur déposa son crayon.

- Maintenant, qu'est-ce qu'on fait, demanda Astrid?

- On attend et on espère que ce sera suffisant.

- Suffisant pour quoi! Je ne vois pas en quoi ce gribouilli nous fera sortir d'ici.

- Nous existons parallèlement au temps normal, hors du temps, invisible aux gens de Métropolis et à leur espace temps. Cependant, il est possible de créer une toute petite ouverture et de transmettre un message par exemple.

- Et le charabia avec lequel vous avez sali ce miroir est un message!

- Un miroir ne réfléchit pas que la lumière, c'est pour ça qu'il est pratique pour voir entre les dimensions. Il a été plus difficile à placer le miroir à un endroit près de Price et d'un autre mir…

Il remarqua qu'Astrid semblait plus intéressée à un fil d'araignée qui pendait du haut du plafond qu'à ses explications. Il se reprit.

- Bref, j'ai essayé de réveiller en lui le Adric que j'ai connu.

- Et vous avez réussit, répondit une voix derrière eux.

Il se retournèrent : Price était revenu. Il était différent, moins froid et souriant.

- Adric, c'est vraiment toi, demanda le docteur?

- Oui, enfin, je crois…

- Mais comment est-ce possible? Tu t'es écrasé sur la Terre préhistorique.

- Celui qui a fait ça m'a enlevé le souvenir de ce qui est arrivé après le crash, je crois qu'il vous visait; il a bloqué tous les bons souvenirs que j'avais de vous.

- Tu n'as aucune indice?

- Non, je suis désolé.

Pendant un moment, le silence s'installa, puis, Adric Price reprit.

- Je suis venu vous libérer. Vous pouvez partir, docteur. Je peux rester ici et continuer de vivre sur Métropolis. Cela permettra à cette bulle d'exister pendant longtemps sans que d'autres maires y soient amenés.

- C'est gentils de votre part, commença Élianna, mais vous n'êtes pas obligés de faire ça.

- Ce n'est pas pour vous que je le fais, Élianna , reprit Price en fixant Astrid.

- Quoi! Quel rapport cela a avec moi, s'étonna Astrid?

Le docteur se tourna vers elle et la regarda fixement. Elle se sentit tout à coup gênée.

- Pour que nous puissions entrer dans la bulle hors du temps, Price a créé un paradoxe et ce paradoxe m'a suivit; on peut même dire qu'il m'a accompagné.

- Vous parlez de moi? Je vous ai accompagnés, mais je ne suis pas un paradoxe!

- À cause de moi, vous avez survécu, reprit Adric tristement. Je suis désolé.

La femme de chambre se rappela alors le Titanic, Max Capricorne et le chariot élévateur.

- Si… si vous ne m'aviez pas lancé le tournevis sonique, j'aurais utilisé le chariot élévateur pour pousser Capricorne dans le vide.

- Au risque d'y tomber vous aussi, comprit le docteur.

- Je serais morte, ajouta la stoïenne d'une voix blanche.

- Si vous quittez cette bulle, vous serez, au mieux, traquée par des créatures qui se nourrissent de paradoxe. Elle détruiront tout avec vous. Mais les paradoxes peuvent causer des problèmes que vous ne pouvez même pas imaginer.

- Cette bulle est le seul endroit où vous serez en sécurité, conclut Price.

La stoïenne comprit soudain qu'elle ne pourrait pas repartir avec le docteur.

- Il y a sûrement une autre solution! Ne me laissez pas ici!

Les larmes coulaient de ses yeux. Pour ne pas montrer son émoi, le docteur détourna le regard.

- Je suis vraiment désolé, Astrid.

- Je voulais vivre des aventures : regardez cette endroit, il ne s'y passe jamais rien. Je vais y mourir d'ennui.

- Nous trouverons le moyen de vous divertir, dit doucement Élianna. Le monde de la bulle est malléable. Il peut être tout ce que vous voulez.

Mais cela ne réconforta pas Astrid.

- Docteur, ne partez pas!

- Je ne peux pas rester. Je dois trouver celui qui m'a envoyé Adric avant qu'il ne fasse plus de mal.

- Vous ne resteriez pas de toute façon, se choqua Astrid. Vous voulez fuir cet endroit comme vous avez fuit votre planète et pour la même raison que j'ai fuit la mienne.

- L'aventure?

- Non, le pouvoir de changer les choses. Ici, comme sur Sto, on ne peut rien faire. On fait parti d'un système qui nous asservi. Dans les étoiles, tout est possible. On peut changer le monde, le sauver, le guérir.

Le docteur approcha son visage d'Astrid.

- Vous venez d'admettre que vous avez fuit, Astrid. Vous êtes étonnantes.

- Chut, répondit-elle.

Elle approcha ses lèvres du visage du docteur et toucha doucement ses lèvres. Pendant un moment, le temps semblait s'être arrêté. Elle avait l'impression d'avoir vécu un moment semblable, dans un rêve. Puis, elle recula.

- Allez-y, partez, reprit-elle, les yeux ruisselants de larmes.