Jenny ouvrit les yeux. Elle était étendue sur le sol, entre les bras de son Docteur. Elle se redressa d'un bond :

« Bon, maintenant, il va nous falloir un triangle de Béard et une lame de trois. » s'exclama-t-elle en se précipitant vers le TARDIS, sa boite bleue, qu'elle avait toujours connue et ouvrant la porte avec vigueur. Le Docteur en eut du mal à la suivre. Elle continua de débiter des paroles à un rythme incroyable alors qu'elle était en train de fouiller dans la trappe ouverte dans le sol métallique :

« Il a besoin de ça, c'est tout et il sera comme neuf, tu entends, comme neuf. Un deuxième vaisseau gallifreyen à voyager à travers le temps et l'espace, deux TARDIS voyageant de concert pour le bien de l'univers… »

Il l'attrapa doucement par les épaules:

« Tu es sure que tu te sens bien ma chérie ? » lui demanda gentiment le Docteur.

Elle se retourna et le regarda dans les yeux, sans rien dire, il comprit :

« Il a besoin de moi, Docteur, c'est, c'est fou, c'est … il a besoin de moi plus que tu ne peux l'imaginer… »

« Je n'en doute pas… »

« Et son histoire… elle est si triste… tellement… » et elle fondit en larmes dans ses bras.

La serrant contre lui, le Docteur lui caressa les cheveux :

« Je sais, ma chérie, je sais, il a besoin de toi… »

« Oh Docteur, si tu savais ce qu'il a vécu… ce qu'ils ont vécu… ils en sont presque devenus fous, ils ont vraiment besoin de moi Docteur… »

Au même moment, elle se ressaisie.

« Et je sais comment les aider, je n'ai besoin que d'un triangle de Béard et une lame de trois, c'est tout, il n'avait pas besoin de plus pour redémarrer, mais il n'avait pas de matériel de secours. L'Explorateur les avait utilisés pour sauver les membres de la société Laminienne de Terra Tre, seulement quelques jours avant… c'est tellement injuste, il a tellement fait de bien, il était tellement bon, tellement… tellement… tellement comme toi Docteur, s'écria-t-elle enfin en plongeant son regard dans le celui de son Docteur. C'est incroyable, on dirait que c'était toi, Docteur, la même générosité, un double gallifreyen parfait… tu n'aurais pas eu de frère jumeau par hasard ? Non, pardon, excuse-moi…oh, ça y est, le triangle. Et la lame devrait se trouver…dans… cette… boite… la voilà… »

Et elle sauta sur ses pieds.

« Ça ne te dérange pas que je t'empreinte ça, hein Doc ? » demanda alors Jenny tandis qu'elle passait le pas de la porte.

« Pas le moins du monde… c'est pour la bonne cause… et puis, c'est ton anniversaire… joyeux anniversaire ma Jenny ! »

Il lui sourit et quitta le TARDIS pour se retrouver dans l'autre TARDIS et couru vers la console. En deux secondes, elle souleva une petite fenêtre, glissa le triangle puis, se précipitant à l'opposé de la console, tournage trois tours avec la lame dans une des entailles à formes spéciales placées sur le montant du poste de pilotage.

« Voilà, comme neuf… »

Le Docteur sorti de son TARDIS et s'arrêta sur le pas de la porte. Il regarda Jenny tourner autour de son nouveau moyen de transport. Mais il savait que le Tardis était bien plus que ça. Pour elle comme pour le vaisseau, il s'agissait d'une coopération, d'une entente et d'un partage, d'une envie de voyage commune qui allait les emporter plus loin que l'un comme l'autre pouvaient imaginer.

Il sourit à Jenny tandis qu'elle ne le regardait pas. A l'instant même, releva la tête de son tableau de bord et lui rendit son sourire. Peut-être le sourire le plus pétillant et généreux qu'il n'avait jamais vu sur son visage. Elle était radieuse telle une mariée le jour de son mariage.

« Bon, maintenant, il faudrait peut-être penser à ramener nos amis chez eux, dit Jenny d'un ton à la fois joyeux et fermement décidé, voyons-voir, où te caches-tu Jack ? Ah te voilà, aux côtés de ton prédécesseur, bien bien… alors, activation de la décongélation progressive OK, réactivation cellulaire OK, téléportation dans le grand hall d'entrée, OK. Voilà Jack et monsieur « Le disparu de 1977» sont près à retourner à leur vie normale, allons réveiller les autres, je pense qu'il est temps pour eux de retrouver leur hamburgers-frites, cassettes de Freddy Kruger et réveillon du jour de l'an… à moins qu'ils n'aient envie d'emporter une partie des plats sur la table de la salle à manger avant, apparemment, ils les ont plutôt apprécié… »

Le Docteur la regardait sans rien dire, elle semblait plus vivante que jamais et cela ne pouvait lui faire plus plaisir. Les larmes qu'elle avait versé quelques minutes semblait largement séchées et le Tardis lui-même semblait cliqueter de joie à l'idée de retrouver l'espace et les aventures de son passé. En même temps, le Tardis du Docteur semblait répondre au nouveau vaisseau de Jenny. Les Tardis avaient-ils leur propre langage ? Il semblerait que oui ! Que se disaient-ils ? Ça c'était une autre histoire. Il semblait plutôt évident que l'un est l'autre partageaient leurs expériences et peut-être même que la boite de police donnait quelques indications, et peut être recommandations, à son nouveau comparse de voyage. Car nul ne doutait que dès à présent, les deux voyageraient côte à côte à de nombreuses reprises, découvrant les merveilles de l'univers avec la meilleure compagnie possible.

Lorsque Jenny se tut, elle s'approcha du Docteur, lui tendit la main et ils quittèrent la salle de commande, rejoignant les jeunes gens encore allongés dans leur chambres. Jenny avait trouvé le chemin sans la moindre difficulté, de façon innée, instantanée, le vaisseau faisait à présent partie d'elle.

Les adolescents se réveillèrent les uns après les autres. À moitié endormi, la plupart pensaient qu'ils étaient au cœur d'un rêve. Pour ne pas les perturber, Jenny et le Docteur ne les contredirent pas. Ils quittèrent leurs chambres et rejoignirent le hall d'entrée.

Jenny s'approcha de la porte, et l'ouvrit sans la moindre difficulté. Le vent de décembre s'engouffra dans la pièce, un tourbillon de neige s'envola dans apportant Noël au cœur de la maison.

« Mary, Heather, Jenny, Peter, Greg, et euh oui, même toi Jack, ajouta Jenny avec un clin d'œil, je vous souhaite une merveilleuse année 1997. Maintenant, chers amis, rentrez chez vous, bien au chaud, devant un bon film, et peut être un bon chocolat chaud. Et surtout profitez de votre famille. Qui sait, peut-être qu'un de ces jours, on se reverra… »

« Ou peut-être pas » ajouta Jack, passant déjà le pas de la porte.

« On aurait peut-être dû le laisser au frigo » glissa le Docteur à l'oreille de Jenny. Elle pouffa dans sa main et continua.

« Et surtout, ne faite attention à ne pas … »

Elle fut interrompue par une main qui venait de se lever :

« Euh, s'il vous plait, vous pourriez nous expliquez ce qui s'est passé dans cette maison, ce soir… ? »

« C'est un peu compliqué, mais en deux mots, la maison était d'une certaine façon bel et bien hantée, à moins que tout cela ne soit qu'un rêve et demain matin, il ne reste que des bribes de souvenirs de cette nuit dans la maison Mortimer… » répondit le Docteur dans un clin d'œil.

Une autre main se dressa alors :

« Madame, euh, pardon, Jenny, maintenant qu'on sait que nous allons vraiment sortir pour de bon, est-ce que nous pourrions prendre quelques-uns de ces délicieux petits fours de la salle à manger, s'il vous plait… ? »

« Mais bien sûr, allez-y ! » fit Jenny, avant d'ajouter « Qu'est-ce que j't'avais dit » au creux de l'oreille du Docteur.

Jenny referma un instant la porte. Quelques minutes plus tard, les jeunes gens étaient de retour les assiettes en cartons bien remplies de dizaines de succulentes petite tartes et autres délices sucrés et salés.

« Nous vous remercions, fit Jennifer, pour votre aide, et euh, pour… tout… »

« C'est normal ! » firent ensemble Jenny et le Docteur.

Alors, Jennifer posa la main sur la porte, qui à nouveau s'ouvrit, et les six adolescents quittèrent le Docteur, Jenny, ainsi qu'un troisième personnage, que tout le monde avait pratiquement oublié. Il n'avait rien dit, assit sur une marche d'escalier et regardait la scène sans trop comprendre ce qui se passait. Se retournant vers l'intérieur, le Docteur le remarqua enfin.

« Oh… Hello » fit-il avec un grand sourire.

« Qu'est-ce…qu'est-ce que je fais ici ? » demanda le jeune homme.

« Monsieur 1977… » murmura Jenny au Docteur.

« Oh…oh oui, bonjour, je suis le Docteur, et…euh, et vous, vous êtes…? »

« Chris…euh, enfin Christopher… mais, comment êtes-vous arrivé, et, comment je suis arrivé ici ? »

« C'est une longue histoire Chris… mais ne vous en faites pas, on va vous ramener chez vous… attendez ici… on revient, n'ayez pas peur ! Vous avez faim, vous voulez un morceau de tarte ? »

Sans le laissez répondre, ils passèrent une porte qui déboucha immédiatement sur la salle de contrôles laissant Chris sur sa dalle en pierre.

« Je vais lui chercher une part de tarte, il doit mourir de faim, on a toujours faim après une hibernation… » fit le Docteur.

Et il laissa Jenny seule aux commandes. C'était un moment privilégié qu'elle ne devait partager qu'avec le Tardis. Même sa chère boite bleue se désintégra pour atterrir dans le petit salon. Caressant doucement les boutons, son sourire était rayonnant. Puis elle lança les moteurs, qui plus que grésiller, semblèrent se mettre à chanter. Elle poussa le levier et elle senti la légère poussée qui les emporta droit dans le vortex. En quelques secondes, le vaisseau s'était posé dans la petite ville de Penicuik, en 1977, à seulement quelques centaines de mètres de la maison d'origine, toujours là, toujours présente, encore dans l'attente des nouveaux comagnons. Jenny rejoignit l'entrée où le Docteur avait apporté une assiette à Chris qu'il avait semble-t-il déjà dévorée.

« Voilà, jeune homme, vous voici arrivé à destination » s'exclama-t-elle.

« Mais… on n'a pas bougé… «

« Ne vous en faites-pas, croyez-nous, vous êtes chez vous ! » lui murmura le Docteur.

Il déposa l'assiette au sol et se dirigea vers la porte.

« Madame, Monsieur, pour des fantômes, vous êtes vraiment serviables… merci ! Au revoir et peut-être à un de ses jours… »

Jenny et le Docteur lui firent un signe d'adieu de la main et lui offrirent leurs plus beaux sourires.

La légende de la maison de Mortimer semblait bien avoir pris fin !