Hey there !
Aurais-je répondu en moins de deux mois ? C'est une première pour moi ! Mon rythme de travail à beaucoup augmenté, mais ironiquement, ça m'a forcé à mieux m'organiser. Voici donc, en avance par rapport à d'habitude, le chapitre 13 ! L'histoire commence à se rapprocher de l'un de ses premiers climax ! Merci encore de me suivre, j'espère que cette histoire continue d'être à la hauteur de vos espérances ! Coucou spécial à mes lecteurs de Belgique, de Chine, des Etats-Unis, du Canada, de Thaïlande, du Japon, d'Irlande et de Croatie !
Réponse aux review !
Miki : Ça c'est de l'efficacité ! Et oui, il faut dire que tu m'as suffisamment aidé pour mériter un petit hommage ! Je garde néanmoins le silence sur le point suivant ^^ Le mystère des masques va s'épaissir malheureusement, leurs antagonistes sont des maîtres de la fausse piste. Et bien non, c'est Saito qui hérite du bébé pour le coup. Mais Heisuke va avoir son plan quand même ! (et bien si, les chevaux japonais se rapprochent plus des poneys, là où les chevaux occidentaux font entre 1m50 et 1m80 au garrot) Quant au déménagement, c'est pour ce chapitre. On apprendra ce qu'à dit Gabriel plus tard ne t'inquiète pas, quant à Gabriel et Okita, ce chapitre va poursuivre sur leur collaboration.
Et je ne pourrais jamais te remercier assez pour m'avoir filer ces infos ! Et pour ce qui est de Olympe... Elle a une sacrée importance dans ce chapitre.
C'est un endroit XD C'est une montagne à côté d'Arashiyama ^^ Et au sujet diverses épreuves que va subir Nina, là aussi ce n'est qu'un début !
Merci encore de me lire et bonne lecture à tous !
Chapitre 13 : La fleur perdue dans la tempête
31 Janvier 1865, lieu inconnu.
Un profond soupir échappa à l'inconnu. Dévisageant Angélique sans pitié, les yeux azur glissèrent sur son visage écartelé de sentiments contraires.
«Je suppose que c'était prévisible. » Murmura-t-il avant de secouer la tête. « Je ne m'attendais pas à vous voir accepter la vérité du premier coup. »
Le pieu s'arrêta à quelques millimètres du visage de pierre. Les iris pourpres semblaient avoir pris feu, incendiés par un magma de haine pure. Des larmes venaient piquer ses cils. Tout son corps tremblait. De rage. De fatigue. De désespoir. Elle ne pouvait pas parler. Sa fureur trop grande. Aurait-elle ouvert la bouche, seul des hurlements furibonds en seraient sortis. Déjà des grognements haineux lui échappaient. Toute sa force était tournée vers le pieu qu'elle enfonçait à deux mains. Il ne bougeait pas d'un millimètre.
Le monde vacilla.
Il n'avait fallu qu'un battement de cœur. Le tatami griffait sa joue. Un peu de sang vint remplir sa bouche. Une main appuyait son visage contre le sol. Une autre tordait son bras dans son dos. La prise était si forte qu'elle ne pouvait se débattre. A peine respirer.
« C'est mieux… »
La fureur s'évapora. Brutalement remplacée par la peur. La voix de l'inconnu avait changé. Prit une teinte qu'Angélique ne lui avait jamais entendue. Ses doigts gantés s'enfoncèrent dans ses cheveux. Tirèrent cruellement sa tête en arrière. Sa voix s'était rapprochée, logée au creux de son oreille.
« Je croyais que la cour avait réussi à vous réécrire… » Poursuivit-il. « Je suis heureux que vous me montriez mon erreur. »
La prise sur son bras disparut. Ce n'était plus une main qui le retenait, mais un torse pressé dans son dos. Le contact de ses doigts réapparu sur sa gorge. Retraçant doucement la ligne et remontant vers sa mâchoire.
« Ceci est la véritable Angélique Garibaldi. » Susurra-t-il. « Celle que j'ai dû combattre pour rester en vie… »
Son souffle se raccourcis. Elle était piégée. Piégée. Les doigts s'immobilisèrent à la jointure entre sa gorge et sa mâchoire. Reprirent le chemin inverse. Le cœur d'Angélique accéléra de panique. Un peu plus à chaque centimètre. Son arme était en vue mais inatteignable. Elle ne pouvait pas fuir. Elle ne pouvait pas sa cacher. Il arrivait à ses clavicules. Déjà son corps la suppliait de mettre fin au supplice.
Tout s'arrêta.
Toutes les prises disparurent. Elle s'affala comme une marionnette sans fils. L'inconnu était à côté d'elle. Debout. Un regard victorieux dans les orbites de son masque. Il la toisa un long moment, semblant l'admirer alors qu'elle peinait à reprendre son souffle. Comme un chasseur admirerait une proie captive. Puis il tourna les talons.
« A partir de maintenant la porte de votre chambre sera ouverte. » Jeta-il par-dessus son épaule. « Si vous voulez vous promener, faites donc.»
Ouvrant la porte en grand, il s'arrêta pourtant sur son pas, comme s'il s'était soudain rappelé de quelque chose.
« N'essayez simplement pas de vous enfuir. »
Marquant une courte pause, il sorti de la pièce et se retourna, lui faisant une dernière fois face, une main sur le bord du shoji. Nina lui rendit son regard. Ses yeux écarquillés par la terreur. Malgré le masque, elle pouvait voir son sourire.
« Il serait dommage que j'ai à vous punir. » Acheva-t-il en claquant la porte.
Kyoto, 31 Janvier 1865
« Tu bien te remettre. Ca être une bonne chose pour quelqu'un qui avoir été dans ton état. »
Agenouillé au bord du futon, le médecin russe créait l'étrange illusion que la pièce avait été construite trop petite. A ses côtés, Gabriel rattachait sa chemise, toute son attention tournée vers lui.
« Quand pourrais-je combattre ? » Demanda-t-elle immédiatement.
Sa question lui valut un regard noir. Assez aiguë pour ralentir ses gestes, l'espace d'un instant.
« Toi vouloir blesser plus ? Parce que moi pouvoir. » Menaça froidement l'immense homme avant de croiser les bras. « Ta récupération être miracle et toi déjà vouloir reprendre les armes ? »
Un profond soupir échappa à la jeune femme alors qu'elle achevait de boutonner son col. Reposant calmement ses mains sur ses cuisses, elle fit face, neutre.
« Ivan… » Commença-t-elle.
L'homme de science l'ignora. Posant un poing au sol, il se pencha en avant et rapprocha, plus menaçant que jamais.
« Non. Pas de Ivan. » L'interrompit-il. « Je comprendre pourquoi tu devoir combattre, mais si tu combattre trop tôt, tu perdre tout ! »
« C'est un ordre. »
La phrase tomba comme la lame d'une guillotine. Les iris de l'Italienne avaient gelés. Face à elle, l'immense homme se figea avant de doucement se redresser et de reposer ses mains sur ses cuisses, ses doigts repliés en poings nerveux. Sous sa barbe, ses lèvres se pincèrent en une fine ligne.
« Toi être désespérée. » Murmura-t-il finalement.
Gabriel ferma brièvement les yeux, comme pour lui donner raison. Après d'infinies secondes passées à la dévisager, le visage du médecin se détendit en une expression peinée. Avec un profond soupir, il se releva, gardant sa tête basse pour éviter de heurter le plafond.
« Une semaine. » Déclara-t-il avant de rejoindre la porte d'un pas lourd.
Lorsqu'il posa sa main sur le montant, il sembla hésiter, puis l'ouvrit doucement. Un second soupir lui échappa lorsqu'il fut à l'extérieur.
« Mais toi jamais écouter… Alors essayer de ne pas trop en faire au début. » Acheva-t-il en refermant la porte.
Un rire sans joie échappa à la jeune femme. Ses yeux se baissèrent sur ses mains.
La mort de Takumi Yamakawa avait plongé la situation dans le chaos. Avec la mort de leurs deux seuls témoins, leur petite alliance était retournée au point de départ. Le médecin avait encore une fois raison. Elle ne pourrait attendre
Se relevant à son tour, elle attrapa sa veste d'uniforme.
La lame était dans un état déplorable. Le feu avait ramollit le métal, parsemant le fil de petites meurtrissures. La violence de la bataille avait fini par en tordre la ligne. Le pommeau était noirci. Pourtant, dans la main de Flavio, les multiples défauts de l'arme se muaient en glorieuses cicatrices. Manœuvrée par la main experte du bretteur, elle était devenue baguette, orchestrant en silence un combat imaginaire. Ses gestes étaient lents, puissants, gracieux. Seul au milieu du dojo, le vétéran semblait plus être un danseur perfectionnant ses pas qu'un soldat à l'entrainement.
La représentation s'arrêta dans une dernière fente, la pointe rasant le sol pour embrocher un ennemi chimérique. Une jambe pliée, l'autre étendue en arrière et le bras étendu en avant, l'homme s'était étiré en une seule ligne, aussi harmonieuse que létale. Revenant doucement sur ses appuis, l'Italien redressa brièvement l'arme d'un revers de main, droite, devant lui, avant de tailler sur le côté et de la rengainer d'un geste fluide.
Le dojo était vide.
Midi passé, la plupart des hommes avaient été envoyés en patrouille ou vaquaient à leurs occupations. Principalement des corvées ménagères. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à l'officier pour comprendre les habitudes des samouraïs. Comme dans chaque caserne, les choses étaient organisées, régulées, rangées. Bien plus même, leurs deux années de voyage aidant, que ne l'était l'escouade de la délégation. Le dojo était donc vide à des horaires précises et plein à d'autres.
Des pas se firent pourtant entendre sur l'engawa. Une silhouette se dessina soudain à l'entrée de la pièce, immobile, presque surprise de le trouver ici.
« Oh, Signore Todo. » Déclara poliment l'Italien. « Bonjour. »
Restant silencieux, le jeune samouraï se contenta de le fixer, sans esquisser le moindre salut.
« … Bonjour. » Répondit-il finalement, interdit.
Le maitre d'arme ferma brièvement les yeux, comme pour acquiescer.
« Pourquoi n'êtes-vous pas en salle de recherche ? » Enchaina Heisuke, sans le lâcher du regard.
« J'obéis aux ordres. » Répondit l'officier.
Son regard de bronze soutenait posément celui du jeune homme. Sa voix restait calme, tranquille. Les jours passés au quartier général avaient légèrement adoucis son accent, le rendant plus compréhensible, plus fluide. Sa réponse réussi à arracher un regard surpris au jeune homme.
« Les ordres ? » Répéta-t-il.
Sans rien dire de plus, l'Italien dégaina de nouveau la lame. Le samouraï se tendit, sa main se rapprochant imperceptiblement du manche de sa propre épée. Son inquiétude disparue pourtant lorsque l'Italiens lui présenta l'arme, posée sur ses deux mains.
« Regardez. » Dit-il simplement.
« Eh… ? »
« C'est la rapière de notre capitaine. Elle est très abimée. »
Passant rapidement de l'arme au soldat, Heisuke écarquilla légèrement les yeux. Face à lui, Flavio semblait ne pas avoir remarqué sa méfiance. Peut-être ne voyait-il rien, peut-être ne voulait-il rien voir. La différence était difficile à faire. Il était plus vieux, avait plus d'expérience. Le jeune samouraï n'était certainement pas la première personne dont il devait faire avec la mauvaise volonté.
Sans doute était-ce plus simple pour lui de lui montrer les choses que de les expliquer, ou peut-être était-ce un moyen de désamorcer sa méfiance, mais la lame sembla attirer l'attention du jeune homme.
« Elle m'a demandé de regarder son état. » Poursuivit le vétéran comme si de rien était, observant pensivement la lame.
Clignant doucement des yeux, le samouraï se redressa doucement, sa main s'éloignant de son arme. Son regard se baissa sur la lame, glissant sur les grossiers défauts qui y étaient apparu. Elle ressemblait à sa propre épée, au lendemain du raid sur Ikedaya.
« Il faut la changer… » Soupira le vice-capitaine en secouant la tête avec dépit.
Heisuke resta silencieux, examinant l'arme sans un mot. Lorsqu'il reprit la parole, ses sourcils étaient froncés, mais sa méfiance s'était diluée, mêlée à l'incompréhension.
« Pourquoi ne l'a-t-elle pas fait elle-même ? » Demanda-t-il en penchant légèrement la tête.
Un sourire tranquille courba les lèvres de l'Italien, allumant une lueur amusée dans ses yeux.
« Je lui ai demandé ça aussi. » Répondit-il. « Mais je la comprends, alors j'ai accepté. »
Il ferma brièvement les yeux, son expression se muant en un masque grave et sérieux, effaçant le sourire et la lueur.
« Elle doit travailler. »
Heisuke resta silencieux, ses yeux revenant à la lame abimée. Elle n'avait rien à voir avec un katana. Plus longue, plus fine, elle se maniait à une seul main et le jeune homme distinguait ce qui avait été deux tranchants sous les multiples défauts. La garde aussi était étrange, prise dans des volutes de métal ouvragés. Il semblait miraculeux que l'Italienne n'ai pas déjà perdu un doigt. Il y avait tant de place pour qu'une attaque s'y glisser. Jamais la capitaine ne retrouverait une arme similaire au Japon.
« Comment va-t-elle la remplacer ? »
La question était sortie d'elle-même. Si vite qu'Heisuke mit quelques instant à réaliser qu'il l'avait posée. Face à lui, l'Italien rengaina l'arme blessée.
« Celle-ci est à son frère. » Répondit-il. « Elle en a une autre. La sienne."
« Je suis désolé de vous imposer cette contrainte, mais nous ne pouvons pas rester plus longtemps à Mibu. »
La scène semblait se répéter encore et encore depuis le réveil de l'Italienne. Agenouillée face à face avec le vice-capitaine du Shinsengumi, ou n'importe quel autre officier japonais, Gabriel se heurtait à un mur. La volonté des samouraïs n'avait rien à envier à celle de ses hommes et, depuis quelques jours, elle leur était même supérieure. Mais malgré tous leurs efforts, certaines situations demeuraient simplement insolubles.
Le Shinsengumi ne logeait à présent plus dans la grande demeure léguée par la famille Yagi. Le déménagement prendrait des jours, mais était à présent devenu inévitable. Les loups devaient changer de tanière.
« Nous ferons en sorte que vous ayez autant de moyens que possible durant le transfert. » Poursuivit Hijikata. « Mais vous comprendrez que nous ne pourrons pas mener d'opération durant quelques jours. »
« Je comprends. » Répondit doucement la jeune femme. « De toute façon, nous jeter tout de suite sur Karasugadake serait une mauvaise idée. Nous ne savons rien de ce qui s'y passe. »
Le samouraï hocha brièvement la tête. Attendre ne changerait rien au peu d'information qu'ils avaient sur la montagne dominant Arashiyama. Sifflé entre les dents du potier à sa mort, le nom du pic n'avait fait que rajouter un mystère à la couche déjà épaisse entourant l'affaire. Tout cela, les deux soldats le savaient très bien. Mais une fois encore, ils ne pouvaient rien faire.
Après un court silence, Hijikata reprit.
« Le départ de la jeune fille accompagnant Garibaldi-dono est toujours prévu pour le 5 février ? »
« Oui. Un fiacre des Parkes viendra la chercher. Deux de mes hommes iront avec elle jusqu'à Yokohama, le consul s'est occupé des formalités pour qu'ils puissent la suivre sans problème. »
Réfléchissant quelques instants, le samouraï croisa les bras, son visage trahissant son partage entre plusieurs options.
« Deux hommes ne seront pas suffisant. Je vais envoyer des ordres à Saito pour qu'il la fasse escorter jusqu'à la sortie de Kyoto.» Finit-il par déclarer. « Si j'arrive à obtenir une entrevue avec le domaine d'Aizu, je pourrais essayer de faire en sorte qu'ils la suivent jusqu'à Yokohama et raccompagnent vos hommes. La Résidence n'a pas été menacée depuis l'enlèvement, ils pourront certainement faire avec quelques samouraïs en moins. »
Sa proposition retira un poids des épaules de la capitaine. La négociation du passage de deux soldats avait apparemment été tendue, bien que largement insuffisante. Malgré la menace planant sur Olympe, l'administration japonaise n'aurait jamais permis le déplacement de plus d'hommes armés. Après des années d'enfermement, ce n'était que pure logique, mais bien au-delà, la jeune femme avait senti le jeu du mouvement nationaliste. Il était facile de comprendre que la mort d'une occidentale faisait frémir de crainte les responsables des ports et des échanges. Mais il était encore plus simple de voir la satisfaction qu'elle apporterait à ceux qui luttaient encore pour le départ des étrangers. Des images éparses des derniers mois de bataille dans les Alpes revinrent alors en mémoire à Gabriel.
Oui. Le patriotisme pouvait justifier n'importe quoi.
« Je vous en serais reconnaissante. » Répondit-elle en inclina légèrement la tête.
« Ce n'est rien. » Balaya le samouraï avant de changer de sujet. « J'ai entendu que vous réorganisiez le bureau à chaque nouvel élément. Le déménagement ne vous fera pas tout perdre ? »
L'Italienne secoua négativement la tête.
« Non. Je sais que cela peut sembler étrange, mais l'organisation est celle de mes idées. Je pourrais la refaire sans problème. » Répondit-elle avant de retenir un rire. « De toute façon, je doute que le Signore Okita me pardonne de lui faire organiser tous les documents pour ensuite recommencer à l'identique deux jours plus tard. »
Un sourire amusé apparut quelques secondes aux lèvres du vice-capitaine. Il était simple d'imaginer Soji se répandre en menace pour une raison pareille. Le simple fait qu'il n'ait pas « accidentellement » mis le feu aux documents était déjà une surprise. Sans doute parce qu'il obéissait à un ordre direct de Kondo.
« Tout se passe bien, avec lui ? » Demanda nonchalamment le vice-capitaine.
La jeune femme répondit avec un vague haussement d'épaule.
« Il supporte, je suppose, même s'il n'aime vraiment pas le travail bureaucratique. Mais je ne peux pas lui en vouloir, c'est un combattant, pas un détective. L'intervention à Karasugadake sera plus dans son domaine. »
« Vous pensez réellement mener un raid là-bas ? » Demanda-t-il alors avec un profond sérieux.
Gabriel mit cette fois-ci quelques instants à répondre, regardant pensivement vers le shoji entrouvert. La neige s'était remise à tomber et les flocons tourbillonnaient doucement dans le jardin intérieur. De temps à autre, l'un d'entre eux poussait l'audace jusqu'à franchir la porte et s'échouer sur le parquet, fondant immédiatement à la chaleur du brasero disposé entre les deux officiers.
« Une fois le transfert de vos hommes terminé, je mènerais une reconnaissance. » Finit-elle par répondre.
« Vous ? » Releva le samouraï
Un soupir fit descendre les épaules de la jeune femme avant de s'étouffer en un rire amer.
« J'ai l'habitude de ce genre d'opération. » Expliqua-t-elle. « Je suppose que vous avez entendu la rumeur. »
« Oui. » Répondit-il simplement.
Une étrange gratitude effleura un instant le cœur de Gabriel. Alors que les recherches se poursuivaient, les rumeurs avaient dû enfler et grossir comme des nuages d'orage. Les hommes avaient vu les Alpes et vécu les batailles. Certains y avaient perdu frères, amis et cousins. Et comme de chaque guerre, des récits invraisemblables en sortaient. L'épine de la rose était devenue l'objet de légende, bien avant la mort d'Alejandro.
Mais Hijikata ne semblait pas y prêter la moindre attention.
« Je ne peux pas encore combattre. » Poursuivit l'officier. « Mais je peux mener ce genre d'opération à bien. Mais même avec le Signore Okita, le principal problème sera celui de mes hommes, si je n'ai pas résolu le… Hijikata-san ? »
Face à elle, le samouraï avait soudain froncé les sourcils, piégé entre la surprise et l'incompréhension. Il chercha ses mots durant quelques secondes, gêné.
« Vous parlez avec votre voix d'homme. » Finit-il par répondre avec prudence.
Gabriel se figea. Un étrange sentiment lui tapota l'épaule. Une chimère faite de surprise, de cynisme et d'une étrange crainte. Comme si elle avait franchi une limite qu'elle n'était pas entièrement sure d'avoir le droit de dépasser.
« Tout va bien ? » Demanda le vice-capitaine.
L'Italienne réalisa alors qu'elle avait cessé de parler durant de longues secondes, rendant la situation encore plus gênante pour le samouraï. Secouant légèrement la tête, elle lui adressa un sourire confus.
« Oui. J'ai simplement trop l'habitude de parler stratégie avec cette voix là, je suppose. »
Hijikata hocha brièvement la tête.
« Hm. On ne peut pas vous en vouloir. Votre vice-capitaine nous à dis que vous aviez passé plusieurs années à vous faire passer pour un homme. »
Ses yeux glissant à nouveau vers l'extérieur, la jeune femme répondit d'une voix pensive.
« Deux ans et quelques mois… Plus longtemps que je ne pensais pouvoir le faire. Sans la guerre, je n'aurai jamais réussi à tenir aussi longtemps. »
« La guerre ? »
« Oui. Je n'étais pas beaucoup sur le champ de bataille, je voyais donc peu d'hommes. » Expliqua-t-elle doucement. « Et comme ils ne survivaient pas longtemps… Quand tout s'est terminé, j'avais pris l'habitude je parlais et combattais exactement comme mon frère. Même le Lieutenant Suliva était convaincu que nous étions une seule et même personne. »
Un rire amer fit frémir ses épaules.
« Apparemment il n'avait pas si tort que ça. »
Résidence Italienne, 2 Février 1865
Il était différent.
A chaque nouvel arrivant, Olympe s'était postée en retrait, cachée, observant avec crainte le nouveau cauchemar qui allait hanter ses nuits. Même sans les comprendre et malgré la peur qui l'enchaînait à sa chambre, la jeune chaperonne avait apporté un soin particulier à se souvenir de leur nom et grade. Il y avait tout d'abord eu Harada Sanosuke, le capitaine de la dixième division, puis Genzaburo Inoue, de la septième, puis Nagakura Shinpachi et enfin, lui.
Saito Hajime. Capitaine de la troisième division.
Ses interactions avec les autres s'étaient limitées à de rares saluts, lorsqu'elle trouvait le courage de sortir de sa chambre et qu'ils la croisaient dans un couloir. Harada Sanosuke l'avait ainsi régulièrement vu comme elle suivait encore Mademoiselle Garibaldi, tandis que d'autre n'avait pu l'apercevoir qu'à leur arrivée, comme le capitaine Nagakura. Tous avaient pourtant eu droit à un commentaire personnel, respectivement « immense », « vieux » et « bruyant ». Et bien sûr, pour chacun d'entre eux, « terrifiant ».
Saito Hajime, lui, avait hérité de « différent ».
Juste « différent ».
Tout avait commencé le lendemain de l'arrivée de la troisième division et s'était répété chaque jour depuis. Les samouraïs s'entraînaient chaque matin sous l'œil attentif de leur capitaine, comme les soldats Italien le faisaient sous le regard de Flavio. Puis ils se dispersaient, vaquant à diverses tâches allant de la patrouille aux tâches ménagères. Leur capitaine quant à lui, se livrait à son propre entrainement. Seul.
C'était à ce moment qu'Olympe l'avait surpris, par pur hasard, tandis qu'il enchainait suite de mouvement sur suite de mouvements. Même sans jamais avoir tenue une arme de sa vie, elle avait immédiatement senti l'écart entre lui et ses hommes. Le genre d'écart séparant chats et fauves. Ses gestes, sa posture, sa manière de se déplacer, tout semblait être à un niveau supérieur. Surprise par la vision, la chaperonne était restée immobile au coin de l'engawa, observant avec attention le combattant à l'entrainement.
Il y avait quelque chose de magnifique à le voir combattre. Alors que les autres capitaines l'avaient terrorisé et malgré le fait qu'il semblait être le plus talentueux des guerriers japonais qu'elle ait pu rencontrer, Saito Hajime avait quelque chose de profondément rassurant.
Mais l'impression de sécurité avait rapidement volé en éclat.
Alerté par Dieu sait quel sens supérieur et certainement parce qu'elle était très mal cachée, le samouraï s'était immobilisé en posture de garde, de profil par rapport à elle mais son regard tourné dans sa direction. Le cœur d'Olympe était alors tombé dans sa poitrine, coupant toutes ses fonctions vitales dans sa chute.
Il pouvait la tuer.
Croiser son regard azur revenait à rencontrer celui d'un fauve. Il n'y avait pourtant rien de clairement menaçant, mais l'aura seule de ses iris suffit à le lui faire comprendre. Même s'il n'en avait pas l'utilité ici et maintenant, il le pouvait. Sans avoir le moindre problème. Sans ressentir le moindre regret. Sa vie pesait un poids ridiculement faible dans la balance de la sienne.
Et soudainement ce fut fini.
L'entrainement reprit, comme s'il ne s'était jamais arrêté. Comme si elle n'était pas là. Il n'avait fait que constater sa présence. Olympe avait aussitôt tourné les talons.
Jusqu'au lendemain.
Une fois encore, les samouraïs s'étaient entraînés, une fois encore, ils s'étaient séparés et une fois encore leur capitaine s'était isolé dans la cours arrière pour s'exercer. Seul. Poussée par un sentiment obscure, Olympe s'était elle aussi retrouvée dans cette même cour, au même moment. Son cœur serré d'angoisse mais battant tout de même, obligé par l'adrénaline. Le samouraï l'avait remarqué dans la seconde pour l'ignorer aussitôt, se reconcentrant sur son entrainement. Alors la chaperonne avait carré ses épaules et était venue s'installer au bord de l'engawa, silencieuse, un petit livre posé sur ses genoux.
Le fixer aurait été très impoli, même sans connaitre les codes japonais, Olympe en était convaincu, alors elle avait emmené son livre de chevet, et, à chaque page tournée, avait jeté un discret coup d'œil au capitaine.
Et à partir de ce jour, Saito Hajime fut « différent ».
Il n'avait à aucun moment fait attention à elle, mais l'impression de sécurité était revenue. Oui, cet homme pouvait la tuer. Mais il pouvait également tuer toute personne s'approchant d'elle. Comme l'avait fait un autre soldat, durant près de deux ans. Alors elle restait assise à quelques mètres de lui, oscillant de Candide en œillades discrètes au jeune guerrier.
« Mademoiselle Calderone. »
Une voix familière vint la tirer de son livre. Basse et douce, distinguée, colorée d'un léger accent anglais. Debout derrière elle, droit comme un I, Montgomery adressa un salut militaire au samouraï. Ce dernier avait arrêté pendant qu'elle lisait, reportant toute son attention sur le soldat. Le garde à vous se vit répondre par un salut respectueux après que le guerrier eu rengainé son arme.
« Le Vice-capitaine Dilvidio vous fait appeler. Il voudrait régler les derniers détails de votre départ. » Poursuivit Montgomery.
« Oh bien sûr. J'arrive tout de suite. »
Refermant son livre, la jeune fille remonta sur l'engawa avant de se tourner vers le samouraï et de s'incliner brièvement, son ouvrage serrée contre sa poitrine.
Nishin Honganji, 5 Février 1865
Hijikata avait tenu sa promesse.
Comparée à l'ancienne pièce faisant office de bureau de recherche, celle-ci était immense. Aussi grande que la salle commune de la demeure de Yagi. Les bougies de la nuit était toujours allumées, noyant la pièce de bois dans une faible lueur dorée, jetant des ombres complexes sur les piles de papier. Le temps avait réduit la masse de document au fil des culs de sac et des pistes épuisées, rendant l'autrefois imposante masse de document ridiculement petite par rapport à la taille de l'endroit. Une fois encore, ils rencontraient un mur, alors même qu'ils n'avaient fait que frôler la surface.
Assise au milieu de la pièce, son porte-plume tournant entre ses doigts, Gabriel fixait un document sans parvenir à le lire, médusée. Les caractères lui étaient totalement inconnus.
Un raclement de porte l'arracha pourtant à ses pensées, lui faisant relever la tête.
« Heh… Vous êtes déjà là, Solento-san. »
Refermant la porte derrière lui, le capitaine de la première division passa une main dans ses cheveux pour en chasser les flocons.
Malgré les températures enfouies sous le zéro depuis plusieurs jours, le jeune homme ne semblait pas ennuyé par le froid et ne portait jamais plus que deux yukata l'un sur l'autre, là où ses soldats avaient ressorti les épais manteaux qui les avaient suivis en Russie. Même l'intérieur des bâtiments, bien plus grands que ceux de l'ancien quartier général, avaient des difficultés à rester chaud.
« Je n'arrivais pas à dormir. » Expliqua la jeune femme en replongeant dans son vain déchiffrage.
« Ce n'est pas si étonnant après avoir passé la semaine dernière au lit. » Répondit nonchalamment le samouraï en la rejoignant.
La remarque lui valut un regard que l'Italienne eu du mal à ne pas teinter en noir. Okita n'était pas clairement agressif, ni clairement moqueur. En réalité, il était rarement « clairement » quelque chose. Mais ce caractère indéfinissable le rendait clairement énervant, tout en demeurait trop correct pour lui permettre de s'en plaindre. Il était habile.
L'ignorant promptement, le samouraï lui désigna le papier d'un coup de menton.
« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda-t-il avec un intérêt difficilement convainquant.
« Le rapport des hommes que vous avez envoyé à Karasugadake. Il vient d'arriver. » Répondit-elle en poussant son agacement de côté. « Mais je ne comprends aucun caractère. »
Une faible lueur d'attention s'alluma dans son regard alors qu'il fronçait légèrement les sourcils. La rejoignant en quelques pas, il lut rapidement par-dessus son épaule et retint un rire.
« Quoi ? » Fit Gabriel en se retournant vers lui.
« Vous n'avez jamais étudié les higarana pas vrai… ? »
L'officier cligna des yeux avec surprise.
« Non, juste les kanji… » Répondit-elle, incrédule.
Secouant la tête avec amusement, le samouraï s'agenouilla à ses côtés, lui prenant le papier des mains.
« Évidement… » Soupira-t-il. « Ma, la plupart des documents officiels sont en kanji donc ça ira, mais certaines femmes écrivent avec ces caractère-là. »
La jeune femme passa rapidement de lui au papier avant de doucement hocher la tête.
« Ce document a été écrit par une femme ? » S'étonna-t-elle.
Un nouvel éclat de rire échappa au samouraï, aggravant un peu plus la confusion de la jeune femme. Luttant quelques instants pour retrouver son calme, le combattant expira profondément avant de répondre.
« Non, c'est l'un de mes hommes. » Expliqua-t-il. « C'est sa mère qui l'a élevé alors il écrit comme elle. Mais c'est bien le témoignage d'une femme qu'il à écrit. »
Chassant le malaise, Gabriel se raccrocha à l'information pour reprendre le fil de la conversation.
« Que raconte-t-elle ? »
Relisant rapidement le document, le samouraï perdit soudain son sourire, plongeant dans une profonde concentration.
« Elle a vu des allers et venu suspect. » Répondit-il sans s'arrêter de lire. « Un groupe de quelques hommes s'enfonçant dans la forêt tous les jours depuis deux semaines. Toujours les mêmes à une personne près. »
Poussé par l'intérêt, l'Italienne se pencha légèrement en avant, prenant appuis sur sa main.
« Le Signore Yamakawa était avec eux ? » Demanda-t-elle.
« Oui, deux fois. »
Gabriel hocha doucement la tête.
« Où vit-elle ? » Demanda-t-elle soudain.
« Eh ? »
Fronçant légèrement les sourcils, elle fixa un instant le vide avant de se retourner vers lui.
« Comment cette femme a-t-elle pu voir ça ? Elle est proche de la forêt ? Eloignée du village ? »
« Elle habite près du temple de Horin-ji. » Expliqua le samouraï. « De l'autre côté de la rivière Katsura. C'est assez isolé, à la lisière de la forêt d'Arashiyama, mais ça reste proche de Kyoto.
« Et Karasugadake est juste de l'autre côté du mont Arashiyama… » Souffla la jeune femme. « Si quelqu'un arrive par là et qu'ils y sont vraiment, ils auront tout leur temps pour se préparer. »
A ses côtés, le samouraï réfléchit quelques instants avant de se lever. Slalomant rapidement entre les rangées de documents, il tira une carte qu'il rapporta auprès de l'officier, prenant une bougie au passage. S'agenouillant de nouveau, il rapprocha la lumière du temple.
« Horin-ji à une très bonne vue sur Kyoto. » Déclara-t-il. « Et le mont Arashiyama à une très bonne vue sur Horin-ji. C'est peut-être une autre fausse piste, mais c'est un endroit très facile à surveiller. »
« Et difficile à prendre. » Ajouta Gabriel. « Le meilleur moyen pour surveiller quelque chose est de l'observer de loin. »
« Comme cette jeune fille ? » Demanda-t-il.
La question prit l'Italienne de court. Relevant la tête, elle rencontra le regard du samouraï. Une fois encore, il était difficile de comprendre la lueur de ses émotions, non pas à cause de leur absence mais à cause de leur subtilité. Il n'était pas curieux, il n'était pas accusateur.
Mais il était définitivement énervant.
« Non. » Répondit-elle. « A partir du moment où elle sera dans le fiacre des Parkes, Olympe n'est plus sous ma protection. »
Kyoto, 5 Février
Le fiacre n'avait quitté la résidence que depuis une dizaine de minutes. Et déjà, tout avait viré au cauchemar. Tout avait vrillé, subitement, sans qu'Olympe ne puisse rien y faire. Elle était si faible. Si inutile. Juste une petite créature pathétique, rampant désespérément au sol. Le fiacre avait été renversé par la mort de l'un des chevaux, abattu par un trait d'arbalète. L'autre s'était enfuis. Les deux samouraïs étaient morts. Les deux soldats qui l'accompagnaient aussi. Devant elle. Leurs corps étaient toujours là. Le souvenir de leurs voix pressée d'urgence résonnait encore dans sa mémoire. Mais elle ne les entendrait plus jamais.
Ils étaient morts.
Se traînant dans la poudreuse, Olympe ne pouvait pas les quitter des yeux. Leurs regards vitreux. Leurs mains tendues. Leurs lèvres entrouvertes dans un dernier cri. La suppliant de fuir. Mais elle n'y arrivait pas. Elle ne pouvait pas. Seul trois pas avaient suffi à la faire chuter. Son corps avait pris son indépendance, refusant obstinément de lui obéir. Alors elle rampait, tant bien que mal, ses yeux accrochés aux dépouilles de ses compagnons. Et les trois hommes au masque noir, se dressant derrière eux.
Le cauchemar se répétait encore. Sans flammes, sans hurlements.
Un escarmouche dans une rue passante et pourtant déserte.
L'un des hommes, celui de droite, déclara quelque chose. Même sans comprendre, le mépris était clair dans sa voix. Celui à gauche s'esclaffa. Celui du milieu renifla avec mépris. C'était lui, le pire. Celui qui avait tué ses compagnons. D'une flèche d'arbalète.
L'horrible arme se leva. Enchevêtrement abominable de métal, de corde et de bois. Il la pointait directement vers elle. Vers sa tête. Il lui semblait avoir rampé si longtemps, mais ce simple geste la ramena à la véritable distance parcourue. Deux mètres. Trois, au grand maximum. La pointe de la flèche était si nette. Parfaitement alignée avec ses yeux. Comme une perle grise, au centre de l'arceau de l'arme. Ils n'allaient pas l'enlever. Elle n'avait pas assez de valeur. Pas assez d'importance. Pas assez d'intérêt. Rien qui puisse leur être utile. Elle n'était même pas capable de fuir. De donner une importance à la mort de ses amis. Ils n'avaient pas besoin de l'enlever.
Alors ils allaient la tuer.
La flèche partie avec un claquement.
« Comme c'est cruel… »
La carte oubliée, les deux officiers se fixaient dans le blanc des yeux. Il n'y avait pas vraiment de raison à leur confrontation. Okita n'avait aucun intérêt pour la jeune fille envoyée à Yokohama et l'Italienne le savait parfaitement. Mais après plusieurs jours de collaboration, le samouraï était arrivé à une conclusion qu'il savait inévitable : il ne la supportait pas.
Beaucoup de suspicion pesaient sur sa tête, le chat en première place de la liste. Elle était calme, méthodique et douée d'un instinct certainement effrayant pour un observateur extérieur. Elle était comme eux. Elle avait traqué et tué. Ce monde, leur monde, ne lui était pas inconnu. Dans d'autres circonstances, il aurait été extrêmement intéressant de travailler avec elle.
Mais elle cachait bien trop de secrets.
« C'est comme ça. » Répondit-elle. « Elle a fait son choix, je n'ai plus aucun droit sur elle. »
Ce n'était pas simplement l'envie de la pousser à bout, comme avec Hijikata. De la taquiner pour la voir confuse ou en colère, comme Chizuru. Ce n'était pas sa traditionnelle habitude de tester les nouveaux venus. C'était de l'aversion. Pure et simple. Gabriel Solento était une question dangereuse. Y répondre était un risque pour le Shinsengumi, il n'était pas difficile de le sentir.
« Et si elle se faisait attraper ? » Demanda-t-il.
Un éclat fugace passa dans les yeux de la jeune femme. Un éclat qu'il avait vu très souvent.
« Je dois récupérer Angélique Garibaldi. » Répondit-elle. « Et si… Elle se fait attraper, comme vous le dite, il y a de fortes chances que je la récupèrerais en même temps. Néanmoins… Je ne pense pas qu'ils la captureront. »
« Ho… ? Vous pensez qu'ils ne s'intéresseront pas à elle ? » Fit-il remarquer. « Pourtant, si j'étais contre vous, c'est la première chose que je ferais. »
La question sembla lui faire mal. Comme si elle lui faisait s'avouer quelque chose qu'elle refusait de voir. Mais il n'eut aucun regret.
« C'est vrai. » Admit-elle finalement. « C'est le meilleur moyen de détruire le peu d'autorité qui me reste… Mais… Ils n'ont pas de raison de la capturer. Ils ont déjà Mademoiselle Garibaldi. S'ils l'attaquent… »
« « Ils la tueront » hm ? »
Gabriel hocha la tête.
« Ils feront un exemple. »
Le sang gouttait, doucement, comme des perles rouges sur un drap de soie blanc.
Alors qu'il entourait son doux visage d'une corole de brume affolée l'instant d'avant, le souffle d'Olympe s'était suspendu. Ses grands yeux pervenches étaient devenu immobiles, ses pupilles réduites à un point minuscule.
« Enfoirés… »
La voix de Shinpachi flotta dans le silence neigeux de la rue. A la fois reproche et menace. Ses dents étaient si serrées que l'insulte avait peiné à leur échapper. Son regard semblait suffisant pour tuer un homme, fournaise azur à la fois glaciale et brûlante.
Enfoncée dans son avant-bras, la flèche faisait couler le sang le long de son poignet.
