Les rayons du soleil ont raison de mon sommeil. Les bruits du bois s'infiltrent à l'intérieur de l'habitat, me forçant à ouvrir les yeux. Les bribes de la veille me reviennent lentement à l'esprit alors que je suis confortablement emmitouflée dans une couverture sur un matelas. J'ai dû m'endormir en parlant avec Alphonse hier soir, j'étais assez fatiguée suite à tout ce qu'il m'avait raconté. Je me redresse doucement en me souvenant qu'aujourd'hui était leur dernier jour dans notre monde.
- T'as fini de squatter chez nous ? Lança une voix mi-amusée mi-ironique.
- Tu faisais moins le malin hier soir quand tu t'étouffais dans ta chaleur.
Edward me tire une langue en se dirigeant vers la pile de bouquin. Alphonse n'est pas là, je me demande depuis combien de temps il est parti. Je profite que l'aîné soit de dos pour l'observer. Il a l'air vraiment fin malgré sa force, il ne porte qu'un débardeur noir et un caleçon gris – ce qui ne semble gêner aucun de nous deux. Mon regard descend ensuite sur ses jambes.
- Tu as aussi une jambe en métal ? Demandai-je, surprise.
- Tu ne t'en étais jamais rendue compte ?
- Non, on va dire que je n'avais pas encore eu l'occasion de te voir si peu vêtu…
Ma phrase eut le don de le faire réagir, il se dépêche d'enfiler un pantalon sous mon rire à peine dissimulé.
- Tu te sens comment ?
- Mieux, ça va et il le faut bien pour cette journée.
Je ne souhaite pas m'attarder sur sa réponse malgré toutes les questions qui m'assaillent comptent-ils se débarrasser une bonne fois pour toute de Barry avant de repartir ou va-t-il rester dans notre monde ? Une fois le passage vers Shamballa ouvert, est-ce qu'il se referme automatiquement ? Mieux vaut ne pas trop les embêter avec ce genre de détail je pense.
- Quelle heure est-il ?
- Aux alentours de 11h. Répondit-il en attachant sa ceinture.
Ca va, je suis pas trop en retard…Me rendant compte de ce que mon absence peut engendrer, je me lève et tâche d'épousseter mes vêtements. J'espère que personne ne remarquera que je ne me suis pas changée depuis hier. La porte s'ouvre sur Alphonse, revenant de sa balade.
- Grand frère, il va falloir y aller, pour repérer l'endroit.
- Où est-ce exactement ? Les interrompis-je.
- On pense que la salle de gymnastique est assez grande pour former un cercle de transmutation adéquat pour passer la porte.
- Et si elle est occupée, vous ferez quoi ?
- Ne sois pas stupide Lorène, on va agir après les cours, quand il n'y aura plus personne.
Je me tais à sa remarque, il est vrai que je n'y avais pas songé. L'armure d'Alphonse est trop imposante pour se balader naturellement dans les couloirs en pleine heure de pointe.
Le temps passe, il faut absolument que je retourne chez moi chercher mes affaires et prendre le bus pour l'école, pour cette dernière journée mouvementée. En me dirigeant vers la sortie, je rappelle aux frères que je vagabonderai dans les couloirs après les cours pour monter la garde.
- Mademoiselle Lorène, j'espère que vous avez une excuse valable concernant votre retard.
Comment expliquer à un professeur qui connait toute votre famille que vous étiez absent en raison d'un faux camarade de classe fiévreux et logeant dans un abri en ferraille non isolé ? Je ne tente pas de me justifier et demande simplement pardon en précisant que je n'ai pas vraiment d'excuse à présenter.
J'ai eu la malchance d'arriver en plein cours de biologie, sur le temps de midi, dans une classe qui n'était plus la mienne en raison de récent changement d'horaire. Je me retrouve donc dans un groupe d'élève que je connais mais sans mes amis de tous les jours. Faisant profile bas pour le reste de l'heure, je m'assois dans le fond de la classe et tente de ne pas regarder ma montre toutes les dix secondes.
A la pause dîné, je rejoins assez vite Michèle et June, passablement surprise de ma soudaine apparition. Je leur explique ma soirée mouvementée, comme à l'accoutumé, Michèle rechigne mes arguments.
- Maintenant, ils sont militaires ? Répéta-t-elle les bras croisés. Non mais Lorène, y a des chances qu'ils cherchent juste à t'amadouer avec leurs histoires de famille.
- Je ne pense pas, ajouta June, Alphonse n'aurait aucune raison d'inventer une telle histoire et on a eu les preuves sur Lorène qu'il y avait bien ce « Barry » dans le coin.
- De toute façon, on entendra bientôt plus parler de cette histoire. Les frères Elric s'en vont aujourd'hui si tout se passe bien.
- Ils prennent Laetitia avec eux, j'espère.
Si seulement, j'aurai pu leur demander en échange de mon aide, si j'y avais pensé. Sous les bruyants soupirs de la plus scientifique de mes amies, nous bifurquons sur un autre sujet pour apaiser les tensions. Cependant, je n'arrive pas à me concentrer sur la conversation. Je cherche mon ennemie ou bien l'ainé Elric dans la cour. Même Sélina est toute seule, cela ne me dit rien qui vaille.
Après-midi, je me mets en mode déconnectée pour le reste des cours, impossible d'écouter la moindre leçon tellement je suis…stressée ? Impatiente ? Je ne saurai le dire. Ce qui me vaut quelques remarques de mes professeurs sur mon soudain changement de caractère.
- Vous êtes plus calme, voire trop, ce n'est pas comme ça que vous allez terminer vos humanités avec de bons points.
Habituellement, j'aurai enchainé jusqu'à créer un débat sourd et inutile mais cette fois, je n'ai pas la tête à le faire. Peut-être que c'est le fait d'avoir risqué ma vie deux fois ces dernières semaines qui fait que je réfléchis plus. Toujours est-il que le temps passe trop lentement à mon goût.
- Je vous retrouve demain en première heure, déclara mon professeur de latin en quittant la classe.
Ca y est, l'heure est arrivée. Tandis que mes camarades s'empressent de sortir du local pour retrouver leurs amis en dehors de l'école, je traine à ranger mes affaires. Sûrement vais-je discrètement jeter un œil à la salle de gymnastique avant de repartir. Une fois mon nouveau sac accroché à mon bras, je sors de la classe et marche lentement en direction des escaliers.
- Où comptais-tu aller de si belle allure ? S'exclama une voix dans mon dos.
Je n'ai pas le temps de me retourner car une force que je n'aurai jamais estimé m'attrape les bras et colle douloureusement mes poignets l'un contre l'autre. Mon sac tombe à terre et mon corps se tétanise de lui-même.
- Nulle part, répondis-je d'un ton glacial. Maintenant, si tu pouvais me lâcher, ça serait sympa.
Mes poignets se plaquent à la base de mon dos, un corps vient s'y ajouter, plaçant sa bouche au cœur de mon oreille droite.
- Après avoir tenté pendant dès semaine de trouver le chemin vers Shamballa, ce serait bête de s'arrêter en si bon chemin. Murmura Laetitia d'une voix suave, tu ne penses pas ? Tu pourrais te rendre utile pour une fois.
- Tu cherches à te rendre à Shamballa ? C'est bête, Edward et Alphonse n'en sont plus très loin.
Un léger rire de sa part eux le don de me donner la chair de poule.
- On peut dire ça, si seulement Barry ne les avait pas induits en erreur. Pensais-tu vraiment que je n'avais rien fait ces derniers jours ?
Je lui demande des explications mais elle fait la sourde oreille. D'un geste brusque, je finis par terre avant de perdre connaissance.
Lorsque je me réveille, je reconnais directement l'endroit de grands murs blancs, des piliers de même couleur, une série de fenêtre menant à l'extérieur, un téléphone accroché à côté des portes battantes, pas de doute : je suis dans la salle d'étude. Contrairement à d'habitude, chaises et bancs ont disparu, agrandissant l'espace au sol. Mes mains et mes chevilles sont attachées par de la corde épaisse, limitant mon déplacement. Mon pantalon est couvert de craie, cette même craie recouvre le sol de symboles étranges, inconnus. Je ne comprends pas ce que je fais là.
- Ne t'en fais pas chérie, c'est bientôt terminé.
Je sursaute, ce n'est pas Laetitia qui m'interpelle mais Barry, adossé au mur à côté de la porte, prêt à dégainer son hachoir. Ma bouche est cachée par un rouleau de scotch, je ne peux donc ni répondre, ni crier.
- Maîtresse est parti chercher de quoi activer la transmutation. Elle dit que le portail vers Shamballa va nous demander un sacrifice en échange. Tu vas enfin nous devenir un minimum utile, si ce n'est pas génial.
Des frissons parcourent mon corps en plusieurs vagues, mon cœur s'affole. Je remarque ensuite que ma veste a disparu, je devine alors ce que Laetitia est partie faire.
- Inutile de te débattre bien évidemment, ce n'est pas cette fois que les frères Elric vont venir te sauver. Mais tant qu'on est là, ce serait bien de discuter un petit peu avant que ton corps ne serve d'amuse bouche à la vérité.
…La vérité ?
- Tu savais que tes deux protégés avaient tenté de transmuter leur mère ? Rit-il en s'approchant de moi. On dit que le corps d'Alphonse a entièrement été désintégré dans cette porte ainsi que la jambe gauche d'Edward. Le pauvre idiot a sacrifié son bras pour enfermer l'âme de son frère dans cette vulgaire boite. Emouvant n'est-ce pas ? Ces mioches se sont pris pour Dieu et finalement sont adulés par de nombreux alchimistes.
Je ne pige rien à ce qu'il me dit, c'est comme si on me frappait la tête avec une pioche, je ne cherche pas à interagir avec ce malade mental.
- On dirait que tu ne m'écoutes pas, tu me vexes là chérie…
Mes yeux sont baissés sur les lignes fraichement tracées en dessous de moi, un main agrippe mes cheveux et me force à le regarder dans les yeux. Sa hache se rapproche dangereusement ma joue, l'entaillant légèrement.
- Ne fais pas cette tête, je suis sûre que la mort te le rendra. Tu devrais nous être redevable de t'avoir gardé en vie jusqu'ici.
Je ne serai jamais redevable envers un enfoiré de la sorte. Même tremblante, je cherche à soutenir le regard de Barry, je suis incapable de me rendre compte de la situation dans laquelle je me suis fourrée.
- Tu veux que je te raconte une autre histoire en attendant ? Il y a un ou deux ans, Edward et Alphonse ont été confié à un alchimiste d'état pour aider le nabot à passer son examen à l'armée. Ce mec était un dégénéré, ou plutôt un génie. Il a transmuté ta fille et son chien pour garder sa vie bien rangée à Centrale et ni Edward, ni Alphonse n'ont réussi à la sauver. Pathétique n'est-ce pas ? Ca se prend pour Dieu et ça n'est pas capable de secourir une simple petite fille de 7 ans.
Son histoire me donne envie de vomir, je ne veux pas en savoir plus et détourne la tête pour ne plus l'avoir dans mon champ de vision.
Soudain, la porte s'ouvre précipitamment, je reconnais à peine Laetitia avec ma veste sur le dos et les cheveux masqués dans ma capuche.
- Active le cercle de transmutation ! Cria-t-elle en se débarrassant de sa couverture.
L'armure et moi-même sommes surpris de son attitude. Je devine le raison lorsque des bruits de pas pressés se dirigent vers notre local.
- Qu'est-ce que tu fous ! S'égosilla-t-elle en tirant Barry à l'extrémité du cercle.
- Lorène !
Je relève la tête en direction de l'entrée Edward et Alphonse arrivent au moment où Barry et Laetitia sont prêts à activer le cercle.
- Laetitia, qu'est-ce que tu fous ?! Dit Edward.
Celle-ci, reprenant une attitude plus sereine, s'avance vers lui et pose sa main sur son épaule de chair.
- Depuis le début, j'ai promis de vous aider à retourner dans votre monde. Aujourd'hui, le jour est venu, je t'offre le sacrifice et le cercle de transmutation pour y parvenir.
Un long silence suit sa proposition, j'ai du mal à croire qu'Edward reste impassible devant sa proposition. Il devrait l'attaquer ou je ne sais pas moi, mais pas être calme comme ça !
- Ed ? L'appela Alphonse.
Un jeu de regard entre les deux blonds se déroule devant mes yeux, je cherche une quelconque justification qui ne vient pas.
- Barry, plan B.
Celui-ci se jette sur Alphonse et le plaque au sol par la surprise avant de le trainer sur le cercle de transmutation. Laetitia quant à elle retient Edward de s'interposer entre les deux enveloppes de métal.
- Maintenant tu as le choix, je retire Alphonse du cercle et tu créés le portail ou nous transmutons les deux en sacrifice.
Lors d'un court instant, les yeux dorés d'Edward croisent les miens, je ne parviens à déchiffrer ce qu'il essaie de me transmettre. Toujours est-il qu'il murmure quelque chose aux oreilles de Laetitia avant que Barry ne libère Alphonse de ses entraves.
- Edward, ne fais pas ça ! Implora Alphonse.
Soudain, les lumières de la pièce s'affaiblissent, je ne vois plus l'autre bout du cercle. Tout ce que j'entends, c'est le bruit de deux mains qui se joignent dans un claquement sec.
Je ne prends pas la peine de crier en voyant les marques blanches devenir rouge vive, ni même en constatant des éclairs tombant du plafond. Mon corps ne peut pas bouger, mes cordes vocales ne répondent pas, ma vue baisse au fur et à mesure que l'ombre se répand dans la pièce, je n'entends plus rien et fais la dernière chose que je peux faire en l'instant : prier.
Lentement, doucement, calmement, le vide devient roi de l'endroit qui m'entoure. Les liens ont disparu, tout comme le décor matériel auquel nous sommes habitués. Tout n'est que vide à perte de vue.
« Eh bah, il y a de plus en plus d'affluence vers les mondes. »
Je sursaute et me retourne. Ce qui me frappe en premier, c'est une porte, lévitant, ressemblant à du marbre dans lequel sont gravés des dessins et diverses inscriptions. En dessous d'elle se trouve quelqu'un, pas une personne, ni un humain, ni un animal, ni même un esprit, juste : quelqu'un.
- Qui…qui êtes-vous ?
« Ah ah. Je porte tellement de nom, tu peux m'appeler le Monde, ou bien l'univers, ou non, appelle moi Dieu, ou alors la vérité. Tu peux aussi m'appeler Tout, ou bien Un. »
Tu peux aussi m'appeler Toi.
