La belle des lanternes rouges

Auteur : laptite-guimauve

Disclaimer : J.K. Rowling possède tout sauf l'héroine de cette histoire

Genre : Aventure/romance

Rated : M pour les chapitres à venir, mais y a le temps !

Note de l'auteur : L'histoire se situe après le tome 6, mais comme le fin ne me plaisait pas (Dumby pourquoi !) j'ai fait un micmac très libre. Donc Dumbledore est vivant, Harry est toujours à Poudlard et mène la chasse aux horcruxes de front (oui en même temps que les cours, il est très fort). Rogue, toujours égal a lui-même est confronté dés le début à mon héroïne dans une scène que j'avais trop envie d'écrire pour le « fun ». Et c'est de la qu'est partie mon histoire (hé oui très étrange tous ça…). Ah oui, Sirius n'est pas mort, parce que moi je l'aime bien, Sirius. La vous vous dites « mais c'est quoi cette merde ! » et la je répond « mais enfin, c'est un beau foutoir que j'espère très marrant et agréable à lire, si si ! ».

Blabla de l'auteur : Voilà un long, long chapitre ! J'espère qu'il vous plaira ! J'ai moins de temps pour écrire avec la fac, mais pas de souci, je vais essayer de publier à un rythme plus régulier. ET n'oubliez pas, taper ploybd sur google pour voir mon blogbd ! Allez bonne lecture ! Les petits commentaires sont les bienvenus !

Chapitre 14

-Vous avez bien compris ce que vous devez faire ?

-Oui.

Severus Rogue et Kyoko Suméragi marchaient d'un pas vif sur le Chemin de Traverse. Ils étaient tous deux vêtus de longues capes de voyages noires, capuches rabattues sur la tête, tels des ombres parmi les ombres. C'était la première fois que la japonaise venait ici, mais elle eut une vision très différente de ce qu'elle c'était imaginée. Elle avait toujours pensé que le Chemin de Traverse était un lieu coloré et animé, avec des boutiques aux façades bariolées et aux vitrines débordantes, sans parler des groupes de sorciers qui venait y flâner… Mais en un mois, les temps avaient bien changé, si bien que Kyoko se demandait si elle n'était pas plutôt dans l'allée des Embrumes. Beaucoup de vitrines étaient masquées par des planches. Les boutiques semblaient toutes être désertes. Des affiches du ministère donnaient quelques vains conseils de sécurités. Les gens marchaient groupés, dans une crainte permanente, uniquement préoccupés par leurs affaires. Les rues étaient boueuses, remplies de crasses, de rats et de vermines. De nombreux sorciers, l'air miséreux, étaient assis par terre, tendant la main pour une pièce salvatrice qui ne viendrait surement pas.

Le cœur serré, Kyoko glissa quelques sous dans la main décharnée d'une vielle sorcière aux yeux perdus dans un monde qui n'existait plus. La jeune femme ne se retourna pas lorsque la sorcière la remercia de sa voix éraillée.

-Sommes-nous vraiment en Angleterre, souffla-t-elle ?

-Hélas, Miss…

Cela c'était passé quelques jours après le nouvel an. Si Voldemort ne s'était pas manifesté ouvertement depuis des mois, c'était parce qu'il préparait une attaque secrète au ministère, tellement secrète que même Rogue, qui était pourtant le mangemort en qui le Seigneur des Ténèbres avait le plus confiance, n'avait pas été que très peu mis au courant. Pendant des mois, tous les mangemorts bien placés au ministère c'étaient rapprochés des hauts dirigeants dans le seul but de les contrôler. Et c'est finalement aux moyens de manipulation, de menaces, d'argent et de doloris qu'ils avaient réussi à prendre le contrôle du ministère. Une nuit il avait tué le précédent ministre et placé au pouvoir un pantin soumis à l'impérium. Cela avait été une attaque fulgurante et d'une rare efficacité. L'Ordre n'avait rien pu faire. Malgré ce que Kyoko jugeait comme la pire des humiliations, Dumbledore avait conservé son calme, continuant de recruter des partisans pour l'Ordre. Le vieux sorcier ne voulait surtout pas se faire submerger par la panique et la terreur. Mais, elles étaient bien là ! Chaque jour, des sorciers et des familles entières de sorciers contestants Voldemort étaient retrouvés morts, la marque flottant au dessus de leurs maisons. D'autres voyaient leurs baguettes confisquées ou détruites, ils étaient ainsi réduits à des moins que rien, condamnés à la rue. Mais la résistance s'était organisée par des médias clandestins, tels que la radio ou les journaux, pour informer les gens. Car ce qui avait avant tout aidé Voldemort à prendre le contrôle du ministère, c'était l'ignorance des gens, leur refus à accepter l'évidence du retour du sorcier le plus cruel de tout les temps. Dumbledore ne voulait pas riposter pas une guerre ouverte, il savait que ça plongerait le monde sorcier dans un chaos encore plus grand. Pour l'instant, Voldemort ne s'était occupé que de l'Angleterre, mais il voulait étendre son pouvoir au monde sorcier tout entier ! Et pour Dumbledore, la seule solution pour endiguer le mal, c'était la destruction des horcruxes.

-Répétez une dernière fois ce que vous avez à faire.

-Bien.

Kyoko soupira.

-Je dois me rendre à Gringotts pour faire diversion dans la grande salle. Je vais demander à ouvrir un compte, puis je ferais un scandale suffisant pour permettre à Harry et à Sirius, sous sa forme de chien, de pouvoir accéder au coffre des Lestranges afin de récupérer une « pièce » de notre « puzzle » et de se débarrasser de leur guide sans être dérangés par les gobelins. Une fois que je les verrais ressortir, j'attendrais quelques minutes avant de partir à mon tour.

-Les gobelins sont très méfiants et rusés, Miss. Etes-vous bien sûre de réussir parfaitement votre mission ?

-J'ai déjà effectué des missions hautement plus dangereuses ! Et si cela tournait mal pour Harry, je lui ai donné une amulette pour m'appeler en cas de problèmes.

-Répétez moi une dernière fois encore ce que…

-Oui, oui, dit Kyoko sur un ton excédé. Vous, vous êtes chargé de faire le guet à l'extérieur si jamais un mangemort venait à Gringotts.

-Pas d'insolence, Miss ! Vous avez dû vous apercevoir que la quête des horcruxes devient de plus en plus urgente !

Elle grommela une excuse. Ils arrivèrent en vue la banque.

-Tenez, Professeur, dit-elle en tendant la main. C'est l'amulette pour…

Mais elle ne finit pas sa phrase. Rogue venait de la plaquer violement contre une porte en retrait de la rue. Il saisit la main qui lui tendait le petit objet. Kyoko sentit son cœur bondir, le rouge lui grimpa aux joues. L'homme dont elle était secrètement amoureuse était si près d'elle. Elle refoula ses sentiments, il y avait d'autres priorités !

-Votre main, Miss ! Vous allez immédiatement me dire comment vous avez fait pour la mettre dans cet état ! C'est votre stupide entrainement, n'est ce pas !

La main de la japonaise était meurtrie, égratignée, couverte de bleus. C'était comme si elle avait frappé un mur pendant des heures. Kyoko le repoussa et fourra l'amulette dans sa cape. Elle lui lança un regard de braise.

-Baka ! Harry et Sirius ont exactement deux minutes d'avance sur nous. Ils sont déjà à l'intérieur de la banque pour demander l'accès aux coffres. Et moi, je dois y entrer et faire diversion avant qu'ils ne s'occupent de leur gobelin ! Le plus dur dans cette mission de récupération de l'horcruxe, c'est le timing ! Alors vos questions, ce sera pour plus tard !

Sur ce, elle le laissa planté là et entra dans la banque. Rogue furieux alla se cacher dans un coin sombre de la rue d'où il pouvait observer toute les allées et venues des passants. Que cette japonaise pouvait l'énerver ! Mais, il remercia le ciel qu'elle l'ait repoussé. Si elle ne l'avait pas fait, il aurait embrassé ses lèvres. Il sentait que quelque chose avait changé depuis le nouvel an, même s'ils n'en avaient pas reparlé… A quoi pensait-il ! La mission, se concentrer sur la mission.

Kyoko entra dans le vaste hall de la banque, elle regarda discrètement autour d'elle. Harry et Sirius devait être en train de descendre aux coffres. Le cœur battant, elle se dirigea vers un guichet libre. Il y avait l'embarra du choix ! Par ses temps sombres, les sorciers ne se rendaient à la banque que lorsque c'était absolument nécessaire.

D'un geste désinvolte de la main, Kyoko retira sa capuche, libérant ses longs cheveux. Elle adressa un sourire charmeur au gobelin devant elle. En réponse, elle eut droit à un regard méprisant. Bon, pensa-t-elle, pour la tentative de séduction, c'est raté. Elle enchaîna sans oublier de forcer son accent à outrance:

-Bonjour. Est-il possible d'ouvrir un compte ici ?

-Oui.

-Comment procède-t-on ? Pouvez-vous m'expliquer ?

-Oui.

Kyoko eut un sourire crispé. Pas très causant, celui là. Evidement, il fallait qu'elle tombe sur le mauvais guichet, car pour l'instant, une ouverture pour faire sa diversion était impossible !

-Pour ouvrir un compte ici, il faut avant tout posséder ou louer un coffre. Bien évidement les prix varient selon la taille et le niveau de sécurité du coffre que vous louez ou que vous achetez.

-Ah bon, s'exclama Kyoko en prenant un air crétin.

Le gobelin tiqua et la regarda d'un œil noir.

-Je vais vous donner une échelle…

Intérieurement Kyoko jubila, c'était le moment qu'elle attendait. Elle mit tout son talent de comédienne en action.

-Une échelle, fit-elle avec un fort accent ? Mais je ne veux pas une échelle ! Je veux louer un coffre !

-Oui et c'est pour cela que je vais vous donnez une échelle de…

-Mais pourquoi me parlez-vous d'échelle ! Je ne veux monter nulle part ! Sauf si vos coffres sont en hauteur !

-Il s'agit d'une fourchette !

Kyoko le vit se mordre l'intérieur de la joue, mais elle était sûre qu'il voulait dire : « Il s'agit d'une fourchette, sombre idiote !».

-Une fourchette ? Mais je ne veux pas manger !

Elle voyait le gobelin se colorer d'un vilain carmin, il bouillait. Son rôle de la dinde idiote était parfait, mené à la perfection.

-Je vous parle d'une fourchette de prix !

-Une fourchette de quoi ? Qu'est-ce que c'est que cet établissement ! Appelez-moi le direc…

La phrase de Kyoko mourut dans sa bouche. La jeune femme se figea d'horreur. Rogue venait d'entrer dans la banque en compagnie de la dernière personne qu'elle aurait souhaité voir ici et maintenant : Béatrix Lestrange.

-Laisses moi tranquille, Rogue !

-Et moi, je te répète de me dire ce que tu fais là ! Il t'avait donné une mission aujourd'hui et tu sais bien qu'Il déteste attendre !

-Et toi, Rogue, que fais-tu ici ? Ne t'a-t-Il pas confié une mission ?

-Mais ma présence ici est tout à fait en rapport avec la mission qu'Il m'a confié… Il m'a chargé d'espionner Poudlard ! Et si ta mémoire n'était pas aussi sélective, tu te serais souvenue que j'y ai un emploi de professeur de potion.

-La raison de ta présence ici, Rogue !

-L'achat d'un nouveau chaudron. Et pour acheter, il faut de l'argent…

-Tsss… Tu es pathétique ! C'est ça, ta mission pour le Seigneur des Ténèbres ? Jouer au prof et acheter des chaudrons ? Moi, j'ai passé des années entières à Azkaban ! J'ai subi les détraqueurs pour lui !

-Oui, oui… Admirable sacrifice de ta personne…

Kyoko voyait que Rogue provoquait Béatrix afin de gagner un maximum de temps. Si elle était ici, c'était bien évidement pour aller à son coffre. Kyoko imaginait mal cette femme débarquer ici pour faire une belote avec les gobelins. La japonaise réfléchissait à toute allure. Devait-elle exploser dans un scandale général ? Accoster Rogue ? Et si Béatrix avait entendu parler d'elle ? Et si elle la reconnaissait comme celle qui avait détruit l'horcruxe de son maître ? Elle n'eut pas le temps de se poser d'avantage de questions. Elle devait agir et vite !

Soudain un gobelin déboula dans la salle, essoufflé et en sueur. La fureur se lisait sur ses traits.

-Alerte, hurla-t-il ! Des intrus dans le coffre 13666 !

-Mais c'est mon coffre, cria Bellatrix !

Kyoko sentit son cœur tomber dans son estomac. Un vide apocalyptique tournoyait dans son cerveau. Elle ne savait que faire, mais ce qui était sûr, c'était que la mission allait être gâchée si elle ne bougeait pas. Bellatrix se précipita vers les coffres, Severus à sa suite.

Kyoko saisit alors une petite sphère, cachée dans sa ceinture. Elle la jeta en direction de la mangemorte. Une fumée épaisse et acre emplit le hall. La japonaise entendait des quintes de toux autour d'elle. « Voilà ce qui va les retenir, pensa-t-elle. » L'amulette dans sa poche était devenue brulante. Ils l'appelaient. Sur ce, elle disparut rejoindre Harry et Sirius.

Un brouillard, aussi épais qu'une crème caramel trop cuite, recouvrait le hall, rendant impossible toute progression vers les coffres. Rogue se félicitait de la réaction de Kyoko. Cette fumée était parfaite pour permettre à Harry et son crétin de parrain de finir leur mission ou de s'enfuir si nécessaire. Dommage, pensa-t-il entre deux quintes de toux, que cette maudite fumée s'empare de ces poumons. Lorsque l'atmosphère redevint respirable, il repéra Bellatrix. Il lui saisit violement le bras avant qu'elle ne fonce vers son coffre.

-Lâches-moi, Rogue, hurla-t-elle ! Potter est dans mon coffre ! J'en suis sûre ! Il savait ! Il savait qu'un horcruxe y était caché ! Je vais le tuer et je le remmènerais au Seigneur des Ténèbres !

Une lueur de folie s'était allumée dans ses yeux. Rogue ne se laissa pas impressionner et resserra sa pise. En cet instant, il savait Bellatrix parfaitement capable de mettre ses menaces à exécution.

-Cela suffit Bellatrix, siffla-t-il ! Tu ne peux pas parler si ouvertement du Maître !

-Et pourquoi, Rogue ? Pourquoi ! Tout le monde sait qu'il est de retour ! Tout le monde sait qu'il s'est emparé du ministère !

-Mais ce n'est pas officiel ! N'oublies pas que c'est un de nos pantins qui est à la tête du ministère ! Tu veux réduire à néant les efforts du Seigneur des Ténèbres pour instaurer la terreur et prendre le contrôle?

-Tu veux que Potter s'empare de l'horcruxe, Rogue ? Lâches-moi ! Je vais le tuer !

Elle se dégagea de son emprise. La mangemorte sortie sa baguette et la pointa sur la marque des Ténèbres imprimée dans sa chaire. Rogue sentit son bras le brûler, mais ce n'était rien comparé à l'horreur qu'il ressentit en cet instant. Elle venait de contacter des renforts et dés lors, la partie s'annonçait serrée. Rogue savait que Kyoko allait être leur pièce maîtresse. Mais il n'eut pas le temps de réfléchir d'avantage, car déjà, Bellatrix s'élança comme une furie.

-Potter Lui appartient, Bellatrix ! Ne l'oublies pas, cria-t-il en la poursuivant.

La mangemorte arriva dans un dérapage devant son coffre, suivit par Rogue, légèrement essoufflé. Elle éclata d'un rire cruel lorsqu'elle vit le spectacle qui s'offrait à sa vue. En effet, son coffre vomissait de nombreux objets en or, une chaleur infernale s'en dégageait. Et au milieu de la masse jaune et étincelante, Sirius et Harry, en équilibre précaire, descendaient avec difficulté. Ils étaient tous deux couvert d'impressionnantes brûlures.

-Ah ! Ah ! Ah ! Alors ? Vous avez découverts la malédiction de mon coffre ? Oui ? Ah ! Ah ! Ah ! Non seulement tous les objets touchés par les intrus se multiplient, mais ils deviennent aussi brûlants qui du métal chauffé à blanc !

Sirius, en parrain responsable, protégea Harry de son bras. Il lança un regard noir et haineux à Bellatrix, regard qu'elle lui rendit.

-Si tu savais depuis combien de temps je rêve de te tuer, dit-il plein de hargne.

-Mais moi aussi, cher cousin, moi aussi.

Bellatrix reporta alors son attention sur Harry. Il soutint son regard et essaya de fermer son esprit au maximum, mais il n'avait jamais été un très bon occulman.

-Donnes-moi l'horcruxe, Potter !

-Non !

-Oh oh ! Tu oses me répondre, dit-elle d'une voix bouillante de rage ! Immonde sang mêlé !

Rogue tiqua. Il devait calmer cette furie sinon, elle risquait de tuer ces deux imbéciles. La situation était très délicate et dangereuse pour lui. Il ne pouvait aider ni Harry ni Sirius sous peine de révéler son statut d'agent double. Il ne pouvait pas non plus soutenir cette folle de Bellatrix, on n'avait déjà peu confiance en lui au sein de l'Ordre, inutile de se compromettre d'avantage. Il garda un visage impassible mais il était tendu. Que faisaient les renforts appelés par Bellatrix ? Et Kyoko ? Où était-elle passée encore ?

Bellatrix leva sa baguette et lança le sort vert, implacable, impardonnable. Rogue, horrifié, savait que Black ne pourrait pas riposter. Il sortit sa baguette pour répliquer mais ce fut inutile. Une silhouette sombre sortit de nulle part. Elle s'interposa entre le sort et les deux compères et le contra sans aucun problème.

La silhouette se redressa de toute sa hauteur, impressionnante dans sa cape noire. Elle se tourna vers les deux hommes. Harry vit alors un masque à la place du visage de l'inconnu. Un masque de renard stylisé, blanc et rouge.

-Kyoko, murmura le jeune homme ?

-Gomenasai. Je suis un peu en retard, mais j'avais des choses à régler…

Harry crut voir entre les pans de sa cape une lame aux reflets écarlates. Il frissonna.

-Kyoko… Tu n'as pas…

Bellatrix éclata de rire.

-Alors, c'est toi ? C'est donc toi Kyoko Suméragi ? Celle qui à oser détruire l'horcruxe de mon maître ?

Kyoko ne répondit pas, se contentant de faire face à cette femme.

-Il parait que tu es très belle, Suméragi… Enlèves ton masque, que je puisse voir le visage que le Seigneur des Ténèbres trouve si beau…

Sa voix était mielleuse, mais on sentait qu'elle bouillait de colère et de jalousie. Son maître avait remarqué une autre femme qu'elle, alors elle se devait de la haïr.

-Tu me demandes de retirer mon masque, mangemorte ? C'est très déplacé de ta part… Car toi et les tiens, n'agissez-vous pas à visages masqués ? Bandes de lâches !

Piquée au vif, Bellatrix lui lança un sort informulé. Kyoko le para de sa lame. Le sort alla ricocher sur une des parois en pierres. Harry frissonna, le sabre de Kyoko était ensanglanté.

-Qu'as-tu fait, maudite, lui hurla Bellatrix en regardant le sang qui coulait de la lame?

-Je l'ai déjà dit il me semble… Mais je vais le répéter : j'avais des choses à régler.

La voix de Kyoko était ferme et froide. Rogue, à sa grande surprise, sentit ses entrailles se glacer. Il ne reconnaissait plus la jeune femme d'ordinaire joyeuse, impertinente et entêtée. C'était comme le jour où elle avait combattu le tengu. Elle portait un masque de cruauté, masque qui lui était nécessaire pour survivre.

- Tu les as tués, n'est ce pas ? Comment as-tu osé tuer les mangemorts du Seigneur de Ténèbres, hurla Bellatrix ?

Sans que personne ne s'y attende, Kyoko fondit sur la mangemort. Elle la saisit et lui mit sa lame sous gorge. La peur et la surprise se lisait sur les traits durs de la femme.

-Comment j'ai osé, répéta Kyoko d'une voix glacée ? Tu veux me demander, Bellatrix Lestrange, comment j'ai osé tuer des assassins ?

Kyoko éclata d'un rire sans joie.

-Et toi, Bellatrix Lestrange, comment as-tu osé tuer les parents de Neville ? Tu te souviens surement d'Alice et Frank Londubas ? Tu dois également te souvenir de ce que tu leur à fait subir ? Réponds !

Bellatrix secoua la tête en guise de réponse. Jamais la mangemorte n'avait éprouvé tant de peur, même à Azkaban. Elle avait l'impression d'être en face de la déesse de la vengeance.

-Bellatrix Lestrange, les gens comment toi… Je n'hésite pas à les tuer !

Voyant sa vie menacée, la mangemorte, prise de panique lança un sort au visage de Kyoko. Cette dernière, touchée de plein fouet, sauta en arrière pour s'éloigner. Malgré la douleur, elle resta fière et droite. Elle retira sa capuche, libérant ses cheveux, alors que son masque se scindait en deux. Les morceaux de bois blancs et rouges tombèrent à terre, révélant le visage de la jeune femme. Un filet de sang coulait de son front jusqu'à son menton. Ses yeux dorés étincelaient d'une lueur farouche. Ses cheveux semblaient flotter dans l'air chargé de tension. Ses lèvres rouges s'étiraient en un sourire sans joie. Rogue ne l'avait encore jamais trouvé si belle et s'en était douloureux. Elle était belle, cruelle, implacable, inébranlable. Où était la jeune femme qu'il connaissait ? Sans que Severus sache pourquoi, l'idée que Kyoko puisse tuer des gens lui était insupportable. Il ne supportait qu'elle s'abaisse à de tels actes.

-Cela suffit maintenant, intervint-il !

-Oui vous avez raison… Cela suffit, répondit Kyoko.

D'un mouvement ample, elle fit jaillir de sa cape une corde. Cette dernière vint ligoter Rogue qui tomba en arrière. Lorsqu'il se redressa et qu'il fixa le visage de Kyoko d'un œil noir, il comprit. Il comprit qu'elle avait fait ça pour lui éviter d'avoir à choisir un camp, le camp de Dumbledore, sans risquer de trahir son statut d'agent double. Sa fierté lui interdit cependant de la remercier, même mentalement.

Dans un hurlement de rage, Bellatrix, qui avait retrouvée de sa superbe, extirpa de sa cape un petit objet. Kyoko n'eut aucun mal à le reconnaître, c'était une amulette semblable à celles qu'elle avait données à Rogue et à Harry. Une sorte de mouchard, qui permettait à quiconque le possédait, d'appeler en renfort l'être relié à l'objet. La japonaise se figea lorsqu'elle y lut l'idéogramme du corbeau et du chiffre trois.

-Tu sais ce que ça signifie, hein, Suméragi, lança Bellatrix ?

-Hum. Le Seigneur de Ténèbres a réussi à mettre la triade de son côté… C'était plus que prévisible…

-Kyoko, qu'est-ce que c'est ? La triade, demanda Harry ?

-Un trio de mercenaires tengus, dit Kyoko avec calme. Le plus cruel qu'il soit, tu t'en doutes…

Bien que parfaitement consciente du danger qu'elle allait affronter, Kyoko ne tremblait pas. Elle avait confiance en elle. Les tengus ne l'approcheraient pas si facilement. Mais les autres…

-Sirius, Harry. Vous avez fait vôtre part de la mission, partez ! Je me charge du reste.

-Allons Kyoko. Tu ne penses tout de même pas que je vais partir alors que j'ai enfin l'occasion de régler son compte à ma chère cousine…

-Dans tes rêves, Black !

Tous deux se lancèrent des regards haineux. Kyoko soupira.

-Je suppose que tu veux rester ici aussi, Harry ?

-Bien sûr !

Les trois tengus invoqués apparurent derrière la mangemorte. Ils avancèrent, menaçants, vers la jeune femme, tirant leurs sabres de leurs fourreaux. Leurs visages de corbeaux étaient figés dans un rictus cruels et leurs yeux brillaient de l'excitation que leur inspirait l'affrontement à venir.

-Bien. Que le combat commence, dit alors Kyoko.

Sans plus de cérémonie, Kyoko fonça sur les tengus, dégainant son sabre.

Depuis le sol, où il était attaché, Severus ne pouvait que constater les progrès fait par Kyoko. Son entrainement avait été des plus bénéfiques. La jeune femme n'avait aucun mal à combattre les trois guerriers à la fois, on aurait plutôt dit qu'elle s'en amusait d'ailleurs. Impressionnés par la dextérité de Kyoko, Sirius, Harry et Bellatrix n'étaient pas encore entrés dans la bataille. Ils observaient la jeune femme attaquer, parer, esquiver. Ses mouvement étaient rapides et précis, mais également élégants. Rendu furieux par le comportement désinvolte de Kyoko, un des tengu fondit sur elle, sabre brandit. Elle se baissa. Le tengu tua, en l'embrochant en plein cœur, un de ses camarades, qui était posté derrière la jeune femme. Il hurla de rage en contemplant le résultat de son geste. De nouveau, il fonça vers la miko. Cette dernière lui donna un puissant coup de pied, lui brisant le genou et l'arrêtant net dans sa course.

Bellatrix contempla le résultat lamentable, d'un combat de moins de cinq minutes entre trois tengus et une jeune femme. Et elle due se rendre à l'évidence : Kyoko Suméragi était incroyablement forte, redoutable et… Cruelle à en juger par le sourire en coin qu'elle lui lançait.

Le tengu encore valide leva son sabre, Bellatrix en profita. Elle brandit sa baguette vers Kyoko. Ils allaient l'attaquer tout les deux. Lâche ? Oui et alors ?

Ayant remarqué leur petit manège, Kyoko attendait. Au moment où ils attaquèrent simultanément, Kyoko détacha sa cape et la lança vers eux. Le tengu, aveuglé arrêta son geste de peur de tuer son invocatrice. Bellatrix reçue la cape en plein visage. Elle essaya de se dégager du morceau de tissu par des gestes rageurs, ce qui n'eut pour résultat que de l'empêtrer un peu plus. Lorsqu'elle se débarrassa enfin de la cape, son regard se fixa sur Kyoko.

La japonaise était presque entièrement vêtue de noir. Elle portait un kimono, ceinturé de rouge, qui s'arrêtait à mi cuisse. Elle était chaussée de sandales souples mais confortables. De grandes jambières montaient jusqu'au dessus de ses genoux. Bref, une véritable tenue de combat pour miko.

La mangemorte sentit la rage s'élancer en elle. Elle se sentait en compétition face à Kyoko, car son maître s'intéressait de prés à la jeune femme. Elle était belle, mais surtout, elle était une guerrière puissante, très puissante. Et, plus que tous, le Seigneur des Ténèbres aimait les gens puissants. Furieuse, Bellatrix lança un sort vers Kyoko. Il fut esquivé par Sirius.

-Kyoko est occupée, cousine. Mais moi, je suis là si tu veux te battre !

-Dans ce cas, viens ! Black !

Tous deux se lancèrent dans un combat féroce.

En observant la scène, Harry se sentait particulièrement inutile. Kyoko n'avait visiblement pas besoin d'aide et Sirius avait un compte personnel à régler. Mais Harry eut un sourire lorsqu'il constata que même s'il n'était pas d'une grande utilité dans l'immédiat, au moins il n'était pas comme Rogue, ficelé par terre comme un saucisson. Un sentiment de profonde satisfaction s'insinua dans ses veines. Ce spectacle était sa vengeance pour ce que Rogue lui avait fait subir toutes ses années. Tous deux croisèrent leurs regards. « Attention, Potter ! Si vous continuez à m'observer de la sorte, pensa Rogue, votre prochaine retenue pourrait bien être la pire que vous ayez jamais connue ! »

-Attention, Harry !

Kyoko bondit. Elle atterrit avec souplesse devant le garçon. Avant qu'Harry ait eu le temps de comprendre ce qu'il se passait, la jeune femme avait lancé un kunai vers le tengu au genou brisé. Il était mort, l'arme profondément fichée dans son cœur.

Severus déglutit. La jeune femme agenouillée avait caché son arme côté intérieur de sa cuisse. Il observa la vue qui s'offrait à lui. Kyoko avait dégagé le haut de sa jambe de son kimono pour pouvoir saisir et lancer son kunai. Une sangle ceinturait sa cuisse, le morceau de cuire lui avait servi pour dissimuler l'arme. Severus laissa son regard courir encore un peu sur l'entre jambe de la jeune femme, l'espace de quelques secondes à peine, car déjà Kyoko était repartie à l'assaut.

Alors que le combat entre Bellatrix et Sirius faisait rage, le dernier tengu poussa un hurlement à glacer le sang. Il allait tuer cette miko et peu importait s'il devait, pour se faire, y passer aussi. Il arracha la veste de son kimono. Le torse du tengu était couvert de parchemins aux inscriptions noires. Kyoko se figea d'horreur.

« Des notes explosives ! Kuso ! Que faire ? Si je l'attaque, les parchemin exploseront, mais s'il les déclenche…»

Le monstre corbeau explosa d'un rire sadique devant la mine terrifiée de Kyoko. Il jubilait. Il comptait bien remplis la mission que lui avait donné le Seigneur des Ténèbres, arrêter Kyoko. Même si pour cela il devait se suicider et emporter les sorciers ici présents avec lui.

-Qu'est-ce que tu fais, tonna Bellatrix au tengu?

Elle avait été surprise par le rire du yokai. La mangemorte le regarda, elle ne savait pas pourquoi il était recouvert de papiers griffonnés d'encre. Mais en regardant ces yeux, elle comprit ce qu'il s'appraitait à faire…

-Non, arrêtes ! Arg !

Distraite de son combat, elle fut touchée par un sort de Sirius.

-C'est par ici que ça ce passe, chère cousine !

-Abruti ! Tu ne vois donc pas ce qu'il veut faire !

Sans prêter attention à eux, le tengu approcha ses mains l'une de l'autre, s'appétant à composer mundras qui déclencheraient ses notes explosives. Mais Kyoko fut plus rapide que lui. Elle tira un nouveau kunai. Lancé d'un geste maître, l'arme lui arracha la main. Le monstre corbeau hurla de douleur, serrant son moignon contre lui.

Savant qu'elle avait peu de temps, Kyoko fonça vers Harry et Sirius. Elle les saisit et leurs fit signe de prendre leurs talissements dans la main. Tous deux la regardaient sans comprendre mais ils s'exécutèrent. Elle composa rapidement ses mundras. Il fallait qu'elle les mette à l'abri, eux et l'horcruxe, le plus vite possible.

-Zai ! Le symbole du soleil ! Nichirin ! On chi ri chi ba ro ta ya so wa ka !

Un pentacle rouge se traça au sol. Le dessin encercla Sirius et Harry. Une lumière aveuglante apparue alors, les éblouissant. Severus ferma les yeux. Il ne les rouvrit que lorsqu'il sentit que la vague de lumineuse s'était dissipée. A sa grande surprise, il vit que Sirius et Harry avaient disparu. Il reporta alors son attention sur Kyoko. Le sort qu'elle venait de lancer semblait l'avoir épuisée. Elle était pliée en deux et avait la respiration saccadée.

Bellatrix fondit sur la japonaise, furieuse. Cette dernière sauta et l'assomma d'un coup de genoux à la tête. Ce fut alors au tengu d'attaquer Kyoko. Elle esquiva le coup de pied prévu à son attention, mais avec difficulté. Kyoko était épuisée. Elle venait de téléporter deux personnes à Poudlard, et pour cela elle avait dû utiliser un sort extrêmement puissant. Mais elle devait tenir encore un peu. Elle savait qu'elle n'avait que peu de temps avant que le tengu ne déclenche les parchemins explosifs. Elle fondit sur le monstre, bien décidée à faire tout son possible pour l'empêcher de déclencher ses bombes avant que tous le monde ne soit en sécurité. Le maître des potions entendit alors le yokai hurler de douleur. Kyoko avait dégainé un poignard caché dans sa ceinture, poignard à présent coloré de rouge. Sans perdre de temps elle se précipita auprès de Severus. Il fut frappé par la pâleur de son teint, elle tremblait de fatigue.

-Miss Suméragi ! Allez-vous me dire ce qu'il se passe, demanda-t-il inquiet ?

Kyoko ne répondit pas, elle composait encore des mundras.

-Kekkai !

A cette injonction, une barrière d'énergie s'étendit au-dessus de Severus, toujours attaché, comme un dôme protecteur.

-Cela suffit ! Détachez-moi ! Immédiatement, pesta-t-il !

-Je ne peux pas, sinon Bellatrix Lestrange aura des soupçons… Mais, ne vous en faites pas…

Sa voix était très faible, elle menaçait de s'effondrer à tout moment. Sans oublier ses priorités, Kyoko porta la main à sa ceinture. Elle dut se rendre à l'évidence, elle n'avait plus de kunai pour la suite. Malgré sa fatigue, elle devrait utiliser un dernier sort. Lentement, elle tourna la tête vers le yokai blessé. Il se tenait l'abdomen, à l'endroit où elle l'avait touché. Ils se fixèrent, se jugèrent pendant une minute qui sembla durer des heures. Puis, ils s'élancèrent. Leurs doigts s'agitèrent à toute vitesse pour composer leurs mundras et lancer leurs sorts. Mais Kyoko fut plus rapide.

-Suzaku !

Le phénix de feu apparut. Il fondit sur le tengu. Celui-ci le regardait, figé d'horreur. Plus que quelques secondes avant que l'oiseau ne mette le feu aux parchemins. Kyoko fit une pirouette, jeta un coup d'œil à Rogue pour vérifier que son Kekkai était suffisamment fort. Elle lança son dernier Kuji-kiri.

-To ! Le symbole du lion extérieur ! Gai jishi !

Kyoko vit alors Bellatrix se réveiller. Avant de se téléporter, la japonaise eut tout juste le temps de la voir exécuter le sort du bouclier pour se protéger de l'explosion.

A présent, Kyoko tournoyait dans un univers aux couleurs et aux formes floues. Elle sentit son cœur se soulever et ferma les yeux. Lorsque son pied toucha enfin terre et qu'elle vit qu'elle était dans le bureau de Dumbledore, elle éprouva un immense soulagement. Sirius, Harry et Dumbledore était là pour l'accueillir.

-Kyoko, s'écria Harry !

Il avait une crème pour soigner les brûlures sur le visage. Elle était d'une étrange couleur mauve.

-Nous avons l'horcruxe ! Viens, nous devons…

Il s'interrompit. Kyoko était pâle et tremblante. La jeune femme avait réussi à tenir jusque là, mais à présent, elle n'en pouvait plus. Elle s'effondra par terre, la fatigue emportant tout le reste.

Deux heures plus tard, Severus apparut à son tour dans le bureau du directeur. Il était d'une humeur à étriper un troll des cavernes.

-Ah ! Severus, je vous attendais, dit Dumbledore…

Rogue regarda autour de lui, il était seul avec le directeur. Il s'en étonna. Il pensait que Harry, Sirius et Kyoko fêteraient le succès houleux de la mission.

-Vous avez assisté à une mission d'urgence avec les mangemorts et le Seigneur des Ténèbres ? Harry a ressenti que Tom était très en colère…

-Il est furieux, en effet… Il n'arrive pas à digérer cet échec. Après son attaque et sa prise de pouvoir au ministère, il pensait que plus rien ne lui résisterait. Sans compter que des mangemorts et trois tengus avaient été envoyés pour secourir Bellatrix.

-Savez-vous ce qu'elle était venu faire à Gringotts, Severus ?

-Non. Mais cela n'avait rien avoir avec l'horcruxe, jamais le Seigneur des Ténèbres n'avait songé que nous réussirions à nous emparer de celui-ci. Il tient Bellatrix Lestrange pour responsable de ce fiasco.

-Et qu'en est-il de vous Severus ? Après tout vous étiez aussi sur les lieux, Tom a-t-il toujours autant confiance en vous ?

-Le Seigneur des Ténèbres n'accorde sa confiance à personne, Dumbledore. Mais je n'ai pas eu trop de remontrance, comparé à Bellatrix, et ceci grâce à l'intervention de Miss Suméragi. Intervention judicieuse, mais humiliante, conclut-il avec raideur.

Dumbledore haussa un sourcil amusé, Harry et Sirius lui avait raconté la manière dont Kyoko avait ligoté Severus. Qu'importe cette légère humiliation, elle avait sauvé son statut d'agent double.

-Par contre, il s'avère que si le Seigneur des Ténèbres est extrêmement en colère à cause de la perte de son horcruxe, il s'est révélé être de plus en plus intéressé par les pouvoirs de Miss Suméragi… Peut-être serait-il judicieux que je lui rapporte les thermes qui on été tenus sur elle, dit-il d'une voix trainante…

-Ce serait judicieux, en effet. Seulement, Kyoko se trouve actuellement à l'infirmerie est…

Severus sursauta, en proie à une vive émotion. Il essaya de se reprendre mais il ne trompa pas Dumbledore.

-A l'infirmerie, demanda-t-il ?

-Ne vous en faites pas, Severus. Elle n'a pas subi de blessure grave cette fois… Elle est seulement épuisée par les sorts qu'elle a utilisés. Elle a jeté un Kuji-kiri très puissant pour pouvoir mettre Harry et Sirius en sécurité.

Un silence s'installa. Severus serrait les poings, il ne voulait pas le montrer mais il était très inquiet pour la jeune femme. Il fallait avouer qu'elle était puissante, mais inconsciente quant à la répercution des ses pouvoirs sur sa santé.

-Vous voulez aller la voir, Severus, demanda doucement le directeur ?

Rogue le fixa d'un œil noir. Il savait qu'il ne pouvait tromper le vieil homme. Il le salua d'un mouvement raide de la tête et quitta le bureau. En regardant partir le maître des potions, Dumbledore eut un petit sourire en coin. Se pourrait-il que Rogue ouvre un peu son cœur ?

Severus marchait d'un pas rapide dans le couloir menant à l'infirmerie. Il se répétait toujours la même phrase : « Pourvu qu'elle n'ait rien. Pourvu qu'elle n'ait rien. Pourvu qu'elle n'ait rien… heu… Pourvu qu'elle n'ait rien pour que je puisse moi-même lui faire payer son impudence ! Me ligoter ! Devant Black, Potter et cette fanatiste cinglée de Bellatrix ! Jamais ils ne me laisseront tranquille après ça ! »

Il s'arrêta. Ses lèvres s'étirèrent.

« Elle m'a tout de même sauvé la mise, cette petite idiote. »

Il frappa à la porte de l'infirmerie.

-Je voudrais…

-Ah non, s'écria d'emblée Mme Pomfresh ! Pas encore pour Miss Suméragi ! Je viens juste de faire sortir Potter, Granger, les Weasley et ce maudit chien noir ! Elle a besoin de repos, de repos !

Rogue recula lentement. Lorsque l'infirmière était dans cet état mieux valait ne pas faire de gestes brusques, si l'on tenait à sa vie du moins.

Clash !

Les deux protagonistes se figèrent. Avec une lenteur presque sur naturelle, ils tournèrent la tête vers la source du vacarme. Par terre, parmi les débris de verre et le liquide s'étalant sur le carrelage, ils virent :

-Gamakitchi, souffla Rogue.

-C'est pas vrai, hurla l'infirmière ! Vous n'êtes pas encore sorti, vous ?! Dehors ! Pas de batracien dans mon infirmerie !

Pour toute réponse, la grenouille fit doucement glisser sa pâte de côté, ce qui eut pour effet de précipiter un nouveau bocal sur le sol.

Clash !

L'infirmière se précipita pour ramasser les morceaux de verre, sans oublier d'arroser d'insultes ce « brave » Gamakitchi. Une fois que Mme Pomfresh eut le dos tourné, ce dernier entra en action. Il sautait bondissait, en faisant des signes frénétique à Rogue. Il écarquilla les yeux, qu'est-ce que cette bestiole essayait de lui faire comprendre ? La grenouille bondissait avec énergie en désignant un lit masqué par des rideaux avec ses petites pâtes. Rogue demeurait immobile, bien qu'il ait compris son manège depuis longtemps. Kyoko était là, et il lui avait offert une diversion. Mais le maître des Potions se délectait de ce spectacle. Voir cette grenouille verte et globuleuse se démener avec une énergie ridicule, rendait la scène particulièrement comique. Abandonnant ces réflexions inutiles, il s'engouffra derrière le rideau, il ne devait pas oublier la raison de sa présence ici.

Une fois le rideau fermé derrière lui, il posa les yeux sur elle. Il éprouva alors un immense soulagement. Kyoko dormait paisiblement, le drap se soulevant au rythme de sa respiration. Il l'observa plus attentivement pour voir si rien ne lui avait échappé, mais non. Pas de pansements ou de blessure grave, Kyoko avait juste un sparadrap sur le front, à l'endroit où son masque c'était brisé en deux. Le cœur un peu plus léger, Severus s'assit sur une chaise à côté du lit, il se perdit dans ses pensées.

En la regardant, il se dit que ses efforts, que son entrainement avait payés. Ils étaient tous revenus sains et saufs d'une mission qui aurait pu être tragique sans l'intervention de la jeune femme. Severus sentit ses entrailles se serrer. Kyoko avait tué des gens aujourd'hui, les cinq mangemorts que Bellatrix avait appelés à la rescousse. Bref, elle avait envoyé dans l'autre monde ses anciens « camarades ». Il ne se sentait pas triste pour eux, après tout d'un côté ou de l'autre c'était la guerre et ils connaissaient les risques. Non, il n'aimait pas que cette jolie jeune femme s'abaisse à ce genre de pratiques, tué ou être tué. Lui, qu'il le fasse, ça n'avait pas d'importance pour lui, il avait déjà du sang sur les mains alors un peu plus ou un peu moins… Il ne comprenait pas comment cette paisible, mais néanmoins insolente, sensible et insouciante, jeune femme pouvait ce transformer en guerrière sanguinaire.

Kyoko bougea doucement. Elle ouvrit un œil. Severus reporta son attention sur elle. Sans s'en rendre compte, il lui sourit.

-Professeur…

-Silence, Miss. Vous devez vous reposer…

Elle acquiesça faiblement. Déjà ses yeux se refermaient d'eux même.

-Je vous l'avais dit, non, souffla-t-elle ?

-A propos de…

-Que cette fois, ce serais différent, que je ne serais pas blessée…

-Oui. Et vous avez menti…

Elle le regarda sans comprendre. Rogue posa doucement son indexe sur le pansement qu'elle avait au front. Kyoko loucha un peu pour regarder son doigt. Elle ferma les yeux.

-C'est pourtant vrai, admit-elle. Gomenasai, pour vous avoir ligoté…

Elle se rendormit. Rogue appuya ses mains sous son menton et la regarda dormir. Il ne pensait plus à rien. Il la trouvait si jolie, si belle. Il faudrait bien qu'il se rende à l'évidence…

-Vous êtes toujours là ?

Rogue sursauta. Il regarda par terre et vit Gamakitchi qui bondissait vers lui. Ses petites pâtes faisaient un bruit de ventouse sur le carrelage.

-Que veux-tu dire par « toujours là » ?

Il n'allait tout de même pas vouvoyer cette bestiole verte. Gamakitchi bondit sur le lit et se posta en face de lui.

-Ben, ça fait tout de même depuis plus d'une demi-heure que j'essaie de semer Pomfresh…

Severus déglutit, cela faisait si longtemps qu'il était là. Il avait du mal à y croire. Il esquissa un geste pour se lever mais le yokai l'arrêta. Ce dernier fit une pirouette et une bouteille de saké apparut. Il but au goulot avec avidité. Lorsqu'il eut terminé, il fit claquer sa langue en signe de satisfaction.

-Z'en voulez ?

-Non, sans façon.

-Dommage pour vous, dit-il avant de reboire…

Rogue le trouvait particulièrement comique avec sa bouteille démesurément grande. Mais il ressentit un soudain malaise. Il ne s'était pas retrouvé seul avec la grenouille depuis le matin du nouvel an, depuis qu'il avait dit…

-Bien, j'ai un rapport à apporté à Dumbledore, dit-il avec lenteur.

-Vous vous demandez peut être pourquoi je vous laisse approcher Kyoko, après ce que vous avez dit ?

Severus se figea. Son teint, déjà cireux, prit une couleur blanchâtre. Gamakitchi le fixa de ses yeux globuleux, il le jugea ainsi pendant de longue minutes. Le maître des potions sentit un frisson lui parcourir l'échine. Beurk, ses yeux…

-So desu, dit la grenouille en détachant son regard de l'homme pour le reporter sur sa bouteille. Kyoko vous fait confiance. Elle vous considère comme quelqu'un de bien, alors moi aussi… Mais prenez garde…

La grenouille marqua une pause. La tension montait. Pour la première fois depuis qu'il avait vu apparaître Gamakitchi, il admit qu'il n'était pas une simple grenouille. Sinon il ne ressentirait pas une telle énergie émaner de lui. Il se sentait presque aussi mal à l'aise que lorsqu'il était dans la même pièce que Nagini.

-Et prendre garde à quoi, demanda Rogue qui n'y tenait plus ?

Une nouvelle fois Gamakitchi bu au goulot. Après quelque instant, il retourna la bouteille et la secoua vivement. Elle était vide. Rogue se demanda comment une si petite créature pouvait boire autant.

-Elle est toute cassée…

-Pardon ?

-Ma Kyoko… Kyo-chan est toute cassée… Comme cette bouteille…

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Cette bouteille est parfaitement intacte.

Gamakitchi lâcha sa bouteille. Elle alla s'écraser sur le sol. Les débris de verre s'éparpillèrent, brillant dans les rayons du soleil couchant. Rogue le regarda sans comprendre.

-Kyo-chan et vous, vous vous ressemblez bien plus qu'il n'y parait… Alors faites bien attention, Professeur Rogue, à ne pas briser ma Kyoko plus qu'elle ne l'est déjà.

Le yokai sauta au bas du lit. Il se retourna vers Rogue une dernière fois. Il lui lança un regarda pénétrant, glacé, troublant.

-Si vous faites du mal à Kyo-chan, je n'hésiterais pas à vous tuer !

Il disparut derrière le rideau, laissant Rogue au dépourvu, totalement déboussolé. L'homme posa son regard sur la jeune femme endormie. Elle ? Brisée ? Comment ça ? Il ne comprenait pas.

-Jamais. Jamais je ne pourrais lui faire du mal, se murmura-t-il à lui-même.

Severus était décontenancé. Au fond de lui, il savait qu'il appréciait bien trop Kyoko pour la blesser. Il ne put s'empêcher de penser à Lily. Il l'aimait, mais ne l'avait pas moins blessée et perdue. Il se donna une claque mentale et remit son masque de froideur.

Il jeta un sort de nettoyage pour faire disparaître les débris de verre, puis il sortit de l'infirmerie. Dumbledore l'attendait pour un rapport détaillé, bien plus détaillé que ce rapide aperçu qu'il lui avait donné en arrivant.