Comme toujours, je remercie bettyetdavid pour ses corrections.

Chapitre 14: Solitudes.

Il régnait dans le bureau des directeurs une tension palpable. Minerva McGonagall, nouvelle directrice de l'école de sorcellerie de Poudlard s'y trouvait en compagnie des deux sorciers les plus recherchés après Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Elle devait maintenant prendre une décision : suivre son instinct, qui lui conseillait de se méfier des deux Serpents lui faisant face, ou bien faire confiance, une fois de plus à celui qui avait été son ami, son conseiller pendant toutes ces années, mais qui aujourd'hui n'était plus. La deuxième solution l'emportant malgré tout, elle se contenta de poser sa baguette bien en vue des deux hommes qui s'étaient invités.

- Monsieur Malefoy, auriez-vous l'obligeance de nous laisser un instant s'il vous plaît ? fit la sorcière.

Le ton qu'elle avait employé était tout sauf poli, et le jeune blond ne put qu'obéir. Lorsqu'il se retrouva dans les couloirs, seul, Drago ne put s'empêcher de repenser aux évènements qui s'étaient déroulés quelques mois plus tôt. Tout cela ne lui inspirait que du dégoût. De lui-même, parce qu'il avait failli tuer, mais aussi parce qu'il n'avait pas réussi à aller aux bout des choses, comme toujours... Dégoût de son père, aussi, de sa famille et de ce qu'ils appelaient leurs amis... Dégoût des idées de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom… bref tout ce qui l'entourait et constituait son existence lui donnait une irrépressible envie de vomir.

Le silence qui régnait dans les couloirs immenses de Poudlard le mettait mal à l'aise. Le brouhaha de l'agitation des élèves allant en cours lui manquait. Soudain Drago réalisa qu'il n'avait jamais réellement prêté attention à ce qui faisait de Poudlard une école si mystérieuse. Entouré de sa cour de Serpentard, il n'avait que rarement pris le temps d'observer les tableaux, les armures, les couloirs et le parc.
Il remarqua que les personnages des tableaux semblaient toujours l'éviter. Avaient-ils peur, qu'il s'en prenne aussi à eux ? Avaient-ils honte de le regarder ? Les fantômes non plus n'étaient pas présents. Drago se rappela alors que la seule créature qu'il avait croisée était Peeves. D'ailleurs, n'avait-il pas hurlé « le traître et l'assassin » ? Le jeune Malefoy comprit que pour la plupart des personnes, c'était lui l'assassin. Personne à Poudlard ne semblait réellement savoir ce qui s'était passé dans le bureau de Dumbledore ce soir-là.

Ne voulant pas s'attarder davantage dans ces couloirs qui le mettaient mal à l'aise, Drago sortit dans le parc, dans l'espoir de profiter un peu de ce répit dans la fuite aux mangemorts pour se reposer et réfléchir à ce qu'il voulait réellement pour son avenir. En descendant les escaliers immobiles, et qui semblaient le chasser en lui indiquant le chemin le plus court vers la sortie, le jeune Serpentard fut interpellé par un drôle de chevalier avec un catogan qui le mettait au défi de le tuer lui et qui voulait absolument se battre pour sauver l'honneur perdu de Dumbledore. À l'évocation du nom de l'ancien directeur, Drago fut pris d'une nausée violente et se précipita dans le parc, pour essayer de respirer un peu et retrouver ses esprits. La luminosité intense de l'extérieur l'obligea quelques instants à fermer les yeux. Les rayons du soleil sur la peau du Serpentard semblèrent l'apaiser. En lui réchauffant la peau, c'est comme s'ils lui réchauffaient l'âme et le cœur, un peu trop prisonnier de la glace des Malefoy. Le Vert et Argent n'ouvrit pas tout de suite les paupières, voulant profiter au maximum de cette étrange et nouvelle sensation de paix.

Au bout de quelques minutes il rouvrit les yeux et se dirigea vers le lac. En passant devant la cabane de Hagrid, il remarqua qu'elle était fermée. Les volets étaient clos et aucune fumée ne s'échappait de la cheminée. Même Crokdur semblait s'être volatilisé. Tout ce vide, cette absence résonnait étrangement dans le cœur du jeune homme. Écho de sa propre existence. Arrivé au bord de l'eau, le jeune Malefoy s'assit, que pouvait-il faire ? Allongé dans l'herbe, il observait les nuages défiler. Dans ces yeux, d'un gris semblable à un ciel hivernal, se reflétait le bleu de l'été. Fermant ses paupières, il laissa échapper quelques larmes. Personne n'aurait su dire depuis combien de temps il était là. Sa peau diaphane souffrait de l'exposition prolongée aux chauds rayons du soleil. Il avait mal, mais pour la première fois depuis longtemps, il avait l'impression d'être vivant. Et ça n'est que lorsque l'astre rougeoyant finit sa course dans un feu d'artifice de couleurs que le Serpentard se leva et rentra au château. Seul.

Dans le bureau des directeurs la discussion avait été plus qu'animée, et le professeur McGonnagall essayait tant bien que mal de se persuader que la décision qui avait été prise était la bonne.

Flash-back.

La tension était à son comble dans la petite pièce où les deux anciens collègues se faisaient face. Chacun semblait attendre que l'autre prenne la parole. Severus était mal à l'aise face à celle qu'il avait toujours tenue en respect. Arriverait-elle à comprendre son geste, et surtout à lui faire de nouveau confiance ? Le pardon, il n'y pensait même pas. Il n'arrivait déjà pas à se pardonner lui-même, alors comment attendre ça de la part de quelqu'un d'autre ? Il fut tiré de ses pensées par la sorcière qui lui faisait face et qui lui demandait d'une voix à travers laquelle toute sa tension s'exprimait, ce qu'il faisait là en compagnie du jeune Malefoy.

- Nous sommes en fuite, Minerva, lâcha simplement le maître des Potions. Nous avons réussi à échapper aux mangemorts jusque là, mais ils n'ont plus aucune limite. Miss Granger
- Miss Granger, le coupa la sorcière qui ne comprenait pas ce que son élève venait faire dans l'histoire.
- Miss Granger les a aperçus en plein Londres côté moldu. Nous étions au même endroit et elle nous a prévenus. Alors nous avons fuit, ici.
- Mais enfin… je ne comprends pas Severus. Pourquoi n'avez vous pas rallié les partisans de Vous-Savez-Qui ? Le jeune Malefoy…
- Ne veut pas devenir comme son père, la coupa vivement Rogue. Je constate une fois de plus que vous continuez de douter de mon implication au sein de L'Ordre, fit-il d'une voix lasse
- Severus, vous avez quand même… assas… fais disparaître Albus.
- Je ne le voulais pas, fit le professeur en insistant sur le dernier mot. J'y ai été contraint par plusieurs facteurs.
- Il dit vrai Minerva, je l'ai moi même obligé à me libérer, dit le cadre représentant Dumbledore. Je ne vous ai rien dit jusqu'à présent, mais je constate que dorénavant, la parole d'un portrait ne vous suffit plus pour me faire confiance. Severus a dû…
- Laissez-moi raconter, s'il vous plait, le coupa Rogue, avec une émotion difficilement contenue dans la voix.
- Le professeur Dumbledore m'a demandé de l'aider à partir car il se savait condamné, j'ai lutté Minerva, croyez-moi, mais je n'ai rien pu faire. Quand je suis arrivé en haut de la tour d'astronomie, Drago n'avait heureusement pas eu le courage de faire ce que Le Lord lui avait demandé. Albus est alors entré dans mon esprit et par je ne sais quel moyen m'a expliquer que Potter se cachait sous la cape et qu'il verrait donc que le jeune Malefoy n'aurait pas commis le meurtre.

Severus fit une pause dans son récit. Pour lui raconter ces évènements à quelques mètres seulement de là où ils avaient eu lieu lui était très pénible. D'autant plus que c'était la première fois qu'il revoyait son directeur depuis ce fameux jour. Tout en lui se mélangeait, il était épuisé de cette guerre, de faire semblant d'être un mangemort et de devoir prouver son allégeance au parti de la liberté.
Minerva écoutait sans rien dire. Elle choisit aussi de respecter le silence de son ancien collègue. Jamais elle ne l'avait vu aussi touché, aussi impuissants face aux évènements qui les touchaient tous. Elle savait que Rogue disait la vérité, elle en était persuadée, mais au fond d'elle elle ne pouvait se résoudre à la perte de son ami. Finalement le maître des potions se mit à raconter la suite de cette funeste soirée. Il lui expliqua tout. Le serment inviolable qu'il avait fait, la façon dont il avait appris que Dumbledore était le but de cette mission qu'il avait promis de faire, et comment, ensemble, ils avaient tout fait pour retarder cette échéance. Au fur et à mesure du discours du maitre des Potions, le visage de Minerva devint de plus en plus grave. Jamais elle n'aurait imaginé une telle situation. Son collègue, portait un terrible fardeau et malheureusement pour lui il était dans une solitude des plus totales.
Mais il fallait maintenant prendre une décision.

- Vous avez bien fait de venir ici, à Poudlard. Pour le jeune Malefoy, c'est ce qu'il y a de mieux. Mais pour vous Severus, qu'en est-il ?
- Le Lord croit que je cherche Drago, mais je sens que certains, comme les Lestrange se posent des questions. Ils aimeraient savoir pourquoi je mets tant de temps à le retrouver. Et j'avoue que j'ai réussi à les tenir écartés de l'histoire pendant un mois, mais il va me falloir des preuves, pour continuer de prouver ma soi-disant allégeance au Seigneur des Ténèbres, fit Rogue avec un certain dégoût dans la voix.
- Je ne sais que vous dire, soupira la sorcière.

Depuis cinq minutes Minerva était silencieuse et semblait se perdre dans les limbes de ses pensées. Mais un murmure, une sorte de litanie sans fin la tira de sa réflexion. Face à elle, son collègue semblait comme en transe et répétait sans cesse une suite de mots désordonnés mais qui trahissaient l'état dans lequel l'homme qui lui faisait face se trouvait. « Lasse », « tuer », « fuite », « Potter », « mort »… tels étaient les mots que la directrice avait saisis. Doucement elle appela Severus. Celui-ci releva la tête et, dans ses prunelles noires d'ordinaires vides de tous sentiments, Minerva pouvait clairement y lire du désespoir et de la lassitude. Pour la première fois de sa vie, le glacial Severus Rogue craquait. Il laissait ses sentiments le submerger.

Le Serpentard s'en voulait de montrer ses faiblesses. Surtout devant McGonagall et Albus, dont le portrait était toujours occupé. Mais depuis plus d'un mois qu'il fuyait, il n'avait jamais pu réellement faire son deuil de celui qui lui avait donné une chance d'exister dans ce monde. Sa vie n'était pas celle dont tout individu normalement constitué rêverait, mais au moins il vivait. Voir son ancien directeur ainsi, réduit à une simple image était trop pour le maître des Potions. Il était habitué à la mort, mais pas à la perte d'un être cher. Dans sa tête tout se mélangeait. Il avait besoin de repos. Mais avant il devait envisager une solution pour son avenir et celui du fils de Narcissa, à qui il avait une promesse.

- Je crois que le mieux serait d'emmener Drago devant Lui, proposa l'ancien Serpentard. Il faudrait que je fasse semblant de le livrer.
- Mais comment faire pour s'assurer qu'il reste en vie ? réagit aussitôt Minerva.
- Je ne sais pas trop, soit il faut que Drago joue le même jeu que moi, à savoir être espion pour le compte de l'Ordre, soit…
- Oui, mais Severus, pour cela, il faudrait qu'il soit innocenté aux yeux de la Communauté Sorcière. Vous savez comme moi que pour l'instant, tout le monde croit que c'est lui le meurtrier.
- Harry sait, fit soudain Dumbledore. Il faut qu'il témoigne en faveur de vous Severus et du jeune Drago.
- À quoi pensez-vous Albus ? le questionna son amie et complice de toujours.

Fin Flash-back
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Durant deux heures, Severus, Albus et elle avaient mis au point un plan pour envisager ne serait-ce qu'un avenir au jeune Malefoy et à celui qui l'avait en charge. Maintenant qu'elle était seule, elle doutait d'avoir la force nécessaire à la mise en place de ce stratagème. Sans compter qu'il fallait qu'elle poursuive ses recherches bien entamées à propos des Horcruxes.

Severus était parti du bureau des directeurs. Il avait besoin de solitude, pour réfléchir, pour se retrouver et respirer un peu. À son tour il descendit près du lac. Il faisait nuit, mais les ténèbres ne l'avaient jamais vraiment effrayé. Il s'assit alors sous l'arbre, près du lac, où quelques heures auparavant, un autre Serpentard avait semblé trouver un peu d'apaisement.