Nous étions enfin le vendredi, 15h30. Les cours venaient de se terminer et, l'entrainement étant annuler, il pouvait donc se rendre chez lui, afin de mettre une dernière main aux préparatifs. Il était d'excellente humeur. Le matin, il s'était enfin accordé de se caresser en pensant à l'autre étudiant, dans sa douche.
Il n'était pas gay. Étrangement, le matin même il avait avec lut avec intérêt un article stipulant que Deadpool était pansexuel. Curieux, il avait lu la définition de pansexuel.
« Un individu pansexuel fait abstraction du genre et du sexe de ses partenaires et ne s'attache pas à ce qui est considéré comme une étiquette »
Il avait décidé que c'était la définition qui s'appliquait à Léo. Pas à lui. Il était à demi-français. Ces gens ne pensaient qu'à baiser et était à l'avant-garde de la mode, donc, c'était presque normal pour Léo. Cela devait être la nouvelle tendance. De plus, ses parents étaient morts, lui laissant la bride sur le cou. Il n'était pas entouré de traditions et de préjugés machistes. Lui, n'était que curieux, point. Léo n'étant pas gay lui-même, il n'y avait aucune honte à assouvir ce désir.
La journée avait été longue, Raph n'en pouvant plus d'avoir hâte à sa fête et plus précisément au moment où il aurait le séduisant corps nu de Léo sous lui, dans son lit. Il avait toujours eu une libido débridée, mais il ne se rappela pas avoir eu un jour autant envie de toucher et posséder un corps.
Arrivé chez lui enfin, il n'en pouvait plus. Il avait été en érection tout le long du trajet de l'école à chez-lui et avec précipitation, il détacha sa ceinture, s'assit sur le fauteuil et sortit son sexe. Tout en le caressant doucement il prit le portable près de lui.
Il fit une rapide recherche sur un site de vidéos porno. Il n'avait jamais vu d'homme avec homme, mais il voulait savoir à quoi s'attendre et quoi faire pour ne pas avoir l'air d'un parfait crétin devant Léo.
Avec avidité, il visionna plusieurs vidéos, essayant de faire durer son plaisir. Lorsqu'il céda, incapable d'en supporter davantage, inondant sa main, il sut qu'il trouverait la soirée épouvantablement longue. Se retenir de ne pas agripper Léo et le pousser dans sa chambre au vu et au su de tous serait toute une épreuve.
La femme de ménage ayant déjà déplacé les meubles et installer les tables, selon ses instructions, Raphael n'avait plus qu'à se préparer lui-même. Il prit une longue douche, coiffa ses cheveux avec du gel en queue de cheval, ce qui pas fait depuis ce mariage où il avait été invité au printemps dernier. Il se rasa aussi plus soigneusement qu'à l'ordinaire et se parfuma. Il chercha longuement quoi porter. Puis, il se dit que merde, il n'était pas une fille pour faire le coquet et mis n'importe quoi. De toute façon, ce style avait fait ses preuves, considérant tous les cœurs qu'il avait brisé.
A 18h00, l'équipe du traiteur arriva pour installer toutes les nouvelles excentricités que Raphael avait commandé dans le but d'épater Léo et le conduire plus sûrement entre ses draps. Nappes rouges, bougies, argenteries dorées, arbres en pot arborant des fleurs écarlates partout. Cela s'accordait bien de toute façon au lourd mobilier italien du salon. De même, la cour était garnie de lanternes rouges vénitiennes jusqu'au jacuzzi qui pouvait contenir douze personnes. Raphael n'était pas l'étudiant qui venait de la famille la plus aisée du lycée. Après tout, officiellement, son père n'avait qu'un restaurant et une compagnie de traiteur. Mais il aimait le tape à l'œil et, de ses amis, il avait ce qu'il jugeait, en toute modestie, la plus belle demeure. Léo vivait dans un bel appartement, mais très minimaliste et froid. Tout ce rouge, cet or, cette passion riche et flamboyante le comblerait d'admiration sûrement. De plus, il avait lui-même secrètement arrangé dans la même veine sa chambre, afin de créer une ambiance très sensuelle. Bien entendu, il était hors de question que quiconque, hormis Léo et lui-même voit la chambre. Ses projets seraient alors trop évidents.
Bon, okay, tout était trop évident cela avait plus l'air d'une fête précoce de la St-Valentin que du party d'adieu d'un footballeur à qui il n'avait jamais dit un mot qui n'était pas une insulte. Bah, tout le monde savait qu'il aimait faire les choses en grand. Ce n'était pas parce qu'au dernier party qu'il avait organisé ils n'avaient mangé que des hot-dogs qu'il devait toujours faire de même.
A 18h45, Casey arriva avec April et trois de ses copines.
Casey ouvrit des grands yeux, prenant connaissance du décor outré.
-Okay, Raph. Tu n'es pas y aller de main morte. J'ignorais que Tony était si haut dans ton estime. Je me demande pourquoi que tu n'as pas fait faire une statue ne glace de lui en plein salon. Puis-je entrer ou tu as décrété un code vestimentaire? Merde, April, je crois que j'ai oublié mon discours de remerciements dans le taxi. D'ailleurs, Raph pourquoi ne pas avoir envoyé des limousines nous prendre?
-Ferme la Case.
Il prit rudement les manteaux de ses invités.
April regarda la longue table croulant sous la nourriture artistiquement mise en valeur.
-Raph. Wow. C'est très beau. Tu es vraiment aimable d'avoir mis tant d'efforts.
Les vingt invités suivants firent les même remarques éblouis. Tony en eu la larme à l'œil. À tous, Raph fit un geste pour dire que cela importait peu. Il ne souhaitait l'admiration que d'une personne, pas encore arrivée et il attendait devant la porte, les tripes nouées d'excitation, à l'idée du beau visage de Léo ému et admiratif. Le prix indécent importait peu. Il pouvait s'offrir cette fantaisie.
A 19h25, l'excitation devint de l'angoisse, alors que devant la porte il fermait et ouvrait les poings nerveusement. Casey, qui devait depuis plus de vingt minutes le regarder de travers, s'approcha et mis sa main sur son épaule.
-Hé, Raph…je crois que tout le monde est arrivé mon vieux. Inutile de demeurer devant la porte.
Raphael ravala la boule dans sa gorge, la bouche sèche. Il ne savait s'il osait formuler à voix haute ce qu'il attendait. Mais Casey était son ami. Il ne le jugerait pas, N'est-ce pas ? Il tenta tout de même de prendre une voix détachée.
-Oui, sûrement…je n'ai pas vu Hamato…Tu l'as bien invité, non?
-Oui, bien sûr. Tu avais dit tout le monde, alors…mais il ne viendra pas.
-Quoi?
Raphael ne put assez prendre sur lui pour camoufler son immense déception et sa voix laissa percevoir tout son étonnement alors qu'il abreuva Casey de reproches sur le fait qui ne lui avait pas dit avant et de questions sur les raisons de l'absence de son invité d'honneur secret.
-Ben, Raph. Léo n'est qu'une personne. Ce n'est pas comme si tu étais à 1$ près. Puis, tu t'entends plus ou moins avec lui. Je croyais que tu l'invitais uniquement par politesse. Elena ne veut pas venir chez toi et Léo ne voulait pas la forcer.
-Il n'avait qu'à venir seul!
-C'est ce que je lui ai dit mais…Raph? Qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce que cela peut faire?
Casey s'apercevait que son ami avait les yeux brillants de larmes de colère.
Raphael tenta de se calmer, il était en train de perdre la tête à nouveau en public. Il regarda autour de lui la débauche de fleurs odorantes, désormais inopportunes. Seulement en fleurs, il y en avait pour 4000$. Tout cet argent parti en fumée. Non. Il y avait peut-être encore un espoir. Il n'était que 19h30.
-Écoute Case, tu vas texter Léo. Tu vas lui dire que c'est la boom du siècle. Prends des photos. Du décor, de la bouffe. De tout, okay? Fais-le venir ici par n'importe quel moyen.
Case regarda son ami sans dire un mot. L'air désemparé de son ami et ses supplications lui en disant sans doute un volume, mais Raph n'en avait rien à cirer. Si Léo ne venait pas, peu importe ce qu'il allait advenir de sa réputation, il allait mettre tout le monde à la porte.
Casey tendit son téléphone.
-Son numéro est dans mon annuaire. Dis-le-lui toi-même.
Raph, déchiré, prit le cellulaire des mains. L'idée de supplier Léo lui répugnait mais l'idée de ne pas le voir lui était insupportable.
Hamato, ici Senzi. Tu manques une belle soirée. Tu peux venir sans Elena. Y a d'autres personnes ici sur qui exercer ton charme.
Il retient son souffle, attendant la réponse, se demandant si le second sens du message lui apparaitrait.
-Et alors? Je n'ai peut-être pas envie de charmer d'autres personnes.
-Merde! Tu es dans l'équipe oui ou non? Tu es obligé d'y être. Par esprit d'équipe.
-Hum. Je ne viens qu'à une seule condition.
-WTF? Va te faire foutre! Branle-toi tout seul chez-toi, alors! Je me mettrais pas à genoux pour tes fesses.
Raph se frappa le front. Il avait le chic pour se mettre lui-même dans des situations impossibles.
-Okay. C'est quoi ta foutue condition?
-Admets que tu veux me voir. Que tu te sens seul, chez-toi, avec tes amis sans moi. Que je te manque.
-Va te faire enculer. Hors de question!
Il grinça des dents, maudissant son impulsivité. Il savait qu'il allait céder et que Léo se foutait probablement de sa gueule en ce moment même. Peut-être allait-il ensuite montrer le texto de Raph à toute l'école pour se moquer de lui? Répondre à Léo était presque un suicide social et cet enfoiré le savait sûrement.
-Okay. C'est vrai. Tu es content? Ramène ton cul d'allumeuse pronto. Je le veux chez-moi dans dix minutes.
-Aucun problème, Je suis devant ta porte depuis ton premier texto.
Il laissa tomber son téléphone et ouvrit la porte, croyant presque à une blague.
Léo était devant lui, dans un manteau mi-long gris clair, un sourire qui se voulait ingénu aux lèvres.
Raphael se recula pour le laisser passer, alors que le regard bleu brillait de curiosité.
-Tu aimes beaucoup ce bon vieux Tony, on dirait? commenta-t-il nonchalamment en commençant à retirer son foulard et ses gants de cuir avant manteau, après avoir déjà enlevé ses bottes souillées de neige, afin que Raph les accroche dans la penderie.
-Non. Toi, tu peux déposer tes trucs dans ma chambre.
Léo cessa ses mouvements. Puis, il se redressa, impassible.
-Je te suis.
Le cœur battant devant cette permission implicite, il se dirigea vers sa chambre, excité à l'idée de lui montrer ce qu'il en avait fait, sachant que le bel étudiant le suivait de près.
