Il se précipita dans sa tente, se prépara plus vite qu'il ne faut pour le dire, un énervement proche de la rage animant tous ses gestes. Il prit ses deux lames, et sortit pour préparer son cerf au combat. Les souverains s'étaient rapprochés de sa tente, et nul n'osa franchir les quelques pas qui les séparaient de lui pour essayer de le raisonner. Le feu meurtrier qui embrasait ses iris clairs, les effrayait à juste titre. Legolas arriva avec Gimli, et quand il vit son père, une peur atroce le saisit. Il avait tant redouté ce moment. Il osa franchir les quelques mètres qui lui restaient pour le retrouver. Le souverain lui lança un regard froid qu'il lui connaissait que trop.

« Ada, je t'en prie … tu ne peux pas y aller.

- Cesse donc de suite ces supplications compris ?! Il est hors de question que je la laisse mourir seule tu entends ?! J'ai déjà perdu un être cher comme cela ! Jamais cela ne se reproduira Legolas ! »

Le visage du prince se décomposa d'affliction devant cet aveu, tant il savait qu'il voulait parler de sa mère. Aragorn s'avança alors que Thranduil se mettait en selle, il osa poser un main sur l'encolure de l'animal défiant ainsi le courroux du souverain elfique.

« Thranduil, il était de son choix d'y aller seule ! Même Susien nous a dit que c'était son destin …

- Destin peut-être Roi Elessar, mais osez me dire que vous ne feriez pas de même à ma place. Quel est donc le message que votre coeur vous a soufflé en voyant Arwen mourante ?! Croyez-vous que je la laisserai, seule et abandonnée dans ce désert glacé ? Que croyez-vous que je sois pour me prêter telles intentions ? Sa voix se brisa légèrement, et regardant le sol couvert de neige, il continua laconique, elle a été là pour moi. Elle m'a ressuscité, pour cela je lui dois une reconnaissance éternelle Seigneur Aragorn. Quel souverain ? Quel immortel ? Quel amant ferai-je si je la délaissais justement à présent ? »

Aragorn crispa son poing sur la fourrure de l'animal, sachant pertinemment qu'il avait raison. Il laissa tomber son bras mollement, abdiquant devant sa décision. Il braqua ses yeux gris dans ceux de l'elfe, et il fit sincère :

« Puissions-nous nous revoir Thranduil. Puissiez-vous accomplir votre noble tâche. Nous irons délivrer les nains, et nous partirons dès que vous quitterez ces lieux. Autant essayer de faire au mieux avec le temps qu'elle nous a octroyé.

- L'armée est entre de bonnes mains sous la directions de chefs tels que vous, que vos destins soient bénis, et qu'une aube nouvelle se lève pour vous tous. »

Il tourna bride et le cerf commença à avancer lentement, il entendit derrière lui.

« Ada! Laisse-nous t'accompagner ! »

Il tourna sa monture de quart pour regarder son fils, et les yeux embués de larmes il déclara :

« Nulle monture ne peut être aussi véloce que mon cerf Legolas, et tu le sais. Bats-toi avec honneur et bravoure, comme tu l'as toujours fait. Veilles sur eux, Duilwen t'épaulera avec force et allégeance, elle n'a jamais failli. Nous nous reverrons fils, ici ou sur l'autre rive. Sache … que je t'ai toujours été fier de toi. »

Legolas fit un pas pour le retenir, mais l'animal fit un bond en avant et fila dans la neige, rapide et léger comme la brise. Il ne put que regarder la silhouette de son père disparaître à travers les rochers. Les empreintes du cervidé bientôt recouvertes par la neige naissante. Legolas se retrouva immobile, l'air hagard, prenant peut-être seulement conscience qu'il allait les perdre tous les deux. Gimli vint à ses côtés, et s'exclama d'un ton chaleureux :

« Ton père est un vaillant combattant, je ne connais pas son égal en Terre du Milieu ! N'aies crainte, nous allons le revoir.

- Oui, le tout est de savoir si nous le reverrons en vie Gimli …

- Ecoutes, si ça se trouve ils n'auront pas besoin de nous tout du long. Avec un peu de chance nous pourrons nous faufiler jusqu'à la citadelle avant la fin. »

Legolas lui offrit un regard plein de reconnaissance et un faible sourire anima son beau visage, il hocha la tête lentement. Il vit Aragorn qui les observait, n'ayant pas bougé d'un pouce.

« Comme au bon vieux temps Aragorn ?

- Oui Legolas, comme au bon vieux temps. » répondit ce dernier le coeur lourd.

Ils se tournèrent vers les autres, et ils purent lire sur leurs faciès fermés, la crainte que leur donnait leur prochaine bataille. Même l'acier le plus dur reste à jamais marqué par ses affrontements. Les troupes se formèrent en rand serrés, et sur leur montures, les souverains se tinrent devant leurs hommes. Vu qu'Aragorn était le symbole, et le souverain, des peuples réunifiés, il entonna d'une voix claire :

« Le dragon blanc est parti faire face à son destin ! Il a emprunté la route qu'il lui était prédestiné, à nous d'avancer sur celle qui attend nos pas à présent ! Nous suivrons son courage, et nous battrons pour lui prêter main forte ! Nous combattrons pour la liberté, et pour permettre à notre monde, de vivre ! »

Une clameur claire et forte s'éleva dans l'espace gris, les Lossoth regardant avec admiration et crainte le déploiement de tant d'armes et de fougue au combat. Puis, prenant la tête, Aragorn commença leur avancée à travers les boyaux rocailleux des montagnes, qui les accueillaient de leur ombre.

...

Le vent sifflait autours d'elle, glacial et si vivifiant. Ses yeux d'argent ne cessait de verser des larmes, malgré son courage, elle n'arrivait pas à taire la peur et le chagrin qui la rongeaient. Elle passa les monts obscurs, dressés comme des dents acérées, fit face aux courants chargés de neige qui rendaient sa progression difficile. Après de longues minutes d'un vol plutôt chaotique, elle aperçut la citadelle noire et blanche s'ériger sur le flanc du Mont Aeglos. Elle déglutit avec effort, sentant toutes ses convictions geler aussi sûrement que le bout de son long museau fin. Elle ne se doutait pas, que des kilomètres en arrière, bien loin au-dessous des ses figures aériennes, le cerf de Thranduil faisait des trésors d'agilité et de vitesse dans les escarpements rocheux.

Le souffle de l'animal s'élevait en fumerolles blanchâtres de ses naseaux et de sa bouche. Thranduil le dirigeait avec fermeté et souplesse, ses yeux d'elfes voyant bien mieux que celui de l'animal, il dirigeait et prévoyait bien à l'avance les chemins à prendre. Il distingua lors de l'ascension d'une crête, la forteresse au loin, et son coeur se serra quand il vit l'ombre du dragon, son dragon, approcher de l'édifice maudit. Il lui restait tant de route à parcourir encore.

...

Un silence de mort envahissait tout. Les troupes s'avançaient en essayant de faire le moins de bruit possible, mais c'était peine perdue. Les longs corridors sombres n'auguraient rien de bon. La faible clarté du jour filtrant par les nuages tout aussi maussade que leur route, suffisait à peine à savoir où ils mettaient les pieds.

« Aragorn, ces couloirs son de vrais pièges, cela annule la force du nombre, exposa Faramir inquiet en donnant des coups d'oeil nerveux aux alentours.

- Je le sais. Mais si ce désavantage est un fait pour notre armée, il est aussi pour eux.

- Je laisse les cavaliers en arrière Aragorn, ils ne seront pas d'une grande utilité devant. Je préfère les garder en dernier recours, déclara Eomer, qui au hochement de tête du roi Elessar, repartit vers l'arrière.

- Haldir ? Vos archers et ceux de Thranduil sont-ils où il faut ?

- Oui Seigneur Aragorn, ne vous inquiétez pas. J'espère que ces bêtes ont une aussi bonne vue que la nôtre si ils veulent s'en sortir ! » Fit Haldir peut-être un peu trop confiant.

Il faisait une froidure sèche abominable, et le vent chargé de neige s'insinuait dans les coursives rocailleuses dans une plainte lugubre. Il faisait très froid, et les hommes en souffraient. Les nains à l'avant n'avaient pas ce problème, ils avaient l'habitude des saisons rigoureuses et des territoires hostiles. Leur progression difficile s'arrêta au sommet d'un chemin en légère surélévation, et là leur sang se glaça. Un barrage sombre, semblable aux roches qui couvraient leur progression, s'élevait devant eux. Il n'était pas fait de rocs, mais d'orques et de gobelins, serrés les uns aux autres dans l'étroit passage qui s'offrait à eux. Leur nombre était impressionnant, et Aragorn sut que Belegurth avait massé ici, presque toute son armée. Un frisson glacial s'offrit son échine, et il entendit Faramir dire :

« Par les Dieux, heureusement qu'elle a pris cette décision, une armée tronquée n'aurait pu faire face à cela …. »

Aragorn serra la mâchoire, il fit avancer son cheval de quelques pas, puis dégainant Andúril qui donna un éclair argenté malgré le peu de lumière ambiante, il s'apprêta à donner l'assaut. Un cri déchirant s'éleva des troupes, coupant son élan, suivis de beaucoup d'autres. Des flèches noires tombaient du ciel, il hurla :

« Tous aux abris ! »

Le guet-apens était logique, mais soudain. Il leva son bouclier pour se protéger des flèches, et il entendit Haldir hurler un ordre. Ses archers, éparpillés un peu partout sur les conseils de Susien, sortirent des ombres, et les deux groupes se firent front dans les hauteurs. Les loups se frayèrent un passage à leur côté, agiles et puissants, ils firent de nombreuses victimes. Gobelins et orques se faisaient littéralement déchiqueter sous leurs crocs et leurs griffes. Les elfes avancèrent avec rapidité, quand Aragorn les vit passer au-dessus d'eux, ouvrant la voie, il s'engouffra dans la passe, en criant haut et fort « Pour le Gondor ! » et tous reprirent en choeur sa clameur. Il lança son cheval à toute allure, suivit de Faramir, Legolas, Gimli et Eomer, et ils perforèrent les premières lignes de l'armée adverse dans un vacarme assourdissant de corps qui se percutent, d'armes et de boucliers qui s'entrechoquent. Les clameurs et les coups montèrent le long des parois en écho. Les archers elfiques sur les hauteurs faisaient un véritable massacre, leur dégageant le passage. Les deux armées se battaient avec rage, délaissant à leurs pieds un monceau de cadavres nauséabonds. Legolas et Gimli, comme à leur accoutumée, jouaient gaiement à un comptage en règle, abattant un nombre calculable d'ennemis avec entrain. Legolas néanmoins fut vite à cours de munitions, et sous le rire moqueur de Gimli qui fendait les airs avec sa hache, il dut récupérer des flèches pour continuer son oeuvre. Ses dagues cependant, étaient toutes aussi redoutables. Il se faufilait avec agilité et force dans le brouhahas ambiant, comme un éclair doré au milieu des ombres. Peu à peu, ils avancèrent. Malgré le froid et la neige qui rendaient leur combat épuisant, ils retrouvèrent un second souffle quand ils virent les mètres se dégager sous leurs pas. C'est alors que le visage d'Aragorn se figea d'horreur, tandis que du feu sembla tomber du ciel.

...

Elle se posa avec lourdeur sur les pavés de la citadelle, surprise de ne voir personne. Ses yeux d'argent balayèrent les alentours avec circonspection, essayant de trouver ses adversaires, mais rien. Au loin, venant du centre de la chaîne de montagne, elle entendit les plaintes et les combats s'élever. Son coeur se serra, comprenant son erreur.

« Tu pensais réellement que j'aurai besoin de toute mon armée pour me protéger ? Ce qui reste, attend patiemment mes ordres pour Valinor. Je n'aurai guère besoin de toutes mes forces armées, car une fois là-bas, je recouvrerais toute ma puissance.»

La voix douce mais glaciale s'éleva du coeur de la tour, tandis que Belegurth s'avançait vers elle lentement. Il se posta à quelques mètres du dragon, dans une attitude calme au possible. Elle le regarda de toute sa hauteur, et répondit :

« En effet, quel souverain ne se servirait pas d'une armée pour sa sauvegarde ?

- Je ne suis pas un roi comme les autres. Carcah a du te le dire non ? »

Il abaissa sa capuche lentement, et Gilthoniel eut un frisson de dégoût qui lui hérissa les écailles. L'homme en face d'elle n'en était plus un depuis longtemps. Son corps ressemblait à une cadavre en décomposition, gelé et conservé en l'état depuis des millénaire. Ses doigts squelettiques se tendirent vers elle, comme si il lui souhaitait la bienvenue, et un sourire affreux vint étirer son visage presque dépourvu de lèvres.

« Tu es venu, comme je m'y attendais, pensant avec ardeur, que tu ferais la chose la plus juste qu'il soit. Décidément, que ce soient les dragons, les elfes, les nains ou même les hommes, vous êtes tous aussi stupides les uns que les autres ! Cracha-t-il entre ses dents grises. Tu t'es offerte sur un plateau, à présent, laisse-moi me servir veux-tu ?! »

Il fit un signe et Gilthoniel entendit l'attaque bien avant de la voir. Un sifflement aiguë trancha les airs, suivit d'une atroce douleur dans son aile droite. Elle recula vivement, essayant de se retourner, mais la douleur s'accentuait à chaque mouvement. Elle regarda son aile, et l'épouvante put se lire en elle. Un harpon avait transpercé ses chairs tendres, perforant son aile, un grappin ouvert dans l'autre sens la clouant désormais au sol. Elle tira sur la chaîne malgré les souffrances que cela lui infligeait, et un autre bruit semblable au premier s'éleva. Un hurlement tonitruant s'éleva de sa gorge, tendit que les plaies la brûlaient. Elle se débattit quand même, consciente qu'il voulait simplement lui ôter toutes chances de fuite. Elle put voir les gobelins aux manoeuvres, et concentrant son énergie, elle réussit à faire un arc électrique colossal, qui remonta le long des chaînes, et grilla ses assaillants. Puis regardant Belegurth, elle ouvrit sa gueule et une boule d'éclairs s'abattit sur lui. Il n'avait pas bougé, pourtant, quand l'éblouissement dû à l'attaque s'estompa, elle le vit toujours à la même place. Un sombre manteau vaporeux le protégeant. Il eut un rire mesquin qui résonna dans la forteresse glaciale, et s'exclama réellement amusé :

« Parce que tu crois qu'un dragon peut ME détruire ?! Je suis l'avatar de Melkor ! Es-tu une déesse pour venir me défier ?! »

Levant les bras il souleva un vent de glace qui vint frapper le dragon à la tête. Gilthoniel dut fermer les yeux sous cette attaque, dans un acte désespéré, elle bougea en essayant d'étendre tout son corps, et d'autres harpons vient lui prendre les pattes arrières. Les élancements étaient insupportables, bloquant toute tentative. Elle recommença à utiliser son pouvoir, et Belegurth, légèrement irrité par sa résistance hurla :

« Tu ne peux rien contre moi alors cesse cela de suite ! Ta tâche n'est pas à te défendre, ni même à devoir me tuer pauvre imbécile ! Mais à me servir ! Maintenant il suffit ! »

Elle ne comprit pas trop ce qu'il se produisit, elle le vit simplement tendre les bras vers elle et un nuage noir opaque jaillit de son corps squelettique. Il l'attaqua avec la vélocité d'un serpent, la mordant à la gorge, et elle se sentit suffoquer, petit à petit. Tant et si bien, qu'avec un dernier regard vers les cieux chargés de nuages lourds, elle sombra inconsciente.

Thranduil avait entendu ses cris, et une folie meurtrière s'était emparée de lui. Poussant son cerf jusqu'aux limites de sa résistance, il avala les kilomètres dans une course effrénée et tumultueuse. Arrivé aux pieds de la forteresse, il se trouva face à un peu de résistance. L'animal fonça bois en avant dans le groupe d'orques qui lui barrait le passage, et sortant ses lames il se battit avec rage, ne laissant que mort derrière lui. Ce détail passé, il entama l'ascension glissante et périlleuse qui menait à la citadelle. L'animal glissait et avait du mal à tenir debout tant ses ongles dérapaient sur les surfaces inégales et traîtresse, mais il ne faillit pas, il tint bon jusqu'au bout, portant son souverain jusqu'à son but. Arrivés aux racines des longues murailles vertigineuses, le cerf s'effondra dans la neige, le souffle court. Sa poitrine se soulevait anarchiquement, du sang coulait de son mufle glacé. L'oeil presque révulsé il sentait le froid le mordre lentement. Thranduil se pencha sur lui et lui souffla :

« Repose-toi à présent. Merci mon fidèle ami …. puissions-nous nous revoir. »

Il coupa la sangle avec une de ses dagues pour libérer la cage thoracique de l'animal et avec souplesse il se fit maître du mur d'enceinte noir et givré qui lui faisait front. Arrivé en haut, il tua les gardes sans difficulté, et se mit à la recherche de sa bien-aimée. Quand il la découvrit, son sang se figea.

Elle était posée au centre de la machine qui semblait resserrer ses griffes noires sur elle. Tout un tas de câbles la maintenait au sol, transperçant ses écailles d'argent, brisant ses ailes. Il entendit ses gémissements s'élever dans de sourds grognement, tandis que dans ses prunelles d'argent, toute la rage du monde semblait prendre vie. Il se cacha quand il vit Belegurth s'avancer vers elle, ne voulant pas attirer l'attention. Il se faufila dans un des escaliers, réduisant au silence tous ceux qui osait croiser sa route. Heureusement pour lui, le gros des troupes se battaient à l'est. Il entendit une énorme explosion parvenir justement du lieu des affrontements, et une colonne de feu embrasa les cieux. Beleguth eut un rire dément en jubilant :

« Nous allons voir ma belle, combien de temps encore vont tenir tes précieux amis ! »

Thranduil remonta malgré lui sur le chemin de ronde pour voir au loin, et ses rétines se contactèrent face à ce que ses yeux d'elfes virent. Un peur abominable lui tordant le ventre, ses pensées volant jusqu'à son fils.

...

Legolas se battait avec courage, mais ce qu'il venait de se produire, avait semé la confusion dans les troupes. Des boules de feu volaient vers eux, et s'écrasaient sur les soldats. Une traînée de flammes suivant le roulement des projectiles. Tous brûlaient ou mouraient écrasés sous ce maléfice. Aragorn hurlait des ordres pour avancer, Faramir comprenant que les munitions ignées étaient envoyées de catapultes bien plus haut, et qu'il fallait un long moment pour les paramétrer. Leur demandant l'impossible, les Hommes prirent courage et s'avancèrent malgré la peur, malgré la fumée épaisse qui les étouffait, emmenant dans son cortège l'odeur abominable de chairs carbonisées. Les elfes abrégèrent nombre de souffrances grâce à leurs flèches, puis ils se hâtèrent plus avant. Legolas suivant Duilwen et Haldir.

« Je te conseille de ramener tes petites fesses elfiques avant que je parte sans toi mon ami ! » beugla Gimli le voyant faire au loin, comprenant ses intentions, fracassant le sommet de la tête d'un gobelin au passage.

Ce dernier fit un couinement sinistre avant de s'effondrer à ses pieds, et Gimli regarda son ami s'enfoncer dans les corridors de roches noires. Il n'aimait pas quand ils étaient séparés, pas que l'elfe puisse ne pas s'en sortir sans lui, mais ils étaient toujours ensemble au combat. Il vit le roi Dáin se défendre contre cinq assaillants, et soupirant un bon coup en priant tous les dieux de la forge qu'il pouvait connaître, le nain se lança à son aide, hache en avant. Il en fallait pour mettre à terre un nain, et ces immondes bêtes allaient l'apprendre à leurs dépends.

« Haaa vous en vouliez de la viande hein tas d'raclures ! En voilà ! » hurlait le roi Dáin en découpant tout ce qui se présentait à lui. Son visage strié du sang de ses ennemis était impressionnant, et la rage qui déformait ses traits, effrayait les ennemis avant même qu'il se jette sur eux. Au côté de son souverain, Gimli avança petit à petit vers le chemin qu'avait emprunté son ami elfique.

Legolas, Duilwen et Haldir se précipitèrent souplement vers les catapultes, et d'abord saisis par ce qu'ils virent des trolls immenses et blanchâtres posant des blocs à l'aspect poisseux auxquels les gobelins mettaient le feu ils commencèrent leur travail. Quelques archers à leur suite. Il fallait au moins trois combattants par géants, et la tâche ne fut pas aisée. Duilwen se servit de ses dons remarquables pour se glisser vers les catapultes, et sectionner les tendons des plus gros pour les mettre au sol. Là-dessus les nains arrivèrent, et ceux qui avaient le malheur d'être face contre terre, se faisaient hacher sans hésitation. L'odeur du sang et de la mort envahissait la passe et les montagnes. Mais rien n'empêcherait les combattants d'avancer. Les elfes arrivèrent aux creux qu'ils avaient vu la veille, ils se projetèrent vers les nains enfermés dans des cages, ouvrant toutes les geôles très rapidement, libérant ainsi les prisonniers. Les nains captifs, revigorés par leur libération, et la vision des troupes venues pour les affranchir, prirent les pioches, les maillets, tout ce qui pouvait faire office d'armes, et ils se déversèrent plein de fureur dans les rangs des orques. Ils ne savaient pas se battre pour la plupart, orfèvres, forgerons, tailleurs de pierre, mais une flamme commune les possédaient, celle de la vengeance. Et elle les consuma au point d'en faire de véritables chiens de guerre. Décapitant, égorgeant, éviscérant leurs tortionnaires en poussant des cris presque bestiaux. Dans ce chaos infernal, Haldir et Duilwen virent que des couloirs s'enfonçaient dans la montagne. Des boyaux rougeâtres éclairés par les feux des forges. De là provenait les projectiles gorgés de goudron auxquels ils mettaient le feu, ainsi que toutes leurs armes. Suivis de Legolas, ils plongèrent dans le labyrinthe souterrain, et munis de leurs flèches et de leurs dagues, ils nettoyèrent tous les chemins tortueux qui se dévoilaient à eux. Une clameur s'éleva au-dehors, les hommes criaient de joie. Les trois elfes se regardèrent, une lueur d'espoir dans le regard, apparemment, ils avaient mis leurs ennemis en déroute. Ils remontèrent à la surface, et virent le carnage de leurs affrontements. Le passage était recouverts de corps, ennemis et amis. Des mares de sang rouge se mêlaient au noir. Les soldats finissaient les ennemis qui n'étaient pas encore morts, prenant un plaisir non feint à les faucher alor qu'ils ne pouvaient plus se défendre. Les esclaves pleuraient de joie et de douleurs. Dans la fumée qui camouflait en partie tout ce qui les entourait, Legolas vit Aragorn venir vers lui, vacillant un peu. Il s'élança vers son ami, et lui offrant son épaule pour soutien, il questionna :

« Aragorn ?

- Une égratignure à la jambe, ces trolls sont moins lourds qu'il n'y paraît. »

Legolas vit une entaille dans la cuisse du roi, qui saignait abondamment. Il appela Faramir qui vint de suite, et voyant la plaie il grimaça.

« Je le ramène au campement, de toutes façons, nous en avons fini ici. Les loups, les elfes, et quelques nains sont en train de pourchasser les derniers survivants. Ces bêtes sont redoutables au combat ! S'exclama Faramir admiratif en voyant Susien qui les couvait du regard.

- Legolas, vas rejoindre ton père tant qu'il est encore temps. Je n'ai plus besoin de toi à mes côtés … pour le moment... » fit Aragorn avec un sourire entendu.

L'elfe lui offrit un visage brillant de reconnaissance, et sans un bruit il se leva et partit à la recherche de Gimli et de son cheval. Il croisa Duilwen et lui dit :

« Retourne au camps, protège le roi Elessar.

- Mon devoir est de te protéger toi, et ton père, si il est encore en vie ! Déclara-t-elle fermement le défiant du regard.

- Ton devoir est d'être là où tu seras le plus utile mon amie. Le Souverain de Gondor doit rentrer à Minis Tirih sain et sauf tu entends ?! »

Duilwen se raidit à son ordre, puis, voyant l'expression de Legolas elle vit que c'était une faveur qu'il lui demandait. Elle le salua alors courtoisement et le rassura :

« Il en sera ainsi Legolas. Vas en paix, je veillerai sur lui. Suis la passe sur quelques lieux, tu devras franchir une rivière de glace que je te conseille de faire au pas. Puis après, viendra l'ascension du chemin qui mène aux portes de la forteresse. Nul doute que ce sera gardé. Sois prudent mon Prince.

- Merci mon amie ... »

Il salua Haldir, puis avec Gimli ils allèrent chercher leur cheval resté en arrière avec les cavaliers du Rohan. Une fois attrapé ils grimpèrent en selle et se mirent en route au petit galop. Ils empruntèrent le chemin qui s'enfonçait dans la vallée encaissée couverte de neige. Laissant derrière eux, les vestiges de leur âpre bataille. De loin, ils perçurent quelques gobelins et orques en armure qui regagnaient au pas de course, l'abri de leur forteresse. Sachant que son père était là-bas, Legolas poussa son cheval à la limite du raisonnable.

...

Thranduil avait entendu les cris de liesse en écho au loin, et son coeur fut soulagé de savoir que de ce côté là, ils avaient remporté la victoire. Mais cela ne changeait en rien la situation de Gilthoniel, les Nains étaient peut-être saufs, mais le destin de sa bien-aimée avait l'air d'être bel et bien scellé.

Le dragon d'argent sentait son coeur qui battait à tout rompre dans sa poitrine, ses griffes rayaient le sol alors qu'il essayait de se débattre. Belegurth siffla entre ses dents :

« Arrêtes c'est inutile je te dis, à présent, servons-nous de ce don incroyable que nous ont fait les Valars. »

Elle entendit un grincement métallique, ainsi qu'un cliquetis sinistre qui lui fit froid dans le dos. La tête maintenue au sol, elle ne pouvait voir le dispositif que ce fou avait mit en place. Thranduil si, et n'écoutant que son coeur, il décida d'intervenir. Des pointes de fer s'approchaient d'elle lentement, et avec tout autant de lenteur, perforèrent sa cuirasse pour se ficher dans son corps. Son hurlement de douleur fit trembler la montagne. Submergée de souffrances, elle essaya de se soustraire à son sort, déclenchant son pouvoir. Les éclairs blancs couvrirent son corps, mais au lieu de la défendre, ils continuèrent leur route le long des pointe en métal. Suivant l'ossature de fer pour venir alimenter le portail du roi. C'est là que Thranduil comprit. Voilà donc pour quelle raison il avait besoin d'elle. Le Coeur du Dragon était l'élément qui permettait d'alimenter son oeuvre titanesque. Et plus le dragon d'argent allait lutter pour survivre, plus il s'en servirait contre eux. Gilthoniel recommença, avec plus de force, plus de rage, essayant de faire que l'électricité prenne une puissance qui devienne hors de contrôle. Mais les ricanements malsains de son ennemi prouvait que toutes ses tentatives étaient vaines. Ses yeux d'argent se baignèrent de larmes, abattue par la douleur et sa destinée, elle questionna d'une voix douce :

« Pourquoi Galadriel …? Pourquoi … ? »

Belegurth se tourna vers elle en entendant sa supplique.

« Inutile de supplier de faux souverains, de vains pouvoirs. Ils se croyaient plus malin que moi ! Ils ont perdus.

- Je préfère mourir en renonçant à me battre, plutôt que de servir votre folie ! » Réussit à dire Gilthoniel entre deux plaintes.

Son corps semblait se disloquer sous la douleurs, elle n'arrivait même plus à penser correctement, tout son système nerveux commençait à être parasité par les maux qui lui déchiraient l'organisme. Un flot de lave s'offrait ses veines, ses muscles, ses tendons Les supplices qu'elle endurait lui rappelèrent son rêve, et c'est pensant à ses aïeux, qu'elle comprit pour quelles raisons ils avaient peu à peu sombré. Elle ferma ses yeux d'argent, et résignée, elle se relâcha totalement, laissant son pouvoir se rendormir. Belegurth eut un autre rire macabre, et s'exclama avec un méchant sourire :

« Tu crois que c'est aussi simple ? L'organisme vivant est une chose remarquable, il suffit qu'il se sente agressé pour qu'il se défende instinctivement. »

Le pas de Thranduil se figea quand il l'entendit dire cela, comprenant que les tortures de Gilthoniel ne faisaient que commencer. Il arriva sur le parvis de la forteresse, et se glissa sans être vu vers la place glacée où se tenait la machine, à peine à quelques mètres de Belegurth. Gilthoniel vit une ombre blanche passer dans son champs de vision alors qu'elle ouvrait les paupières, elle le reconnut de suite, et la panique s'empara d'elle. C'est alors que Belegurth ordonna :

« Faites chauffer les fourneaux ! Dommage que Carach ne soit pas là, ça aurait été plus rapide, mais tu as prolongé inutilement tes souffrances. »

Des soufflets énormes vinrent activer des braises incandescentes, sur lesquelles les pointes qui lacéraient ses chairs étaient posées. Elles chauffèrent petit à petit, se mettant à rougeoyer, elle brûlèrent chaque millimètre de sa peau, de son derme, de ses organes, et c'est donc naturellement que son corps se défendit. Un arc électrique phénoménal sortit de ses écailles argentées qui devinrent lumière, suivit d'un autre et d'un autre, alimentant la machine qui commença à tourner avec force. L'épuisant totalement, drainant jusqu'à ses dernières étincelles de vie. Thranduil sortit de l'ombre en dégainant ses lames, et se tenant derrière Belegurth, il s'approcha furtivement. Il pensait pouvoir l'approcher d'assez près, mais le souverain noir se retourna vivement, tendant vers lui une emprise maléfique qui le tint à la gorge. Une main de fumée noire les reliait l'un à l'autre à présent, et Thranduil se sentit soulevé du sol par une force phénoménale, tandis qu'il étouffait peu à peu sous l'étreinte funeste. Il vit du coin de l'oeil le portail s'ouvrir lentement, dévoilant la lumière de Valinor. Malgré sa suffocation, il entraperçut les valons verdoyants, le ciel majestueux, et les arbres au loin. Des larmes muettes roulèrent le long de ses joues, ce qui fit rire son agresseur de plus belle.

« Thranduil …. » réussit à articuler Gilthoniel qui le voyait en mauvaise posture.

Elle rassembla ses forces et elle cracha une boule de plasma ténue qui s'écrasa dans le dos du roi, le faisant lâcher prise. Thranduil fut propulsé à plusieurs mètres, totalement sonné, ses gestes lents et brouillons prouvaient son état. Il ne put qu'assister impuissant à la suite.

« Tu es vraiment impossible ! Si on avait eu plus de temps toi et moi … nous aurions pu devenir très proches, comme avec Carach. Tu aurais été le fleuron de mes armées.

- Ja .. jamais ! » Lâcha-t-elle essoufflée.

Sentant la fin proche, elle pria les Valars, essayant de comprendre où toute cette folie devait la mener. Elle vit de loin Thranduil se relever pour revenir à l'affrontement, sachant pertinemment que cela allait le tuer. Et cette peur, plus viscérale encore que celle qui l'avait assailli lors de son arrivée, lui donna la réponse.

« Il n'y a rien de plus courageux et combatif que le coeur d'un dragon Gilthoniel, et …. il n'y a rien de plus puissant dans l'univers que la naissance et la mort d'une Etoile ... ne l'oublie jamais …. »

Les paroles de Galadriel lui revinrent, et avec elles, le secret de son pouvoir, le secret de son nom et de sa naissance. Sur le seuil de la mort, sa conscience s'éleva, et de nouveaux horizons s'offrirent son esprit, lui donnant une clairvoyance étonnante. Elle alla chercher en elle tout son courage, toute sa puissance, essayant de connecter son esprit avec ceux de ses ancêtres. Alors que son pouvoir ne cessait de croître sous les yeux émerveillés de Belehurth qui se félicitait par avance de son plan de génie, le portail finit de s'ouvrir, et les masses noires de son armée se pressèrent devant le passage. Jubilant littéralement dans un rire démoniaque, il leva les yeux vers le ciel, et son rire s'étrangla dans sa gorge. Ce n'est qu'en cet instant qu'il sentit le sens du vent. Il ne soufflait plus, il était aspiré par le dragon. La structure métallique commença à frémir sous l'électricité continue qu'elle lui envoyait. Les frémissement devinrent tremblement, et le ciel s'ouvrit au-dessus d'elle dans un vortex immense. Une colonne de nuages descendit du ciel, chargé d'éclairs et de vents mugissant avec fureur. Une tornade, et Gilthoniel était l'oeil du cyclone. Mue par une lucidité subite, une vie nouvelle, elle lui dit les yeux étincelants de lumière:

« Je suis l'enflammeuse d'étoile ! Et rien n'est plus puissant que la naissance ou la mort d'une Etoile …. Melkor ! »

Thranduil se précipita vers elle en comprenant ce qu'elle allait faire, il eut juste le temps de crier « Gilthoniel ! Non ! » que tout se précipita. Elle arracha avec sa gueule une des pointes qui lui labouraient le corps, l'attrapant de sa patte puissante elle continua d'une voix vibrante d'énergies:

« Rien de plus courageux et combatif que le coeur d'un Dragon hein ?! ! En ce cas … je te l'offre Belegurth! »

D'un geste vif elle se planta le pieux de métal dans le cœur, touchant l'émergence même de son pouvoir. De sa blessure, un flot lumineux aveuglant jaillit. Le ciel sembla s'effondrer sur elle, ainsi que tout ce qui l'entourait. Une aspiration violente balaya l'espace, et Belegurth ne put lutter contre. Il essaya en vain de se servir de son pouvoir, mais elle le bloquait. Quelque chose plus puissant encore que ses facultés divines était à l'oeuvre. Elle avait touché le centre d'une étoile, l'avait fait exploser, et la singularité qui en naissait, devenait plus destructrice encore que n'importe quel dieu. Le portail vola en éclat et explosa en une myriade d'étoiles. Thranduil vit le danger, de toutes ses forces, et étant bien plus éloigné du dragon que leur ennemi, il arriva à se sortir de ce mauvais pas en trouvant refuge dans une des tours du mur d'enceinte. Les murs tremblèrent, et quelques pierres se désolidarisèrent, s'écroulant lentement les une après les autres. Belegurth fut aspiré contre le corps à présent lumineux du dragon qui perdait toute consistance. Les roches, les corps, la neige et le vent, tout semblait se fondre dans sa masse. Il attirait tout à lui comme le ferait une étoile qui s'effondre sur elle-même. Mais au lieu d'un trou noir béant, se tenait un astre qui éclaira l'espace comme une aube nouvelle. Il étira son cou gracieux vers le ciel, comme essayant de l'atteindre. Sa tête fuselée baigna dans une zone dégagée et pure, nettoyée de tout nuages par la tornade au-dessus de lui. Ses yeux devinrent le point de départ d'une gigantesque constellation à un millier d'étoiles. Son aspect se mit à étinceler, à briller de milles feux. Il y eut un cri qui fit trembler la terre même, et la boule de lumière blanche qu'il était devenu, détona dans un bruit assourdissant, éclatant comme une super-nova. Toute la structure métallique restante fut balayée, ainsi que la forteresse et les falaises alentours. La tour que Thranduil avait pris comme couvert, finit par s'affaisser, le coinçant au-dessous. Une lueur diaphane s'éleva dans les cieux, puis se dispersa avec force dans le firmament, offrant au regard de tous, la plus flamboyante des aurores boréales.

Legolas et Gimli faillirent être ensevelis sous la force de l'impact, la montagne semblant crouler sur eux. Le cheval glissa plusieurs fois et finit par chuter, laissant les deux cavaliers au sol. Il disparut dans le chaos ambiant, comme si la mort était à ses trousses. Legolas braqua son regard vers les hauteurs, et hurla :

« Gimli ! Vite ! »

Ils arrivèrent à se frayer un chemin dans le cataclysme qui bouleversait le Mont Aeglos, et au bout de longues minutes de combat pour leur survie, ils arrivèrent sur un plateau nu et dégagé, là où se tenait avant, la Forteresse de Glaces. Il ne restait plus rien des édifices maléfiques. Juste une roche noire d'où la neige et la glace avaient été soufflées. A l'endroit où s'élevait la machine de Belegurth se découvrait à présent un cratère lisse. La roche avait fondu sous la puissance de l'explosion. Un bruit attira l'attention de Legolas sur la gauche, et il vit son père coincé sous un éboulement, qui essayait vivement de se dégager. Ils allèrent l'aider, déblayant avec rapidité tout ce qui l'emprisonnait. Legolas fut soulagé de le voir en vie, mais malgré cela, son père n'avait d'yeux que pour la fosse où demeurait Gilthoniel juste avant. Il avança, hagard, encore un peu sonné par les événements, et il se retrouva devant le corps sans vie de la femme qui avait ravi son coeur. Étrangement sa carnation avait été épargnée par l'explosion. Elle était là, couverte de sang, le visage presque serein couché sur la roche froide. Un trou béant dans la poitrine. Ses longes cheveux s'étaient étalés comme une aile sombre sur un sol encore plus obscur. Il vint à ses côtés, et il se laissa littéralement tomber à genoux, vaincu par une force invisible. Il eut du mal à faire un geste, tout semblait mort dans son organisme. Tout sauf son coeur, qui le faisait atrocement souffrir. Il réussit à tendre un bras fébrile vers elle, et il glissa sa main sous son organisme brisé. Il la tira lentement vers lui, et collant son visage contre celui inanimé de Gilthoniel, il murmura en pleurant :

« Namarië nín gildin …. Namarië nín meleth »

Legolas et Gimli arrivèrent en silence à ses côtés. Gimli planta la garde de sa hache dans le sol, et se découvrant, il la pleura. Legolas en fit de même, ayant du mal à réaliser, que le corps sans vie devant lui, appartenait à la plus douce, à la plus aimée, de ses amis. Il ressentit pour la première fois de sa longue existence, une souffrance inconnue, de celle qui vous broie la poitrine dans un silence atroce. Qui vous ronge sans mal, et il regarda son père avec amour, tant il put le comprendre alors. Aurait-il survécu si lui-même avait perdu l'être le plus chéri de son existence ? Le fait de penser à sa mère en ces instants, renforça le mal qui le tétanisait. Il leva ses yeux vers le ciel, s'émerveillant de la beauté de l'aurore boréale.

« Même dans la mort, elle sait égayer notre ciel. »

Le nain et le roi sylvestre levèrent leur attention vers le firmament, et ils furent tout aussi émus par la magnificence de l'instant.

Thranduil serra Gilthoniel contre lui, essayant de contenir, d'amoindrir ce qui le tuait en ces instants, mais rien n'y fit. Il poussa un hurlement presque démentiel dans la chevelure de cendre qui accueillait ses pleurs, et ce cri résonna dans la montagne, plus effroyable encore que n'importe quel rugissement de dragon. Il se balançait d'avant en arrière, n'arrivant pas à se détacher d'elle. La nuit était là, les températures négatives commençaient à étreindre tout ce qu'elles embrassaient. Legolas vint près de lui, et lui posant une main réconfortante sur l'épaule, il déclara :

« Ada … nous devons l'enterrer …

- Non ! Aboya-t-il en se dégageant de son contact, comme un animal blessé à mort. Non ! Je ne peux pas … je ne pourrai pas ... »

Et Legolas savait qu'il faisait bien plus allusion à sa vie sans elle, qu'à l'enterrement proprement dit. Puis le souffle du prince se coupa et les yeux de Gimli redoublèrent de pleurs, quand la lumière de Galadriel apparut devant eux. Juste aux côtés de Gilthoniel et de Thranduil.

« Thranduil ?!' »

Sa voix était douce et pleine de mansuétude. Le regard du roi se durcit avec vigueur, et braquant son attention presque démente sur elle, il cracha :

« Hors de ma vue sorcière ! Comment …. comment avez-vous pu laisser faire cela ?! Les Valars n'ont-ils point de clémence et d'amour ?!»

Sa voix hachée par les larmes grondait comme une avertissement sourd. Elle se pencha vers lui, et touchant le corps de Gilthoniel, celui-ci s'éleva lentement dans les airs, s'arrachant peu à peu aux bras puissants du roi des elfes, qui ne voulait pas la voir partir.

« Laissez-la ! Vous n'avez pas le droit de …

- Chut Thranduil …. à présent, écoutez-moi bien. Tout ce qui est advenu, devait se passer ainsi. Nous ne pouvions faire autrement, Melkor est malin, il aurait percé à jour ses capacités et l'aurait tué avant qu'elle ne devienne une menace pour lui. Il fallait qu'elle connaisse tout ce qu'elle a enduré, pour que son esprit se libère et que son essence se révèle. Le seuil de la mort est une étape où la matière se dissout pour nous offrir une autre perception des choses. Son sacrifice était nécessaire, car comme je le lui ai dit, rien n'est plus puissant que la mort et la naissance d'une étoile. Cette force dépasse même votre imagination. C'est une magie mortifère, mais aussi, la plus créatrice de vie dans tout l'Univers. Comment arrêter un dieu sans cela ? »

Thranduil ne répondit rien, il se contenta de se relever lentement, et Galadriel sut qu'il l'aurait tué sur-le-champs si il avait pu. Le corps de Gilthoniel se para de lumière, et continuant à s'élever dans les airs, il devint un point lumineux dans les espaces éthérés. Il y eut un flash aveuglant, et un crépitement digne de la foudre, et la boule lumineuse prit forme. Un aspect bien petit et singulier, qui émit des sons aigus que tous reconnurent de suite. Les pupilles de Thranduil se contractèrent sous la surprise, et il releva le menton pour voir le prodige dont ils étaient les témoins. Le petit être lumineux redescendit lentement, et vint se déposer délicatement dans les bras que Thranduil avait machinalement tendus devant lui. Le nourrisson le dévisageait de ses yeux d'argent, puis sa bouille se fendit d'un radieux sourire quand elle rencontra le regard du roi. Thranduil ne put que rire bêtement, le visage inondé de larmes, alors qu'une nouvelle vie venait de voir le jour dans l'univers. Legolas et Gimli se pressèrent contre le roi tout aussi émus et touchés par ce miracle. Le prince elfique délaissa sa cape et vint emmitoufler l'enfant dedans pour la protéger du froid. Le roi des elfes délaissa Gilthoniel du regard un instant et fixa Galadriel, ne comprenant plus rien. La Dame de la Lórien lui octroya un sourire lumineux, qui effaça toutes les ombres de son coeur royal.

« A présent, je dois vous demander une chose. Soit je la reprends, et de ce fait, j'ôte le privilège à ce monde de connaître à travers elle, des trésors de connaissance. Soit je vous la laisse, mais vous devez promettre de ne jamais lui parler de tout ceci. Jamais vous ne devrez lui dévoiler cette aventure, laissons-lui une belle enfance, comme elle n'a pas eu la chance d'avoir dans cette vie.

- Je vous fais le serment, ma Dame, que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la préserver. Et que je ne lui dirai jamais rien. »

Galadriel plongea son regard dans le sien, et elle eut un énigmatique sourire. Consciente que sa promesse ne serait pas vaine, consciente également, qu'il n'avait pas encore tout compris. Il était juste heureux de la voir en vie, et ce simple bonheur balayait tout le reste. Elle hocha la tête, et lui caressant la joue de sa main vaporeuse, elle déclara alors :

« Soit. Que les Valars vous bénissent à tous. Nous nous reverrons Thranduil, mais sur d'autres rivages ... »

Son image vaporeuse se dilua dans l'espace et elle disparut aussi soudainement qu'elle était apparue. Le bébé commença à râler et à gesticuler, et Gimli s'exclama :

« A peine née que déjà elle commence à faire des siennes ! Ça promet ! »

Et les deux elfes ne purent que rire face à cette boutade, leur chagrin s'étiolant au fur et à mesure que ce regard d'argent qu'ils avaient tant connu, leur donnait à nouveau, toute son affection. Le sourire lumineux de l'enfant leur transperça le coeur, et tous surent, qu'une nouvelle vie s'offrait à eux. Après tout, qu'est-ce vingt ou trente années dans la vie d'un elfe ? Thranduil, la protégerait tant que cela lui serait permis de le faire. Même si, la crainte de la perdre, vient à nouveau l'assaillir. Voyant les expressions rayonnantes de son fils et de son ami Nain à ses côtés, il sut qu'il ne serait pas seul face à cela. C'est avec des trésors de délicatesse qu'il prit le bébé des bras de Legolas, la serrant chaleureusement contre lui, souriant sous les gazouillis qu'elle lui offrit. Il se revit, bien des siècles plus tôt, quand il avait tenu Legolas dans ses bras pour la première fois. Se sentant investi à nouveau par le même devoir, il sut que son existence ne serait plus minée par la solitude et le malheur. Ils partirent lentement, ne regardant presque pas où ils mettaient les pieds. Le cerf de Thranduil les attendait en aval. Il offrit une attention particulière au nourrisson qui emprisonna son large museau de ses minuscules doigts. Puis tous s'en retournèrent à leur camps, expliquant avec forte liesse, tout ce dont ils avaient été témoins. L'armée scanda le nom de la femme dragon, même si, en ce jour, ce vacarme l'effraya, et la fit plus pleurer qu'autre chose.

...

Je mettrais en ligne un Epilogue rassurez-vous ! ;)