Jasper POV
Emmett ricane, il n'en revient toujours pas, je le laisse faire, je sais qu'il lui faut un peu de temps pour réaliser ce que je viens de dire. Et d'abord qu'ai-je réellement dit ?
Qu'Edward était le bon, je l'ai dit à Emmett, à Tom aussi. Oui, c'est ça, Edward est celui que j'attends depuis l'éternité. C'est avec lui que je faire ma vie ! C'est pas gagné !
Alice nous attend avec impatience, mais dès qu'elle me voit elle se fige. Je dois faire une drôle de tête.
- Que se passe-t-il ?
C'est Emmett qui répond.
- Il a donné les clés de son camion à Edward !
- Oh !
Chacun ici me connaît par cœur, mon camion et ma moto sont mes bébés, et je ne les prêterai jamais même pas à Emmett.
Alice réfléchit, je sens qu'elle va me bombarder de questions.
- OK ! Avez-vous parlé ?
- Non !
- Il faut que vous le fassiez ! C'est primordial !
- OK, mais où, quand, comment ?
- Je m'en occupe !
Alice s'occupe toujours de tout, mais là j'ai peur. Et puis elle commence un peu à m'énerver à vouloir tout diriger, mais je la laisse faire, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que son sixième sens ne l'a jamais trahie.
- Résumons ! Tu aimes Edward, il n'est pas gay, mais envoie des signaux pour le moins déstabilisant, c'est ça ?
Ça résume la situation, effectivement, j'acquiesce, même si je trouve qu'elle exagère un peu en parlant d'amour.
- Donc première chose à faire, savoir si réellement il n'est pas gay avant de nous lancer, et pour ça il n'y a qu'un seul moyen, le rendre jaloux !
- Jaloux ? Mais avec qui ?
Alice soupire, comme si j'étais un cas désespéré, ce que je suis certainement au demeurant.
- De qui ? De moi patate ! Il croit déjà que nous sortons ensemble et je peux te dire qu'il ne me porte pas dans son cœur !
- Ridicule !
- C'est toi qui es ridicule Jazz ! Fais-moi confiance !
Je jette un coup d'œil vers Emmett, mais il a déserté le garage, il a senti le vent tourner lui. Chanceux !
- D'abord, tu vas rentrer avec Emmett tout à l'heure, et tu vas l'ignorer. L'ignorer complètement ! Emmett se chargera de l'amener à la fête ! Il faut le mettre sous pression, comme ça il fera une erreur.
Je secoue la tête, ça va être difficile de ne pas l'approcher, surtout avec Emmett dans la confidence.
- Il ne faut rien dire à Emmett, il risque de tout faire foirer.
Là je ne peux qu'être d'accord, Emmett est incapable de jouer la comédie.
- L'idéal serait de…
Elle s'arrête, sourit de toutes ses dents. Merde ! C'est pas bon signe !
- Je sais exactement ce que je vais faire ! Toi contente-toi pour l'instant de faire ce qu'on a dit !
Finalement il n'y aura pas de massage, je pars avec Emmett et Bella, on discute de tout de rien, Emmett me demande comment se passent les séances à la piscine avec Edward. Je suis si fier de ses progrès que Bella rit doucement de mon enthousiasme.
Quand mon regard croise celui d'Edward, je me sens l'âme d'un salaud. Il ne mérite pas ce que je vais lui faire subir, mais je tiens le coup, je l'ignore sous le regard éberlué d'Emmett. Il ne doit rien comprendre, Edward non plus, mais je vois bien que contrairement à Emmett qui ne se pose pas de questions, Edward est visiblement plus que surpris. Mon cœur saigne de le voir, il a l'air si malheureux de mon indifférence que j'ai envie de retourner dehors et de le prendre dans mes bras. Mais je suis le plan d'Alice à la lettre, elle ne se trompe jamais, c'est comme un don qu'elle a.
Dès que je rentre dans ma chambre, je sais qu'il est venu, son odeur flotte dans l'air. De nouveau j'espère.
Une douche, un jean, une chemise, la bleue et je file chez Dimitri. La fête bat son plein depuis un moment, Félix m'accueille avec un sourire narquois, je voudrais être aimable, mais je n'y arrive pas. J'ai encore dans la tête son invitation.
Je me demande ce qui se passe pour que tout le monde tourne autour d'Edward comme ça, d'abord Bella qui le trouve sexy, ensuite Emmett qui lui propose de l'aide, maintenant Félix, ce qui me gêne le plus dans l'histoire c'est que ni l'un ni l'autre ne sont attirés par les gars.
Je le cherche des yeux, et finalement je le trouve en compagnie de Tanya et Kate, les torrides jumelles, nul doute que si elles connaissent les antécédents d'Edward, elles ne le lâcheront plus, d'ailleurs elles ne le lâchent déjà plus et il semble apprécier l'attention. Ça me révolte !
Alice me fait de grands signes, et s'approche en sautillant.
- Jazz ! Tu es super beau ! Le bleu te va comme un gant ! Tu es prêt ?
Je ne sais pas trop, j'ai plus envie de partir que de jouer la comédie.
- Bon, je te fais un rapide résumé de la situation, ce n'est pas gagné, il a dit aux jumelles qu'il rentrait à Phoenix bientôt, apparemment il aurait été pris dans un orchestre, ou un truc du genre, on doit mettre les bouchées doubles, on y va ?
Je reste tétanisé. Je n'arrive pas à détacher mon regard de son visage, il est si beau, il va causer ma perte. J'aurai dû me douter qu'il ne m'apporterait que des problèmes.
- J'ai libéré Tom mercredi !
- Vraiment ? C'est bien, comme ça tu n'as plus d'attaches !
Cette fille est monstrueuse.
- Jazz ! Jazz !
Emmett hurle derrière moi pour attirer mon attention.
- Nom d'un petit bonhomme, tu te caches où ?
- J'étais avec Alice !
- Ben si tu veux mon avis, y'en a un qui est vraiment en colère, tu ferais mieux d'aller lui parler !
- Pas question ! coupe Alice
- Pourquoi ?
- Ça ne te regarde pas ! Qu'est-ce que tu veux Em ?
- Les clés du camion !
Je sursaute. De mon camion ? Il plaisante non ? Je ne lui passe pas les clés, pas question.
- Ça ne va pas la tête !
- Hey, tu les as passées à Edward !
- Tu n'es pas Edward !
Il lève les mains en signe d'apaisement.
- C'est quoi votre problème? Je ne fais que demander, c'est pour Edward de toute façon, il veut s'en aller !
Alice me pousse.
- Donne lui ces clés Jazz, je te ramènerai d'ici une heure ou deux !
J'hésite, mais j'obtempère à contrecœur. Je suis Emmett des yeux, Alice me prend la main doucement pour me réconforter.
Il parle avec Edward, semble même lui parler un peu durement, mais Edward le laisse et se fraye un chemin vers la porte d'entrée. Il s'en va, je panique. Alice le suit des yeux sans comprendre, son plan va échouer, elle pensait qu'il viendrait nous voir, mais non, il s'en va sans un mot.
Félix l'interpelle, je peux l'entendre. Il lui demande de sortir avec lui. Mon cœur s'arrête, repart difficilement. Je ne peux pas y croire. Je veux mourir.
Je le fixe, j'attends la réponse d'Edward avec autant d'impatience que Félix. J'ai peur, et s'il lui dit oui ? Je ne veux plus le regarder, Alice qui sent mon désarroi me serre dans ses bras, mes yeux me brûlent, il faut que je me reprenne. Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Je me suis perdu en cours de route, je me suis oublié quelque part.
Trop tard ! Je suis mort… Dans un sursaut d'orgueil, je lui rends son regard, il me tend les clés, mais je suis paralysé, complètement tétanisé. Ma vie vient de s'achever.
Il s'en va.
- Bordel ! Rattrape-le !
Pourquoi ? Pour souffrir plus ? Il ne faut pas éviter l'inévitable !
- Non !
Il n'est plus question que je laisse Alice décider de ma vie, je vois maintenant que ce n'était pas une bonne idée.
- Quoi ?
- J'ai dit non ! C'est trop tard !
- Merde Jasper ! Réagis !
- Laisse-moi tranquille Alice ! Je lui parlerai quand je rentrerai, mais d'ici là je veux m'amuser OK ?
Elle acquiesce. De toute manière elle ne peut rien faire d'autre, ce soir, je me laisse aller, je vais commencer par me saouler pour perdre la tête ensuite j'irai me jeter du pont.
…
- Jazz, viens il est plus de minuit, je te ramène, tu as assez bu !
Assez bu ? Je n'ai bu que trois bières, trois malheureuses petites bières, dont l'alcool ne m'empêche pas d'être lucide, je sais ce qui m'attend chez moi.
La porte d'entrée n'est pas fermée à clé. Je frissonne, attend-il quelqu'un ? Tout est sombre. La maison est si silencieuse que ça me fiche la chair de poule. Alice s'approche de moi et prend ma main, elle aussi ne se sent pas très à l'aise, on se croirait dans un film d'horreur.
- Jazz, tu crois que je peux dormir ici ? demande-t-elle en chuchotant
- Bien sûr, je prendrais le canapé !
Elle fronce les sourcils, et agite son doigt sous mon nez.
- Jazz ! Tu es vraiment bête, c'est le moment de tenter ta chance !
Je soupire, je n'arrive pas à me résoudre. Que dois-je faire, aller le réveiller, lui dire que… je secoue la tête, pas question ! Il veut s'en aller alors qu'il s'en aille.
- Je n'ai pas envie de me battre, je..
- Jazz, ça suffit !
Alice a haussé le ton, c'est rare, mais quand ça arrive on est mieux d'écouter.
- Je suis absolument certaine qu'Edward en pince pour toi, et qu'il est gay ! Sinon il n'aurait pas accepté de sortir avec Félix !
Mon cœur se serre, j'ai si mal que je porte involontairement une main à ma poitrine. Alice me sourit tendrement, son amitié est un véritable don de Dieu.
- Il faut absolument que tu y ailles, maintenant ! Si tu le laisses filer, si tu le laisses sortir avec Félix ou même partir, tu vas souffrir toute ta vie !
Vu sous cet angle, je n'ai plus le choix. Je monte dans ma chambre Alice me suit silencieuse.
Il est encore venu dans ma chambre, son odeur est partout, cette fois c'est encore plus prononcé. Mon chandail n'est plus sur le lit, un rapide tour de ma chambre et je l'aperçois sur une des guitares.
Pourquoi l'a-t-il lancé ? Et que vient-il faire dans ma chambre quand je n'y suis pas ou quand je dors, parce que je suis persuadé qu'il vient m'espionner pendant mon sommeil?
Alice pose son sac, file dans la salle de bain, en moins de temps pour le dire que le faire, elle est démaquillée et en pyjama. C'est drôle de la voir sans toute cette peinture sur le visage, elle a perdu presque dix ans d'un coup.
Je suis le seul à l'avoir vu sans tous ces artifices, parce qu'elle sait que nous sommes plus que des amis, nous sommes frères et sœur de cœur.
Elle sera toujours là pour moi et elle pour moi.
- La place est libre !
Je ne fais que me brosser les dents, j'ai déjà enfilé un pantalon confortable. D'habitude je dors en boxer, mais là avec Alice dans mon lit c'est un peu gênant. D'autant plus que je n'arrête pas de penser à mon voisin de chambre et que ça a des répercussions visibles sur mon corps, et comme je ne veux pas mettre Alice dans l'embarras, le pantalon large et parfaitement justifié.
Elle se glisse dans mon lit, sous mes draps, et m'invite à la rejoindre. J'hésite.
- Un gros câlin Jazz ! C'est tout !
Trop c'est trop ! Je me coule dans ses bras, et je la serre si fort qu'elle finit par glousser.
Elle finit par s'endormir, je me faufile alors hors du lit, et je descends au salon. Il faut que je réfléchisse. Le savoir là-haut, endormi, me vrille l'estomac, et plus j'y pense plus je me rends malade.
Il a accepté l'invitation de Félix, ça doit vouloir dire quelque chose, non ? Peut-être que je fais fausse route dès le départ, peut-être qu'il est finalement bien différent que ce que l'on croit, ça expliquerait ce qu'à dit le type du magasin de musique et puis Alec aussi.
Je me lève brusquement, il faut que je sache. Je remonte dans les chambres, et je pousse doucement sa porte. Il dort sur le ventre, son oreiller calé dans ses bras.
Je sais qu'il vient régulièrement dans ma chambre la nuit. Je le sais, je le sens.
Mais moi je suis incapable de ne pas le toucher, ma main se pose délicatement dans ses cheveux, ils sont doux, comme de la soie.
Il gémit, c'est merveilleux.
- Hmmmmmm, Jasper !
Je retire ma main en vitesse, je l'ai réveillé, je panique un peu, que va-t-il penser s'il me voit ici. Je me fais tout petit, discret.
Il se retourne, sourit dans son sommeil, Dieu qu'il est beau.
Je me rapproche doucement, mon visage est si prêt de lui, que je pourrais l'embrasser. Mais je ne fais rien, je le fixe, des mots me viennent et je ne peux m'empêcher de les lui souffler.
« Edward
Toi et moi, on pourrait changer le monde.
De cœur en cœur, de jour en jour.
Par des gestes d'amour.
Mais il faut apprendre à se connaître, à être vrai.
À s'aimer soi-même comme on est, garder les deux pieds sur terre.
Fuir l'imaginaire.
Ensemble apprendre à faire tomber.
Les murs d'indifférence.
Les murs d'intolérance
Plus que la méfiance,
Je veux croire en toutes ces différences.
Je veux avec toi, apprendre à partager.
Et nous pourrons mieux nous aimer. »
Est-ce moi qui ai dit tout ça ? Décidément Edward a tendance à me ramollir, depuis quand je fais de la poésie, depuis quand je fais dans le romantisme ! Jamais, c'est une première, comme beaucoup de choses depuis que je le connais.
Il remue, grogne, instinctivement il cherche le contact.
- Hmm ! Jasper !
Sa voix n'est qu'un murmure, je sais qu'il n'est pas réveillé, je me penche vers lui, doucement, mes lèvres sont si proches de son visage que je pourrais lui voler un baiser sans même qu'il ne s'en rende compte, mais ce faisant je ne pourrais plus me regarder en face.
« Edward, je... »
Ma voix se brise, il faut que je parte, vite.
Je me suis relevé et je suis sorti de sa chambre pour aller rejoindre Alice dans mon lit, qui me paraissait tout à coup bien grand, bien froid et bien vide.
Je laisse la porte de la salle de bain entre ouverte, juste au cas où, en espérant que.
Alice dort à poings fermés, je voudrais que ce ne soit pas elle là.
Je m'effondre à côté d'elle et laisse enfin les larmes, que je retiens depuis longtemps, couler. Ça me libère d'un poids horrible.
Alice POV
Les sanglots silencieux de Jasper m'ont réveillée, mon cœur se serre de le savoir si malheureux, pourtant je sais d'instinct qu'ils sont deux âmes sœurs.
Je laisse Jasper pleurer en silence, il faut qu'il évacue avant demain, parce que demain je prendrai les choses en main. Ça ne peut plus durer !
Je vais commencer avec Edward, il faut le brusquer un peu plus, il a besoin d'électrochocs, ensuite je m'occuperai de Jazz ! Là ça sera plus facile, j'ai fait la moitié du boulot.
