Playlist

« Kiwi » Harry Styles

« Love is a wild thing » Kacey Musgraves

« Spirits » The Strumbellas

« Please me » Hyphen Hyphen

« Paper houses » Niall Horan

« Jure moi » Nolwenn Leroy

Chapitre n°14

Point de vue d'Ella

Raphaël m'a quitté.

Notre histoire est terminée.

Et ça fait très mal.

Ce sont les mots que j'ai prononcé en entrant dans ma chambre. Bloom m'a regardé intrigué et n'en revenait pas. Ses yeux étaient écarquillés. Elle ne savait pas quoi dire. Elle m'a alors prise dans ses bras avec toute sa douceur. Bloom est une amie en or. Elle est compréhensive. C'est la première personne qui ne m'a pas regardé autrement que comme une jeune fille de dix-sept ans que nous étions à l'époque. Pas comme une Princesse. Pas comme une personne hypocrite, froide et arrogante tel que j'ai pu entendre. Je ne suis absolument pas comme ça. Je lui ai donc expliqué que Raphaël et moi n'étions plus ensemble. Elle m'a dit qu'elle était désolée. La nouvelle l'a surprise. Elle ne se doutait de rien, pas de ce type d'annonce en tout cas et moi je m'en doutais un peu sans oser me l'avouer réellement. Les autres filles ont appris la nouvelle. On en a discuté une bonne partie de la soirée. Elles ont eu des mots réconfortants envers moi.

Avec Raphaël, j'ai changé. J'ai compris le verbe « aimer ». Aimer sincèrement. Au début de notre relation, il a échangé son identité sociale avec Léo. Léo est issu d'une famille royale. Moi aussi mais je ne le cache pas. Léo non plus d'ailleurs. Raphaël a eu peur de ma réaction si je l'apprenais. Je n'ai pas spécialement compris pourquoi. J'ai trouvé ça ridicule. Le statut social n'est pas ce qui m'importe chez une personne. Nos yeux se sont croisés dès la première année à l'école et le coup de foudre s'est fait tout de suite pour moi. Du moins jusqu'à aujourd'hui puisque apparemment, ses sentiments ne sont plus les mêmes. L'apprendre m'a fait mal. J'ai oublié ce que ça fait d'être quitté par une personne qu'on aime. C'est une sensation horrible. J'aime Raphaël. Même s'il m'a quitté. Je ne peux me résoudre à le perdre. Il a des raisons que je ne réussi pas à expliquer. J'ai pardonné son mensonge sur son identité en première année. Raphaël m'a expliqué les raisons. Il a eu peur que je ne m'intéresse pas à lui pour ce qu'il était réellement, qu'une Princesse ne peut pas avoir des sentiments pour un « simple étudiant » selon ses mots. Nous sommes dans des écoles où toutes les classes sociales se mêlent et aucun jugement n'est émis, directement au moins. Je ne pensais pas qu'il le redoutait. Je suis comme les autres filles. Je n'aime pas les étiquettes. Au début, j'ai mal pris son mensonge parce que j'ai trouvé ça ridicule. Léo m'a expliqué l'avoir fait pour son meilleur ami. Il m'a soutenu. Il savait que Raphaël ressentait quelque chose et je lui ait dit que moi aussi. J'avais envie de le connaître, d'essayer, de me faire mon propre avis. Tant pis, si l'histoire ne fonctionne pas, j'ai essayé. C'est ce que je me suis dis à l'époque. Et je n'ai aucun regret. J'ai même songé à hurler mes sentiments devant tout le monde, mes parents. C'est théâtral. Mais j'ai eu un peu peur alors je me suis résignée. J'étais sûre. Je voulais vivre pleinement l'histoire.

Je suis retournée chez moi pour le week-end afin de ne pas penser à lui. Difficile de ne pas penser à lui. Impossible. Raphaël est mon premier amour. Le vrai. Mes anciennes relations ne duraient pas longtemps et n'allaient pas au delà d'un baiser. Les hommes me fuyaient au bout de trois mois. Je n'ai jamais compris pourquoi. Je ne suis pas méchante. Je suis respectueuse et honnête dans mes relations. Rompre fait toujours mal, sauf si les conditions lors de la séparation était bonne, dans de bons termes. C'est le cas avec Raphaël. Je n'aurais pas supporté de le quitter sur une dispute ou de la rancœur. Ce n'est pas toujours le cas mais ça m'aurait laissé des regrets. Là, il y a une possibilité pour que la situation s'apaise. Je le souhaite. J'ai eu aussi besoin de rentrer chez moi, revoir mes parents. Retrouver un environnement familial et me recueillir auprès de Rose. Ils m'ont vu arriver la mine abattue mais n'ont pas cherché à comprendre la raison et m'ont accueilli dans leurs bras et c'est exactement ce dont j'ai eu besoin, du réconfort. Ils ont respecté mon isolement volontaire pendant quelques heures dans ma chambre. J'ai utilisé plusieurs paquets de mouchoirs. Les ruptures sont toujours plus ou moins difficiles mais je ne pensais pas être autant vulnérable.

J'en ai discuté avec mes parents après être sortie de ma chambre quelques heures plus tard. Ils me disent que les choses changent, que les sentiments évoluent mais aussi que je dois comprendre les raisons de la rupture. Y a-t-il une raison ? Ses sentiments ont changé. Je dois me résoudre à l'idée que Raphaël ne m'aime plus. Sauf que je ne m'y résous pas. Je connais Raphaël. Il avait l'air déçu, triste lorsqu'il a rompu. Il ne cachait pas sa peine. J'ai eu l'impression qu'il a été forcé de me quitter. Lorsque j'ai vu son visage, c'est ce que j'ai ressenti. Je me suis alors demandé qui est la personne qui l'a influencé. Au final, je n'ai pas davantage creusé la question. Je dois quand même mener mon enquête. Il faut que je lui parle. Je veux savoir. Après, je serais fixée. Je veux savoir les raison qui l'a poussé à me quitter, qui lui a suggéré l'idée. Je ne veux pas le perdre. Non. Nos souvenirs ne peuvent être balayés d'un simple mouvement, pas par des paroles qui font mal. Il ne m'a pas empêché de pleurer ni de prendre la parole. J'ai dit quelques mots mais je ne m'en souviens plus. Je ne veux pas le perdre. C'est ainsi. Je me suis justifiée sur mes sentiments. Je crois. Peut-être qu'une piqure de rappel est utile.

« Tu vas mieux ? » me demande maman.

Je ne réponds pas directement mais hoche la tête pour dire oui. Maman est quelqu'un de compréhensif et elle ne porte pas de jugement. Elle s'asseoir à mes côtés et me prend la main. La sienne est douce et ce contact est réconfortant. Mes parents ont tout le temps été présent. Même s'ils sont séparés. J'ai toujours besoin d'eux dans n'importe quelle circonstance. Heureusement. Pendant la soirée, on discute de Rose et je prends de leur nouvelle à savoir comment ils se reconstruisent. Ils m'expliquent que les affaires reprennent, se plonger dans le travail aide papa à avancer et à maman aussi. Je conçois. Les études me changent les idées aussi. Mais d'un côté, je pense que les souvenirs me reviennent facilement en mémoire, comme s'ils me frappaient en plein visage pour me donner une piqure de rappel. Je me demande si mes parents ressentent ou pensent la même chose.

Je sors dehors, sous les rayons lunaires qui éclairent le jardin. Le vent souffle doucement. J'aime ce temps. Mon père vient du Soleil et ma mère de la Lune. Les deux ont donné moi. Les deux me sont indispensables. Sans lumière solaire, mes jours sont comptés. C'est un bien triste constat. D'ailleurs, je pense à Rose maintenant et je me demande ce qu'elle me dirait. Je l'ai laissée partir. Au début, je la gardais prêt de moi. Je me souviens de notre dispute. Son âme est ailleurs. Sa présence est encore partout à la maison et ça me fait du bien de voir ses affaires. Comme si rien n'avait changé au fond. Cela me rassure. Je ne saurais l'expliquer. C'est sa présence, elle veille sur nous. C'est tout ce qui compte à mes yeux.

La lumière du Soleil me réveille comme chaque matin. Sans sa lumière, je n'existe pas. Elle me maintien en vie, comme toutes les personnes qui vivent dans mon monde. Le Soleil nous est indispensable, de façon réelle. Sa chaleur me réchauffe la peau et le cœur. Parfois je me demande comment un élément naturel peut être essentiel à tout un monde ? Sans lui, nous n'existons plus. Sans oublier que sans Raphaël je suis vulnérable. Il fait partie de ma vie. Il fait partie de mon cœur.

Je descends les escaliers de l'étage où se trouve les chambres pour aller dans le jardin. Je reste assise sur le bord de la marche pendant vingt, trente minutes, une heure sans me soucier du temps qui passe. Je crois que je m'en fiche. J'ai juste besoin de rester seule, de penser à autre chose que le quotidien et de regarder les fleurs présentes sous mes yeux. De profiter de mes parents. Peu de gens le savent mais j'aime les plantes. J'aime les regarder s'épanouir aux premiers rayons du soleil de la journée, les regarder se fermer lorsque le soleil se couche, regarder d'autres qui ne s'ouvrent que la nuit et s'illuminent aux premiers rayons de Lune. Ce sont des choses que je gardent secrètes. Un jardin secret. Comme Rose, j'ai planté des fleurs qui me font penser à toi et un peu plus loin, il y a tes fleurs favorites, celles dont tu ne te lasses pas au fil des années. Celles qui illuminent ta personnalité, les tournesols.

« Tu as dormi ? » me demande mon père.

« Un peu ».

Il me regarde avec bienveillance. Le savoir auprès de moi me rassure. Je me souviens où l'on est allé sur la planète de Léo pour une grande fête sur le premier millénaire de son monde, des dragons sont devenus comme fous. On a su plus tard qu'ils ont été envoutés par un puissant sortilège, comme Léo. On a vraiment eu peur. Papa a été attaqué par l'un des dragon et le voir poursuivi par l'un d'eux m'a rendu folle. Je me suis battue comme j'ai pu. Ses yeux étaient rouges et sa flamme dangereuse. Elle a failli me brûler deux fois. Une chance que ma magie ait été bénéfique. Il faut dire que ce dragon était déterminé, moi aussi et je suis tombée au sol en même temps que lui. Vaincu. Je n'aurai pas supporté qu'il pose une patte sur mon père. Mes yeux se posent sur le visage de mon père qui souhaite dire quelque chose, il ouvre la bouche pour se résoudre à ne rien dire. Il ne parle pas beaucoup. Mais je sens par sa présence, qu'il me soutien. Je le remercie d'un sourire.

Je me dirige vers ma chambre et ferme la porte derrière moi. Je souffle dans le silence. Des affaires trainent sur le sol, d'autres sur le lit et je ne parle pas du bureau. Un tri s'impose. Avoir le nez dans les cartons ne fait pas partie de mes préoccupations.
Le reste de la journée est classique. Je n'ai pas fait grand chose. Je me suis assise sur le sol de ma chambre, des affaires sont étalées sur le sol ainsi que des photos. Je prépare un album photos. Récemment, j'ai acheté un appareil photo Polaroïd. Des photos me font rire, d'autres sourire parce qu'elles me rappellent de bons moments avec mes amies et mes parents. Les photos de Rose me donnent les larmes aux yeux. Penser à elle m'arrache le cœur mais ce n'est pas ce qu'elle veut. Je connais Rose, sa bonne humeur est contagieuse. Rose a toujours fait en sorte que l'on rit à la maison, même quand nos parents se disputaient. Elle faisait en sorte de sécher mes larmes rapidement.

« Tu me manque » dis-je les larmes aux yeux.

Sans elle, ma vie est différente. Il me manque quelque chose. Il me manque une partie de mon cœur. Il n'est pas complet. Alors que Raphaël vient de me quitter, j'ai encore perdu une partie. Et à force de broyer du noir, ça ne va pas m'aider à recoller cette partie. Si je dois broyer du noir ce soir, autant que je songe à préparer quelque chose. Plusieurs idées me traversent l'esprit donc certaines en quête d'évasion et l'une me semble adéquate pour ce soir. Alors, je saisi mon téléphone et compose le numéro d'une amie chère, Nova. Elle décroche au bout de trois sonneries. Entendre sa voix me fait drôle car je ne l'ai pas appelé depuis quelques semaines. Je lui demande ses projets pour la soirée, une sortie entre filles dans un bar semble une bonne idée. J'ai besoin de me changer les idées. J'ai besoin de penser à moi pour une fois et tant pis si cette idée est mauvaise. Je veux sortir d'ici, prendre l'air. Revoir une amie de longue date qui a toujours les idées plus claires que moi dans certains moments. Elle m'a soutenu lorsque Rose est partie. C'est une amie géniale.

Nous convenons de nous rejoindre directement à une adresse dont elle a entendu le succès récent.

Vêtue d'une robe noire, d'une paire de chaussure noire aussi, je me dirige vers le bar en question. Nova m'aperçoit et m'enveloppe dans ses bras. Sa robe violette lui arrive aux genoux et les chaussures qu'elle porte sont une paire que je lui ai offert pour son dix-huitième anniversaire pour marquer l'occasion. Je suis heureuse qu'elle les porte encore. Elle me sourit, prend ma main jusqu'à ce que l'on entre dans le bar.

L'ambiance est tamisée. Les lumières son fixées sur des points précis. Cela donne une ambiance plus intime. Il y a bien plus de monde que je ne l'imagine. Nova me dit que l'endroit est en vogue en ce moment. C'est dans ces moments là que je me sens un peu déconnectée. Je ne sors pas beaucoup. Pas seule en tout cas. Comme je suis au courant que Nova est ici aussi pour le week-end, je me suis dis que sortir ensemble ce soir est une bonne idée.

Un barman nous sourit et nous demande ce que l'on souhaite boire. Nova prend l'initiative de commander des verres d'alcool pas trop fort.

« Les rumeurs sont vraies ? » demande t-il.

Je suppose qu'il m'a reconnu.

« Tu sais ce que j'en pense. Il y a tout et son contraire ».

Le barman n'insiste pas. Je lui lance un regard presque noir parce que je ne souhaite pas en parler, encore moins ici et pas avec un inconnu. Ma vie est assez étalée dans la presse de mon monde. Je n'ai pas besoin d'avis extérieurs sur le sujet, surtout pas dans un bar. Ce n'est pas approprié et je suis ici pour m'amuser pas pour discuter sur un sujet sérieux.

Une fois servie, mon amie boit le premier verre d'un coup. Je la suis. Il nous en reste encore un chacune. Son visage devient un peu rouge. On n'a pas l'habitude de boire. C'est assez rare. Mais ce soir, on s'en fiche. Nous sommes ici pour nous amuser.

« Qu'est-ce qu'il te voulait ? ».

« Rien, savoir si les rumeurs étaient vraies ».

« À propos de ta rupture ? De quoi il se mêle ? » dit-elle en lançant un regard noir au barman.

Je la rejoins sur le fait qu'il n'a pas son mot à dire, personne n'a son mot à dire.

Nova fixe une personne au bout du comptoir et me fait un clin d'œil. Elle descend du tabouret pour le rejoindre. Un homme grand aux cheveux noirs et au sourire irrésistible. Il lui murmure son prénom à l'oreille mais Nova se contente de sourire et de commencer à danser. Rien de gênant. Je me surprends à la regarder. Ses mouvements sont précis. Il faut dire qu'elle adore la danse. Ses cheveux basculent sur ses épaules, elle replace quelques mèches de temps en temps afin d'avoir le visage dégagé. L'homme qui danse à ses côtés la remercie à la fin de la chanson et part rejoindre une table un peu plus loin. Nova revient me voir.

Je la regarde un peu intriguée. Ce n'est pas dans ses habitudes de danser avec un inconnu mais ça s'est bien passé alors où est le mal ?

Mon amie boit son second verre d'un coup et je fis encore de même. L'alcool coule dans ma gorge et me procure une sensation agréable. La musique résonne dans ma tête. J'ai l'impression de me sentir plus légère. Je commande deux autres verres du même alcool mais Nova m'arrête en préférant un alcool un peu plus fort. Je ne proteste pas. Mon amie me donne un clin d'œil.

« À ta nouvelle vie » dit-elle en levant son verre. « Tu es libre comme l'air ».

« Non... Un peu » finis-je par dire.

« Il t'as quitté, il va falloir te faire une raison ».

Me faire une raison ? Une raison au fait que Raphaël m'ait quitté ? Non. Il est vrai que mon histoire est finit mais aussi étrange que ça puisse paraitre, je ne peux m'y résoudre. Je tiens absolument à mettre cette histoire au clair. On ne me quitte pas comme ça. Je suis toujours en quête de réponses alors que nous ne sommes plus ensemble depuis quasiment un mois. Je ne peux pas m'y résoudre, pas tant que nous aurons pas une discussion.

Quitter Raphaël pour des raisons inutiles et puériles, certainement pas. S'il me quitte, ce sera pour une faute grave telle qu'une tromperie, qu'un mensonge inavouable ou je ne sais quoi. Hors de question de l'oublier. Je passe ainsi pour l'horrible fille qui s'accroche encore à quelque chose et qui refuse de voir la vérité en face. Si c'était ça ? Si je me trompe sur toute la ligne ? Je ne sais même plus quoi penser avec les quelques verres d'alcool qui sont dans mon estomac. Nova elle ne supporte pas si bien qu'elle le prétend. Elle est partie aux toilettes. À son retour, ces cheveux ne sont plus aussi impeccables qu'en arrivant ici. Je la regarde sans savoir quoi dire. Nova est mon amie. Une amie chère que je connais depuis longtemps, bien plus longtemps que Bloom et les autres filles.

Je repose mon verre sur le comptoir et continue de fixer Nova qui se lève de son tabouret pour aller une nouvelle fois sur la piste de danse. Elle répète la même danse que les autres personnes autour. Je garde un œil sur elle tout en reprenant mon verre afin de finir de le boire. La musique devient d'un coup plus douce. Un slow. Moment idéal de savoir si Nova va se laisser entrainer par la musique. Et c'est le cas. Je me surprends une nouvelle fois à la regarder danser. À détailler ta tenue, sa coiffure et son attitude. Elle tente de me lancer des sourires que je perçois et lui renvois sans problème. Sous les yeux du jeune homme à ses côtés, je surveille si tout se passe bien. Nova est bien plus extravertie que moi.

« Viens » dit-elle en me demandant de la rejoindre sur la piste.

Je secoue négativement la tête. Nova insiste en venant directement me chercher. Un sourire collé au visage, elle enlève mon verre des mains pour le poser sur le comptoir. À cet instant, je ne peux me défiler. Je souris à mon tour. Rare sont les fois où notre proximité est aussi proche. Cela ne me déplait pas. Elle me regarde moi. Son sourire s'agrandit. Ses doigts effleurent mes cheveux puis ma joue. Elle prend ma main dans la sienne. Auparavant, j'aurai rougi face à ce contact. Je sens même son souffle proche de mon visage. C'est particulier. Comme si Nova a l'intention de poser ses lèvres sur les miennes. Je place ma main sur sa poitrine pour maintenir une distance.

Je me lève du tabouret sur lequel je suis assise et me mets à la hauteur de Nova. Sa main est toujours dans la mienne. Je l'entraine à l'extérieur du bar, ignorant tous les regards aux alentours. La musique résonne mais de manière plus agréable. Il doit être quatre heure du matin. Je dis ça mais je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est. Il pourrait se passer quelque chose que je ne m'en rendrais pas compte. Mais il ne se passe rien. Les gens dansent et boivent. Une ambiance conviviale.

« Tu es une fille géniale » me murmure t-elle à l'oreille.

Je lui souris en guise de remerciement. Je mets ça sur le compte des quelques verres que l'on a bu. Je ne suis pas sortie dans un endroit public depuis un certain temps, pas avec une amie. Ce soir, je ne me préoccupe de rien. Le rythme de la musique me donne envie de murmurer des paroles de la chanson qui résonne et c'est ce que je fais. Rien d'autre ne m'occupe l'esprit et se sentir bien, dans une sorte de bulle est agréable. Le fait de se sentir légère, sur une piste de danse avec une amie est la chose la plus agréable que j'ai ressenti depuis des semaines. Nova bouge avec moi. Elle lève les bras quand la musique est plus dynamique.

Au loin, une silhouette attire mon attention. À première vue je ne fais pas attention prétextant les nombreux verres que j'ai bu et l'heure tardive. J'ai besoin de sommeil. Aussi, je ne veux pas croire que Raphaël soit ici, pas dans mon monde. Il doit être encore à l'école. En fait, je n'en ai aucune idée puisque je n'ai pas de contact. J'ai eu besoin de rentrer à la maison pur le week-end. Et s'il était réellement ici, je le saurais. Nous aurions une petite discussion. Je n'ai pas la force de discuter là maintenant. J'ai sommeil.

Je dis à l'oreille de Nova qu'il faut rentrer à la maison. Elle me sourit. L'alcool lui ai un peu monté à la tête. Beaucoup plus que moi en tout cas. Je la traine jusqu'à l'extérieur du bar. Le vent frais nous frappe le visage. Je respire profondément avant de me mettre en route vers la maison. Nova me suit.

« C'était une super soirée » dit-elle en riant.

Le rire de mon amie est assez communicatif et le taux d'alcool dans le sang ne m'aide pas à rester sérieuse que je me mets à rire aussi. Pendant quelques heures, je n'ai pensé à rien. J'ai ris, j'ai dansé avec mon amie Nova. Cette sortie m'a changé les idées. Je me suis revue plus jeune avec mes amies, à profiter d'une soirée à rire et à boire un peu. Il faut aussi dire que boire aide à oublier les choses difficiles, les ruptures notamment. J'en ai ressenti le besoin. Oublier le quotidien quelques heures, sans me soucier de quoique ce soit. Ces derniers temps n'ont pas été faciles et même si j'ai envie de les oublier, ce qui est impossible, je peux compenser en vivant de bons moments. Être sortie ce soir avec Nova est un bon exemple. Son sourire m'indique aussi son état. Elle est fatiguée. Je dis au revoir à mon amie qui me remercie je ne sais combien de fois d'être sortie avec elle ce soir, qu'elle est contente de m'avoir changé les idées au moins le temps d'une soirée.

Je rentre chez moi en faisant le moins de bruit possible, mes parents dorment et je ne veux pas les réveiller. Ils se sont assez inquiétés pour moi. Ils doivent penser à eux. Je dois aussi apprendre à régler mes soucis moi-même. Juste, retourner chez ses parents lorsque l'on a un problème sentimental est la meilleure option que de continuer à pleurer toutes les larmes de son corps dans sa chambre étudiante. Mes parents m'ont réconforté, on a discuté, rit aussi parfois car ma mère a su trouver le mot pour rire et me faire esquisser un sourire, aussi mince soit-il. Rentrer chez soi afin de retrouver un environnement familial réconfortant et je voulais discuter un peu avec Rose, en espérant qu'elle m'entende. J'ai continué de lui écrire des lettres. J'en ai brûlé deux sur quatre. De cette façon, notre « échange » est unique. Elle seule connait ce que je veux lui dire. Les parents ne sont pas au courant. Nos conversations me manquent énormément. Je parle d'elle toujours au présent. Je suis incapable d'employer le passé alors que plusieurs mois ce sont écoulés, quasiment un an pour être exact et je ne réalise pas du tout.

Arrivée dans ma chambre, j'enlève mes chaussures, ma veste et me dirige vers la salle de bain. Devant le miroir, je me sens incapable de faire quoique ce soit alors je me souris faiblement à moi-même et pars me coucher. Bien sûr, je change de vêtements avant de me glisser sous ma couette. J'hésite à envoyer un message à Nova pour lui dire que je suis bien rentrée à la maison mais la fatigue a pris le dessus sur ma volonté et ma motivation à faire quelque chose. Alors je ferme les yeux et me laisse porter par le sommeil.